lundi 28 septembre 2026

SÉNATORIALES : LE RASSEMBLEMENT NATIONAL OBTIENT UN GROUPE AU SÉNAT !

 REVUE DE PRESSE !

Sénatoriales : le RN obtient un groupe, le Sénat ressemble un peu plus à la France !

DR

Le Rassemblement national va constituer, pour la première fois de son histoire, un groupe au Sénat. 

Le renouvellement de 178 sièges sur 348, ce dimanche 27 septembre, n’a pas renversé la majorité de droite et du centre.

 Il a en revanche corrigé un décalage ancien : un parti largement installé à l’Assemblée nationale et dans les urnes restait, jusqu’ici, marginal au Palais du Luxembourg.

 

Avant le scrutin, le RN ne comptait que trois sénateurs : Christopher Szczurek dans le Pas-de-Calais, Joshua Hochart dans le Nord et Aymeric Durox en Seine-et-Marne.

 Le seuil pour former un groupe est fixé à dix élus. 

Il est franchi. Jordan Bardella a annoncé que le groupe serait constitué avec les alliés de l’UDR d’Éric Ciotti. 

Sébastien Chenu a évoqué un effectif d’une quinzaine de sénateurs. La composition exacte sera arrêtée dans les prochains jours, le temps des rattachements.

La poussée est surtout méditerranéenne. 

Le RN emporte deux sièges dans les Bouches-du-Rhône, deux dans le Var, un dans le Vaucluse, un dans le Gard, un dans l’Hérault et un en Gironde, où la députée Edwige Diaz est élue. 

Un siège est aussi obtenu en Seine-Maritime.

 L’UDR enlève deux sièges dans les Alpes-Maritimes, département dont Éric Ciotti a pris la mairie de Nice aux municipales de mars.

 À l’inverse, Marie-Caroline Le Pen échoue dans la Sarthe, et Stéphane Ravier, ancien élu RN passé à Reconquête, n’est pas réélu dans les Bouches-du-Rhône.

 

Marine Le Pen a parlé d’une « victoire historique » et d’une « étape majeure », estimant que les résultats allaient « au-delà de ce que nous pouvions espérer ».

 Edwige Diaz y a vu la fin d’une anomalie : des millions d’électeurs « enfin représentés au Sénat ». 

Le constat est factuel. 

Le mode de scrutin sénatorial, indirect, repose sur quelque 90 000 grands électeurs, essentiellement des élus locaux. 

Il a longtemps amorti les scores nationaux du RN.

 L’implantation municipale acquise ces dernières années a levé une partie de ce frein.

 

Un groupe n’est pas un symbole seulement. 

Il ouvre un temps de parole propre, des moyens, une visibilité dans les commissions et la capacité de déposer des textes dans un cadre collectif. 

Gérard Larcher a pris « acte » de cette arrivée et souhaité que le débat reste apaisé. 

Hervé Marseille, président du groupe Union centriste, a rappelé que le Sénat demeurait « un pôle de stabilité ». 

Laurent Lafon a jugé que la présence du RN pourrait « durcir les débats », sans modifier l’équilibre de la majorité.

Cet équilibre, justement, tient. 

La droite et le centre conservent une nette majorité. 

Bruno Retailleau est réélu en Vendée. 

Les pertes restent limitées. 

 

L’autre fait nouveau est l’entrée de La France insoumise : Gabriel Amard l’emporte dans le Rhône. 

Le sort de Marc Péré, élu en Haute-Garonne sur une liste de gauche élargie, et son éventuel rattachement resteront un sujet de tractations avec le groupe écologiste.

 

Le Sénat de 2026 n’est donc pas devenu le miroir de l’Assemblée. 

La chambre haute reste plus à droite et plus centriste que le pays tel qu’il vote aux législatives. 

Mais l’écart se réduit. 

Un parti qui pèse lourd dans l’électorat national n’y est plus réduit à trois voix isolées.

 

Sur ce point au moins, le Palais du Luxembourg ressemble un peu plus à la France.

