vendredi 3 juillet 2026

2éme GUERRE MONDIALE : SUR LE DRAME CONCENTRATIONNAIRE , LA DISCUTION DOIT RESTER LIBRE ! PLACE AUX HISTORIENS !

 


En 2008, Bruno Gollnisch - dont je suis fier de dire qu’il compte aujourd’hui parmi mes amis - avait été condamné pour avoir déclaré : « Il n’y a aucun historien sérieux qui adhère intégralement aux conclusions du procès de Nuremberg.
 
 Je pense que, sur le drame concentrationnaire, la discussion doit rester libre.
 
 Sur le nombre de morts, sur la façon dont les gens sont morts, les historiens ont le droit d’en discuter. 
 
L’existence des chambres à gaz, c’est aux historiens d’en discuter. »
 
J'avais 16 ans. Jeune secrétaire départemental pour le Front National de la Jeunesse de Meurthe-et-Moselle, c'est ce déni de justice qui m'a donné envie d'étudier le droit, et devenir un juriste. 
 
Le 23 juin 2009, la Cour de cassation a cassé cette condamnation sans renvoi.
 
L’arrêt publié au Bulletin criminel n°132, énonce :« Encourt, dès lors, la cassation sans renvoi l’arrêt qui retient comme constitutifs du délit de contestation de crimes contre l’humanité certains des passages poursuivis. »
 
Le 1er juillet 2026, j’étais moi-même poursuivi devant le tribunal correctionnel de Verdun pour avoir prétendument déclaré : « Le maréchal Pétain ... », « héros des deux guerres... », serait considéré à tort, « en raison d’une lecture nécessairement partisane de l’histoire... », « Histoire écrite par les vainqueurs ».
 
 Je viens ici de reproduire exactement les propos tels qu’ils figurent dans ma convocation.
 
Le premier problème est simple : je n’ai jamais prononcé cette phrase.
 
 Je l’ai démontré à l’audience, et cela ressort de la transcription intégrale de mes entretiens établie par un expert de la police judiciaire.
 
 L'enregistrement a été projeté à l'audience.
 
À la question de savoir si, selon moi, le Maréchal Pétain méritait qu’une messe soit célébrée à sa mémoire, alors qu’il a été condamné pour haute trahison - et non pour crime contre l’humanité - et à l'affirmation selon laquelle on ne devrait plus l'appeler « Maréchal », j’ai exactement répondu : « Je ne fais pas nécessairement cette lecture partisane de l’Histoire. »
 
La convocation a donc transformé une réponse personnelle et nuancée en une affirmation générale que je n’avais jamais formulée.
 
Il m’était également reproché d’avoir qualifié le Maréchal Pétain de « héros des deux guerres ». 
 
D’une part, dire que le Maréchal Pétain est un héros de la 2nde Guerre mondiale ne constitue pas la négation des crimes contre l'Humanité (il y a un arrêt de la CEDH sur ça : Arrêt Lehideux et Isorni contre France du 23 septembre 1998) ; et d’autre part, je faisais référence à son commandement pendant la guerre du Rif.
 
Il est apparu à l’audience que ni les magistrats ni les parties civiles ne connaissaient cet épisode historique qui dure pourtant plus longtemps que la Première Guerre mondiale.
 
Lorsque l’on m’a objecté que presque personne ne connaissait cette guerre, j’ai répondu que je n’étais pas responsable de l’inculture historiques des gens, et qu’il convenait plutôt d’interroger la responsabilité de l’Éducation nationale et son ministère à ce sujet.
 
Sur le fond, même en supposant que les propos reproduits dans ma convocation aient réellement été prononcés, ils ne constitueraient toujours pas le délit de contestation de crime contre l’humanité qu'on me reproche.
 
 
L’arrêt Gollnisch est parfaitement clair : une juridiction qui me condamnerait pour ce délit en se fondant sur des propos ne contestant aucun des crimes juridiquement visés par le texte, et assorti d'une affirmation claire : « je ne conteste rien, je respecte la loi encoure la cassation sans renvoi ».
 
J’ai, en réalité, été bien plus prudent que Bruno Gollnisch. 
 
Je n’ai évoqué ni les conclusions du procès de Nuremberg, ni les chambres à gaz, ni le nombre ou les conditions de décès dans les camps.
 
Je n’ai même pas revendiqué une liberté générale du débat historique.
 
 Bien que je milite en ce sens depuis des années, pour l'abrogation pure et simple de toutes les lois liberticides.
 
 J’ai seulement indiqué que certaines lectures historiques demeuraient partisanes et que les débats n’étaient pas libres. 
Sinon que ferais-je devant un tribunal ?
 
 
La loi et la jurisprudence imposent ma relaxe.
 
 Il n'y aurait même pas dû y avoir de débat au fond compte tenu de la nullité de la citation qui devait reproduire des propos exacts, à date exacte.
 
 Ce qui n'était pas le cas.
 
Si le tribunal de Verdun devait, par l'extraordinaire, en décider autrement, j’exercerais naturellement toutes les voies de recours nécessaires, jusqu’à la Cour de cassation.
 
Et je serais alors ravi de voir naître un arrêt NUPS, prononçant à son tour une cassation sans renvoi. 
 
Comme pour Gollnisch et Dreyfus. 
 
Comme je l’ai déclaré à la fin de l’audience : « Bruno Gollnisch est aussi innocent que Dreyfus. 
 
Je suis plus innocent que Gollnisch et, par rebond, je suis nécessairement aussi innocent que Dreyfus. »
 
 
Cette conclusion a provoqué une véritable hystérie du côté des parties civiles.
 
Par Pierre-Nicolas Nups -
 Secrétaire général du Parti de la France
 
 
 

 
ADDENDUM :
En ma qualité de Secrétaire général du Parti de la France, je tiens à exprimer au nom de notre mouvement, notre profonde préoccupation face à ces épisodes répétés d’agression judiciaire dirigés contre la droite nationale.
 
Nous avons désormais largement dépassé la fiction dystopique imaginée par George Orwell (1984).
 
Nous ne vivons plus seulement sous l’empire de la police de la pensée, chargée de sanctionner des opinions exprimées.
 
