mercredi 17 juin 2026

QUAND LA POLICE CHANGE DE CAMP , ELLE DEVIENT L' ENNEMI ! ( L' AGORA )

 


TRIBUNE LIBRE !

Quand la police change de camp, 

elle devient l’ennemi 

 

[L’Agora]

Il est des institutions qui ne tombent pas d’un coup. 

Elles se déplacent d’abord dans l’imaginaire des peuples.

 Elles gardent leur uniforme, leur écusson, leur cérémonial, leurs véhicules, leur vocabulaire de service public.

 Les hommes qui les composent continuent souvent de faire le même métier, avec courage, fatigue et parfois abnégation. 

Pourtant quelque chose a changé. Le citoyen ne voit plus en elles ce qu’il voyait hier.

 L’autorité demeure, la confiance s’en va.

C’est peut-être ce qui se joue aujourd’hui autour de la police britannique. 

 

L’affaire Henry Nowak, les violences de Southampton, les vidéos de manifestations circulant sur X, les accusations de two-tier policing, tout cela compose un tableau confus, fiévreux, parfois injuste dans ses détails, mais révélateur dans son ensemble.

 Les réseaux sociaux mentent, exagèrent, découpent les scènes, fabriquent des martyrs, inventent parfois des morts. 

Ils sont aussi, à leur manière brutale, le sismographe d’une colère que les institutions ne veulent plus entendre.

Le problème n’est donc pas seulement de savoir si tel policier a poussé tel manifestant trop violemment, si telle vidéo commence au bon moment, si tel récit de blessure est exact ou grossi

. Cela compte, bien entendu.

 La justice ne peut pas vivre d’impressions. 

Toutefois la politique, elle, doit aussi regarder les impressions collectives lorsqu’elles deviennent massives.

 Car une institution peut être juridiquement défendue et moralement perdue.

 Elle peut avoir raison dans un dossier et être déjà condamnée dans l’esprit d’une partie du peuple.

Il y a, dans cette affaire, une autre dimension que les articles du Daily Mail et de Turbulent Times éclairent sans toujours l’épuiser : la transformation du regard porté sur la police elle-même.

 En parcourant les réactions anglaises sur X, je fus frappé par un phénomène difficile à mesurer, mais impossible à ignorer.

 Une partie croissante des Britanniques ne parle plus de sa police comme d’une institution nationale imparfaite, parfois brutale, souvent débordée.

 Elle en parle comme d’un corps devenu étranger à son propre peuple.

Two-tier march (song)

Il faut manier ces matériaux avec prudence. 

Les réseaux sociaux mentent, grossissent, déforment, hurlent. 

Certaines vidéos coupent le début des scènes.

 Certains récits ajoutent des morts qui ne sont pas établies, des blessures dont on ne connaît ni la gravité ni la cause, des intentions que seule l’enquête pourrait confirmer. 

Cependant l’intérêt sociologique de ces messages ne réside pas seulement dans leur exactitude judiciaire. 

Il réside dans ce qu’ils révèlent : une exaspération, une perte de confiance, une impression de trahison.

 

L’affaire Henry Nowak a servi de détonateur.

 Le jeune homme, blanc, accusé à tort de racisme par son meurtrier, fut d’abord traité par les policiers comme un suspect alors qu’il agonisait.

 On le voit menotté, protestant qu’il a été poignardé, disant qu’il ne peut pas respirer, tandis que l’appareil policier semble d’abord répondre à l’accusation raciale plutôt qu’à l’évidence du sang. 

Peu importe, ici, que l’on parle d’erreur professionnelle, de panique, d’incompétence ou de réflexe idéologique. 

Dans l’imaginaire populaire, la scène a produit une conclusion terrible : un jeune Anglais peut mourir sous les yeux de la police, et celle-ci se demandera d’abord s’il n’est pas coupable de racisme.

 

C’est cela que les Britanniques appellent désormais, avec une insistance presque obsédante, le two-tier policing.

 La formule désigne l’idée d’une police à deux vitesses : indulgente, patiente, procédurière avec certains groupes protégés par l’idéologie multiculturelle ; brutale, soupçonneuse, immédiate avec les autochtones lorsqu’ils protestent, se défendent ou contestent le récit officiel.

