mardi 14 avril 2026

DÉFAITE ÉLECTORALE DE VIKTOR ORBAN ! IL CONVIENT DE GARDER LA TÊTE FROIDE !

 

Défaite électorale de Viktor Orbán

13 Avril 2026, 19:46pm

Publié par Thomas Joly

Défaite électorale de Viktor Orbán

La défaite de Viktor Orbán aux élections hongroises constitue un événement politique majeur pour toute l’Europe. 

 

 Après seize années de pouvoir, le principal chef de file de la résistance au fédéralisme bruxellois est renversé, dans un scrutin déjà salué par l’ensemble des élites européennes comme la promesse d’un “retour dans le rang” de la Hongrie. 

Péter Magyar, dirigeant du parti Tisza, a remporté une large majorité parlementaire face au Fidesz d’Orbán.

Ce résultat démontre une nouvelle fois la puissance d’influence de l’Union européenne, de ses relais politiques, médiatiques et financiers, dans la vie démocratique des nations du continent. 

Depuis des années, la Hongrie d’Orbán était dans le viseur de Bruxelles pour avoir défendu sa souveraineté, contesté certaines orientations idéologiques de l’Union et refusé de se soumettre entièrement aux injonctions communautaires. 

La satisfaction immédiate affichée par plusieurs responsables européens après cette alternance en dit long sur les intérêts en jeu.

 

Pour autant, il serait simpliste de présenter le vainqueur comme un homme de gauche ou comme un pur produit du progressisme bruxellois. 

 

Péter Magyar se présente comme pro-européen, mais il demeure un homme de droite, au discours conservateur sur plusieurs sujets, et issu lui-même d’un paysage politique longtemps structuré par le pouvoir orbanien. 

 

Plusieurs observateurs le décrivent d’ailleurs comme un dirigeant de centre droit, voire conservateur, davantage porté par une promesse de normalisation institutionnelle et de lutte contre la corruption que par une rupture idéologique totale.

Il convient donc de garder la tête froide.

 La défaite d’Orbán est un revers évident pour le camp des nations libres face à la pression constante de l’Union européenne. 

Mais le nouveau pouvoir hongrois devra être jugé non sur les commentaires enthousiastes de Bruxelles, mais sur les actes qu’il posera. 

Les semaines à venir diront s’il s’agit d’un simple changement de visage au service d’un réalignement européen, ou de l’émergence d’une droite nouvelle, conservatrice sur le fond, mais différente dans ses méthodes.

Une chose est certaine : en politique, les déclarations d’intention ne suffisent pas. 

 

Seul le programme réel du nouveau gouvernement, et surtout son agenda concret dans les semaines à venir, permettront de savoir quelle Hongrie est en train de naître.



Par Maxime Morlon - 

Secrétaire général adjoint du Parti de la France

 


 

LES CONFÉRENCES DU PDF : L' ÉCOLOGIE EST DE DROITE ! ( E. PINEL )

 

« L’écologie est de droite » par Éric Pinel, vendredi 17 avril à Paris

 Mar 2026 |

 

Dans le cadre du cycle de conférences du Parti de la France, la prochaine se déroulera vendredi 17 avril à Paris à 21h.

Le thème sera « L’écologie est de droite » par Éric Pinel, ancien député européen. 

Thomas Joly, Président du PdF, se chargera de l’introduction.

 

La participation est d’une consommation à commander au bar de l’établissement avant d’accéder à la salle.

PROCÉDURE PÉNALE : LA RÉFORME DARMANIN FAIT DÉBAT !

 


 REVUE DE PRESSE !

La réforme de la procédure pénale de Gérald Darmanin fait débat concernant l’extension du plaider-coupable.
La réforme de la procédure pénale de Gérald Darmanin fait débat concernant l’extension du plaider-coupable.
La réforme de la procédure pénale de Gérald Darmanin fait débat concernant l’extension du plaider-coupable.
© PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD/MAXPPP

Lettre au garde des Sceaux, Gérald Darmanin : "La justice est devenue, pour certains, inaccessible"

Tribune

Par Najwa El Haïté

Publié le 

 

Ce 13 avril est examinée la réforme de la procédure pénale au Sénat.