Nous vivons désormais sous l'emprise du procès d’intention, où l’on poursuit des individus non pour les propos qu’ils ont réellement tenus, mais pour les intentions qu’on leur prête et les sous-entendus que leurs adversaires prétendent y déceler. 
 
 

 
 

 

POURQUOI L' ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FAIT LE JEU DES ASSASSINS D' ENFANTS ?

 TRIBUNES LIBRES !

Pourquoi attendre l’élection présidentielle

 fait le jeu des assassins de nos enfants

Nos contemporains en sont souvent convaincus : manifester ne sert à rien.

 Les pouvoirs oligarchiques qui nous gouvernent sont tellement puissants que rien de ce que nous pourrions faire ne pourrait changer la donne. 

Petite piqûre de rappel pour ceux qui n’osent pas sauter le pas… et pour les plus fainéants aussi.

Aseptisés par un siècle de démocratie libérale, ayant volontairement livré les clés de leur destin à leurs représentants politiques, les peuples occidentaux semblent endormis.

 Peu de choses les font réagir hors de la sphère des réseaux sociaux, et une fois leur indignation exprimée sur la toile, ils se contentent d’attendre les prochaines élections.

 Ne dit-on pas que l’espoir est le dernier à mourir ?

Quelques soubresauts se produisent à chaque nouvel épisode sidérant de viol, de meurtre ou de mise à sac de nos ville, puis la pression retombe et chacun retourne à sa tranquillité.

 Chaque mort est le mort de trop. 

Mais, chaque mort est l’avant-dernier.

Le temps des tergiversations est pourtant terminé.

 La mère de Louis, l’adolescent de 17 ans lynché à mort par la racaille à Narbonne, nous le rappelle : « Ce n’est pas le temps du deuil, c’est le temps de la guerre. »

 

« Droitiser » l’espace public

Il y a de multiples raisons pour participer à une manifestation. 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les Français sont vus à l’étranger comme le peuple par excellence qui ne se laisse pas faire et descend dans la rue pour exprimer sa colère. 

 

Mais tant de causes, les plus politiquement incorrectes, restent dans l’ombre : certains Français ont encore peur de s’exprimer librement et publiquement.

L’omniprésence des manifestations pour le féminisme, les droits LGBT, le climat ou l’antiracisme peut donner l’illusion que l’espace public est le monopole exclusif des courants progressistes et de gauche.

 Cet état de fait occulte d’autres réalités et crée un biais dans la perception de la situation sociale réelle du pays.

 

Aux micros de Radio Courtoisie, Raphaël Ayma, porte-parole de Tenesoun en Provence, est revenu sur la mobilisation en hommage à Louis, soulignant l’importance de participer aux manifestations. 

Il s’est adressé à ceux qui profèrent que manifester ne sert à rien :

« Ces gens-là nous tiennent ce discours car ils ont un trait caractéristique : le fait de croire au providentialisme électoral. Ils considèrent que la seule solution politique, la seule solution, à leur drame, le seul changement possible ne peut advenir que par le jeu démocratique et par l’idée de venir déposer un bulletin dans une urne tous les cinq ans.

On leur répond que les manifestations viennent imposer une chose très importante en politique : le rapport de force. »

 

Raphaël Ayma a raison : il est totalement différent de gouverner un pays où systématiquement les Français sortent dans la rue pour crier leur colère, expriment publiquement et collectivement leur mécontentement, où ils ne se contentent pas de rester confinés dans la sphère privée et virtuelle.

Le peuple de France ne pourra faire l’impasse de la manifestation qui demeure le moyen légal le plus direct pour exprimer une résistance face au pouvoir et rompre le silence.

 Mais pour contraindre les décideurs politiques à réagir et asseoir la légitimité des revendications, seule une mobilisation de longue haleine s’avérera réellement efficace.

 

Solidarité

À ceux qui ne sont pas convaincus de l’utilité de la chose, on rappellera que manifester dans les rues de Narbonne ou devant le ministère de la Justice, c’est aussi la façon la plus pertinente et la plus visible d’apporter son soutien aux proches d’un Louis ou d’une Lyhanna.

 Leur montrer qu’ils ne sont pas seuls. 

Que leur enfant perdu n’est ni ignoré, ni oublié. 

Faire corps. 

Sans mobilisation populaire, combien de nos martyrs auraient-ils sombré dans l’oubli sans même qu’on ait eu connaissance de leur calvaire ? 

Peut-on confier aux médias dominants le choix des « faits divers » à prendre en compte et de ceux à ignorer ?

 

Créer du lien

Et puis, en ces temps de restrictions de la liberté d’expression, marqués par la montée en puissance de la censure numérique comme de l’application prochaine du DSA, du fichage de la population à travers de fourbes manœuvres soi-disant vouées à nous protéger ou à protéger la jeunesse, de la criminalisation des actions militantes, des fermetures des comptes bancaires des médias et associations dissidentes, créer des liens véritables, « in the real life » comme disent les plus connectés, s’avérera nécessaire.

 

Et si nous n’avons convaincu personne de l’utilité de descendre dans la rue, s’engager auprès de la cause de leur choix, en aidant ou en la finançant, et même les deux, s’avérera encore plus nécessaire.

Mais une chose est sûre : à défaut d’engagement de la part de nos compatriotes, ce sont les assassins de leurs enfants et les fossoyeurs de leur pays qui auront raison. 

 Leur inertie, leur attente béate des prochaines élections, les conduira à mériter en partie ce qu’il leur arrive.

Ce n’est certes pas agréable à lire… mais la réalité n’est pas toujours agréable.

 

Par Audrey D’Aguanno

Photo d’illustration : DR

 

ET AUSSI      AUTRE SUJET ....

LA CHRONIQUE DE BALBINO KATZ !

Quatre nouvelles mitres à Écône : ce que

 le sacre des évêques lefebvristes 

dit vraiment

J’étais assis, hier, à la terrasse d’un café de Barjols, en Provence.

 

 Le soleil tapait dru, comme il sait le faire dans ces provinces méridionales où les pierres elles-mêmes semblent avoir une mémoire antique de la chaleur. 

