mardi 2 juin 2026

SOLSTICE : NOUS SOMMES A DES ANNÉES ANNÉES-LUMIÈRE DU PETIT PAGANISME D' AGRÉMENT ! ( BALBINO KATZ )

 PATRIMOINE !


Les druides que Le Monde préfère

Dans le bois de Tréffiagat, parmi ces pierres qui n’ont jamais demandé la permission d’être plus anciennes que nos querelles, je lisais Le Monde

L’endroit était mal choisi, ou trop bien choisi.

 Il y a des jours où les journaux nous conduisent, par une malice presque sacerdotale, vers le décor exact de leur propre mensonge.

 Sous les feuillages immobiles, à deux pas de ces monuments mégalithiques dont nul progressiste parisien ne sait que faire, sinon les transformer en patrimoine municipal ou en support de méditation subventionnée, je découvris l’article d’Anne-Lise Carlo consacré au druidisme contemporain en Bretagne.

 

Le ton surprenait d’abord par sa tendresse.

 Le Monde, si prompt d’ordinaire à trouver dans le catholicisme français des relents d’ordre ancien, de domination masculine, de réaction sociale, de crispation identitaire et d’ombre portée sur les libertés nouvelles, se faisait soudain caressant.

 Les druides, ou plutôt les druidisants convenables à l’époque, y paraissaient aimables, gracieux, féminins, attentifs aux taupes, aux arbres, à l’infiniment petit, aux rubans noués, aux braseros de Beltaine et aux blessures de l’âme moderne.

 On n’était plus dans l’enquête soupçonneuse, mais dans la promenade bienveillante.

 Le journal prenait par la main le lecteur bourgeois pour l’emmener respirer dans les sous-bois.

 

Il faut dire que le tableau a tout pour plaire à la rédaction du boulevard Auguste-Blanqui. 

Des femmes en blanc, une druidesse médiatique, un peu de chouchen, des couronnes de fleurs, des préoccupations environnementales, une absence de dogme, pas de prophète, pas de Rome, pas de curé, pas de catéchisme, pas de confessionnal, pas de faute, pas de péché, pas de hiérarchie visible, surtout rien qui sente trop la messe basse, le vieux recteur, la soutane, le catéchisme de nos grands-mères ou la procession dans un bourg encore chrétien.

 Voilà une religion propre, sans aspérités, une spiritualité d’époque, parfumée à la sauge et au consentement.

 

On comprend aussitôt pourquoi Le Monde lui ouvre ses colonnes avec une douceur qui tranche avec son vinaigre habituel. 

Le druidisme présenté ainsi n’est pas une menace.

 Il ne commande rien.

 Il ne juge rien. Il n’interdit rien.

 Il ne forme pas un peuple.

 Il n’établit pas un ordre.

 Il ne prétend pas civiliser.

 Il ne contredit pas le sens de l’Histoire.

 Il ajoute simplement à l’homme moderne, fatigué de béton, de réunions, d’écrans et de mauvaise conscience climatique, une petite couche de sacré végétal. 

Au lieu d’aller au spa, on va dans le bois. 

Au lieu de se faire masser avec des huiles essentielles, on tourne autour d’un feu. 

Au lieu de s’abonner à une application de méditation, on écoute une barde.

 

Voilà, pour Le Monde, une bonne religion : une religion qui n’en est presque plus une.

 

La bienveillance du journal pour le druidisme de vitrine s’explique par cette évidence. 

On n’y rencontre pas la religion comme forme exigeante, verticale, ordonnatrice, enracinée, mais comme thérapeutique douce. 

Elle permet de se sentir relié sans obéir, héritier sans appartenir, spirituel sans devoir, ancien sans être réactionnaire. 

Elle donne aux modernes la sensation délicieuse d’avoir des ancêtres, sans leur imposer la charge de leur être fidèles.

Le contraste avec le traitement réservé au catholicisme est assez plaisant. 

Que des catholiques défendent leurs écoles, leurs processions, leurs prêtres, leurs familles nombreuses, leur liturgie ancienne, leur droit de ne pas communier avec toutes les lubies de l’époque, et voici que l’inquiétude monte dans les rédactions. 

On interroge les réseaux d’influence.

 On traque les dérives. 

On soupèse les mots. 

On s’inquiète de la jeunesse qui revient au latin, des garçons qui portent veste et cravate, des jeunes femmes qui ne confondent pas émancipation et solitude organisée. 

Le catholicisme, même diminué, même exsangue, même sociologiquement minoritaire dans bien des régions, reste pour la gauche médiatique une puissance réactionnaire. 

Il rappelle trop la vieille France, l’ordre des villages, la transmission, la famille, la morale, l’autel, le clocher.

