mardi 6 octobre 2026

LA CHRONIQUE DE BALBINO KATZ. " VENTS ET MARÉES " ...... LA VIERGE SOUILLÉE , BRISÉE ET LA COLÈRE CORSE !

           CHRONIQUE ! 

La Vierge brisée et la colère corse

Aujourd’hui, je suis loin du café des Brisants. 

Point de Léchiagat, point de chalutiers derrière les vitres, point de cette lumière grise et changeante qui donne à la Bretagne son humeur de vieille dame capricieuse. 

 

Je suis assis sur une place de Barjols, en Provence, devant un lait d’orgeat, sous un soleil de plomb qui ressemble aux derniers coups de griffe d’un été refusant de rendre les armes. 

On nous promet pourtant la pluie. 

Si j’en juge par les orages rencontrés sur la route, au large de Montpellier, ce ne sera pas une plaisanterie. La pluie bretonne est une affaire de patience ; celle du Midi peut devenir une affaire de salut public. 

Les Espagnols parlent encore volontiers de gota fría ; de ce côté-ci des Pyrénées, nous connaissons les épisodes cévenols, lorsque le ciel méditerranéen semble tout à coup vouloir tomber sur la terre.

Je parcours les journaux. Ils se font l’écho de ces journées consternantes de violences lycéennes qui ont accompagné la rentrée sociale. Les photographies sont parfois plus instructives que les articles. 

Elles montrent des visages, des groupes, une sociologie, des manières de se vêtir et d’occuper la rue. Pourtant, le commentaire demeure presque toujours au ras de l’événement : colère lycéenne, revendications sociales, mobilisation contre le gouvernement, antifascisme, inquiétude devant l’avenir. 

Tout cela existe sans doute. 

 

Tout cela ne dit cependant pas tout.

Il est devenu singulièrement difficile, dans la grande presse comme dans les feuilles régionales, de regarder en face la dimension ethnique, culturelle et parfois religieuse de certaines mobilisations contemporaines. 

On décrit les mots d’ordre, rarement les hommes qui les portent. 

On disserte sur les causes proclamées et l’on détourne pudiquement les yeux de ce qui crève l’image. Le procédé est devenu si habituel qu’on finit par ne plus le remarquer : une photographie peut montrer une France et le commentaire en raconter une autre.

C’est ce qui me rend ces journées plus inquiétantes encore. 

J’y vois moins une crise passagère qu’une sorte de répétition générale, certes imparfaite, de ce qui pourrait advenir en 2027 si la candidate du Rassemblement national remportait l’élection présidentielle. 

Une partie de la gauche ne resterait vraisemblablement pas les bras croisés.

 Jean-Luc Mélenchon sait qu’il peut encore rêver d’arriver en tête de son camp et peut-être d’accéder au second tour ; il sait également combien la conquête de l’Élysée demeure une entreprise autrement hasardeuse. 

Il lui resterait alors ce que la politique française appelle depuis quelques années le « troisième tour » : la rue.

 

La France insoumise dispose désormais autour d’elle d’un milieu militant, associatif, syndical et culturel capable de mobilisations considérables. 

À cette force organisée s’ajoute une fraction nombreuse de la jeunesse issue de l’immigration afro-musulmane, notamment dans les grandes agglomérations, que Mélenchon et les siens ont méthodiquement entrepris de constituer en clientèle électorale et en force politique.

 C’est cette France nouvelle qu’ils célèbrent, celle dont ils annoncent volontiers l’avènement démographique et électoral. Que se produirait-il si une victoire du RN était présentée non comme l’alternance régulière d’une démocratie, mais comme une catastrophe historique justifiant la désobéissance ?

 Nul ne peut le savoir. Il serait néanmoins imprudent de ne pas se poser la question.

Les émeutes que nous avons connues pourraient alors nous sembler, par comparaison, des pardons bretons ou d’aimables fêtes civiques. La fracture ne serait plus seulement politique. 

Elle traverserait les appartenances, les territoires, les générations et les communautés. 

