Disons-le sans détour : il n’y a aucune sympathie particulière à éprouver pour les Frères musulmans, pour l’association des Musulmans de France, ou pour les cadres qui devaient prendre la parole ce week-end à la mosquée Assalam de Nantes lors de la Rencontre Annuelle des Musulmans de l’Ouest.
Leur projet idéologique est connu, documenté, parfaitement étranger aux fondements anthropologiques de la civilisation européenne et bretonne dans laquelle nous nous inscrivons.
Leur stratégie d’entrisme dans la société française est, depuis trente ans, méthodiquement décortiquée par les meilleurs spécialistes — de Florence Bergeaud-Blackler à Gilles Kepel en passant par les rapports successifs des services de renseignement.
Et pourtant.
Et pourtant l’interdiction préfectorale prononcée vendredi 22 mai 2026 par le préfet de Loire-Atlantique Fabrice Rigoulet-Roze, sur instruction du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, validée samedi matin par le tribunal administratif et saluée le soir même par le Premier ministre Sébastien Lecornu, doit nous inquiéter — nous, hommes et femmes attachés à la liberté d’expression, attachés à la cohérence intellectuelle minimale qui devrait présider à tout débat public.
Car le mécanisme déployé contre ce rassemblement est précisément celui qui sera, demain, déployé contre nous.
Et nous serions bien naïfs de l’ignorer.
La mécanique du préventif
Observons attentivement la motivation officielle.
Le préfet n’interdit pas la tenue d’un rassemblement à raison de propos effectivement tenus, qu’il faudrait alors poursuivre devant les tribunaux selon les voies normales du droit pénal.
Il interdit la tenue d’un rassemblement à raison de propos susceptibles d’être tenus par des intervenants susceptibles d’être présents.
C’est l’introduction officielle, dans le droit administratif français, du principe d’interdiction préventive sur la base d’une simple probabilité d’infraction.
Que cela soit clair : si demain un préfet considère qu’un rassemblement identitaire, royaliste, traditionaliste catholique, ou simplement souverainiste-conservateur risque d’accueillir des intervenants susceptibles de tenir des propos susceptibles de constituer des infractions — par exemple en matière de provocation à la discrimination, de contestation de tel ou tel dogme historique, ou plus simplement de critique d’une politique migratoire qualifiée d’inadaptée —, le même outil sera mobilisé.
La même validation par le tribunal administratif suivra.
Le même Premier ministre saluera la fermeté de l’État face à un nouvel ennemi de la République.
Toute personne qui croit que cet arsenal sera utilisé exclusivement contre les organisations qu’elle réprouve fait preuve d’un aveuglement coupable.
L’histoire récente du droit français — Pleven 1972, Gayssot 1990, Lellouche 2003, Perben II 2004, lois mémorielles successives — démontre une vérité élémentaire : les outils répressifs créés contre une cible particulière finissent toujours, et sans exception, par s’étendre à toutes les autres cibles que le pouvoir juge inopportunes.
L’avocat Éric Delcroix, dans son dernier essai Droit, race et chaos ethnique, le rappelle avec une lucidité tranchante : un demi-siècle de lois liberticides en France a été voté par la droite parlementaire, par crainte d’être diabolisée par une gauche dont elle a fini par adopter intégralement la vulgate.
Sébastien Lecornu et Laurent Nuñez, en saluant l’interdiction de Nantes, ne sont que les énièmes héritiers de cette tradition de capitulation morale.
Le double piège
Il y a, dans cette interdiction, un double piège tendu aux esprits français.
Le premier piège consiste à confondre approbation et tolérance.
Approuver le contenu d’un discours et tolérer qu’il soit prononcé sont deux opérations radicalement différentes.
L’État libéral classique, hérité des Lumières — ce qui en reste —, distinguait soigneusement ces deux registres : on peut combattre intellectuellement, politiquement, médiatiquement, des positions qu’on désapprouve, sans recourir au monopole de la violence légitime pour les empêcher d’exister dans l’espace public.
C’est précisément cette distinction qui s’efface aujourd’hui.
La République, devenue moralisatrice et procédurière, n’accepte plus de cohabiter avec ce qu’elle réprouve.
Elle interdit.
Le second piège, plus sournois, consiste à se laisser convaincre que la machine répressive ainsi mise en marche s’arrêtera après avoir traité ses cibles désignées.
Elle ne s’arrêtera pas.
Elle ne s’arrête jamais.
Les Britanniques l’apprennent en ce moment même : à Londres, samedi 16 mai dernier, le rassemblement Unite The Kingdom organisé par Tommy Robinson a été surveillé par reconnaissance faciale en direct, plusieurs orateurs européens se sont vu refuser l’entrée sur le territoire britannique, des milliers de policiers ont été déployés, des véhicules blindés menacés d’être engagés pour la première fois sur le sol national.
La marche pro-palestinienne du Nakba Day, qui se déroulait le même jour, n’a fait l’objet d’aucune de ces mesures — alors même qu’elle charriait selon les observateurs présents la rhétorique la plus haineuse.
Le scénario britannique sera le scénario français.
Il l’est déjà en partie.
Lorsque l’État français aura achevé de muscler son arsenal répressif sur le dos des Frères musulmans, il s’en prendra aux patriotes, aux écrivains dissidents, aux identitaires, aux conservateurs, aux nationalistes — bref à tous ceux que la doxa gouvernementale du moment estimera susceptibles de troubler la cohésion nationale et la dignité humaine.