L’islam bénéficie d’un autre privilège.

 Il est rarement aimé pour ce qu’il est, car Le Monde ne comprend pas davantage l’islam qu’il ne comprend le catholicisme. 

Il est aimé comme altérité politique, comme religion de l’Autre, comme instrument involontaire du désarmement occidental. 

Ses formes les plus conquérantes embarrassent parfois, naturellement, et le journal sait alors prendre des airs graves. 

Toutefois, il les enveloppe presque toujours d’explications sociales, coloniales, discriminatoires, sociologiques, mémorielles.

 Là où le catholicisme est suspect par essence, l’islam est excusé par contexte. 

Là où le chrétien enraciné inquiète, le musulman revendicatif devient symptôme, victime, promesse de diversité ou agent d’une France nouvelle, celle que rêvent les Mélenchonistes et bien des clercs de rédaction.

 

Entre le catholicisme à surveiller et l’islam à ménager, le druidisme progressiste occupe donc une place idéale.

Il offre le frisson de l’ancien sans la rudesse de la tradition, l’odeur de l’encens forestier sans l’autorité du dogme, la beauté des rites sans la rigueur d’un ordre. 

Il coche toutes les cases de la religion acceptable : féminine, écologique, non révélée, non centralisée, inclusive, aimable, soluble dans les valeurs du moment. 

Le druidisme devient alors une variante du bien-être, avec supplément de racines celtiques.

 

Je n’ai nulle envie de contester la sincérité de Mona Braz. 

On sent même, dans ce que rapporte l’article, un itinéraire personnel véritable, une recherche ancienne, une fidélité à une langue, à des gestes, à des paysages.

 La Bretagne a produit assez de faux clercs et de vrais déracinés pour que l’on ne méprise pas ceux qui cherchent encore quelque chose du côté des chênes, des sources et des ancêtres.

 Il serait sot de rire de tout cela. 

Les hommes modernes sont spirituellement faméliques. 

Il n’est pas surprenant qu’ils retournent vers les bois comme des bêtes blessées retournent vers l’ombre.

 

Ce qui prête à sourire, ce n’est pas Mona.

 C’est le regard que Le Monde pose sur elle.

 Le journal croit aimer le druidisme. 

Il aime surtout ce qu’il peut neutraliser du druidisme. 

Il aime sa version hospitalière, féministe, écologique, presque municipale. Il aime la clairière quand elle ressemble à une association de quartier ayant lu quelques textes celtiques

. Il aime le rite quand celui-ci console sans commander.

 Il aime l’ancêtre lorsqu’il devient métaphore. 

Il aime le feu tant qu’il ne brûle pas.

Or le druidisme traditionnel, celui qui se donne encore la peine de parler d’ordre, de fonction, de rite, de vérité et de discipline, n’a presque rien à voir avec cette aimable ronde autour d’un brasero photographié pour les lecteurs du dimanche. 

Il ne commence pas par le besoin moderne de se sentir mieux. Il commence par une affirmation autrement redoutable : l’univers possède un ordre, et l’homme doit s’y conformer s’il ne veut pas choir dans la confusion.

 

Le texte doctrinal Kredenn Geltiek que j’avais sous les yeux, à l’ombre des pierres de Tréffiagat, parlait de « Loi du Bon Ordre de l’Univers ». 

Voilà une formule que Le Monde ne saurait aimer qu’à condition de la vider de sa force.

 Car cette loi n’est pas une invitation vague à respecter les taupes, les mousses et les mésanges.

 Elle est principe de mesure, d’équilibre, de hiérarchie, de place juste.

 Elle dit que le monde n’est pas fait pour l’homme démocratique, sentimentaloïde et procédurier, mais que l’homme doit retrouver sa juste station dans un cosmos ordonné.

 

Le même texte définit le druidisme comme une recherche sapientiale, non comme une consolation psychologique. 

Sa devise, « Recherche, Savoir, Sagesse », ne sent guère l’atelier de développement personnel.

 Elle évoque plutôt l’apprentissage austère, la transmission, la maîtrise de soi, la longue discipline du corps et de l’esprit. 

On n’y devient pas druide par humeur, par blessure intime, par goût de la forêt ou par désir de cérémonie. 

On y entre comme on entre dans une charge, avec lenteur, avec examen, avec crainte, avec devoir.

C’est ici que la différence devient éclatante. Dans l’article d’Anne-Lise Carlo, le druidisme est présenté comme une manière douce de réhabiter le monde.

 

Dans le texte traditionnel, il apparaît comme une critique impitoyable du monde moderne. Il ne parle pas d’abord d’inclusion, de réparation, de gratitude ou d’infiniment petit. 