 La presse progressiste répond que les statistiques disent le contraire, que les minorités restent davantage contrôlées ou arrêtées, que l’expression sert de carburant à la droite radicale. 

Cela n’épuise pas le problème. 

Car une perception politique, lorsqu’elle devient massive, acquiert une réalité propre. 

Elle n’a pas besoin d’être toujours exacte pour devenir dangereuse.

 

Depuis Southampton, des vidéos circulent montrant des manifestants frappés, plaqués au sol, poussés contre des barrières ou emmenés de manière violente.

 Là encore, tout n’est pas vérifié. 

Certaines scènes se déroulent dans un contexte d’émeutes, de projectiles, de policiers blessés, de poubelles lancées et de violences réelles contre les forces de l’ordre. Il serait malhonnête de l’oublier. 

Toutefois l’effet produit n’en est pas moins redoutable. 

À chaque image d’un vieil homme bousculé, d’un adolescent blessé, d’un père arrêté devant son enfant, d’un manifestant au drapeau anglais jeté au sol, l’idée progresse que la police britannique ne maintient plus seulement l’ordre. 

Elle maintient un ordre idéologique.

Une police peut survivre à la critique. 

Elle survit moins bien au soupçon d’être devenue le bras armé d’une faction morale. 

Or c’est exactement ce qui se dessine au Royaume-Uni.

 Les formations à la diversité, à l’inclusion et à l’équité, les acronymes DEI, EDI et autres dévotions administratives, les stratégies de « culture and inclusion », les appels permanents à lutter contre les préjugés, tout cela a peut-être été conçu, au départ, pour corriger de réelles injustices ou restaurer la confiance avec certaines communautés. 

Dans la pratique, une partie du peuple britannique y voit de plus en plus une rééducation politique de la police contre l’homme ordinaire, blanc, populaire, enraciné, coupable d’avance parce qu’il appartient au groupe que le nouveau régime moral a désigné comme suspect historique.

 

C’est un basculement considérable. 

Dans le vieil imaginaire anglais, le policeman n’était pas seulement un agent de l’État.

 Il était un élément du paysage national, presque une figure de voisinage, le gardien casqué d’un ordre civil dont la légitimité reposait moins sur la peur que sur l’habitude. 

Cette image appartenait sans doute en partie à la mythologie. 

Elle n’en était pas moins puissante. 

Aujourd’hui, ce même uniforme commence à apparaître, dans une partie de l’opinion, comme celui d’un gardien du multiculturalisme officiel, plus prompt à surveiller le langage des indigènes qu’à protéger leur sécurité.

Il faut pourtant ajouter une chose, sans quoi l’analyse serait incomplète. 

La police ne devient pas dangereuse seulement lorsqu’elle reçoit une doctrine idéologique venue d’en haut.

 Elle porte en elle, comme toute force armée de pouvoir légal, une tentation plus ancienne : le sentiment de toute-puissance. 

L’uniforme, le casque, le bouclier, le nombre, la certitude d’être couvert par la hiérarchie, l’habitude d’obéir et de se faire obéir, tout cela peut produire une arrogance particulière, presque physique. 

La matraque ne corrompt pas toujours l’âme, mais elle lui offre parfois une occasion.

 

On le sent dans certaines images anglaises, lorsque des policiers s’acharnent sur des manifestants déjà dominés, déjà à terre, déjà hors d’état de nuire. 

On l’a vu aussi en France, et pas seulement contre ceux que les médias décrivent volontiers comme des factieux.

 Les manifestants de la Manif pour tous gardent en mémoire les charges sur les Champs-Élysées, les jeunes poursuivis matraque en main, les familles dispersées comme une populace dangereuse. 

Une image, pour ma part, m’est restée gravée au fer rouge : celle d’un garde mobile écrasant délibérément la main d’une jeune fille tombée au sol, non pour la neutraliser, non pour se défendre, mais simplement pour lui faire mal.

 Il y avait dans ce geste minuscule toute la hideur du pouvoir sûr de lui.

 

Les Gilets jaunes ont connu cela à leur tour.