L’hypocrisie monumentale du pouvoir
Mais il y a, dans cette interdiction, un élément plus scandaleux encore — et qui révèle l’imposture totale de la posture gouvernementale.
Si les autorités françaises considèrent réellement que des cadres des Frères musulmans représentent une menace pour la République et ses valeurs, qu’elles aient le courage politique élémentaire d’en tirer les conclusions logiques : l’expulsion des étrangers concernés, la déchéance de nationalité pour les binationaux compromis, l’interdiction administrative durable des structures concernées.
Or, c’est précisément ce que l’État français ne fait pas.
Il ne le fait pas parce qu’il n’en a ni le courage, ni la volonté, ni les outils — son arsenal juridique, ses traités internationaux, sa Cour européenne des droits de l’homme, sa Cour de justice de l’Union européenne, le lui interdisent.
Alors faute de pouvoir traiter le problème à sa racine, il opte pour la solution lâche : interdire ponctuellement un rassemblement à Nantes, faire de belles déclarations de fermeté sur les réseaux sociaux, et passer à autre chose jusqu’à la prochaine manifestation publique de ce que la République entend pourtant combattre quotidiennement.
C’est exactement le syndrome diagnostiqué par Guillaume Faye il y a déjà vingt ans : une République qui prétend lutter contre l’islamisation tout en favorisant chaque jour, par sa politique migratoire, le remplacement de population qui la rend mathématiquement inévitable.
Une République qui interdit un rassemblement aujourd’hui tout en accueillant des dizaines de milliers de nouveaux ressortissants des mêmes aires civilisationnelles l’année suivante.
Une République qui pleure les conséquences en finançant les causes.
Sébastien Lecornu nous explique que cette interdiction marque une étape importante dans la lutte contre l’entrisme des Frères musulmans.
Soit.
Et combien de membres de cette confrérie internationale ont été expulsés du territoire français au cours du mois de mai 2026 ?
Combien d’imams radicaux ont fait l’objet d’une procédure de déchéance de nationalité ?
Combien de mosquées ont été fermées définitivement, et non simplement suspendues quelques semaines pour la galerie ?
Le silence assourdissant qui suit ces questions vaut réponse.
Le choix qui s’impose
Soyons cohérents.
Une seule de ces deux positions est tenable, et il faut avoir le courage de la prendre frontalement.
Première position : la France est une terre de liberté d’expression, héritée des Lumières et garantie par sa tradition juridique.
Tous les rassemblements politiques, religieux, idéologiques, culturels y sont autorisés tant qu’ils ne basculent pas dans l’appel direct à la violence ou la commission effective d’infractions.
Les Musulmans de l’Ouest peuvent tenir leur rencontre, comme les identitaires peuvent tenir leurs colloques, comme les royalistes peuvent défiler, comme les patriotes peuvent se réunir, comme les militants palestiniens peuvent manifester.
La République ne distingue pas entre dissidences fréquentables et dissidences interdites.
Elle juge les actes après coup, par voie pénale, dans le respect du contradictoire.
Seconde position : la France considère que certaines idéologies, certaines structures, certaines populations constituent un danger objectif pour son existence civilisationnelle.
Elle tire alors les conséquences logiques de ce constat : refus d’installation, expulsion des indésirables, fermeture définitive des structures concernées, contrôle strict des frontières, hiérarchisation assumée entre les apports civilisationnels compatibles et incompatibles avec son héritage.
Cette position-là — qui était grosso modo celle des nations européennes jusqu’au milieu du XXᵉ siècle — assume sa cohérence : si un projet est jugé incompatible, on ne se contente pas d’interdire ses manifestations, on interdit la présence de ses porteurs sur le territoire.
L’inacceptable est la position actuelle, qui combine la pire lâcheté des deux options.
On accepte la présence massive et continue des populations porteuses du projet qu’on prétend combattre.
On finance, par les impôts des Français, leurs structures associatives, cultuelles et sociales.
On les rend électoralement décisives dans des dizaines de communes.
Mais on interdit ponctuellement leurs rassemblements publics, par crainte des images qu’ils pourraient produire dans les journaux télévisés.
Ce mélange de tolérance migratoire totale et de répression symbolique ciblée est le pire des deux mondes.
Il garantit l’arrivée du conflit sans avoir le courage de l’assumer.
Le moment de la lucidité
Que les défenseurs sincères de l’identité française et bretonne le comprennent une bonne fois pour toutes : chaque interdiction de rassemblement musulman aujourd’hui prépare l’interdiction d’un rassemblement identitaire, traditionaliste ou souverainiste demain.
La machine ne fait pas de tri idéologique : elle traite ses ennemis désignés successivement, et elle élargit constamment la liste de ces ennemis désignés.
Quant à ceux qui pavoisent ce week-end devant le succès procédural obtenu à Nantes — Lecornu, Nuñez, Rigoulet-Roze —, ils auraient tort de se réjouir trop vite.
Le pouvoir politique qui se contente de réprimer les symptômes sans traiter les causes structurelles signe son propre arrêt de mort.
Les Français ne se laisseront pas indéfiniment payer en interdictions symboliques alors que la transformation démographique et civilisationnelle de leur pays se poursuit à plein régime, financée par leurs propres impôts.
Il faudra, un jour, choisir entre la cohérence et la lâcheté. Nous n’en sommes pas encore là. Mais le moment approche.
D’ici là, défendons la liberté de tous — y compris celle qui nous déplaît.
Car le jour où elle ne sera plus défendue que pour les autres, elle aura déjà cessé d’exister pour nous.
Julien DIr
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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