 

 Dans cette lettre ouverte adressée au ministre de la Justice, l'avocate au barreau de Paris et auteur du livre « Maître, sortez-moi de là ! » (Mareuil), Najwa El Haïté, critique le danger que représente, selon elle, l’extension envisagée du plaider coupable aux crimes les plus graves dans notre système judiciaire.

 

Monsieur le garde des Sceaux,

La justice française tient encore debout. 

 

Mais elle vacille. 

Elle vacille sous le poids des dossiers qui s’empilent, des audiences qui s’éloignent, des vérités qui s’effacent à mesure que le temps passe. 

 

Elle vacille face à ces familles de victimes qui n’attendent ni compassion ni discours, mais seulement une réponse. 

Une date. Une vérité.

 

À LIRE AUSSI : La justice est-elle vraiment laxiste ? 

 

Sacha Houlié et Béatrice Brugère, un député et une magistrate, en débattent

 

Aujourd’hui, la justice n’est plus seulement lente : elle devient, pour certains, inaccessible. 

 

Et lorsqu’une mère attend des années pour comprendre ce qui est arrivé à son enfant, ce n’est plus un dysfonctionnement. 

C’est une défaillance de l’État

 

La justice ne peut être une chaîne de production. 

Elle ne peut être gouvernée par des logiques de flux, de statistiques ou de rendement. 

Elle est une exigence démocratique. 

Elle est un pacte. Or, ce pacte se fissure.

 

 

LE CŒUR BATTANT DE L'ÉTAT DE DROIT

 

L’extension envisagée du plaider coupable aux crimes les plus graves interroge profondément.

 

Peut-on réellement juger l’indicible dans la discrétion d’une négociation ?

 

Peut-on sacrifier la solennité des assises, la publicité des débats, la recherche de la vérité, sur l’autel de l’efficacité ?

 

À LIRE AUSSI : Éric Halphen : "La justice qu’on nous mijote est à la Justice ce que les fast-foods sont à la gastronomie"

 

La justice ne doit pas aller plus vite si c’est pour aller moins loin. 

 

Ce dont notre pays a besoin, ce n’est pas d’une justice expéditive

 

C’est d’une justice exigeante, humaine et pleinement assumée. 

Cela suppose des moyens, bien sûr.

 

 Mais cela suppose surtout une volonté politique claire : redonner une place réelle aux victimes, renforcer les enquêtes dans les affaires complexes et non élucidées, et enfin, soutenir effectivement le pôle des affaires non élucidées de Nanterre, aujourd’hui en attente d’un engagement fort.

 

La justice n’est pas une dépense. Elle est le cœur battant de l’État de droit

 

À force de la considérer comme un coût, nous prenons le risque d’accepter l’inacceptable : que certaines vérités ne soient jamais dites, que certaines injustices demeurent sans réponse. 

 

 Monsieur le garde des Sceaux, la question est simple et elle est grave : voulons-nous une justice qui fonctionne, ou une justice qui calcule ? 

 

Il est encore temps d’agir. 

Mais il n’est plus temps d’hésiter.

 

AUDIOVISUEL PUBLIC : GARDEZ EN MÉMOIRE CE QU' IL FAUT RETENIR DE CETTE COMMISSION !

 

 


dimanche, 12 avril 2026

Audiovisuel public, ce qu’il faut retenir de la commission d’enquête.

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La question se pose de savoir si ce rapport de la commission parlementaire, menée par Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) et Charles Alloncle (UDR) sur l’audiovisuel public sera publié à la suite d’un vote à l’AN.

 Si ce dernier ne devait pas être, on serait face à un vrai scandale, tant ce rapport révèle mains dysfonctionnements du service public qui coûte 4 milliards d'euros au contribuable.

 Voici, en partie, ce que l’on peut retenir de ces auditions.

 

Neutralité éditoriale contestée Plusieurs séquences ont nourri les critiques sur l’impartia- lité du service public. 

Les propos de Nathalie Saint-Cricq appelant Éric Ciotti « Benito » – avant de s’en excuser – ou encore des comparaisons controversées dans « C dans l’air », notamment entre Jordan Bardella et Hitler, ont marqué les esprits. 

L’affaire Legrand-Cohen – deux journalistes accusés d’établir des stratégies avec des représentants PS –, ainsi que les accusations de Jacques Cardoze sur un « Com- plément d’enquête » visant Bardella ont également ravivé les tensions.