Il parle de rythme, de fonction, d’ordre social, de vérité, de véracité, de rite.

 Il rappelle que les sociétés traditionnelles sont minutieusement hiérarchisées parce que l’univers lui-même est ordre, rythme et harmonie. 

Loin de célébrer l’individu fluide, il veut replacer chacun dans sa fonction : le druide doit savoir, le roi doit dire vrai, le guerrier doit être courageux, le producteur ne doit pas se mêler indûment de guerre ou de gouvernement.

 

Nous sommes là à des années-lumière du petit paganisme d’agrément que les rédactions parisiennes peuvent tolérer. 

Ce druidisme-là ne caresse pas l’époque. 

Il la juge. 

Il appelle « anritia » le non-rite, l’irréalité, le mensonge, ce monde des droits sans Droit, de l’inversion des valeurs, de la confusion volontaire.

 Il ne voit pas dans notre temps une émancipation, mais un dérèglement. 

 

Et pour dire ce dérèglement, il conserve un poème d’une noirceur magnifique, attribué à la Morrigain, dont chaque vers frappe comme une pierre levée :

« Je verrai un monde qui ne me plaira pas,
été sans fleurs,
vaches sans lait,
femmes sans pudeur,
hommes sans courage,
captures sans roi,
arbres sans fruits, mer sans frai,
mauvais avis des vieillards,
chaque homme sera un traître,
chaque garçon un voleur,
le fils ira dans le lit du père, le père ira dans le lit du fils,
chacun sera le beau-père de son frère.
Un mauvais temps : le fils trahira son père,
la fille trahira sa mère. »

 

Voilà qui change assez sensiblement de la promenade apaisée sous les arbres. 

Ce poème ne propose pas à l’homme moderne de reprendre contact avec son intériorité. Il lui annonce sa décomposition.

 Il ne célèbre pas la fluidité, mais la fin des formes. 

Il ne bénit pas la transgression, il y voit le signe d’un âge mauvais.

 La femme sans pudeur, l’homme sans courage, le vieillard sans bon conseil, le fils traître, la fille traîtresse, l’ordre familial retourné contre lui-même : tout cela n’a rien d’une spiritualité inclusive. 

C’est, au contraire, une vision tragique, réactionnaire au sens le plus profond du mot, c’est-à-dire tournée vers la restauration d’un ordre perdu.

Le vrai scandale, pour une sensibilité moderne, est là.

 Le druidisme traditionnel ne pense pas que tout se vaut. 

Il ne pense pas que toute spontanéité soit bonne. 

Il ne pense pas que l’homme soit d’autant plus libre qu’il se délivre des cadres anciens.

 Il affirme que le confort amollit, que l’artificiel asservit, que l’individu livré à ses dépendances devient faible, que le corps et l’esprit doivent être dressés ensemble comme le cavalier et sa monture. 

Il ne promet pas la douceur, mais l’inconfort nécessaire.

 Il ne flatte pas la sensibilité, il la met au pas.

Un tel druidisme, s’il était exposé honnêtement dans les colonnes du Monde, ne serait plus traité avec cette bienveillance amusée que l’on réserve aux spiritualités alternatives.

 Il deviendrait suspect.

 On lui trouverait des affinités inquiétantes, une tonalité antimoderne, une nostalgie hiérarchique, un parfum de réaction, peut-être même une métaphysique de l’enracinement trop peu conforme aux usages du boulevard Auguste-Blanqui. 

Anne-Lise Carlo peut aimer Mona Braz lorsqu’elle parle d’oiseaux nourris au matin, de rubans, de pommiers, de Beltaine et de gratitude.

 Elle aurait sans doute plus de mal à présenter avec la même douceur un druidisme qui parle de fonction, de caste sacerdotale, de vérité immanente, de devoir ethnique, de chaîne initiatique et de monde moderne en transgression.

 

C’est précisément ce point qui rend l’article si révélateur. 

Le Monde ne célèbre pas le druidisme.

 Il célèbre une version désarmée du druidisme.

 Il aime le paganisme lorsqu’il devient une annexe de l’écologie sensible, un supplément d’âme pour cadres fatigués, une manière de remplacer la messe par la forêt sans réintroduire ni dogme, ni devoir, ni verticalité.

 Il aime les dieux païens lorsqu’ils ne commandent plus rien. 

Il aime les ancêtres lorsqu’ils ne pèsent plus sur les vivants. Il aime les rites lorsqu’ils n’organisent plus un ordre.

Le druidisme traditionnel, lui, dit l’inverse. Il dit que le rite ordonne.

 Il dit que la vérité oblige. 

Il dit que la nature n’est pas seulement une mère consolatrice, mais une loi. 