Et j’avoue une inquiétude supplémentaire : je ne suis nullement certain qu’un Rassemblement national parvenu au pouvoir possède la cuirasse intellectuelle nécessaire pour affronter pareil conflit. 

Des décennies de culpabilisation, de peur des mots et de désarmement moral ne disparaissent pas dans la nuit d’un scrutin présidentiel.

Au milieu de ces pensées assez sombres, une petite affaire corse m’a pourtant apporté une manière de réconfort. Elle est sordide dans ses commencements et presque archaïque dans son dénouement 

 

C’est précisément pour cela qu’elle mérite que l’on s’y arrête.

 


 

Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, à Porto-Vecchio, deux jeunes saisonniers s’en prennent à une statue de la Vierge Marie installée au rond-point de Stabiacciu.

 La scène est filmée par les intéressés eux-mêmes. 

L’un se suspend à la statue, mime un acte sexuel et tient des propos obscènes tandis que son compagnon filme en riant. 

La statue est finalement arrachée de son socle et retrouvée à terre.

 Les deux hommes, âgés d’une vingtaine d’années, sont interpellés quelques heures plus tard et poursuivis pour dégradations graves en réunion et exhibition sexuelle.

Le choix de la victime symbolique n’est pas indifférent.

 La Vierge n’est pas en Corse un bibelot municipal posé là pour meubler un rond-point.

 Sa vénération y est ancienne ; elle est considérée comme patronne de l’île et fut proclamée « reine immaculée de la Corse » au XVIIIe siècle. Détruire une telle statue, puis faire de cette destruction un spectacle destiné aux réseaux sociaux, revient donc à toucher quelque chose qui appartient à la mémoire collective autant qu’à la religion.

L’affaire aurait pu être rangée parmi les sottises alcoolisées de deux garçons imbéciles. 

C’est ici que l’analyse de Nicolas Battini devient intéressante. 

Celui-ci a retrouvé sur les réseaux sociaux de l’un des protagonistes une publication proclamant : « La jeunesse emmerde le Front National ». Le même jeune homme revendiquait par ailleurs son athéisme.

 Battini tranche sans fioritures : un individu qui brise une statue de la Vierge, revendique son athéisme et affiche en même temps des mots d’ordre hostiles au RN, cela porte selon lui un nom : « gauchisme ».

Le mot importe moins que le faisceau d’indices. Battini ne prétend pas seulement découvrir une préférence électorale derrière un acte de vandalisme. Il voit dans ce geste une détestation de « tout ce qui définit la Corse telle que nous l’aimons ».

 Et il retourne l’accusation contre cette partie du nationalisme corse qui passe son temps à pourfendre la droite française tout en considérant la gauche radicale comme un partenaire fréquentable.

On ne peut, dit-il en substance, permettre au gauchisme d’infuser dans la société corse et s’étonner ensuite des fruits qu’il porte.

Son observation la plus fine concerne pourtant autre chose. 

Lorsque l’identité des suspects fut connue, certains à gauche semblèrent surtout soulagés qu’ils ne fussent pas musulmans.

 Battini juge ce réflexe à la fois insultant et révélateur. 

Il rappelle que la plupart des musulmans qui résident en Corse respectent les symboles religieux, y compris chrétiens, et que la plupart des Européens venus du continent en font autant parce qu’ils reconnaissent là, même sans partager la foi, une part de leur culture commune. La question n’était donc pas seulement celle de l’origine des profanateurs.

 Elle était celle de leur univers mental.

Voilà précisément le point crucial. On peut être athée et comprendre ce qu’est une église, une croix, une statue de la Vierge, un cimetière, une procession ou un sanctuaire.

 Je ne suis moi-même pas chrétien ; cela ne m’empêche nullement de savoir que le catholicisme appartient à l’épaisseur historique de l’Europe et qu’une Vierge corse est infiniment davantage qu’un morceau de pierre placé sur le domaine public.

 Il faut avoir subi une singulière déformation de l’esprit pour croire que l’on manifeste sa liberté en mimant un acte sexuel sur un symbole que des générations d’hommes et de femmes ont révéré.