 Les écologistes de Sainte-Soline aussi. 

Ils n’ont pas mes idées, et je n’ai pas les leurs.

 Peu importe ici. 

Eux aussi ont éprouvé dans leur chair ce que devient la force publique lorsqu’elle se croit placée du côté du bien, de l’ordre, de la République, du progrès ou de la sauvegarde du monde.

 La brutalité policière n’appartient ni à la droite ni à la gauche.

 Elle appartient à la nature humaine lorsqu’elle reçoit permission de frapper sans trop craindre d’avoir à répondre.

 

C’est pourquoi le danger actuel est double. 

Il y a d’abord l’ivresse ordinaire de l’autorité : le plaisir vil d’imposer, d’humilier, de faire plier.

 Le cas de Jean-Eudes Gannat en donne une illustration récente.

 Placé quarante-huit heures en garde à vue après la diffusion d’une vidéo sur la présence de réfugiés afghans dans sa commune, poursuivi ensuite pour provocation à la haine raciale, il a raconté ce que peut devenir une procédure lorsque certains agents ne se contentent plus d’appliquer la loi, mais semblent jouir d’avoir entre les mains un adversaire idéologique. 

Le problème n’est même pas seulement judiciaire. 

Il tient à cette volupté basse de l’humiliation administrative : faire attendre, fouiller, enfermer, sermonner, tenir un homme à sa merci pour lui rappeler qu’il appartient au mauvais camp.

 

Il y a ensuite une ivresse plus moderne, plus redoutable encore : la joie d’être au service d’un pouvoir idéologique, la joie de savoir que l’on a la bride sur le cou parce que l’on frappe les bons ennemis, les réactionnaires, les populistes, les complotistes, les « haineux », les ennemis du vivre-ensemble. 

Le policier ne se voit plus alors seulement comme l’agent de la loi.

 Il se voit comme le soldat du bien contre le mal.

 

Cette illusion est d’autant plus tragique que le même pouvoir qui lâche parfois la bride à ses forces de l’ordre peut, le lendemain, les abandonner froidement lorsqu’une intervention tourne mal. 

L’affaire Nahel l’a montré : l’État exige de la police qu’elle tienne la rue, qu’elle encaisse, qu’elle intimide, qu’elle réprime, puis il la jette en pâture lorsque la logique de tension qu’il a lui-même produite éclate sous ses yeux. 

Le policier croit servir César. 

Il découvre parfois qu’il n’était qu’un fusible.

Il faut donc retrouver une vieille sagesse militante, rugueuse mais juste : « la police est toujours l’ennemi jusqu’au jour où elle est à nos ordres ».

 La formule choque les âmes tendres, pourtant elle dit quelque chose d’essentiel.

 La police n’est pas une abstraction morale. 

Elle sert l’ordre établi. 

Lorsque cet ordre est juste, elle protège. Lorsqu’il devient mensonger, elle contraint. Lorsqu’il devient idéologique, elle réprime.

 Et lorsqu’il devient illibéral, elle finit par apparaître, non plus comme le dernier rempart de la paix civile, mais comme le premier visage de l’oppression.

 

Voilà pourquoi il ne faut ni haïr la police par principe, ni la sacraliser par réflexe. 

Il faut la juger à sa fonction réelle. 

Protège-t-elle les citoyens, ou protège-t-elle le récit du pouvoir ? 

Maintient-elle la paix, ou impose-t-elle l’apaisement obligatoire ? 

Défend-elle la loi commune, ou sert-elle une morale officielle ? 

Toute la question est là. 

Une police légitime peut être ferme, parfois dure, parfois redoutable. 

Une police idéologique, même polie, même réglementaire, même couverte de formulaires et de circulaires, devient autre chose : la main gantée du mensonge.

 

Notre puissant voisin n’en est pas exactement là.

 La police française, plus centralisée, plus jacobine, plus dure aussi dans son histoire, n’a jamais été entourée du même halo de familiarité civique que le vieux bobby anglais. 

Pourtant le danger existe. 

Lorsque des policiers viennent signifier à Jared Taylor qu’il lui est interdit de parler dans un lieu privé, ils ne sont plus perçus comme les gardiens neutres de la paix publique, mais comme les huissiers d’un pouvoir idéologique. 