Il dit que l’homme moderne, parce qu’il se croit libre, devient souvent errant, déraciné, soumis aux objets de son plaisir, au confort, aux puissances d’argent, aux dépendances qu’il prend pour des droits.

 Rien de tout cela n’entre facilement dans la rubrique « Époque » du Monde.

 C’est trop dur, trop ancien, trop vertical, trop peu compatible avec cette gentille spiritualité doudou que l’on sert au lecteur progressiste pour lui donner l’illusion d’un enracinement sans conséquence.

 

On est loin, très loin, de la spiritualité décorative que la presse progressiste peut caresser sans danger.

La difficulté tient à l’histoire même du néodruidisme breton. 

Son origine moderne passe par le pays de Galles, par Iolo Morganwg, par la Gorsedd, par une filiation insulaire qui portait nécessairement la marque du protestantisme gallois de son temps.

 Les premiers liens entre bardes bretons et gallois furent précieux, mais ils n’épuisaient pas la question. 

La Bretagne ne pouvait pas se contenter d’un druidisme compatible avec le christianisme, ni d’une poésie celto-protestante importée par le canal des cérémonies galloises.

 À un moment, il fallait rompre plus profondément.

 

C’est ce que comprirent, dans les années trente, des hommes comme Morvan Marchal, Raffig Tullou et Francis Bayer du Kern. 

Leur intuition fut capitale.

 Il ne s’agissait pas seulement de porter une saie, de chanter l’Awen ou d’ajouter quelques symboles celtiques à une sensibilité déjà chrétienne et française. 

Il s’agissait de rendre au druidisme breton une autonomie spirituelle, de le dégager des valeurs du christianisme et des valeurs politiques de la France, monarchique ou républicaine. 

La chose était immense.

 Elle était presque impossible, car les connaissances universitaires demeuraient incomplètes, les sources fragmentaires, les continuités obscurcies par des siècles de romanisation, de christianisation et de folklore.

 

La revue Kad, « Combat », parue en 1936, marque ce moment.

 Le mot lui-même dit assez que l’on n’était pas dans la tisane spirituelle.

 Il ne s’agissait pas de pacifier quelques consciences urbaines, mais de reprendre la chaîne brisée d’une tradition, de retrouver une mémoire antérieure à l’ordre chrétien, antérieure aussi à l’intégration de la Bretagne dans le corps politique français.

 La guerre interrompit l’élan, les interdictions et les fractures firent leur œuvre, puis les cérémonies reprirent après 1946.

À partir des années cinquante, un foisonnement de groupes et d’ordres tenta de donner forme à cette aspiration, tantôt dans la fidélité traditionnelle, tantôt dans l’accommodement avec le christianisme, tantôt dans l’éclectisme aventureux.

 

Au fil du temps, deux sensibilités se distinguèrent plus nettement. 

D’un côté, la Gorsedd de Bretagne, plus compatible avec l’héritage chrétien, plus cérémonielle, plus acceptable pour les institutions culturelles, plus facile à présenter comme folklore honorable.

 De l’autre, la Kredenn Geltiek, plus âpre, plus doctrinale, plus jalouse de son autonomie, plus soucieuse de réinscrire le druidisme dans une tradition préchrétienne, européenne, païenne, hiérarchique, enracinée.

 

C’est cette seconde veine que Le Monde ne peut pas comprendre, ou ne veut pas comprendre.

 Elle contredit trop de dogmes contemporains.

 Elle rappelle que le sacré n’est pas toujours inclusif

. Elle rappelle que l’ordre n’est pas une oppression, mais parfois la condition de toute forme vivante. 

Elle rappelle que l’héritage ne se choisit pas comme une option de développement personnel.

 Elle rappelle qu’un peuple n’est pas une clientèle culturelle, mais une lignée, une langue, une mémoire, un paysage, des morts, des dieux peut-être endormis, des rites à reprendre avec tremblement.

 

Un druidisme réduit à la reconnexion sensible avec la nature convient parfaitement au journalisme progressiste. 

Un druidisme qui parlerait de devoir, de hiérarchie, de fonction, de vérité, de fidélité ethnique et spirituelle, de rupture avec le christianisme comme avec la France politique, deviendrait aussitôt beaucoup moins sympathique. 

Il ne serait plus photographié avec attendrissement.

 Il serait examiné, suspecté, surveillé.

 On retrouverait les vieux mots, extrême droite, identitaire, réactionnaire, essentialiste, dérive, instrumentalisation.

 Les mêmes feuilles qui se pâment devant une prêtresse des arbres sortiraient alors les gants de caoutchouc.

Ce double regard est révélateur.

 La modernité médiatique accepte volontiers les spiritualités minoritaires lorsqu’elles désarment les peuples.