C’est ce que Battini appelle le gauchisme, et le terme me paraît ici moins désigner une carte de parti qu’une disposition mentale. Il n’est même pas nécessaire que ces garçons aient lu Bakounine, connu la Commune ou fréquenté quelque groupuscule révolutionnaire. 

L’idéologie réussit parfaitement lorsqu’elle n’a plus besoin d’être enseignée. 

Elle devient une ambiance. 

Une certaine jeunesse a grandi dans un monde où l’on explique continuellement que l’héritage doit être déconstruit, que la tradition est suspecte, que l’autorité opprime, que la transgression libère et que les symboles de la vieille Europe méritent au mieux l’ironie, au pire le mépris.

Battini va plus loin encore lorsqu’il met en cause les responsabilités politiques. 

Selon lui, encourager ce gauchisme, pactiser avec lui, lui abandonner des positions intellectuelles et culturelles, c’est devenir complice des transformations négatives qu’il produit en Corse comme ailleurs en France et en Europe. Sa formule mérite d’être méditée par ceux des nationalistes insulaires qui imaginent encore pouvoir préserver leur peuple tout en empruntant à l’extrême gauche sa vision du monde. On ne conserve pas longtemps une identité avec l’outillage intellectuel conçu pour dissoudre toutes les identités héritées.

De là naît une curieuse morale à géométrie variable. La violence est abominable lorsqu’elle frappe la bonne cause ; elle devient « colère », « débordement », « action militante » ou « geste de rupture » lorsqu’elle procède du camp réputé émancipateur. Ce lavage de cerveau n’a pas besoin d’un commissaire politique. Il se fait par imprégnation, à petites lampées, dans les slogans, les réseaux sociaux, certains discours scolaires et universitaires, jusqu’à fabriquer des jeunes gens persuadés que l’insolence constitue une pensée et que la profanation est une forme de liberté.

 

Seulement, ces deux garçons avaient oublié qu’ils étaient en Corse.

La réaction fut presque immédiate. 

La Ghjuventù Indipendentista appela à se rassembler devant la gendarmerie de Porto-Vecchio sous une formule qui résume assez bien toute l’affaire : « Terra Corsa, Terra Cristiana », terre corse, terre chrétienne.

 La condamnation traversa les différentes familles du nationalisme insulaire. 

Près de deux cents personnes se retrouvèrent devant la brigade. 

Un corbillard arriva. 

On en sortit un cercueil vide portant les noms des deux suspects, qui fut déposé devant les grilles.

Le symbole était macabre et nul n’est obligé d’en goûter la manière.

 Il ne faut surtout pas le confondre avec une justice privée ni avec une menace que l’on aurait le droit de mettre à exécution. 

Ce qui m’intéresse est ailleurs : dans cette capacité collective à signifier, de façon presque primitive, qu’une limite venait d’être franchie. 

À Porto-Vecchio, l’affaire ne fut pas traitée comme un banal fait divers commis par deux imbéciles avinés.

La communauté s’est sentie atteinte parce qu’un de ses symboles avait été atteint.

Le maire, Jean-Christophe Angelini, réclama une réponse judiciaire d’une « extrême sévérité » et souhaita que les auteurs, leur peine accomplie, quittent le pays et n’y reviennent plus. 

Il annonça que la statue serait remplacée dans les plus brefs délais, « conformément à nos traditions, aux souhaits des Porto-Vecchiais et à notre volonté politique ». 

La paroisse organisa, quant à elle, un temps de prière sur les lieux mêmes de la profanation.

 Tout est dans ces quelques mots : nos traditions. Il existe encore des endroits où le possessif n’est pas considéré comme une inconvenance.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. 

Elle prit au contraire un tour presque picaresque.

 Placés sous contrôle judiciaire avec obligation de quitter immédiatement la Corse, les deux prévenus se rendirent à l’aéroport d’Ajaccio pour prendre un avion à destination de Paris.

Ils furent reconnus, hués et conspués. 