La politique française vous passionne comme elle nous passionne. 

 C'est même pour cette raison que vous venez de lire cet article écrit par l'un de nos rédacteurs bénévoles. 

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LOURDES : LÉON XIV ET L' HOMÉLIE SUR LA MALADIE ET LA FIN DE VIE .....

 

Lourdes : Léon XIV prononce une homélie exigeante contre l’euthanasie

Léon XIV a opposé Lourdes à la loi sur le droit à mourir et a touché les coeurs des malades et des victimes.
Capture d'écran France TV
Capture d'écran France TV

Après Paris et la messe, place de la Concorde, qui a réuni 800.000 personnes, le pape Léon XIV poursuit son voyage en France à Lourdes. 

 

Sereinement, mais fermement, en vrai pasteur « tranquille et rassembleur », selon les mots pour une fois inspirés du Monde, il trace sa voie, redisant à temps et à contre-temps, le message de l'Eglise et de l'évangile. 

Au stade de France, il a conquis les jeunes, à la Concorde, les familles et jusqu'aux élus présents et à Lourdes, il a bouleversé les coeurs, et d'abord ceux des malades et des souffrants. Un grand pape est né en France, c'est incontestable.

« Des gouvernants sages et généreux, prêts au sacrifice de soi »

Samedi soir, il s'est rendu à la grotte des apparitions et a prié pour les futurs gouvernants français : « Obtiens pour la France des gouvernants sages et généreux, prêts au sacrifice de soi, capables de relever les défis et désireux de servir le bien commun », a notamment demandé le souverain pontife, alors que la France élira au printemps un nouveau Président. Un message politique fort invitant au sacrifice, dans les mots et l'esprit d'un Philippe de Villiers.

 

Une homélie forte sur la maladie et la fin de vie

Dimanche, en célébrant une messe près de la grotte des apparitions, le pape a prononcé une homélie exigeante sur le mal et ses conséquences, en lien avec la récente loi française sur l’euthanasie, dans le sillage de son discours à l'Élysée de vendredi. 

 

Selon les commentateurs, « rarement un pape n’avait encore été aussi radical dans l’appel à l’exigence spirituelle de conversion » (Jean-Marie Guénois, Le Figaro).

 Cette homélie se voulait une réponse à la récente loi française sur l’euthanasie.

 

 Le successeur de Pierre a rappelé la nécessité de pratiquer « la pénitence », appelant notamment les personnes malades, nombreuses devant lui, à « vivre [leurs] peines et [leurs] douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin ».

 

 Léon XIV va jusqu’à leur dire : « Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. »

 

Léon XIV a implicitement opposé Lourdes à la récente loi française sur le droit à mourir : « Dans ce moment de l’Histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle.

 Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. »

 

Léon XIV a été encore plus explicite quelques minutes plus tard, lors de sa rencontre avec des malades, pendant sa visite à l’Accueil Notre-Dame, l'institution des sanctuaires de Lourdes qui organise le séjour des pèlerins malades, leurs soins et leur hébergement.

 Pour le pape, « la personne humaine est digne, par le simple fait qu’elle existe et a pour fin l’éternité. 

Sa dignité ne se mesure pas et ne se discute pas. » « Je sais que pour certains d’entre vous, en raison de pathologies particulières et de douleurs parfois terribles, l’horizon peut apparaître sombre, incertain, sans issue.

 Mais aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. 

Au contraire, a-t-il insisté, c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée. »

 

Des malades et des victimes bouleversés par leur rencontre avec Léon XIV

Très applaudi, il a conclu par une formule : « Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. »

 

S’adressant aux personnels soignants, le pape a plaidé en faveur du développement « sans relâche des structures de soins palliatifs et de recherche » : « J’appelle toute la communauté des soignants à se souvenir du sens profond de sa vocation : veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. 