Je venais de faire quelques emplettes, et je goûtais, avec reconnaissance, ce petit moment de paix que donne un verre de rosé lorsqu’il est pris sans hâte, loin des bourrasques bretonnes et des humeurs du siècle.

 

À quelques pas de ma table, un monsieur d’un certain âge, coiffé d’un chapeau de paille blanc, lisait La Croix. 

La scène avait quelque chose d’insolite.

 Depuis que j’ai mémoire des journaux, des cafés et des hommes, je ne crois pas avoir souvent vu quelqu’un lire La Croix en public. 

On lit Le Figaro comme on arbore une cravate, Libération comme on promène une vieille colère, L’Équipe comme on respire. 

La Croix, elle, se lit plutôt dans les salles paroissiales, les presbytères chauffés à l’économie, les bibliothèques diocésaines et les cuisines de vieilles chaisières.

La une était sans équivoque. 

En grandes lettres noires : « Le schisme ». 

 

Au-dessous, quatre mitres jaunes, alignées comme une muraille de tissu et d’or, signalaient les nouveaux évêques consacrés par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X à Écône, en Suisse. 

La photographie était belle, presque trop belle, et d’autant plus redoutable.

 Dans ces visages graves, dans ces ornements d’un autre âge, dans cette pompe liturgique qui semble défier les décennies, il y avait tout ce que le catholicisme officiel français regarde avec effroi, agacement, parfois envie, et plus souvent incompréhension.

La curiosité, mon péché véniel de chroniqueur du temps qui passe, me poussa donc à ouvrir ma version numérique de La Croix. 

 

Le journal avait envoyé une plume à Écône, dans ce que la bien-pensance ecclésiale tient volontiers pour le repaire de la bête immonde : non point quelque caverne de brigands, mais un séminaire suisse où l’on récite le latin, où l’on porte la soutane, où l’on parle de doctrine, de sacrifice et de Tradition avec une majuscule. 

L’affaire ne manquait pas de sel.

 Que l’organe officieux du catholicisme de conférence, laboratoire des prudences diocésaines et des éléments de langage pastoraux, aille regarder de près les bannis de la famille romaine, voilà qui méritait lecture.

Or le compte rendu était plutôt honnête. Il ne sombrait pas dans la détestation commode.

 Il décrivait les faits, la cérémonie, les fidèles, l’orage, la tension romaine, la sérénité étrange d’une foule persuadée de ne pas rompre avec l’Église, mais de lui demeurer fidèle contre ceux qui la gouvernent.

 À Rome, Léon XIV avait supplié la Fraternité de « revenir sur ses pas ». 

 

À Écône, on passa outre. 

Quatre évêques furent sacrés sans mandat pontifical. 

Les Français Marc Hanappier et Michel Poinsinet de Sivry, le Suisse Pascal Schreiber et l’Américain Michael Goldade reçurent ainsi la plénitude de l’ordre épiscopal des mains de Mgr Bernard Fellay et de Mgr Alfonso de Galarreta, eux-mêmes consacrés par Mgr Lefebvre en 1988.

Le correspondant du Vatican ajoutait, de son côté, une analyse juste : pour le pape, la ligne rouge n’est pas d’abord la messe ancienne, mais la constitution d’une succession épiscopale autonome.

 C’est là le cœur de l’affaire. 

Le rite, en vérité, n’est que la partie visible du litige.

 

 La messe de saint Pie V fascine les uns, irrite les autres, console beaucoup de fidèles, exaspère les bureaux.

 Pourtant Rome a déjà su, lorsqu’elle le voulait, aménager des espaces pour l’ancien missel.

 Le véritable scrupulus in calceo, le petit caillou dans la chaussure romaine, c’est la prétention d’une communauté à se donner des évêques sans le pape, puis à perpétuer cette liberté comme un état normal.

Mes sentiments à l’égard des lefebvristes ont toujours été mêlés.

 Je les connais depuis longtemps, sinon depuis leur naissance, du moins depuis l’époque où leur querelle avec Rome travaillait déjà les familles catholiques comme une fissure dans un mur porteur.

 Je n’ai jamais été attiré par eux sur le plan humain. 

Mes rencontres avec ce monde m’ont souvent laissé une impression de froideur, de charité parcimonieuse, d’adhésion mécanique à une vision très juridiste de la foi.

 On y trouve des âmes droites, certes, des fidélités admirables, des familles solides, des prêtres courageux.

 On y trouve aussi cette dureté doctrinale qui confond parfois la vérité avec le plaisir d’avoir raison contre tous.

Ce n’est pas un hasard si certains des prêtres les plus intéressants issus de cette mouvance ont fini par la quitter.

 L’abbé Philippe Laguérie, l’abbé Guillaume de Tanoüarn, et d’autres encore, portaient une intelligence plus vive, un tempérament plus libre, une capacité de conversation avec le monde qui s’accordaient mal avec l’esprit de caserne propre à la Fraternité.

 Ils ont tenté ailleurs l’aventure d’une fidélité romaine attachée au rite ancien, notamment dans l’Institut du Bon Pasteur ou dans d’autres maisons. 

Ce détail n’est pas mince.

 Une institution révèle souvent sa nature par ceux qu’elle ne sait pas garder.

 

À dire vrai, Rome et Écône n’ont guère intérêt, aujourd’hui, à s’entendre vraiment. 

Le Vatican voit dans la Fraternité un inconvénient mineur à l’échelle du monde catholique, mais un inconvénient entêté, venimeux, disproportionné par son écho numérique et par sa charge symbolique.

 Ce traditionalisme demeure, pour Rome, un phénomène réduit, d’abord franco-français, désormais franco-américain, très visible dans la cathosphère, beaucoup moins décisif dans la masse mondiale de l’Église. 

Vu depuis Rome, il pèse peu face à l’Afrique, à l’Asie, à l’Amérique latine, aux évangéliques, à l’islam, aux synodes allemands, aux finances vaticanes ou à l’épuisement des chrétientés européennes.

 

Pour Écône, la situation irrégulière est devenue, elle aussi, une demeure. 

On y dit souffrir d’être dehors, sans doute, mais l’on y a organisé sa vie. 

La Fraternité possède ses écoles, ses prieurés, ses séminaires, ses réseaux, ses familles, ses fidélités, ses finances, ses habitudes. 