Devant l’agitation, le commandant de bord renonça à les embarquer. Ils cherchèrent ensuite une chambre à l’hôtel Campo dell’Oro. La direction, découvrant leur identité, leur demanda de quitter les lieux et publia un communiqué d’une délicatesse toute méditerranéenne précisant qu’elle n’avait jamais accepté, en connaissance de cause, d’héberger « ces personnes débris de l’humanité ».

 

On en arriva à cette situation assez ubuesque où l’État ordonnait à deux hommes de quitter la Corse tandis que la colère des Corses leur rendait le départ singulièrement difficile. 

Un autre avion fut envisagé, puis un vol affrété par l’administration pénitentiaire finit, selon Corse-Matin, par les ramener sur le continent. 

Leur séjour insulaire s’achevait ainsi presque clandestinement, comme si la société tout entière les avait rejetés hors d’elle avant même que la justice ne statue sur les faits.

Cette histoire dit quelque chose que les statistiques saisissent mal.

 Un peuple existe encore lorsqu’il subsiste des choses que l’on ne peut pas faire devant lui sans provoquer une réaction.

 Il commence à mourir lorsque tout peut être profané, insulté, détruit, retourné en dérision, sans que personne n’éprouve autre chose qu’un haussement d’épaules.

Je ne suis pas chrétien et ne vais donc pas feindre ici une dévotion qui n’est pas la mienne mais que j’intègre dans mon univers mental. Cela me rend peut-être plus sensible encore à la nature véritable de l’affaire.

 La statue de Porto-Vecchio n’appartient pas seulement au catéchisme.

 Elle appartient à un paysage, à une histoire, à une communauté humaine qui la reconnaît comme sienne. 

C’est cela que les Corses ont défendu : non une abstraction théologique, mais une continuité.

L’Europe contemporaine a tellement pris l’habitude de courber l’échine que la simple apparition d’une indignation collective paraît désormais exotique.

 On nous a appris à ne pas répondre, à ne pas généraliser, à ne pas stigmatiser, à attendre le communiqué du parquet et les commentaires savamment équilibrés.

 Les Corses, eux, ont répondu à leur manière, excessive parfois, rugueuse assurément, en rappelant une vérité élémentaire : une terre n’est pas seulement une circonscription administrative. 

Elle possède ses morts, ses saints, ses usages, ses interdits, ses fidélités et ses susceptibilités.

C’est pourquoi, sous le soleil de Barjols, cette histoire m’a rendu un peu moins pessimiste. Je ne souhaite évidemment à personne le cercueil que certains déposèrent devant la gendarmerie de Porto-Vecchio.

 J’y vois cependant, débarrassé de sa théâtralité funèbre, le signe qu’il subsiste encore des réserves d’indignation. Tout n’est pas devenu indifférent. 

Tout n’est pas interchangeable.

Il existe encore des hommes pour lesquels certaines choses ne se font pas.

 

Et tant qu’un peuple conserve quelques choses sacrées, religieuses pour les uns, historiques, charnelles ou ancestrales pour les autres, il n’est pas entièrement mort.

 

 La pluie promise finira tout à l’heure par tomber sur Barjols. 

Les vieilles pierres provençales l’absorberont, comme elles en ont absorbé d’autres depuis des siècles. Je veux croire qu’il en va de même des peuples. 

Sous les couches successives de résignation demeure parfois une terre plus ancienne, que l’on croyait desséchée et qui n’attendait qu’un orage pour montrer qu’elle était encore vivante.

Par Balbino Katz
— chroniqueur des vents et des marées —
balbino.katz@pm.me

Crédit photo : DR
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MOUVEMENT LYCÉENS OU PRÉMICE D' UNE GUERRE CIVILE ! POUSSÉE PAR DES INGÉRENCES EXTÉRIEURS ???

 

Mouvement lycéen : vingt ans après le CPE, le même scénario, en pire

Photo : Le JDF

Combien seront-ils ce mardi 6 octobre dans les rues de Paris, de Rennes, de Lille ou de Marseille ? 

Personne, au sommet de l’État, ne le sait vraiment. 

Ce qui est certain, c’est que le mouvement lycéen né des doléances sur les remplacements, le bâti et l’organisation du temps scolaire n’est déjà plus un simple conflit d’établissement. 

