samedi 30 août 2025

IL N' Y A PAS DE POLITIQUE QUI VAILLE EN DEHORS DES RÉALITÉS .........

 TRIBUNE LIBRE !

Le talon d’Achille de tous les populismes, c’est l’idéalisation du peuple.

 

Par Aristide Ankou.

Une analyse d’une grande lucidité et cohérence, dont on peut, naturellement débattre.

Ils errent, le plus souvent, en supposant que le peuple est intellectuellement sain et moralement vigoureux et qu’il suffirait donc de balayer lesdites élites ou le gouvernement en place pour que, presto ! règnent à nouveau le bon sens et l’honnêteté.

Lorsque William Buckley Jr affirmait qu’il préférerait vivre dans une société gouvernée par les deux cents premiers noms de l’annuaire téléphonique de Boston plutôt que dans une société gouvernée par les deux cents membres du corps professoral de l’université d’Harvard, il étayait cette préférence sur le fait que, selon lui, le peuple américain avait, dans l’ensemble, plus de religion et de respect pour les institutions et les principes fondateurs des Etats-Unis que les universitaires les plus renommés du pays.

Bref, selon lui l’Américain moyen avait, au moment où il parlait, des mœurs et des opinions plus saines et plus compatibles avec la pérennité de la république américaine que les élites intellectuelles du pays. Il était toutefois suffisamment instruit et réfléchi – il était, si l’on veut, suffisamment peu du peuple lui-même – pour ne pas affirmer qu’il en allait toujours et nécessairement ainsi.

Bien de l’eau putride a coulé sous les ponts depuis que Buckley a émis ce jugement et je doute fort qu’il aurait autant de confiance dans le bon sens de l’Américain moyen en 2025 que dans celui de l’Américain moyen de la fin des années 1950.

Pour ma part, je ne sais pas si le peuple français a jamais été intellectuellement sain et moralement vigoureux – j’ai quelques doutes à ce sujet – mais en revanche je suis absolument persuadé qu’il ne présente pas ces caractéristiques aujourd’hui.

Non, ni le bon sens, ni l’honnêteté, ni le sens du bien commun et encore moins le bon goût ou la culture française, n’ont été miraculeusement préservés dans les profondeurs de la population.

 

Nos gouvernants ineptes nous représentent bien mieux que nous ne voudrions le croire, jusque dans leur impuissance et leur indécision.

 La désagrégation de nos institutions est un miroir de la désagrégation de la nation, sans que l’on puisse affirmer où est le reflet et où est l’original, car les deux phénomènes s’entretiennent mutuellement.

Une telle conclusion pourrait bien paraitre désespérante, car si le peuple est aussi pourri que les élites, sur quoi nous appuierons nous pour remonter vers la surface ?

 

La seule manière de sortir de ce dilemme, me semble-t-il, est de considérer, comme le général de Gaulle par exemple, que la France est autre chose que les Français, que, de manière générale, les nations, ou les peuples, comme on voudra, ne sont pas réductibles aux individus qui les composent à un moment donné.

C’est à cette seule condition que, au moment critique, les Français pourraient se ressaisir pour se montrer – enfin – à la hauteur de la France, cette princesse de contes de fées ou cette madone aux fresques des murs.

 C’est seulement si la nation a une réalité propre, si elle façonne et meut les individus autant que ceux-ci la composent et la font exister, qu’il est possible de croire que « la France » pourrait guérir de cette mortelle langueur qui l’afflige.

Car s’il faut compter uniquement sur nos pauvres contemporains – parmi lesquels je m’inclus, et vous aussi qui me lisez, si, si – autant aller tout de suite se coucher pour mourir.

Cela n’est pas si déraisonnable que cela pourrait le sembler à nos esprits sceptiques et matérialistes. Personne ne peut sérieusement affirmer que de Gaulle – puisque j’ai parlé de lui un peu plus haut – était un idéaliste en politique. 

« Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités » n’était pas une belle formule, c’était chez lui l’expression d’une conviction profonde, et il l’a suffisamment prouvé pour que je n’ai pas besoin de le prouver.

 Mais, il avait de la réalité politique une conception plus vaste et plus riche que celle des ordinaires « réalistes ». Et c’est précisément ce qui a fait de lui l’homme politique français le plus important du 20ème siècle.

Le rapport entre la France et les Français – entre la nation et les individus – a sans doute quelque chose d’irrémédiablement mystérieux, mais est-il vraiment plus mystérieux que cette union du corps et de l’âme (ou de l’esprit, comme vous voulez) que nous expérimentons chaque jour de notre vie sans la comprendre ?

 Ce grand mystère collectif n’est-il pas le symétrique – et peut-être la conséquence – de cet humble mystère individuel ? 

Ce qui est mystérieux ne laisse pas d’être et la réalité ne se réduit pas à ce que nous savons expliquer, même s’il est tentant de le croire.

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