 

Dérives dans l’usage de l’argent public La commission pointe des indemnités de départ pouvant dépasser 500 000 euros, parfois sans justification claire. 

Elle relève aussi des dépenses importantes : 3,8 millions d’euros de frais de taxi, des suites à plus de 1 700 euros la nuit au Majestic lors du Festival de Cannes, ou encore un million d’euros pour la rénovation d’une piscine de CSE. 

Une trentaine de dirigeants gagneraient par ailleurs plus que le président de la République.

 

Soupçons de conflits d’intérêts et « pantouflage » Le cas de Nathalie Darrigrand pose question : après avoir signé des contrats avec Together Media chez France Télévisions, elle rejoint cette même société, tandis que les montants engagés triplent.

 D’autres situations sont évoquées, comme celles d’Anne Holmes ou Takis Candilis.

 

Externalisation massive au privé Près de 850 millions d’euros sont confiés chaque année à des sociétés comme Mediawan, Banijay ou Together Media. Sur France 5, 80 % des émissions de flux sont produites par deux groupes seulement. 

Des audits ont relevé des surcoûts, notamment sur « C à vous », avec des marges supérieures aux devis initiaux.

 

Gouvernance et organisation critiquées La commission dénonce une bureaucratie lourde et des cumuls de fonctions, comme celui d’Arnaud Ngatcha, à la fois adjoint à la mairie de Paris et cadre de France Télévisions.

 

Situation financière non soutenable Malgré des annonces d’équilibre, la Cour des comptes avait déjà relevé un déficit cumulé de 81 millions d’euros entre 2017 et 2024, avec une trésorerie négative et des fonds propres fragilisés.

 

Avantages et pratiques internes contestés Salaire moyen de 72 000 euros annuels, quatorze semaines de congés pour certains journalistes de Radio France, ou encore 65 primes différentes : autant d’éléments qui inter- rogent sur la gestion sociale.

 

Profils et influences politiques La nomination de Foued Berahou à l’Arcom, après des prises de position militantes, ou encore les parcours de Stéphane Sitbon-Gomez (ex- EELV) ou Linh-Lan Dao (proche de LFI) alimentent les critiques sur l’indépendance.

 

Contenus controversés Certaines productions de France TV Slash (plateforme numérique destinée aux 15-35 ans) : diffusion de contenus mettant en avant une pornographie présentée comme « plus éthique », traitement jugé banalisant de la consommation de cannabis et de champignons hallucinogènes, relais d’une cagnotte en soutien à la cause d’Adama Traoré, incitations à adapter les formules de salutation pour éviter le « mégenrage », ainsi que des références récurrentes à la notion de « privilège blanc ».  

H. R.

Source : Le Journal du dimanche 12/4/2026


 

LA CAPITALISME CONTEMPORAIN ET LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE ..............

 


Le populisme 2.0?


Le populisme 2.0?
DR

Le capitalisme contemporain et la révolution numérique marquent l’aboutissement d’une rationalité occidentale où l’abstraction de la valeur aliène le peuple et rend le pouvoir politique totalement impersonnel. 

Seuls un sursaut métapolitique radical et une « transvaluation nietzschéenne des valeurs » visant à réorganiser le réel au-delà des structures marchandes et technologiques actuelles pourraient contrer cet effacement de la réalité sensible, estime cette analyse.


« Un spectre hante l’Europe : le populisme », s’amuse Marcel Gauchet en une de Causeur ce mois-ci. 

En reprenant la phrase célèbre du Manifeste du Parti communiste de Marx, le philosophe donne au populisme actuel une tournure marxiste.

 Mais, dans son ouvrage sur Marx, le philosophe Michel Henry rappelait que « le marxisme est l’ensemble des contresens qui ont été faits sur Marx »

C’est toujours un retour à Marx. 

Oui, mais lequel ? Marx, certes, faisait une analyse du Capital dans laquelle il voyait une structure de la société divisée en deux — prolétaires et bourgeois.

 Mais la spécificité de son analyse ne repose pas sur la lutte des classes — qui est une analyse éminemment marxiste — mais bien sur ce qu’est le Capital comme nouveau mode spécifique de production. 