Il est devenu une crise politique, avec son cortège de blessés, ses syndicats en renfort et un gouvernement qui cherche encore la porte de sortie.

Dimanche soir, Sébastien Lecornu a publié une lettre en cinq points.

 Lundi, elle était déjà dépassée par le drame de Lens : un adolescent de 15 ans a perdu sa main gauche après avoir ramassé une grenade de désencerclement. 

Au ministère de l’Intérieur, on parle de « drame » et on promet que « toute la lumière sera faite ». 

Le bilan provisoire, lui, est déjà lourd : 215 blessés parmi les élèves, 715 parmi les policiers et gendarmes, 85 parmi les personnels éducatifs, dont 34 chefs d’établissement ou adjoints. 

Une dizaine d’enquêtes de l’IGPN sont ouvertes. 

On est loin du registre habituel des revendications pédagogiques.

Pierre Sourzat, président de l’association Les Lycéens, le dit sans détour : « Plus je parle avec des lycéens, plus je me dis que le mouvement n’est pas près de s’arrêter. » 

L’argument est connu. 

Depuis dix ans, et les deux quinquennats Macron, les promesses sur l’école se sont empilées sans produire d’effet visible dans les classes. 

Remplacements non assurés, bâtiments dégradés, emplois du temps chaotiques : le terreau est réel. 

Ce qui l’est moins, c’est la capacité du mouvement à rester dans ce cadre.

Les organisations étudiantes ont déjà élargi le front. 

Suzanne Nidjam, présidente de la Fage, revendique des « revendications communes » — bâtiments qui s’effondrent, suppressions de cours — et refuse l’apaisement au motif que « la jeunesse n’est pas écoutée depuis plusieurs années ».

 La CGT, de son côté, a annoncé qu’elle encadrerait le cortège parisien partant de la place de la République. 

Bertrand Pré, secrétaire confédéral, parle de « sécurité » pour l’expression des revendications. 

L’encadrement syndical n’a pourtant jamais empêché les débordements en marge des blocus, et plusieurs voix au gouvernement s’attendent à une journée plus dure que les émeutes de 2023.

Dans la majorité, le diagnostic est sec. 

Un député Ensemble pour la République résume l’impasse : soit l’opinion se retourne — ce que le drame de Lens rend peu probable —, soit l’exécutif cède.

 Or la seule mesure rapidement réalisable, le retour sur la place du téléphone au lycée, ne répond à aucune des doléances de fond. 

Un ministre va plus loin et désigne Édouard Geffray, conseiller d’État arrivé rue de Grenelle il y a un an, comme le principal responsable : « Il a mis trop de temps à comprendre ce qu’il se passait. 

Voilà ce que ça donne quand on met des technos à ce genre de poste. »

 Le parallèle avec 2023 est assumé. 

Il est aussi commode : il dispense de s’interroger sur la chaîne de commandement réelle, de l’Intérieur à la Justice, déjà réunie en boucle resserrée avec Lecornu, Laurent Nuñez et Gérald Darmanin.

 

Geffray, lui, multiplie les gestes. 

Déplacement lundi dans un lycée de Guyancourt, plate-forme de concertation annoncée pour le soir même, reprise progressive des cours dès mercredi, d’abord avec les personnels, puis avec les élèves.

 Le message est celui de la continuité : « On ne peut pas empêcher les lycéens d’aller en classe. »

 Il devra d’abord passer l’épreuve de la rue.

Le mouvement a aussi ses lignes de fracture internes. 

Nathanaël Combary, président de Renouveau Lycéen et adhérent Renaissance, ne sera pas à la manifestation. 

Visé par LFI pour cette appartenance, il a renoncé après avoir entendu les recommandations du ministère de l’Intérieur, tout en appelant les lycéens à ne pas « sombrer dans une violence qui n’a rien à voir avec le mouvement et le décrédibilise ». 

 

Le modéré est déjà hors jeu. Le cortège, lui, partira.

Vingt ans après le CPE, le décor est reconnaissable : un pouvoir aux abois, des réponses tardives, une jeunesse dans la rue et un climat de violence qui échappe aux mots d’ordre initiaux.