Oui chers amis, soyez des serviteurs passionnés de la vie ! »

Léon XIV s'est montré tout aussi explicite : « Personne n’a le droit, jamais, sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! »

 

Ce qui fait d'ores et déjà de cette visite de Léon XIV non seulement un succès mais un miracle inattendu, c'est sa façon d'affronter en vérité les sujets qui fâchent avec cette alliance de hauteur, de précision avec une bonté et une charité dont tous les observateurs témoignent depuis trois jours, à Paris comme à Lourdes. L'euthanasie, donc. 

Mais aussi les violences sexuelles dans l'Eglise : il fallait entendre, sur France Info par exemple, les témoignages bouleversants des victimes qu'il a longuement reçues en tête à tête, touchées par le charisme du successeur de Pierre, rayonnant de compassion et d'intelligence.

 

 La France et les Français, au-delà des catholiques, ont été conquis par ce grand pape.

 

 

Picture of Frédéric Sirgant

Par Frédéric Sirgant
Chroniqueur à BV, professeur d'Histoire
 
 

 

 

 

COMMENTAIRES , REPORTAGE ET AUSSI UNE PROF EN FRANCE ! ( BOULEVARD VOLTAIRE )

 REVUE DE PRESSE !

[VOS COMMENTAIRES]

 

 Priorité nationale :« Évidemment que c’est une mesure de bon sens ! »

 
« Une nation est une grande famille. 
Alors, il est normal, et même moral qu'on favorise ses membres. »
©shutterstock_1994704082
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« Pour ces progressistes c’est comme être dans des sables mouvants, on s’enfonce mais il faut continuer d’avancer, on sait pas où on va mais on y va », ironisait Arzach en écoutant Public Sénat dénoncer une école française trop réactionnaire

C'est que cette semaine, c'était à la mode de jeter des anathèmes et de vouer aux gémonies tout ce qui pourrait aller contre une fuite en avant progressiste.

« Il suffirait que les gens en place soient intelligents... »

L'extrême droite, et le RN surtout, en ont fait les frais. Il fallait entendre Roselyne Bachelot et Éric Dupond-Moretti, en pleine promotion de leur livre commun sur RTL, enjoindre aux Français de ne pas « essayer les cons » aux prochaines élections. Vik relève, sarcastique : « Quand on pense qu’il suffirait que les gens en place soient intelligents et compétents pour que les gens ne votent pas RN…

Et aient pour objectif de servir le peuple ce qui, accessoirement, est même la définition de la démocratie […] ça se joue à pas grand-chose finalement ! » CMP est du même avis et ironise, lui aussi : « Quand on voit l’état du pays, supposé avoir été dirigé par "des gens intelligents", on se demande si les choses n’auraient pas mieux tourné avec les cons dont elle parle, en regardant sur sa droite. » 

Mais, à la décharge de nos deux auteurs, ils sont loin d’avoir été les seuls cette semaine.

« Mantras de la bien-pensance bobocaviar parisienne »

Nombre de célébrités, en effet, s’érigent en rempart contre l’extrême droite. Pourtant, remarque Gaby : « Pourquoi ne pas interroger Monsieur X ou Madame Lambda ?

 Leur bulletin de vote a exactement le même poids que celui des "célébrités" qui, par ailleurs, ne sont pas des analystes politiques, n’ont aucun argument pour étayer leur rengaine et la plupart du temps se contentent de rabâcher les mantras de la bien-pensance bobocaviar parisienne ».

 Notre commentateur se demande d’ailleurs s’ils ont « conscience de ne représenter qu’eux-mêmes et leur porte-monnaie ». « Puisqu’ils sont contre l’extrême droite et les mesures qu’elle propose, remarque innocemment Alec_56, ils ne verront certainement aucun problème à ce qu’on supprime l’exception culturelle qui n’est rien d’autre que la préférence nationale appliquée au milieu artistique. »

 D’ailleurs, poursuit notre commentateur, « pour tout dire, je même pas qu’ils n’aient pas déjà demandé son abrogation

 Serait-ce parce qu’ils en bénéficient ? Je n’ose y croire. Ces humanistes ouverts au vaste monde voudraient protéger à tous crins leur pré carré ? Si c’est bien cela, pourquoi ce qui vaudrait pour eux ne vaudrait-il pas pour les autres ? » Voilà des questions pertinentes.