Lorsqu’une conférence est interdite avant même qu’elle ait eu lieu, lorsque la parole devient un trouble à l’ordre public par anticipation, lorsque l’État réprime l’expression de ses adversaires sans attendre qu’ils commettent le moindre délit, la fonction policière change de nature aux yeux de ceux qui la subissent.

 

La Belgique connaît déjà, elle aussi, cette pente fâcheuse : manifestations interdites, réunions surveillées, pressions administratives, ordre public invoqué comme une couverture de velours posée sur la censure. 

Dans ces démocraties européennes devenues illibérales, la police court un risque immense : cesser d’être vue comme l’instrument imparfait, mais nécessaire, de la paix civile, pour devenir le service d’ordre d’une idéologie.

 Un État peut gagner beaucoup de batailles judiciaires et perdre néanmoins la confiance morale d’un peuple. C’est même ainsi que commencent les grandes séparations intérieures.

La conséquence est facile à prévoir.

 Plus la police sera perçue comme étrangère au peuple qu’elle encadre, plus les citoyens ordinaires cesseront de lui reconnaître une autorité naturelle.

 Ils obéiront encore, par prudence, par peur, par fatigue, par absence d’autre choix. Ils n’adhéreront plus. Ils filmeront, identifieront, nommeront les agents, publieront leurs matricules, commenteront leurs gestes comme on observe les mouvements d’une troupe d’occupation. 

Cette pratique est inquiétante, parfois injuste, parfois dangereuse.

 Elle n’en est pas moins le symptôme d’une rupture : lorsque les citoyens commencent à regarder les policiers comme les hommes d’un autre camp, le vieux pacte civil se fissure.

On aurait tort de s’en réjouir.

 Une société sans police légitime ne devient pas plus libre.

Elle devient plus dure, plus tribale, plus violente, plus livrée aux milices réelles ou imaginaires. 

Dans une société homogène, la police intervient encore, du moins en principe, au sein d’un monde moral partagé : elle rappelle à l’ordre des hommes qui reconnaissent à peu près les mêmes interdits, les mêmes usages, les mêmes limites. 

Dans une société multiculturelle, cette évidence disparaît.

 La police n’agit plus seulement sur des citoyens différents par leurs opinions ou leurs intérêts, mais sur des populations qui peuvent avoir des systèmes de valeurs, des loyautés, des codes d’honneur, des rapports à la femme, à la violence, à la religion, à l’autorité et à la nation profondément divergents.

 Elle n’est plus seulement gardienne de la paix civile ; elle devient l’arbitre permanent d’une cohabitation imposée.

C’est précisément là que le danger commence.

 Plus la société est éclatée, plus la police est appelée à compenser par la contrainte ce que la culture commune ne règle plus naturellement. 

Elle se retrouve sommée de maintenir ensemble des groupes que rien, parfois, ne rapproche, sinon l’administration, le logement social, les transports et l’école obligatoire.

 L’enjeu n’est donc pas d’affaiblir la police, encore moins de souhaiter qu’elle soit attaquée ou humiliée. 

L’enjeu est de la sauver de ceux qui veulent en faire un clergé armé du vivre-ensemble obligatoire. 

Une police au service de la loi protège la nation. 

Une police au service d’une idéologie finit par protéger le mensonge contre son peuple.

 

C’est pourquoi l’affaire britannique nous concerne. 

Elle montre ce qui arrive lorsque l’État traite une partie de son peuple comme une population à surveiller, à corriger, à contenir, à empêcher de conclure.

 Après les mots surveillés viennent les émotions surveillées. 

Après les émotions surveillées viennent les rassemblements surveillés. 

Après les rassemblements surveillés vient la défiance envers ceux qui tiennent les boucliers. 

À ce stade, la question n’est plus seulement policière. 

Elle devient politique au sens le plus grave du terme : qui la police protège-t-elle, et contre qui ?

 

Par Trystan Mordrel

Source :   https://www.breizh-info.com/2026/06/17/261338 

 


 

LA COMMISSION EUROPÉENNE DISPOSE DE MOYENS FINANCIERS POUR SANCTIONNER LES GOUVERNEMENTS !