 La différence est dans l’intensité du bilan sécuritaire, déjà atteint avant même la journée nationale. 

Les revendications sur les moyens existent. 

Elles ne suffisent plus à décrire ce qui se joue ce mardi.

Colère lycéenne : 5 060 gardes à vue et 1 802 poursuites

Depuis le début du mouvement lycéen, 5 060 gardes à vue ont été recensées et 1 802 procédures judiciaires engagées. 

Lundi 5 octobre, les blocages et perturbations touchent plus de 400 établissements scolaires.

Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, avait déclaré dimanche 4 octobre sur France 2 et France Inter que les cours seraient lundi « totalement ou partiellement » suspendus dans « 400 à 500 » lycées, sur les 3 700 que compte le pays, en raison de conditions de sécurité non réunies. 

Il avait précisé que le chiffre serait probablement similaire à celui de vendredi, avec une reprise partielle et progressive des enseignements.

Valérie Pécresse, présidente LR de la région Île-de-France, a déclaré sur BFMTV que « tous ceux qui seront sanctionnés en conseil de discipline n’auront plus accès aux aides de la région ».

 En Île-de-France, plus de 160 lycées sont fermés, soit plus d’un tiers des établissements. 

À Lille, le blocus se poursuit lundi et une manifestation est prévue devant le siège de la région.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a adressé dimanche soir une lettre à plusieurs ministres, dont Édouard Geffray, fixant une « feuille de route » avec « cinq chantiers » pour répondre aux difficultés des lycéens et des personnels. 

Des décisions sont attendues avant la fin du mois. 

Parmi les chantiers figurent le traitement prioritaire, dès cette semaine, des remplacements d’absences longues et des postes non pourvus, avec un bilan le 16 octobre, une réunion mardi avec les présidents de région sur la rénovation des établissements, et des propositions d’améliorations de Parcoursup d’ici fin octobre. 

M. Lecornu demande que les cours reprennent « partout » où la sécurité et l’état des locaux le permettent.

 

Jean-Luc Mélenchon a évoqué « le plus puissant mouvement de jeunesse lycéenne et étudiante depuis mai 68 ».

 Le député LFI Paul Vannier a saisi le parquet de Pontoise après avoir recueilli des témoignages de lycéens dénonçant des violences policières dans sa circonscription.

 

Né à la mi-septembre en région parisienne, le mouvement a progressé la semaine dernière, rythmée par une série d’incidents et d’affrontements avec les forces de l’ordre. 

Le bilan avancé par l’exécutif, d’après M. Geffray, compte notamment près de 85 % de mineurs parmi les personnes interpellées, 24 établissements « incendiés ou saccagés » et « 78 personnels de l’Éducation nationale blessés », « généralement par des personnes extérieures » aux lycées concernés.

 

Un « acte III » est promis mardi par l’Union syndicale lycéenne.

 Une large intersyndicale de l’Éducation nationale a invité à prendre part aux mobilisations.

 La CGT a fait savoir qu’elle serait « aux côtés » des lycéens, notamment pour « sécuriser » les manifestations, et a convié les salariés de l’énergie déjà en grève à s’y joindre. 

Des appels à une « semaine noire » ainsi qu’à des blocages quotidiens ont également circulé sur les réseaux sociaux.

Matignon considère que le mouvement a basculé vers des « violences urbaines ».

 De leur côté, plusieurs syndicats et associations, parmi lesquels la Ligue des droits de l’Homme, accusent le gouvernement de « réprimer » les lycéens avec une brutalité « disproportionnée », pour faire taire des revendications jugées « légitimes ».

 

Accusée par l’exécutif d’avoir attisé les tensions, 

La France insoumise a, par la voix de son coordinateur Manuel Bompard, dit dimanche « déplorer » les violences, tout en regrettant que l’exécutif « résume » le mouvement à ces débordements. 

Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, a estimé que si « tous les adultes descendent pour faire la solidarité avec les lycéens, la mobilisation se passerait mieux et peut-être que nous aurons aussi une meilleure prise en considération » de cette mobilisation « qui est digne ». 