Elle vit dans un entre-soi sectaire, et j’emploie ici ce mot sans intention injurieuse, comme une donnée clinique.

 Le sectaire n’est pas toujours le fanatique.

 Il est d’abord celui qui vit dans un monde clos, avec ses mots, ses alarmes, ses ennemis, ses vertus, ses signes de reconnaissance et ses réflexes de conservation.

 

J’ai visité naguère une école hors contrat placée dans l’orbite de la Fraternité.

 J’y fus frappé par les jeunes femmes qui y enseignaient.

 Elles semblaient sorties du même moule : mêmes jupes, mêmes coiffures, mêmes intonations, même douceur appliquée, même effacement volontaire. 

Il y avait là quelque chose de touchant et d’inquiétant. 

Ce conformisme absolu fait la force de ces milieux. 

Il donne aux enfants un cadre, aux familles une protection, aux prêtres un peuple, aux œuvres une continuité.

 Il en fait aussi la faiblesse, car un monde qui ne respire plus avec le dehors finit par prendre l’air extérieur pour un poison.

 

Rome, de son côté, n’a rien fait, ces dernières années, pour dissiper la méfiance. 

Les petites misères infligées aux communautés attachées aux rites anciens, la surveillance soupçonneuse des instituts Ecclesia Dei, les restrictions répétées, le sort fait à certains diocèses trop accueillants pour les vocations traditionnelles, tout cela a nourri la conviction des lefebvristes qu’ils avaient eu raison trop tôt.

 

 L’affaire de Toulon, dans sa brutalité administrative et son arrière-fond idéologique, a laissé des traces.

 Quant au pèlerinage de Chartres, sa vitalité juvénile aurait dû faire réfléchir une hiérarchie qui passe son temps à se lamenter sur les églises vides. 

Elle l’a surtout embarrassée.

C’est là l’un des grands paradoxes de notre catholicisme finissant. 

Les bureaux diocésains demeurent marqués par la génération qui a jeté la soutane par-dessus la haie en croyant rejoindre le siècle. 

 

Cette génération, élevée dans les ferveurs conciliaires, a confondu l’ouverture au monde avec l’agenouillement devant ses modes.

 Elle pensait que l’abandon des formes anciennes rendrait les églises plus accueillantes. 

Elles sont souvent devenues plus désertes.

 Elle croyait remplacer la verticalité par la proximité.

 Elle a produit des liturgies de salle polyvalente et des homélies de comité de quartier.

Les jeunes prêtres catholiques qui rejoignent les paroisses, ne ressemblent plus guère aux animateurs paroissiaux des années 1970. 

On peut s’en réjouir ou s’en inquiéter, mais il faut le voir.

La soutane réapparaît, le latin ne fait plus rire, le chapelet se porte sans honte, les familles nombreuses ne se cachent plus, les séminaristes progressistes sont devenus plus rares que les hirondelles en décembre. 

 

La génération du col roulé touche au terme de sa course. 

Elle sera remplacée par des prêtres plus classiques, plus identitaires, plus doctrinaux, parfois plus raides. 

L’Église officielle fait mine de ne pas comprendre ce mouvement. 

Elle préfère administrer son effondrement plutôt que regarder les rares lieux où la sève remonte.

 

Cette cécité nourrit Écône. 

Chaque brimade, chaque restriction, chaque note soupçonneuse venue de Rome ou des ordinaires locaux donne à la Fraternité la preuve qu’elle attendait. 

 

Elle conforte son récit : l’Église serait envahie par le modernisme ; la Tradition serait persécutée ; les évêques officiels auraient perdu le sens de la foi ; seule la résistance garantirait la transmission. 

Le discours est excessif, parfois injuste, souvent fermé.

 Il n’est pas né de rien. 

Une institution qui refuse de voir les signes de vie chez ses enfants les plus turbulents ne doit pas s’étonner qu’ils aillent dresser leur tente hors du camp.

Reste que la Fraternité n’est pas une blanche colombe.

 Elle aime son rôle de dissidente. 

Elle a trouvé, dans cette position, une noblesse, une dramaturgie, un théâtre clérical, une raison d’être. 

Ses dirigeants savent bien qu’une réintégration complète dans l’Église romaine ferait courir un risque immense à leur entreprise. 

Dans la grande hiérarchie catholique, ils deviendraient une réalité parmi d’autres, soumise aux nominations, aux arbitrages, aux humeurs romaines, aux évêques locaux, aux lenteurs de la Curie. 

Ils perdraient cette autonomie qui est devenue leur oxygène. 

L’obéissance au pape, si souvent invoquée dans les sermons anciens, leur coûterait alors beaucoup plus cher qu’ils ne veulent l’avouer.

 

Il y a aussi, chez eux, un esprit caporaliste qui ne promet pas que des douceurs. 

Les prêtres y disposent de peu d’initiative. 

Un supérieur déplace, corrige, surveille, reprend.

 Un soupçon d’indépendance suffit à faire passer un homme de Bretagne en Touraine, ou d’ailleurs encore plus loin.

 Beaucoup de jeunes gens aiment cet ordre, cette discipline, cette verticalité. 

Elle les rassure dans un monde liquide.

 Elle leur donne des chefs dans une époque qui ne produit plus que des gestionnaires. 

Elle peut aussi dessécher les caractères, étouffer les intelligences, transformer la fidélité en obéissance automatique.

Les laïcs, lorsqu’ils observent ce conflit, oublient souvent une donnée essentielle : le temps ecclésiastique n’est pas le temps ordinaire. 

Pour un journaliste, une crise dure trois jours. 

Pour un parti, elle dure une législature. 

Pour une entreprise, un exercice comptable.

 Pour l’Église, elle peut durer cinquante ans, un siècle, davantage encore. 

 

Rome sait attendre.

 Les schismes, les dissidences, les vieux-croyants, les Églises séparées, les communautés en rupture, tout cela appartient à sa longue mémoire.

 Elle ne raisonne pas seulement en termes de scandale immédiat, mais de vieillissement, d’épuisement, de succession, de retour possible ou de disparition lente.

 

Écône raisonne également dans cette durée.