 Elle les aime comme décor, comme compensation, comme poésie de substitution.

 Elle aime les traditions lorsqu’elles ne transmettent plus rien d’obligatoire. 

Elle aime les racines lorsqu’elles ne nourrissent plus d’arbre. 

Elle aime les ancêtres lorsqu’ils ne donnent plus d’ordre aux vivants.

 Elle aime les dieux morts, les dieux faibles, les dieux convertis au langage des ateliers participatifs.

 

Le christianisme, lui, demeure haï parce qu’il a longtemps structuré l’Europe et parce qu’il conserve, même affaibli, un pouvoir de refus.

 Il peut encore dire non.

 Non à l’avortement érigé en sacrement civil. Non à l’indifférenciation sexuelle. 

Non à la réduction de l’homme à ses désirs. 

Non à la fabrication illimitée des filiations. 

Non à la dissolution de la famille. 

Le catholicisme n’est plus la force dominante qu’il fut, cependant il demeure, dans l’imaginaire progressiste, le grand empêcheur de jouir en rond. 

À ce titre, il doit être constamment ramené au soupçon.

 

L’islam, de son côté, bénéficie d’un traitement inverse parce qu’il n’est pas perçu comme un héritage européen à surveiller, mais comme une force venue d’ailleurs, donc comme un outil possible de déconstruction du vieux monde.

 La gauche médiatique ne l’aime pas pour sa théologie, qu’elle ignore largement.

 Elle l’aime, ou le ménage, parce qu’il blesse symboliquement ce qu’elle déteste : l’ancienne France, l’ancien peuple, l’ancienne majorité, l’ancienne chrétienté. 

 

Elle pardonne à l’islam des duretés qu’elle ne pardonnerait jamais au catholicisme, parce que l’un travaille, selon elle, dans le sens de l’avenir, quand l’autre retiendrait le passé.

Le druidisme façon Le Monde, enfin, permet de concilier le goût du sacré avec l’innocuité politique. 

C’est une religion sans guerre culturelle, sans patrie véritable, sans dogme, sans commandement, sans peuple exigeant.

 Elle ne menace personne.

Elle offre au lecteur de gauche un exotisme intérieur, une altérité bretonne domestiquée, un paganisme rendu inoffensif par la féminisation, l’écologie, la psychologie et le vocabulaire de la reconnexion. 

Elle est la forêt mise aux normes du progrès.

Je ne peux pourtant m’empêcher, au milieu des pierres de Tréffiagat, de sentir autre chose. 

Ces vieux blocs ne parlent pas la langue de la bienveillance journalistique. Ils ne connaissent ni les chartes éthiques, ni les rubriques « époque », ni les inquiétudes mesurées des rédactions. Ils sont là, massifs, muets, antérieurs. 

Ils disent que la Bretagne ne commence pas avec la République, ni avec les évêques, ni avec les ducs, ni avec les folkloristes, ni avec les offices culturels, ni avec les druidesses médiatiques.

 Ils disent qu’il existe sous nos pas des couches d’âme que la modernité n’a pas encore dissoutes.

 

Le druidisme qui m’intéresse n’est pas celui qui permet à Le Monde de se donner un frisson archaïque entre deux sermons contre la réaction. 

C’est celui qui oblige à poser de mauvaises questions.

 Qu’est-ce qu’un peuple lorsque sa religion a été remplacée ? 

Qu’est-ce qu’une terre lorsque ses dieux ont été enfouis sous des saints ? 

Qu’est-ce qu’une tradition lorsque ses rites ont été brisés, puis reconstruits à partir de fragments ?

 Qu’est-ce que la Bretagne lorsque l’on cesse de la considérer comme une province pittoresque de la France culturelle, pour la regarder comme un vieux corps spirituel blessé ?

Ces questions-là ne sont pas aimables.

 Elles ne se prêtent guère aux photographies autour du feu.

 Elles ne font pas de bons papiers du week-end.

 Elles dérangent autant les catholiques tranquilles que les progressistes satisfaits, autant les folkloristes que les gestionnaires du patrimoine.

 Elles obligent à reconnaître que le retour des druides, s’il devait être autre chose qu’une scénographie forestière, serait aussi le retour d’une fidélité dangereuse. 

Dangereuse pour la France centralisatrice. 

Dangereuse pour le christianisme qui recouvrit les fontaines.

 Dangereuse pour la gauche qui ne supporte les racines qu’une fois transformées en animation culturelle.

 

C’est pourquoi l’article d’Anne-Lise est à la fois intéressant et insuffisant. 

Il montre un phénomène réel : la faim de sacré, le besoin de nature, la fatigue du monde matériel, le désir de renouer avec un terroir plus ancien que les idéologies. 