 

 


DICTATURE ?


Marek Magierowski : « La Commission européenne dispose des moyens financiers pour sanctionner les gouvernements »

 Ancien vice-ministre des Affaires étrangères, ex-ambassadeur de Pologne en Israël puis aux États-Unis, Marek Magierowski a accordé un entretien au Hungarian Conservative dans lequel il livre une analyse sans concession sur les bouleversements politiques en Pologne et en Hongrie, les tensions avec Bruxelles, la menace russe et l’avenir du groupe de Visegrád. 

Un regard de praticien, forgé par des décennies de diplomatie et de journalisme.

 

Tusk et Magyar : même logique, même épuisement

Pour Magierowski, les changements de gouvernement intervenus en Pologne en 2023 et en Hongrie en 2025 partagent une racine commune : la fatigue des électeurs. 

Après treize ans de Droit et Justice (PiS) en Pologne et seize ans d’Orbán en Hongrie, le rejet n’est pas tant idéologique que physiologique. 

Les électeurs se sont simplement lassés.

Le diplomate identifie une mécanique rodée dans les deux cas : l’opposition — Tusk hier, Magyar aujourd’hui — a construit sa victoire en martelant que le pays vivait sous un régime « non pleinement démocratique », justifiant ainsi un recours à des méthodes qualifiées de militantes. 

Une fois au pouvoir, la tentation est forte de reporter sur le gouvernement précédent la responsabilité de tout ce qui dysfonctionne. 

Magierowski note avec une certaine ironie que le gouvernement Tusk, à l’approche des élections prévues à l’automne 2026, aura bien du mal à présenter un bilan conforme à ses promesses électorales.

 

Bruxelles, le pouvoir de la bourse

L’un des passages les plus tranchants de l’entretien concerne le rôle de la Commission européenne dans les alternances politiques. 

Magierowski est direct : Bruxelles dispose d’instruments financiers qui lui permettent de punir les gouvernements conservateurs et de récompenser les libéraux. 

En Pologne, certains fonds européens avaient été explicitement gelés sous le gouvernement Morawiecki, pesant sur ses chances électorales. 

Leur déblocage rapide après la victoire de Tusk n’était, selon lui, une surprise pour personne.

Il étend ce constat à la Hongrie et pointe également l’ingérence de certaines organisations américaines dans les processus électoraux d’Europe centrale, opérant dans des zones grises, finançant officieusement des campagnes politiques.

 Pour lui, la ligne est claire : « Nous ne voulons aucune ingérence étrangère, en particulier dans ces jeunes démocraties. »

 

Un europhile qui dit non

Magierowski se définit comme un europhile convaincu — il ne conçoit pas une Pologne hors de l’Union européenne. 

Mais il refuse le chèque en blanc. 

Sur le Pacte migratoire, la fiscalité des multinationales, le droit à l’avortement ou le mariage homosexuel, il considère que Bruxelles impose trop souvent ses normes sans tenir compte des réalités sociales des pays d’Europe centrale.

 

Sur la question du mariage entre personnes de même sexe, il est explicite : en tant que catholique et conservateur, il y est opposé. 

Mais il reconnaît que si une majorité de Polonais venait à se prononcer en faveur d’une telle évolution, la démocratie devrait en tenir compte. 

Pour l’heure, il constate que cette majorité n’existe pas, et évoque la piste des unions civiles comme réponse partielle aux attentes des couples homosexuels.

 

Le V4, un cadre à préserver

Alors que le groupe de Visegrád a connu des turbulences, notamment en raison de la posture de Budapest face à la Russie et à la guerre en Ukraine, Magierowski plaide pour ne pas enterrer ce format. 

Il rappelle que 90 % des priorités des quatre pays au sein de l’Union européenne sont convergentes, et que le poids économique du bloc est souvent sous-estimé : les échanges commerciaux entre l’Allemagne et le V4 dépassent ceux entre l’Allemagne et la Russie. 

Un argument de poids pour maintenir une cohérence régionale face à Paris et Berlin.