« Dans l’état de misère où nous sommes... »

D'autant que le concept de priorité nationale n’a pas que des adeptes… Et pourtant, « la priorité nationale, évidemment que c’est une mesure de bon sens. N’en déplaise à la gauche », salue Le Templier. 

Pour Sacha P, cela va même plus loin quand il s’agit des logements sociaux puisque « une nation est une grande famille et il est normal, et même moral, que dans une famille on en favorise ses membres par rapport à ceux qui ne le sont pas. Cela fait implicitement partie de la notion de famille. » 

D’ailleurs, Marcel Palat justifie cette priorité par une simple comparaison : « Il y a quelques années, quand les anciens combattants étaient plus nombreux, la question ne se posait pas : du moment que lorsqu’il y a une guerre, ce sont les Français qui vont au casse-pipe, la préférence nationale va de soi. 

Il faudrait donc rappeler que si la France entre en guerre un jour prochain, ce sont les Français qui iront se battre, pas les étranger vivant en France… » 

Et puis, de toute façon, il faut rester pragmatique, remarque Oiseau de Passage : « dans l’état de misère où nous sommes, charité bien ordonnée devrait commencer par l’aide à nos concitoyens ».

« Un beau message d'espoir ! »

La charité, cette vertu théologale si dévoyée… mais qui prouve à quel point, malgré tout, le catholicisme a imprégné toute notre société.

 L’engouement et l’enthousiasme autour de la visite du pape donnent d’ailleurs un regain d’espoir même à un « athée depuis toujours et toujours convaincu » comme Olaf, que « la disparition du catholicisme ne laisse pas indifférent, puisque c’est le fondement de la France, […] c’est le catholicisme qui nous a construits dans le passé, sans lui la France ne serait plus la France, et l’éliminer serait tuer notre pays ». 

D'ailleurs, c'est une jeunesse catholique résolument conservatrice qui se lève aujourd'hui, un « retour à la tradition [qui] n'étonne guère » Grodigras, puisque, continue-t-il, « on ne grandit spirituellement qu’avec la transcendance ». 

Et en termes de transcendance, les Français ont été gâtés ce week-end, tout particulièrement par la veillée des jeunes qui a enthousiasmé les lecteurs de BV. Ils s'en sont réjouis et ont repris espoir, comme Didu devant ce spectacle : « Quel beau message d'espoir ! 

Tout n'est pas perdu ! Notre jeunesse a encore de la ressource. »

 

 

ET AUSSI

 

[PROFS EN FRANCE] Fini, les élèves avec la capuche sur la tête !

Décidément, le bonheur est dans le pré...
Enfants école Pexels

Diane Berthaud est professeur agrégé de lettres classiques.

 Exerçant depuis plus de trente ans dans le public, elle a connu la palette complète des établissements de l'Éducation nationale : du grand lycée parisien au collège en zone d'éducation prioritaire.

 Elle enseigne actuellement en province.

 

Ils sont venus. Ils sont tous là. 

Ce n’est pas le début d’une chanson d’Aznavour. 

C’était la rentrée des classes. Bientôt un mois. 

Je vais chercher dans la cour mes élèves de quatrième.

Et là, ô surprise, tout est absolument normal ! 

Les élèves sont rangés à l’emplacement défini par un marquage au sol, ils ne chahutent pas sur les rangs, ils ne protestent même pas quand j’entreprends de leur attribuer une place par ordre alphabétique et, comble de joie, ils attendent que je les y invite pour s’asseoir. 

L’année commence bien. Je peux laisser mon fouet dans le tiroir. 

Mon premier cours se déroule sans accroc, et les élèves quittent la salle en me lançant « Au revoir, Madame ! »  Bigre 

 

! De mieux en mieux ! J’en suis tout émue. 

Et c’est à mon émerveillement devant ce qui est somme toute un comportement normal que je mesure combien cette normalité est devenue exceptionnelle, aujourd’hui.