Il montre aussi, malgré lui, la manière dont la presse progressiste choisit ses religions acceptables. 

Le druidisme est bon lorsqu’il ressemble à une écologie sensible. 

Il deviendra mauvais le jour où il se souviendra qu’il est aussi une métaphysique de l’ordre, du rite, de la hiérarchie, de la vérité et de l’appartenance.

 

Sous les arbres de Tréffiagat, Le Monde paraissait soudain très petit. 

Le papier bruissait entre mes mains, mince feuille d’une époque qui croit pouvoir tout interpréter, tout neutraliser, tout accompagner vers le grand bain tiède du progrès. 

Les pierres, elles, n’interprétaient rien. Elles demeuraient. 

Leur silence avait plus de doctrine que bien des tribunes.

 Elles ne demandaient pas qu’on les « reconnecte » à la nature. Elles étaient la nature devenue mémoire, la mémoire devenue poids, le poids devenu rappel.

 

Le journal aime les druides lorsqu’ils apportent au progressisme une décoration celtique.

 Il les aimerait beaucoup moins s’ils redevenaient ce qu’ils prétendent parfois être : les gardiens d’un ordre plus ancien que Rome, plus ancien que l’Église, plus ancien que la France, et certainement plus ancien que Le Monde.

Par Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
balbino.katz@pm.me.

http://druidisme.org/index.html

Crédit photo : DR (photo d’illustration)

 


 

BRETAGNE : RECONQUÊTE ET LES PARENTS VIGILANTS ! STOP A L' ENDOCTRINEMENT DE NOS ENFANTS ......

 REVUE DE PRESSE !

Brest : Reconquête ! et les « Parents vigilants »

 se mobilisent contre des animations LGBTQIA+ 

destinées aux enfants dans les médiathèques

Le parti Reconquête ! et le réseau des « Parents vigilants » appellent à un rassemblement ce mercredi 3 juin 2026, de 14 h 30 à 16 h, devant l’hôtel de ville de Brest, place de la Liberté.

 Leur objectif : obtenir l’annulation d’animations liées aux thématiques LGBTQIA+ programmées dans les médiathèques de la ville à l’occasion du « Mois des fiertés ».

 

À l’origine de la mobilisation, Emmanuelle Nouyou, déléguée départementale adjointe de Reconquête ! dans le Finistère et responsable du parti à Brest.

 Elle conteste plusieurs événements portés par l’association « Exergue », prévus les 6 et 13 juin dans le réseau des médiathèques municipales.

 Le programme comprend notamment des lectures animées par des personnes drag à destination des enfants de 4 à 7 ans, ainsi que des ateliers philosophiques intitulés « Exprimer sa différence » pour les 8-12 ans.

 

Une demande de neutralité du service public

Dans son communiqué, Emmanuelle Nouyou indique avoir alerté le maire de Brest ainsi que le ministre de l’Éducation nationale sur ce qu’elle qualifie d’« infiltration récurrente de projets idéologiques » au sein des établissements scolaires et sur « le devoir de neutralité du service public ». 

Ces démarches seraient restées sans réponse.

« Si cette association est légitime, nous sommes contre l’endoctrinement des petits de 4 à 7 ans par des lectures, contre l’encouragement à faire son coming out sous l’appellation d’un atelier philo », écrit la responsable brestoise.

 Elle vise des activités organisées « avec au minimum l’accord de la mairie » dans des lieux publics. 

Selon le tract de mobilisation, l’association Exergue affiche pour objectif de « mettre en avant la scène drag et queer racisée ».

 

Pour Reconquête !, « l’utilisation de l’argent des contribuables pour promouvoir de telles activités auprès de très jeunes enfants interroge fortement sur la neutralité du service public ».

 Le parti réclame que les écoles et les lieux culturels restent des espaces « sanctuarisés, exempts de tout militantisme sociétal ». 

La préfecture a été informée du rassemblement, conformément à la réglementation.

 

Qui sont les « Parents vigilants » ?

Lancé en septembre 2022 par Reconquête !, le réseau des « Parents vigilants » se présente comme un collectif de parents d’élèves entendant « protéger les enfants » au sein de l’école publique. 

Le mouvement s’est donné pour mission de surveiller les projets pédagogiques et les interventions extérieures, dénonçant ce qu’il qualifie d’idéologie « woke ».

Ses partisans y voient une défense des valeurs traditionnelles et de l’autorité parentale.

 Ses détracteurs, notamment les syndicats enseignants, dénoncent à l’inverse une « bataille culturelle » et pointent des méthodes susceptibles, selon eux, d’intimider le personnel éducatif.