 

La Russie, guerre de tous les jours

Sur le front sécuritaire, l’ancien ambassadeur livre une analyse qui dépasse la seule question ukrainienne. 

Ce qui l’inquiète le plus n’est pas un affrontement militaire direct avec la Russie, mais la guerre hybride permanente : brouillage GPS, coupure de câbles sous-marins en mer Baltique, paralysie d’aéroports, drones, colis piégés sur des avions cargo. 

 

Une guerre d’usure contre les sociétés européennes, difficile à contrer précisément parce qu’elle reste en deçà du seuil de la réponse militaire classique.

Il souligne les divergences de perception de cette menace au sein de l’OTAN : la Pologne, la Finlande et les États baltes se sentent en première ligne et ajustent leurs dépenses de défense en conséquence. 

 

D’autres pays européens, moins exposés géographiquement, restent moins convaincus. 

Magierowski accorde d’ailleurs à Donald Trump le crédit d’avoir contraint les Européens à prendre la question de leurs dépenses militaires au sérieux.

 

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. 

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LE BATEAU COULE, MAIS PERSONNE N' EST RESPONSABLE ! APPLIQUONS LE PRINCIPE DES RESPONSABILITÉS..........

 

 


REVUE DE PRESSE !

Mettons la responsabilité au cœur

 du système


Mettons la responsabilité au cœur du système
Suite à des débordements graves survenus après la victoire du PSG en Coupe d'Europe, Sébastien Lecornu a estimé qu'"il n'est plus acceptable que la collectivité supporte le coût des destructions commises par quelques-uns", et envisage de présenter une loi « casseurs-payeurs » cet été. Le gouvernement veut faire payer les participants aux débordements © BENLEULMI ELIAS NEIL/SIPA

Toute la vie sociale, administrative et politique est orientée par une idéologie déresponsabilisante aux effets délétères. 

Changeons de paradigme et responsabilisons tout le monde. 

Ce qui semble impossible deviendra possible – non par magie, mais par une politique des incitations et une exigence de résultats


Dans la plupart des sociétés prémodernes (surtout claniques), la responsabilité d’un individu semble accablante, puisque celui-ci peut être condamné pour des actes qu’il n’a pas commis lui-même, mais qu’un membre de sa famille, de son ascendance, de sa communauté ou de son village a commis.

 L’avènement de la modernité économique, politique et juridique change cette conception : désormais, l’individu n’a à répondre que de ses propres actes (éventuellement ceux de ses enfants) – la responsabilité et le droit sont individualisés.

 

Le bateau coule, mais personne n’est responsable…

A partir des années 1960-1970 aux Etats-Unis, puis dans le reste de l’Occident, la contraction tendancielle de la responsabilité s’est accélérée[1]

N’est-ce pas le grand apport des sciences humaines que de montrer les multiples déterminismes et conditionnements qui nous traversent ? 

Chacun de nous pense et agit dans le cadre de son époque, de sa culture, de sa classe sociale, de son sexe… et la liste ne cesse de s’allonger, puisque les orientations sexuelles, les genres, les « races » et finalement l’ensemble de nos « identités » sont monopolisées pour rendre compte de nos faits et gestes.

Il est bon d’être scientifiquement « à jour » et il est même passionnant de se voir expliquer les rouages de nos gènes, hormones, neurones et autres déterminismes socioculturels.

 Par ailleurs, une bonne politique doit se fonder sur une information correcte et des connaissances corroborées (on attend d’un ministre de l’Economie qu’il comprenne les mécanismes économiques, par exemple). 

Mais la science n’est pas une politique ; connaître et agir relèvent de deux logiques distinctes. 

Si l’on transpose brutalement les connaissances savantes dans l’action gouvernementale, législative et juridique, on obtient une métaphysique du déterminisme qui déresponsabilise tout le monde.

A lire aussi: Causeur #146 : Peut-on encore vivre ensemble?