Fabien Roussel, candidat communiste à la présidentielle, a invité enseignants, salariés et militants à soutenir les lycéens afin que « les revendications émergent plutôt que la violence ».

Comme lors des journées précédentes, les rassemblements sont en principe interdits lundi aux abords de nombreux établissements scolaires. 

À Nancy, la préfecture a prohibé les manifestations dans tout le centre-ville de lundi 6 heures à mercredi 7 heures.

Les lycéens demandent davantage de moyens pour leurs établissements.

 Ils mettent en cause les inégalités liées à Parcoursup, l’insalubrité des bâtiments, les absences non remplacées et des classes surchargées, en particulier dans les quartiers populaires.

 


 

 

 

BLOCAGES, MANIFESTATIONS , ÉMEUTES LYCÉENNES , LA CONVERGENCE D' UNE JEUNESSE GROUPUSCULAIRE D' EXTRÊME GAUCHE ET DIBERSITAIRE !

 REVUE DE PRESSE !


Émeutes lycéennes : entre colères stériles et non-dits
Retrouvez le dernier édito d'Olivier Frèrejacques

Les manifestations lycéennes qui ont cours en France font l’objet d’une couverture politiquement correcte redoutable, y compris à droite. 

Elle montre en réalité une convergence non concertée entre l’extrême gauche groupusculaire et une partie de la jeunesse diversitaire.

« On ne peut plus faire avec ces jeunes violents comme on pouvait les traiter après la guerre. » 

Ces mots du président de LR Bruno Retailleau sont étonnants de naïveté ou, a minima, de précaution.

En effet, qu’est-ce qui a changé entre les jeunes d’après-guerre et ceux que l’on voit dans les manifestations lycéennes de l’automne 2026 ? 

La réponse saute aux yeux : outre l’extrême gauche groupusculaire, habituée à ces exactions depuis des décennies, c’est une véritable transformation ethnique du pays qui se déroule sous nos yeux.

D’un côté, des lycées de centre-ville bloqués par des petits blancs, bourgeois gauchistes boutonneux, et de l’autre, une jeunesse diversitaire.

 

LFI comme coupable idéal : la pire des analyses

Face aux violences qui ont émaillé le mouvement, La France insoumise a rapidement pris le parti de soutenir sans réserve les lycéens, soufflant volontiers sur les braises de la colère, là où la gauche PS prend plus de précautions.

L’exécutif, une partie de la droite et de la presse ont relayé l’idée selon laquelle les renseignements évoqueraient une responsabilité de LFI et de ses « proxys d’ultra-gauche ».

Cette analyse est à prendre avec des pincettes. 

D’abord parce que l’extrême gauche groupusculaire, en dépit de quelques liens organiques, est très souvent hostile aux Mélenchonistes, qui n’agissent pas sur le même terrain, quand ceux-ci ne sont pas carrément considérés comme des sociaux-traîtres.

 

Il est également plus qu’improbable que les Insoumis jouent la carte « extraparlementaire » à quelques mois d’une élection dans laquelle les sondages leur sont flatteurs.

 La mort d’un policier ferait en effet plus de mal à LFI qu’à n’importe quel autre parti d’un point de vue électoral.

 

À droite comme à gauche, les logiques groupusculaires ne répondent pas aux mêmes ressorts que celles des partis.

Accuser LFI est probablement utile électoralement.

 Cela n’explique cependant pas la nature des émeutes et des violences.

 Nous sommes ici face à de petites révoltes idéologisées, facilitées par les réseaux sociaux et les messageries, ainsi qu’à l’expression d’une colère ethnique qui couve et qui n’arrêtera pas de grimper au gré des évolutions démographiques du pays.

 

Pour sortir de l’impasse, il convient de nommer les menaces et d’établir les responsabilités.

Si LFI est mise hors jeu dans quelques mois, de telles violences éclateront toujours et peut-être même plus, la soupape indigéniste institutionnelle canalisant probablement une partie de la colère.