Le plaisir de faire cours à des élèves qui écoutent

Ainsi, après plusieurs années de purgatoire en région parisienne dans le rôle ingrat de professeur remplaçant, me voilà depuis le 1er septembre affectée en poste fixe dans un collège rural, dans ce que Christophe Guilluy appelle « la France périphérique ». 

Et je ne boude pas mon plaisir. Je laisserai à d’autres les exclamations enamourées sur l’inimitable vie parisienne (ah ! les expos, les théâtres, les cafés, patati patata...).

Je dirai, comme le rat des champs au rat des villes : « Fi du plaisir/Que la crainte peut corrompre. » 

Car au bonheur d’échapper aux trajets pénibles et chronophages dans des métros bondés et d’éviter les quartiers où j’espérais ne pas faire de mauvaise rencontre s’ajoute celui de traverser une petite ville en quelques minutes, sans rencontrer presque un feu rouge ni un bouchon, ni un klaxon rageur, puis de filer à travers quelques kilomètres de verte campagne et d’arriver enfin dans un collège à taille humaine.

 

Et même si l’on fait abstraction de la géographie et du paysage, ce qui prévaut, c’est que je goûte enfin à nouveau le plaisir de faire cours à des élèves qui écoutent leur professeur et le respectent pour ce qu’il leur transmet, des élèves qui en somme sont ce qu’ils ne devraient jamais cesser d’être. 

Et cette normalité est tout exotique, pour moi. 

Je suis encore toute chose d’avoir entendu un élève de quatrième me demander, admiratif : « Mais, Madame, ça fait combien de temps que vous faites du latin ? Et vous connaissez tous les mots ? »

 

À force d’enseigner dans des quartiers « créolisés »...

Fini, les élèves qui passent la porte de la classe avec les mains dans les poches et la capuche sur la tête.

Fini, les élèves qui remettent en cause ce que je dis (« C’est français, ça, Madame ? »). Fini, les élèves qui tchipent quand je leur fais une remarque. Fini, les élèves qui protestent parce que je donne du travail à la maison (« Vous voulez nous tuer, Madame ! »).

 

À force d’enseigner dans des quartiers « créolisés », comme dit si poétiquement le patron de La France insoumise, j’avais oublié qu’il y avait encore des lieux où enseigner n’est pas un combat. 

Mais ne nous leurrons pas : personne, pour l’instant, n’a contesté le travail que j’ai donné à faire, ce qui ne veut pas dire que ce travail sera fait par tous. 

Simplement, les récalcitrants ne se font pas connaître tout de suite : ils sont plus modestes que les citadins, ils attendent le lendemain, ou le surlendemain, pour révéler leur mauvaise volonté ; ils ne l’imposent pas d’emblée au professeur.

 Voilà ce que j’appelle avoir du tact ! 

En attendant ce moment délicat où il va falloir que je joue l’indignation – « Vous n’avez pas fait votre travail ! Et pourquoi, s’il vous plaît ? Je note. Attention ! La retenue vous guette ! » –, je savoure cette délicieuse, désuète et surannée sensation que je suis seul maître à bord dans ma classe…

 

 Laissez-moi goûter mon plaisir, je vous dirai plus tard, dans quelques semaines, quelles sont les taches sur ce joli tableau.

 

Picture of Diane Berthaud

Diane Berthaud
Professeur agrégé de Lettres classiques
 
ET AUSSI
 
 

[REPORTAGE] 

Nous avons testé pour vous : une semaine en immersion… à Bobigny !

À Bobigny, l’argent public finance une ville où communautarisme et islam semblent prospérer.
Bobigny

C’est le genre de vacances que l’on n’oublie pas. 

 

Cet été, alors que les incendies ravageaient le Sud-Ouest, il nous a fallu quitter précipitamment la région. 

Direction la région parisienne, où un ami a proposé de nous accueillir quelques jours. 

 

Nous voilà donc partis pour un séjour d’immersion à Bobigny, loin des plages, des terrasses ensoleillées et des belles destinations estivales.