 

Il n’y a plus de délinquants, mais des victimes de la pauvreté, de l’exclusion ou du racisme ; il n’y a plus d’élèves perturbateurs, mais des jeunes souffrants de troubles de l’attention et du comportement ; il n’y a plus de parents défaillants, mais de pauvres gens débordés par la situation ; il n’y a plus de fraude fiscale, mais des phobiques administratifs (ah, non, là, ça ne marche pas) ; il n’y a plus de piètres administrateurs, mais de scrupuleux fonctionnaires appliquant des procédures ; et finalement, nous avons de fantastiques gouvernants, qui sont simplement empêchés par les coups du sort, cadrés par des normes juridiques et limités par des fatalités démographiques ou géopolitiques.

Moyennant quoi la délinquance atteint des seuils préoccupants, l’Ecole publique s’effondre, la bureaucratie étouffe le dynamisme économique et toute la classe politique est discréditée, mais ce n’est la faute de personne. 

Une grande chaîne causale, hélas !, aboutit à la dégradation du lien social, à la faillite du système scolaire, à une immigration massive, à un déficit commercial préoccupant, à une dette publique insoutenable et à l’impotence politique.

 La France va mourir, mais, croyez-le bien, nous avons fait tout ce qu’il était humainement possible pour la sauver et nous avons mis en œuvre toutes les mesures qui s’imposaient pour éviter ce drame.

 

Changement de perspective et philosophie de la responsabilité

Changeons de paradigme et inversons la perspective. 

Plutôt que de suivre pas à pas l’influx nerveux provoquant le mouvement d’une main qui, armée d’un couteau (lequel se trouvait là par des causes antérieures), s’abat sur un torse (lui aussi situé sur ces coordonnées GPS par la vertu d’une série causale) provoquant l’arrêt du cœur, et ainsi de suite, il faut partir de la fin et, pour ainsi dire, remonter le temps.

 La donnée fondamentale ne doit pas être le passé et les causes, mais le futur et les objectifs.

Dans Seul sur Mars[2], le spationaute ne se demande pas comment établir ses repas en fonction de sa faim : il calcule la quantité maximale de calories qu’il peut ingérer quotidiennement étant donné le temps qui lui faut tenir avant d’être ravitaillé. 

Son estomac a sans doute crié à « l’injustice sociale » mais, finalement, il a été sauvé comme les autres organes et l’organisme entier.

Nous ne voulons pas que la France meure – partons de là et remontons jusqu’à l’action présente. 

Il faut restaurer le « capital social », éponger la dette publique, équilibrer le système des retraites, encourager l’innovation industrielle, rétablir l’autorité et la transmission à l’Ecole, stimuler la recherche scientifique, endiguer la dégradation environnementale et restaurer la parole gouvernementale. 

Comment faire ? 

En appliquant un principe de responsabilité et d’efficience, d’où l’on pourrait certainement déduire ces actions : mettre les délinquants en prison, exclure des classes les perturbateurs, abroger les normes paralysantes, couper dans les dépenses jusqu’à l’équilibre des comptes publics et démissionner les administrateurs et gouvernants incapables. 

C’est douloureux ? Injuste ? Brutal ? Peut-être, en effet. 

Nous n’aurions pas besoin de ces remèdes de cheval si nos prédécesseurs avaient mené des politiques clairvoyantes.

Cessons d’allonger la liste des bonnes excuses à présenter aux générations futures dans l’espoir qu’elles nous pardonnent d’avoir dilapidé l’immense richesse civilisationnelle dont nous avons hérité. 

Raisonnons à la façon de Kant (une fois n’est pas coutume) : « Tu dois, donc tu peux ». 

Le pays doit vivre, donc mettons en œuvre des politiques ad hoc.

 

Les bonnes incitations font les bonnes politiques

Les déterminismes multiformes accepteront-ils de se plier à cette politique volontariste ?

 Mais oui ! 

Exactement comme pour n’importe quelle action individuelle. 

Si vous vous demandez par quel miracle vous aller bien pouvoir vous tirer du lit ce matin, vous y resterez encore un bon moment, avec toutes les conséquences qui s’ensuivent ; mais si vous faites acte de volonté, alors vous êtes déjà levé et victorieux du déterminisme apparent comme on dissipe la fumée d’un geste de la main. 

Les chaînes causales empruntent alors d’autres voies, car se responsabiliser produit des effets psychologiques puissants.

 L’idée même que l’on peut faire quelque chose décuple le pouvoir d’action. Affirmer sa responsabilité libère.