 Les sacres de 1988 devaient être une exception. 

Ceux de 2026 montrent qu’ils sont devenus un système.

 C’est le point décisif.

 L’état de nécessité, invoqué une première fois par Mgr Lefebvre, s’est changé en principe permanent. 

La Fraternité ne dit pas : nous posons un acte terrible en attendant une solution.

 Elle dit désormais : nous devons assurer notre hiérarchie pour les décennies qui viennent.

 En langage romain, cette nuance pèse plus lourd que toutes les déclarations d’amour au pape.

 

Au fond, ces quatre nouvelles mitres ne changent pas grand-chose à l’affaire.

 Elles remettent une bille dans la machine, relancent le mécanisme et prolongent la partie de vingt ans.

 Rome sanctionnera, ou temporisera d’une manière qui ressemblera à une sanction. 

Écône protestera de sa fidélité, tout en consolidant son autonomie. Les fidèles chanteront plus fort. 

Les bureaux romains classeront les dossiers. 

Les journalistes parleront de schisme.

 Les familles traditionalistes continueront d’inscrire leurs enfants dans les écoles où l’on apprend le catéchisme d’antan comme on apprenait autrefois les déclinaisons.

 

Dans vingt ans, peut-être, une autre génération prélats romains, moins obsédée par les querelles de Vatican II, regardera cette affaire avec davantage de sang-froid. 

Peut-être que l’Église officielle, ayant perdu encore des forces, acceptera de faire une place plus large à ceux qui auront conservé des prêtres, des familles et des vocations.

 Peut-être aussi que la Fraternité se sera tellement habituée à sa forteresse qu’elle ne saura plus ouvrir les portes. 

Rien n’est moins sûr.

 L’histoire de l’Église est pleine de retours inespérés et de ruptures devenues habitudes.

 

À Barjols, le vieux monsieur replia finalement son journal.

 Il but le fond de son café, remit son chapeau de paille et s’éloigna dans la lumière provençale. 

Je restai avec mon verre de rosé et cette une de La Croix en tête : « Le schisme ».

 Le mot était lourd, presque médiéval, et pourtant très moderne. Il disait moins une rupture soudaine qu’une séparation longtemps préparée, entretenue par deux camps qui se reprochent mutuellement de ne pas vouloir revenir.

 

Écône n’est pas seulement une dissidence. C’est un miroir.

 La Rome d’aujourd’hui y voit ce qu’elle ne veut plus être : la soutane, le latin, la doctrine formulée sans précautions oratoires, les familles nombreuses, la verticalité liturgique, le refus de confondre la foi avec l’accompagnement social du temps présent.

 La Rome de demain, qui sait, y trouvera peut-être le reflet de ce qu’elle voudra redevenir, lorsque les prudences pastorales auront achevé de vider les nefs et que les mots d’inclusion, d’écoute et de dialogue auront rendu leur dernier son dans des sacristies désertes.

 

Car le catholicisme français ne meurt pas tout à fait de la manière dont on le croit.

 Le vieux catholicisme sociologique, celui des paroisses pleines par habitude, des patronages, des familles allant à la messe comme on allait au marché, celui-là s’efface, emportant avec lui des prêtres, des églises, des écoles, des usages, et jusqu’à une certaine familiarité populaire avec le sacré. 

À sa place, encore minoritaire, encore fragile, naît un catholicisme plus choisi, plus conscient, plus identitaire, souvent plus jeune, attiré par les formes anciennes, les écoles nouvelles, les communautés exigeantes, les séminaires où l’on ne rougit plus de porter la soutane. 

C’est ce catholicisme-là qui embarrasse Rome et déconcerte l’épiscopat français. 

Il suffit de lire La Croix pour s’en aviser : on y parle volontiers de renouveau lorsqu’il est conforme au vocabulaire du siècle ; on s’inquiète beaucoup lorsqu’il prend le visage d’une tradition qui revient.

Ainsi les sacres d’Écône ne sont pas seulement un acte canonique de rupture, ni même une querelle de mitres entre Rome et une Fraternité jalouse de sa citadelle. 

Ils signalent, à leur manière raide et caporaliste, le retour d’une question que l’on croyait ensevelie sous les décombres de l’après-concile : que reste-t-il de l’Église lorsqu’elle ne veut plus paraître elle-même ?

 On peut condamner ces sacres. On peut s’en féliciter. 

On peut s’en attrister. 

Il demeure cette évidence : dans une Église où tant de choses meurent sans bruit, ceux qui provoquent encore des tempêtes sont souvent ceux qui affirment, avec une obstination parfois excessive, que tout ne doit pas mourir.

Par Balbino Katz
— chroniqueur des vents et des marées —

balbino.katz@pm.me

Photo d’illustration : DR

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LE GÉNOCIDE PAR SUBSTITUTION , LA DESTRUCTION DES EUROPÉENS ET LEUR CIVILISATION ! ( RENAUD CAMUS )

REVUE DE PRESSE !

Renaud Camus : « Le temps que les Européens 

se rendent compte de ce qui leur arrive, ils sont
déjà dans les poubelles de l’histoire »

Renaud Camus, né en 1946 à Chamalières, est l’une des figures intellectuelles les plus singulières de la France contemporaine. 

Formé auprès de Roland Barthes, prix Fénéon en 1977, prix Amic de l’Académie française en 1996, il fut d’abord reconnu comme l’un des grands stylistes de sa génération, auteur d’une œuvre considérable mêlant journal intime, élégies, romans, écrits sur l’art et essais philosophiques. 

C’est en 2011 que son nom traverse les frontières du monde littéraire pour s’imposer dans le débat politique mondial, avec la publication du Grand Remplacement, concept qu’il conçoit non comme une théorie conspiratrice mais comme un constat démographique : la substitution, en cours d’accélération, des peuples européens sur leur propre sol.

 Fondateur du Parti de l’In-nocence (2002) et du Conseil National de la Résistance Européenne (2017), installé depuis trente ans au château de Plieux dans le Gers, Renaud Camus continue d’écrire, de publier et d’intervenir, y compris face aux interdictions de territoire, comme celle qui lui a été signifiée par le Royaume-Uni en avril 2025, qui l’a empêché de prononcer son discours sur la remigration devant la Big Remigration Conference.  Voxeuropa, partenaire de Breizh-info, lui donne la parole pour déployer, dans leur intégralité, les thèses et la vision d’un écrivain que l’époque a rendu inévitable.