 Une semaine riche en découvertes… et en surprises.

 

Une ville où coule l’argent public

À peine sorti du métro Pablo-Picasso, une chose saute aux yeux : Bobigny est tout sauf une ville délaissée.

 La rénovation des alentours est visiblement très récente. 

Autour de la station, le nouveau Cœur de ville a fait surgir logements, voiries et équipements, tandis que les chantiers se multiplient dans plusieurs quartiers. 

La municipalité revendique d’ailleurs un « très haut niveau d’investissement ». 

 

En 2025, son budget prévoyait ainsi 92,5 millions d’euros d’investissements, sur un budget total de 238 millions.

 

 Une enveloppe conséquente qui permet de financer une succession de projets : nouveau pôle maternel Maximilien-Robespierre, groupe scolaire du Pont-de-Pierre, rénovation de la Maison de quartier de l’Étoile, nouveaux locaux pour la prévention et la tranquillité publique, transformation d’un terrain en square boisé ou encore réaménagement des quartiers Paul-Éluard, Chemin-Vert et Abreuvoir.

@BV

D’où vient tout cet argent ? De partout, ou presque.

 

 La ville de Bobigny n’est pas seule à mettre la main au portefeuille : département, région, Est Ensemble, Métropole du Grand Paris et bailleurs sociaux participent, à des degrés divers, à la transformation de la commune.

 

À cela s’ajoutent les divers mécanismes de l’État destinés aux communes jugées défavorisées. 

 

En 2025, Bobigny a ainsi bénéficié de 24 millions d’euros de dotation globale de fonctionnement (DGF), dont près de 19,5 millions au titre de la dotation de solidarité urbaine (DSU), ainsi que de 6,1 millions d’euros du Fonds de solidarité des communes de la région d’Île-de-France (FSRIF). Surtout, la ville compte 44.479 habitants, soit 81 % de sa population, dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. 

Elle bénéficie donc à plein des dispositifs destinés aux territoires dits « populaires ». 

À cela s’ajoute le gigantesque programme de renouvellement urbain de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), dont le montant atteint 168,67 millions d’euros de concours financiers prévisionnels pour Bobigny…

 

Des dizaines d’agents RATP à l’utilité mystérieuse

En bas des bâtiments flambant neufs, les différentes lignes de transports publics s’entrecroisent. Bus, métro, tram… la population locale bénéficie de moyens de locomotion aussi nombreux que récents. 

Et ce n’est pas fini : la ville sera prochainement desservie par la toute nouvelle ligne 15 du Grand Paris Express. Deux gares sont actuellement en construction et leur ouverture est prévue en 2031.

 

En attendant l’inauguration de cette nouvelle ligne express, les Balbyniens composent avec le réseau déjà existant. 

La station Pablo-Picasso fait figure de pôle de transports majeur à Bobigny.

 En y passant, on ne peut manquer de noter la présence de nombreux agents RATP vêtus de gilets verts.

Officiellement, leur mission est d’informer les voyageurs, les orienter, les assister en cas de perturbation, gérer les flux ou encore veiller au bon fonctionnement de la station. 

Des agents recrutés en CDI, au salaire fixe de 27.000 euros bruts annuels sur treize mois, hors primes. 

Mais lors de nos différents passages à Pablo-Picasso, à des heures et des jours différents, c’est surtout leur oisiveté apparente qui nous a frappés : des individus assis, parfois par groupe de six ou sept, discutant entre eux, sans jamais aucun voyageur à renseigner ni flux particulier à gérer.

 De quoi s’interroger sur leur utilité réelle, mais aussi sur la politique de recrutement de la RATP et sa volonté affichée de s'appuyer sur « le réseau des grands frères pour recruter des personnes issues de la diversité et des quartiers ».

@BV

S’agit-il d’un réel recrutement au mérite ?

 Ou d’emplois visant aussi à maintenir un semblant de paix civile et à éloigner certains jeunes des trafics et autres activités illicites ? Mystère. 