L’impuissance politique n’est pas du déterminisme scientifique, mais de la feignantise et de la démagogie.

 Inversement, la puissance politique restaurée n’est pas adossée à une métaphysique du libre arbitre, mais à une philosophie de la responsabilité et une psychologie des incitations. 

Si vous dites à quelqu’un : « Il faudrait que tu travailles sur ce dossier pour essayer de surmonter tel problème », vous pouvez être sûr que le problème sera plus coriace que si vous dites : « Débrouille-toi pour obtenir tel résultat, avec telle récompense matérielle ou symbolique à la clé ». 

Rien de tel que la responsabilisation pour obtenir les résultats souhaités, et rien de tel que l’incitation à la responsabilité pour obtenir des comportements responsables.

A lire aussi: Le soir où le PSG a offert des arguments de campagne à Retailleau

 

En un mot, à la culture victimaire et à la « tentation de l’innocence »[3] il faut opposer un discours de ce type : « Chers compatriotes, vous avez probablement d’excellentes excuses à faire valoir pour vous dispenser de vos obligations et vous innocenter de vos méfaits – à en croire certaines études, en effet, vous êtes des victimes multiformes de la société, du colonialisme, du patriarcat, bref, du « système ». 

Que tout cela soit vrai ou faux ne nous importe plus guère à présent, car nous vous offrons de nouvelles incitations psychologiques qui rendront grand service à vous-même et à la société : vous serez désormais traité comme des adultes responsables et nous attendons de vous des résultats objectifs. 

Vous serez promus en cas de succès et déclassés en cas d’échec (avec discernement et intelligence des situations, bien entendu) ».

Comme par magie, nous verrons alors les pilleurs dissuadés, les perturbateurs inhibés, les fraudeurs démotivés, les paresseux remotivés, les talentueux récompensés et les grands hommes héroïsés. 

Tout rentrera dans l’ordre et ce qui semblait impossible deviendra possible.

 

Ni archaïsme, ni postmodernisme : pour un libéralisme classique

Paradoxalement, en même temps que notre société déresponsabilise les individus, elle les surresponsabilise à la façon des sociétés archaïques : la communautarisation de la société fait renaître une logique de responsabilité communautaire. 

Aux Etats-Unis d’abord et en Europe occidentale ensuite, les « Blancs » et les « hommes » sont de plus en plus comptables de ce que d’autres Blancs et d’autres hommes ont fait par le passé. 

Il en va de même des « boomeurs » ou encore des « riches » – voire des « juifs ». 

Les membres de ces entités collectives devraient payer pour leur groupe d’affiliation, même s’ils n’ont rien fait à titre personnel.

 Symétriquement, certaines communautés demandent « réparations » pour ce qu’ont subi leurs ancêtres supposés.

Le libéralisme classique est pris en tenaille entre une logique primitive et une logique postmoderne qui occultent l’une et l’autre la liberté individuelle. 

Entre responsabilisation collective et déresponsabilisation individuelle, où est la bonne mesure ? 

Pile au milieu, dans l’idée de responsabilité individuelle. 

Entre la justice holistique qui condamne des gens à raison de leurs « identités » et le laxisme judiciaire qui innocente tous azimuts, où est la bonne mesure ? 

Même réponse : dans la responsabilité individuelle.

Qu’est-ce qui est juste ? Question écrasante… 

Reconnaissons au moins ce qu’il ne l’est pas : une société qui puise dans ses richesses (capital culturel, social, économique et institutionnel) comme un rentier imprévoyant. 

La vraie « justice sociale » doit être redéfinie comme l’état d’une société garantissant sa pérennité et sa prospérité.


[1] François Azouvi situe le « bouleversement anthropologique » entre 1965 et 1975 (Du héros à la victime : la métamorphose contemporaine du sacré, Gallimard, 2024).

[2] Réalisé par Ridley Scott et sorti en 2015, avec Matt Damon dans le rôle principal.

[3] Pacal Bruckner, La Tentation de l’innocence, Grasset, 1995.

 

Source et Publication :    https://www.causeur.fr/mettons-la-responsabilite-au-coeur-du-systeme-328873