 

Médiathèques : un public jeune en recul, une programmation de plus en plus militante

Au-delà du cas brestois, la controverse rejoint une interrogation plus large sur l’orientation prise par une partie des bibliothèques publiques.

 Programmation autour du genre, événements pour le « Mois des fiertés », ateliers de « déconstruction des stéréotypes », cycles antiracistes : l’offre culturelle de nombreuses médiathèques, en Bretagne (nous l’avons constaté à Quimper, Carhaix, Guingamp, Rennes, Saint-Malo, Saint-Brieuc) comme ailleurs, s’est sensiblement engagée sur le terrain politique et sociétal ces dernières années, avec une prise en otage systématique des lecteurs, qui n’ont pas d’autres choix que de se retrouver avec des livres sur « le genre », « les stéréotypes », « la lutte contre le racisme », « les fiertés noires », devant les yeux (cocasse, quand on sait que souvent, les acteurs culturels qui distillent cela sont les mêmes qui critiquent le fait que les livres de Zemmour and co soient trop mis en avant dans les gares, par exemple, alors qu’eux mêmes violent la neutralité d’un service public).

Reste une question que les promoteurs de cette programmation abordent rarement : celle de son adéquation avec les attentes du public familial. 

La fréquentation des bibliothèques par les plus jeunes recule depuis plusieurs années — un phénomène généralement imputé à la concurrence des écrans et à l’évolution des usages.

 Mais on peut légitimement se demander si une orientation perçue comme militante par une partie des familles ne contribue pas, à sa façon, à éloigner un public qui attendait d’abord de ces lieux qu’ils restent des espaces de lecture et de découverte, et non de prosélytisme.

 C’est précisément ce reproche de partialité que portent les organisateurs du rassemblement de mercredi.

Crédit photo : DR

 

ET AUSSI

 

Actes anti-LGBT : un rapport de la 

Fondation Jean-Jaurès alarme sur les

 chiffres… tout en reconnaissant qu’ils ne

 mesurent pas ce qu’ils prétendent

La Fondation Jean-Jaurès, première fondation politique française et ouvertement sociale-démocrate, publie en juin 2026, en ce quasi obligatoire sous peine d’homophobie « Mois des fiertés LGBT », une étude intitulée Actes anti-LGBTI+ en France, soutenue par la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). 

Le document, coordonné par Flora Bolter, codirectrice de l’Observatoire LGBTI+ de la Fondation, s’ouvre sur un constat spectaculaire : les infractions anti-LGBT enregistrées par la police auraient presque triplé en dix ans, passant de 1 810 actes en 2016 à 4 945 en 2025.

Le chiffre est brandi en préface comme une preuve de l’aggravation des violences. 

Mais la lecture du rapport lui-même conduit à plusieurs nuances que ses propres auteurs assument.

 

Quand le rapport reconnaît que la hausse n’est pas forcément celle des faits

L’étude admet noir sur blanc que l’augmentation des actes enregistrés « n’est pas nécessairement en soi négative ».

  Elle reprend une formule de l’Unicef appliquée aux violences faites aux enfants, selon laquelle la hausse des signalements peut être « le résultat souhaité » d’une politique publique, parce qu’elle traduit une amélioration de l’accès aux dispositifs d’aide. 

Le rapport en tire la conséquence logique : l’augmentation des chiffres « n’est pas nécessairement uniquement l’indication d’une augmentation des faits, mais peut-être aussi d’un recours plus systématique au signalement ».

Autrement dit, le document qui ouvre sur un triplement alarmant des actes reconnaît, quelques pages plus loin, qu’une part inconnue de cette hausse mesure la confiance dans la plainte, et non la violence réelle. 

La préface elle-même va dans ce sens en affirmant que « tout progrès dans l’accueil des victimes se traduira par une hausse des plaintes »

La distinction entre le thermomètre et la température, pour reprendre l’image du rapport, reste donc largement indéterminée.

On notera au passage que la préface signale un ralentissement sur un an (+2 % en 2025, après une hausse moyenne de 15 % par an entre 2016 et 2023), tout en prévenant immédiatement qu’il « ne saurait être lu comme un infléchissement ». 

La grille de lecture est posée d’avance : la hausse prouve l’aggravation, la stabilisation ne prouve pas l’amélioration.

 

La posture de victimisation revendiquée comme méthode

 

Le rapport ne s’en cache pas : il assume une approche militante. 

 

Flora Bolter écrit que l’Observatoire LGBTI+ ne saurait se présenter comme « un arbitre disciplinaire » des observations quantitatives, et revendique une connaissance issue non des seules études universitaires mais aussi de « nos expériences de vie et notre engagement actif de longue date au sein du mouvement ».

 La démarche affichée consiste explicitement à « rendre visible en quoi une réalité est insupportable et en souligner la fréquence », sur le modèle revendiqué du mouvement féministe.