Il n’en reste pas moins que ces jobs à l’utilité très relative sont financés sur des deniers publics…

Un remplacement et ses conséquences

L’autre évidence qui crève les yeux de tout visiteur concerne le profil des habitants de Bobigny. 

En quelques décennies, le peuple historique y a presque totalement disparu. « Les Français de souche n’existent pas », martèlent Pigasse ou Bagayoko, et, en marchant dans les rues de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, on pourrait presque les croire.

 Il faut dire que la multiplication des logements sociaux n’est sans doute pas pour rien dans ce que certains nomment le « white flight » [fuite des Blancs, NDLR]. 

Tout comme, par ailleurs, l’insécurité : à Bobigny, le taux de violence hors cadre familial est deux fois plus élevé que la moyenne nationale.

Mais face à ces mouvements de population massifs et rapides, la municipalité n’est pas restée inactive.

 Elle s’est manifestement adaptée.

 La toponymie de Bobigny en porte une trace assez spectaculaire.

 

 Il suffit de lever les yeux et de lire les plaques signalétiques pour se sentir dépaysé : rue Mouss-Diouf, du nom de l’acteur franco-sénégalais vu dans la série Julie Lescault ; place Rosa-Parks ; rue Miriam-Makeba, du nom d’une chanteuse sud-africaine ; square Boughéra-El-Ouafi, champion olympique né en Algérie ; rue Abdelkader-Mesli, en hommage à un imam maghrébin et « héros méconnu de la Résistance » ; chemin Wangari-Muta-Maathai, militante écologiste kényane ; rue du 19-Mars-1962, date théorique de fin de la guerre d’Algérie…

 

 La palme revient sans doute à la rue Mumia-Abu-Jamal, nommée en référence à un militant afro-américain condamné en 1982 pour le meurtre d’un policier blanc de Philadelphie...


 La municipalité le porte tellement dans son cœur qu’elle a fait de lui un de ses citoyens d’honneur...

@BV

Cette volonté manifeste de faire entrer dans l’espace public des figures étrangères ou issues de l’immigration se double d’un autre phénomène : la multiplication des commerces communautaires.

 À Bobigny, les points de vente halal sont particulièrement nombreux. 

Les annuaires spécialisés dénombrent une douzaine de restaurants halal à Bobigny, auxquels s’ajoutent plusieurs boucheries et commerces alimentaires dédiés à la clientèle musulmane.

 

Le vendredi, c’est mosquée

La fin de notre séjour approchant et la météo se montrant des plus clémentes, nous avons osé une ultime incursion dans Bobigny.

 Au bout de quelques instants, une réalité nous a rattrapés : nous étions vendredi. Le nombre d’hommes et de tout jeunes garçons en djellabas ne laissait en effet guère de place au doute.

@BV

À Bobigny, l’islam occupe une place très visible dans l’espace public, avec au moins six mosquées et neuf salles de prière recensées.

 La grande mosquée Assalam, rue de la Bergère, peut à elle seule accueillir 1.200 fidèles.

 Et, sans surprise, cette pratique flirte parfois avec un islam très radical.

 Une décision du tribunal administratif de Montreuil de 2024 évoquait l’existence, à Bobigny, d’une « mosquée rigoriste », fréquentée notamment par un homme condamné en 2021 à trois ans et six mois d’emprisonnement pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte de terrorisme.

 Le prédicateur de cette mosquée y est présenté comme une « figure incontournable de la mouvance islamiste radicale francilienne » et comme prêchant un islam « particulièrement rigoriste ».

 Le tribunal rapporte également des propos « ouvertement sexistes pouvant s’apparenter à une apologie du viol conjugal » tenus sur sa chaîne YouTube.

C’est sur cette découverte saisissante que s’est achevé notre séjour séquano-dyonisien. 

Après une semaine d’immersion, nous n'avions plus qu’une envie : reprendre nos valises et partir loin de Bobigny.

 

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Source et Publications :     https://www.bvoltaire.fr/