 

À côté des méthodes groupusculaires d’extrême gauche, qui sont connues, documentées et quantifiables, l’arrivée de la jeunesse diversitaire constitue probablement une difficulté autrement plus grave à moyen et long terme.

Par Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique

 

ET AUSSI

 

[POINT DE VUE] 

Émeutes dans les lycées : l’ingérence du Qatar, on en parle ?

Le Qatar est en train de fanatiser une jeunesse qui possède un passeport français, mais qui déteste tout ce que représente la France.

@BV
@BV

Depuis une semaine, des lycées sont attaqués par des meutes de jeunes gens ultraviolents 

. Les images aberrantes de ces exactions, qui s’apparentent, par plus d’un aspect, à une répétition de la guerre civile, tournent en boucle à la télévision et sur les réseaux sociaux. 

Un œil guidé par une démarche spirituelle pourrait y voir la vengeance des forces des ténèbres contre le lumineux voyage du pape en France. 

Beaucoup de commentateurs ont déjà glosé sur ce « deux salles, deux ambiances » qui montre bien l’état de sécession auquel nous en sommes rendus, entre des jeunesses qui ne peuvent plus se comprendre. 

 

Mais cette fois, la question n’est pas là.

La question qui se pose, bien davantage, est celle de la perception de cette chienlit par les autres États. Les médias européens sont abasourdis, évidemment. 

Nous passons, une fois de plus, pour des faibles, avec notamment la désastreuse image de cette charge de CRS qui s’arrête net… simplement parce qu’en face, les manifestants ne s’enfuient pas. 

Il est toutefois intéressant de se demander comment nos adversaires, nos ennemis (« nos compétiteurs », dit-on désormais) exploitent nos faiblesses pour nous faire crouler de l’intérieur.

 

 Provoquer une guerre civile, rendre un peuple fâché contre lui-même, est l’un des plus sûrs moyens de le conquérir sans un coup de feu.

 L’Azerbaïdjan, avec le Bakou Initiative Group (BIG), s’est fait une spécialité d’attiser les haines « décoloniales » de nos outremers, notamment en Nouvelle-Calédonie et en Guyane. 

C’est la manière dont le régime d’Aliev se venge de notre soutien à l’Arménie.

Le Qatar, lui, possède une chaîne désormais bien connue, Al Jazeera, qui a émergé dans les semaines qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001.

 La version francophone de cette chaîne a eu l’intelligence de créer une branche numérique, AJ+. AJ+ est financée directement par Doha. 

Si l'on en croit l'imam Chalghoumi, on trouverait dans son sillage une organisation jeunesse qui s’appelle « Étudiants Musulmans de France » (EMF), qu’un rapport du ministère de l'Intérieur de mai 2025 identifiait comme une émanation de l’UOIF (devenue Musulmans de France), organisation elle-même considérée dans ce document comme « la branche nationale des Frères musulmans en France » – cette organisation que de nombreux pays, à commencer par l’Égypte où elle est née, classent comme terroriste.

 

Ingérence étrangère

Le 1er octobre, dès que les affrontements ont commencé à monter en puissance, AJ+ a publié des vidéos, sorties de leur contexte, dans lesquelles la caméra prenait systématiquement le parti des assaillants contre la police. 

Le discours était simple : la jeunesse a des revendications légitimes pour étudier convenablement, et la police réprime aveuglément cette mobilisation politique.

 

L’ingérence russe est certes la plus préoccupante du moment.

 Mais peut-être ferait-on aussi bien de s’interroger sur le mal que l’Azerbaïdjan ou, en l’espèce, le Qatar, font à nos démocraties médiatiques. 

Le Qatar est en train de fanatiser une jeunesse qui possède un passeport français, mais qui déteste tout ce que représente la France.

 Nous sommes à moins d’un an de l’élection présidentielle, et une partie de cette jeunesse, radicalisée par les discours victimaires d’AJ+, s’apprête à voter.

 C’est peut-être plus urgent que les « ingérences intérieures », qui ne sont rien d’autres que des opinions divergentes émises par des citoyens français…

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV.     https://www.bvoltaire.fr/point-de-vue-