 

Le cadre théorique mobilisé, le « triangle des violences » du sociologue Johan Galtung, permet d’élargir considérablement le périmètre : au-delà des violences « directes » qui tombent sous le coup de la loi, le rapport range parmi les « violences » les stéréotypes, les débats politiques et les opinions.

 Les opposants au mariage pour tous de 2013 ou à l’extension de la PMA y sont ainsi rangés dans les « violences culturelles ». 

L’expression d’un désaccord politique devient, dans cette grille, une forme de violence — ce qui dilate la notion bien au-delà de toute définition pénale.

 

Le non-dit sur les auteurs : la « banlieue homophobe », thèse réfutée avant d’être examinée

C’est sans doute le passage le plus révélateur. 

Le rapport consacre une contribution entière, signée des sociologues bordelais Arnaud Alessandrin et Johanna Dagorn, aux espaces publics et aux quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). 

 

Et les chiffres qu’il rapporte pour la Seine-Saint-Denis sont accablants.

Dans ces quartiers, seules 15 % des personnes interrogées se sentant discriminées sur leur orientation ou leur identité estiment être protégées par la loi, contre 32 % dans les enquêtes menées hors QPV.

 

 Surtout, 24 % des témoins présents lors d’un acte discriminatoire y prennent part, contre 13 % en moyenne ailleurs. 

 

Cette population, écrivent les auteurs, « vit massivement plus d’agressions physiques, sexuelles, mais aussi plus de harcèlement, de moqueries et d’injures que la moyenne ».

Face à des données aussi nettes, on pourrait s’attendre à une interrogation sur les causes.

 

Le rapport fait l’inverse : il consacre l’essentiel de son développement à disqualifier par avance toute lecture qui rapporterait ces violences à un environnement particulier.

 

 La « thèse de la banlieue homophobe » y est qualifiée, en s’appuyant sur le sociologue Éric Fassin, de « discours culturaliste » opérant un glissement vers une « prétendue différence de mœurs ». 

Les auteurs affirment que la violence dans les QPV « ne saurait être réduite à la religion ou à la culture d’origine ».

Le procédé est notable : le rapport reconnaît les faits — une surexposition documentée des personnes LGBT à la violence dans certains quartiers, et une participation accrue des témoins — mais s’interdit méthodologiquement d’en nommer une partie des auteurs.

 La question des origines des agresseurs n’est jamais posée ; elle est écartée comme illégitime avant même d’être formulée.

 Dans un document de près de cinquante pages qui se veut, selon les mots de la Dilcrah, une « boîte à outils de référence » sur les auteurs et les victimes, l’angle mort est choisi.

 

Un ennemi clairement désigné : le « méchant blanc »

À défaut d’examiner les auteurs des violences de terrain, le rapport leur substitue un coupable idéologique précis. 

 La contribution de la journaliste Pauline Ferrari sur les « masculinismes » désigne nommément l’adversaire : l’« extrême droite », le « suprémacisme blanc », la théorie du « Grand remplacement », les catholiques « réactionnaires ». 

 

L’argumentaire LGBTphobe y est présenté comme « blanc » par nature, et associé à des figures et mouvements identifiés à la droite et à l’extrême droite françaises.

 

La construction est cohérente avec l’orientation de la Fondation : l’hostilité aux personnes LGBT est attribuée prioritairement à un camp politique — le camp conservateur et identitaire — tandis que les violences statistiquement concentrées dans certains territoires sont, elles, soigneusement détachées de tout déterminant culturel ou religieux.

 Deux poids, deux mesures dans l’attribution des responsabilités.

 

Le rapport contient des données sérieuses et reconnaît lui-même la fragilité d’une partie de ses sources : faiblesse des échantillons pour les personnes trans et intersexes, impossibilité de distinguer les mobiles dans les bases de données justice, écart énorme entre les actes enregistrés et les condamnations effectives (228 condamnations recensées en 2020 pour 1 590 victimes de crimes et délits comptabilisées la même année par les services). 

Ces précautions, à mettre au crédit des auteurs, contredisent l’usage politique simplificateur qui sera fait des chiffres de tête.

 

Reste l’essentiel : un document financé par l’État (via vos impôts-, produit par une fondation revendiquant son engagement, qui alarme sur des chiffres dont il reconnaît qu’ils ne mesurent pas forcément ce qu’on leur fait dire, et qui choisit d’examiner certains auteurs de violences tout en s’interdisant d’en nommer d’autres.

 Mesurer pour agir, proclame le sous-titre. 

Encore faut-il accepter de regarder l’ensemble des données — y compris celles qui dérangent la thèse.

 

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[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. 

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