 

Vous avez été formé auprès de Roland Barthes, vous avez reçu le prix Amic de l’Académie française, vous avez organisé des expositions d’Art, vous êtes donc d’abord un homme de lettres et d’art.
 

Comment expliquez-vous le passage de cet univers vers l’engagement politique et conceptuel que l’on vous connaît depuis les années 2000 ? 

Y a-t-il eu un moment décisif, un basculement ?

Renaud Camus : Non, il n’y a pas eu de moment décisif, ni de basculement. 

J’ai toujours été obsédé par la question de la vérité et j’ai toujours pensé que la mission de l’écrivain était de se porter aux angles morts d’une société, ceux qui malgré leur évidence échappaient à l’expression publique, faisaient l’objet d’une offuscation, volontaire ou mécanique.

 Le changement de peuple et de civilisation était à la fois la plus large et la plus éclatante de ces zones d’ombre : un phénomène énorme, gigantesque, le plus important de l’histoire européenne depuis des siècles, et dont tout le monde affectait de ne pas s’apercevoir

Le mot « peuple » est au cœur de votre pensée. 

Or c’est un mot dont les définitions prolifèrent et se contredisent : peuple civique, peuple ethnique, peuple culturel, peuple historique. 

Quelle est précisément la définition que vous en donnez, et qu’est-ce qui, selon vous, fonde la légitimité d’un peuple sur un territoire ?

Renaud Camus : Je suis un peu étonné de votre assertion. 

Je ne m’étais pas aperçu que le mot “peuple” fût si important pour moi, mais vous avez peut-être raison. 

Il en va de lui comme de tous les termes essentiels, les plus profondément inscrits dans l’histoire de la langue : les définitions courent vainement après eux sans parvenir à les cerner. 

Plus les choses et les concepts sont, plus il est malaisé de les définir : prenez race, identité, nation, etc. 

Je crois à l’histoire, aux mythes, à l’étymologie, à l’épaisseur du temps. 

C’est l’histoire, c’est le temps, ce sont les œuvres et les mythes qui donnent aux peuples et aux races des droits sur lesquels même la démocratie ne saurait prévaloir

 Lorsque les Chinois changent la population du Tibet, et c’est là l’un des plus parfait paradigmes du Grand Remplacement, ils n’abolissent pas, même s’ils le bafouent, le droit des Tibétains à être maîtres de leur sort et de leur pays.

 

 

Jean Raspail disait être « déçu d’avoir eu raison »

Vous avez vu des amis proches prendre leurs distances, vous avez été condamné, associé malgré vous à des actes que vous réprouvez, et pourtant les faits que vous décriviez continuent de s’imposer au débat public, jusqu’à la bouche de chefs d’État. 

Comment vit-on dans cette position singulière : celle d’un homme dont les thèses gagnent du terrain pendant que lui-même reste persona non grata ?

Renaud Camus : Oh, j’ai eu le temps de m’y habituer, et mon tempérament fait peut-être que j’en souffre moins que n’en souffriraient d’autres. 

Non, ce qui est désespérant, ce n’est pas cela.

 C’est que le Grand Remplacement, le constat, se répand beaucoup moins vite que le Grand Remplacement, la chose, l’effroyable chose, le génocide par substitution, la destructions des Européens d’Europe et de leur civilisation. 

Le temps que les Européens se rendent compte de ce qui leur arrive, ils sont déjà dans les poubelles de l’histoire, comme les Mèdes, les Mayas, les Pictes ou les Moriori des îles Chatham, auxquels leur loi fondamentale, le Nunuku, interdisait de se défendre contre une invasion, moyennant quoi ils accueillirent à bras ouverts les Maoris, qui les massacrèrent, ou les réduisirent en esclavage.

 

 

Vous distinguez le Grand Remplacement comme phénomène démographique d’une idéologie que vous appelez le « remplacisme global », une convergence d’intéts économiques, médiatiques et politiques qui organisent ou tolèrent ce remplacement. 

Pouvez-vous décrire les acteurs et les mécanismes de ce remplacisme global tel que vous le concevez ?

Renaud Camus : Le Grand Remplacement, si gigantesque qu’il soit, n’est qu’une toute petite partie, mais c’est l’aboutissement, le couronnement, le sommet, de ce que j’ai appelé en effet le remplacisme global

Les hommes et les peuples sont remplacés mais ce n’est là que le parachèvement sinistre d’une entreprise mécanique infiniment plus vaste encore, au sein de laquelle tout est remplacé par tout. 

Le Grand Remplacement n’est pas une théorie, c’est un nom pour un phénomène, un nom pour une époque et pour son phénomène majeur, un chrononyme ; et en même temps c’est un crime, évidemment, le crime contre l’humanité du XXIe siècle (et ce crime est commis par ceux qui l’appellent une “théorie”). 

Le remplacisme global, lui, beaucoup plus vaste, est à la fois une théorie, une idéologie totalitaire et une structure de pouvoir dont la forme politico-économique est la davocratie, gestion managériale du Parc humain par Davos, les multinationales, les banques, les hedge-funds, les gafam, la Big Tech et le Big State ; leur bras armé est le Bloc Génocidaire, ensemble de juges, journalistes, intellectuels organiques, élus, qui doivent tout à la davocratie remplaciste et qui sans elle ne seraient rien.

La théorie du remplacisme global repose sur l’observation que le remplacement est le geste central, essentiel, des sociétés industrielles et post-industrielles (mais elles continuent d’être industrielles et le sont même plus que jamais quand elles sont totalement numériques). 

Tout y est remplacé par tout : les matériaux originaux par leur imitation bon marché, la littérature par le journalisme, la culture par la sous-culture, la musique par la musique, les noms par les prénoms, les ouvriers par les machines, les hommes par les femmes, les hommes et les femmes par les robots, les Européens par les Africains, l’économie par la finance, la finance par la gestion numérique, lintelligence par lintelligence artificielle, etc. 

Le plastique est la matière reine du remplacisme global, et il ne pourrit pas seulement les océans et nos poumons.

 Les sociétés du remplacisme global sont un univers de la copie, du double, de l’ersatz, de l’imitation, de la contrefaçon, du simili, du fac-similé, de l’ersatz, de l’assimilation. 

Il en résulte d’ailleurs que le faux leur est consubstantiel. 

C’est ce que j’ai appelé le faussel, le faux réel, le réel faux, un monde imaginaire où ce qui arrive n’arrive pas, une sorte de Truman Show généralisé où l’information est un filtre et un philtre de mort, où même le chagrin, la souffrance, la douleur, qui passaient jadis pour la preuve ultime du vrai, sont assimilés à de la récupération : si vous pleurez sur les crimes du remplacisme global, vous ne faites que les “récupérer”.

 

 

Le concept de Matière Humaine Indifférenciée (MHI) est l’un de vos apports les plus originaux au débat, lidée que le système économique mondial traite les êtres humains comme des unités interchangeables, sans enracinement, sans appartenance. 

Ce concept vous apparaît-il comme un héritage de la tradition libérale classique poussée à son terme, ou comme quelque chose de plus spécifique à notre époque ?

Renaud Camus : Les deux : la Matière Humaine Indifférenciée, interchangeable à merci, est le résultat d’un très long processus qu’on peut dater de la Révolution industrielle, voire de la crise de la conscience européenne, pour parler comme Paul Hazard, ou même de cette grande révolution de la conscience occidentale qui s’opère en Europe au début du XVIIe s. avec un Descartes, un Huygens ou un Galilée.

 L’homme, surtout à partir de la deuxième Révolution industrielle, l’américaine, le taylorisme, le fordisme, la bien-nommée chaîne de montage (inspirée par les abattoirs de Chicago), s’y trouve progressivement dépossédé de toutes ses appartenances, la famille, la province, la nation, la culture, la classe, la race : il est liquéfié comme la société autour de lui, ainsi qu’en témoigne magnifiquement l’œuvre de Zygmunt Bauman. 

Dépossession et liquéfaction sont le prélude à la liquidation, que celle-ci se manifeste par des génocides et des éradications de fait, ou bien par un génocide par substitution, par remplacement, comme tout le reste. 

Dans les sociétés du remplacisme global, même les génocides sont par substitution.

 

 

Vous avez consacré plusieurs livres à ce que vous nommez la « décivilisation » et la « grande déculturation », et notamment à l’effondrement de la langue comme symptôme premier de cette décivilisation.

 En tant qu’écrivain profondément attaché à la phrase ample et au style, comment évaluez-vous l’état de la langue française aujourd’hui ? 

Y a-t-il encore des lieux où elle se défend ?

Renaud Camus : Oh, je ne doute pas qu’il y ait des lieux et des êtres où elle se défend comme elle peut, et souvent vaillamment, et parfois brillamment.

 Mais dans l’ensemble, et puisque nous parlions de liquéfaction, elle en est très gravement atteinte. 

On voit fondre sous nos yeux, comme par l’effet d’une canicule permanente, des pans entiers de sa structure : des temps n’existent plus, des modes ont disparu, mille concordances ne se font plus. Il faut à tout moment redoubler le sujet (“La France, elle…”, “le problème il est là…”), comme si on craignait que trop faible, trop malade, il ne tienne pas jusqu’au verbe.

 Les gens se comprennent de moins en moins, entre eux et au sein d’eux-mêmes. 

Cela dit, je ne crois pas que cela soit spécifique à la langue française. 

Les contemporains et victimes du remplacisme global s’en remettent de plus en plus aux machines pour penser à leur place.

 

 

Pour prolonger la question à ce que vous nommez la « décivilisation » et la « grande déculturation », voyant dans l’effondrement de la langue le symptôme premier d’un effondrement plus large. 

Or cette déliaison entre un peuple et sa langue ne touche pas que le français, l’allemand, le néerlandais, les langues scandinaves traversent des mutations comparables. 

En tant qu’écrivain profondément attaché à la phrase ample et au style, pensez-vous que nous assistons à un phénomène proprement européen, la dissolution simultanée de toutes les grandes langues de civilisation du continent ?

Renaud Camus : Je pense que nous assistons à un phénomène mondial, une sorte d’infantilisation de l’espèce à laquelle auront beaucoup poussé la musique ou la sonorisation, la danse ou la transe, la drogue, le show-business comme spectacle du monde, le football comme opium du peuple, le supportisme, l’imbécilisation de masse, l’éducation de l’oubli, le collège unique, l’éradication de la classe cultivée, curieusement concomitant à l’éradication de la paysannerie.

 

 

Depuis 1992, vous habitez et animez le château de Plieux dans le Gers, vous y avez organisé des colloques, des expositions d’art contemporain, vous y peignez, vous y écrivez votre journal.

 Est-ce que Plieux est, pour vous, une forme de résistance concrète à la décivilisation ?

 Un laboratoire de ce que pourrait être une vie enracinée ?

Renaud Camus : Oui, sans doute, dans une certaine mesure, bien que je n’y aie plus depuis longtemps d’activité publique, colloques ou expositions. 

Je crois très fort à une politique des sanctuaires, assez semblable à celle des monastères dans le haut Moyen Âge, au temps des Grandes Invasions. 

Il faut des sanctuaires pour la beauté, des sanctuaires pour la culture, des sanctuaires pour la vie de l’esprit, des sanctuaires pour la musique, des sanctuaires pour le silence, des sanctuaires pour la solitude — c’est pour permettre la solitude qu’ont été inventés la civilisation, la paranoïa, le pacte d’in-nocence, le moins pour le plus

Il faut des places fortes pour la résistance, où soit préservé ce qui peut l’être à l’intention des générations futures, et qui puissent servir de bases à une très désirable reconquête, indigéniste et décoloniale.

 

 

La remigration est défendue par des politiciens, des militants, des démographes. 

Mais vous, vous êtes écrivain, et vous la défendez avec des mots que personne d’autre n’emploie : la beauté, le paysage, la phrase, le deuil. 

Qu’est-ce que la littérature apporte à ce débat que la politique ne peut pas apporter ?

Renaud Camus : Un tremblement du sens, peut-être, comme Chateaubriand parle d’un “admirable tremblement du temps”, pour la main des peintres de génie dans leur grand âge. 

Un irréalisme, une incompétence, un mépris des contingences paralysantes. 

Les spécialistes ne voient pas les choses, ils sont trop près. 

Les experts s’aveuglent et nous aveuglent, parce qu’ils tiennent compte d’un trop grand nombre de données, lesquelles leur dérobent l’évidence.

 Les neuf dixièmes de la sociologie depuis cinquante ans n’ont été qu’une énorme entreprise d’occultation, un négationnisme bavard au service du remplacisme global génocidaire.

 

 

En avril 2025, vous vous êtes vu refuser l’entrée au Royaume-Uni pour prononcer un discours sur la remigration, l’État britannique estimant que votre présence n’était « pas propice à lintét public ».

 Ce discours a finalement été publié sous le titre The Bourne Speech

Comment interprétez-vous ces interdictions de territoire qui se multiplient contre des intellectuels et des militants européens ?

Renaud Camus : Le bloc génocidaire est impatient de mener à terme le génocide par substitution.

 Il voit l’issue, il se dit qu’il y est presque, que bientôt la liquéfaction de l’espèce sera totale et le Bidon-Monde sans retour possible et sans échappatoire puisqu’il sera universel. 

En même temps, la proximité de la victoire absolue le rend nerveux, il vit dans la crainte qu’une étincelle de vérité vienne tout embraser au dernier moment. 

Cette encourageante nervosité le montre à découvert dans sa réalité totalitaire. 

Les interdictions se multiplient, les condamnations pleuvent, les ruineuses amendes s’abattent de toute part. 

Je viens encore d’être convoqué à la gendarmerie pour “incitation à la haine raciale” parce que j’ai parlé dans un tweet, à propos de Saint-Denis, de la négropole des rois. 

 Haine, c’est le nom que donne le Bloc Génocidaire à toute objection à son crime.

 Il ne faut pas moins que cette inlassable chape de plomb répressive, pour soutenir, contre les possibles infiltrations de la vérité, le néo-négationnisme d’État, ce faussel que nous venons de voir consubstantiel au remplacisme global génocidaire.

 

 

Vous pensez, écrivez et combattez d’abord en Français, mais votre rayonnement est devenu résolument européen et même mondial. 

Que signifie, pour vous, être européen dans le contexte contemporain ? 

Et pensez-vous que l’identité française et l’identité européenne sont complémentaires ou en tension ?

Renaud Camus : Oh, parfaitement complémentaires. 

Je me sens aussi européen que français. 

Un Français cultivé de jadis était entièrement pénétré de culture européenne. 

L’art roman de la Saxe ou de la Vieille-Castille lui était aussi familier au premier regard que celui de la Bourgogne et de l’Auvergne. 

Shakespeare tenait autant de place dans sa rêverie que Corneille ou Racine.

 Il était tout à fait prêt à admettre Turner comme le plus grand peintre européen.

 Il pouvait très bien arriver que Leopardi lui fût plus précieux que Lamartine, et Gustav Mahler que Fauré. 

Un Sartre ou même un Camus lui étaient peu de choses auprès d’un Heidegger.

 Il trouvait la Norvège encore plus belle que l’Écosse et l’Écosse plus bouleversante que l’Artense ou le Cézallier. 

 Fi des pays coloniaux, disait-il avec Barnabooth, qui n’ont pour eux / Que les merveilles de la nature, et n’ont pas su / me se procurer un Théocrite. 

 Et avec Rimbaud : Je regrette l’Europe aux anciens parapets

Hélas, aujourd’hui les pays coloniaux, et en tout cas colonisés, ce sont les nôtres.

 


Nos lecteurs sont européens, Français, Allemands, Britanniques, Américains, Norvégiens… unis par le sentiment que quelque chose d’essentiel est en train de se perdre. 

Quel message leur adressez-vous ?

Renaud Camus : Révoltez-vous ! Sortez de vos placards ! Quittez l’anonymat ! Descendez dans la rue ! Ne cassez rien ! Ne volez rien ! Soyez in-nocents ! Ne tuez pas, ne blessez pas, ne soyez pas méchants, cela rend bas. 

Soyez bathmologiques : distinguez, ségrégez, discriminez. Décroissez et discriminez. 

Entre l’égalité et la vérité, faites votre choix, vous ne pouvez pas aimer les deux. 

Creusez les inégalités, lisez un livre !

 Rendez-vous inégal à vous-même. 

Ne haïssez pas, c’est faire bien de l’honneur : méprisez, au besoin, puis méprisez votre mépris. 

Aimez les races, les couleurs de peaux, les nuances d’âme, les cultures, les civilisations, l’architecture arabe, l’art nègre, la musique belge, César Franck, Guillaume Lekeu, la merveilleuse diversité du monde, que la diversité de remplacement étouffe.

 Ne soyez pas xénophobes, défendez l’étrangèreté de la Terre et des êtres, que le remplacisme global assassine. 

Débarrassez-vous de la musique, revenez à la musique au contraire, qui était l’âme de l’Europe, et qu’elle meurt d’avoir bafouée au profit de la transe afro-industrielle, ce tam-tam de tuyaux lumineux, clignotants, dans les salles de réanimation pré-posthumes. 

 La transe est la femme de tous les trans : transfuges de classe, transfuges de race, transfuges de sexe, transfuges de la vérité, elle-même transfuge du camp des vainqueurs, pour paraphraser Simone Weil. 

 Fichez-vous de vos retraites, cest par elles que la Machination davocratique vous tient.

 Jetez vos calculettes !

 Ignorez le prix des choses, ne vous souciez que de leur valeur et de la joie qu’elles vous donnent. 

Les chiffres sont ce qui vous a le plus menti. 

Souvenez-vous que les seuls indigènes en Europe, c’est vous ! 

Les seuls décoloniaux légitimes, aussi. 

Décolonisation et Remigration sont synonymes. 

Restituez l’occupant colonial imposé à ses patries, et l’occupateur à ses sales calculs.

 

Propos recueillis par Matisse Royer

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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