 

Le Capital est apparu en Angleterre à la fin du XVIIIème siècle, notamment dans les usines de Manchester, et ce sont les Anglais qui ont expérimenté d’abord l’arrivée de ce bouleversement majeur : la Révolution industrielle. 

Engels, lui, dont le père était propriétaire d ‘une usine de textile, avait d’ailleurs écrit dès 1845 La situation de la classe laborieuse en Angleterre pour montrer les conditions de vie inhumaines dans lesquelles la classe ouvrière naissante vivait. 

Car cette classe ouvrière, de prime abord, n’existait pas. 

Elle fut rendue possible en Angleterre grâce à l’assouplissement de la loi sur la domiciliation de 1662 — pour ne pas parler du mouvement des enclosures ou du Black Act de 1723 sur les forêts et le bois — qui consistait, pas à pas, à donner à l’Angleterre les capacités d’un marché du travail libre pour faire tourner à plein régime les machines qui commençaient à se déployer. 

Voilà pourquoi d’ailleurs une contre-loi, celle de Speenhamland, en 1795, eut pour but d’empêcher la population rurale de rejoindre les centres urbains afin que les propriétaires terriens puissent conserver leur main-d’œuvre en leur assurant un revenu minimum — avec tous les effets pervers de cette loi. 

Ce n’est véritablement qu’en 1834 que le marché du travail en Angleterre a pu émerger. 

Dans le même mouvement, en Angleterre, s’organise bien entendu une forme de résistance à ces mouvements. 

Le plus connu sera celui de R. Owen, socialiste utopiste anglais, qui déploya dans le New Lanark une sorte d’immense contre-société coopérative, contre-exemple à la logique du libéralisme en cours. 

On n’oubliera pas d’ailleurs d’y ajouter que Jeremy Bentham, libéral, y fut son associé, théoricien du Panoptique, ou comment rentabiliser au mieux le travail des prisonniers grâce à un système de surveillance globale.

Dès lors, Marx a eu le génie de voir, au-delà du bouleversement social qu’il opère, que le capitalisme est avant tout un système fondé sur la réalisation du projet philosophique de la Grèce classique : le projet philosophique de la rationalité occidentale inauguré par Socrate et repris par Platon. 

Ce projet, que l’on peut définir par Raison = vertu = Bonheur, consistait à placer le monde intelligible comme fondateur du monde sensible. 

Ou, pour le dire autrement, à considérer que l’Idée fondait et formait la réalité — le fameux Démiurge. 

Or Marx constate — car il est un très grand lecteur de Hegel, qui lui voit justement l’avènement de la réalisation de la philosophie sur terre comme une théodicée — que le capitalisme est justement l’avènement du projet occidental: « La raison a toujours existé, pas toujours de manière raisonnable », et voilà pourquoi il voyait que le capitalisme était d’abord et avant tout une inversion entre le Sujet et son Objet : « le produisant est posé à titre de produit de son produit », disait-il en 1843 dans sa Critique de la philosophie du droit de Hegel.

Ainsi, il faut bien comprendre que ce qu’on nomme Idéologie — l’ouvrage de Marx s’intitule L’Idéologie allemande en 1845 —  décrit aussi le règne idéocratique sur terre qui se réalise avec le capitalisme, incarnation du projet occidental. 

La philosophie s’est réalisée. 

Cette inversion entre le producteur et le produit de la production (le Sujet et l’Objet) se définit par Marx comme « autonomisation de la valeur », à savoir que la production elle-même est d’abord et toujours constamment reconduite à l’aune de la valeur. 

Or la valeur, c’est une idée, une abstraction qui sert lors des échanges et qui s’est autonomisée en devenant un sujet autonome qui s’impose comme pouvoir sur la réalité. 

Dès lors, lorsque Marx disait qu’« un spectre hante l’Europe : celui du communisme », c’est surtout pour montrer que le capitalisme, opérant un bouleversement des moyens de production, conduirait à une réappropriation de celles-ci par la communauté elle-même. 

Dès lors, le « spectre » et le « communisme », c’est la croyance que le Capital produit les conditions de la récupération de l’essence aliénée de la communauté — son identité et son élan vital.

 

Or à quoi assistons-nous aujourd’hui ? 

Le peuple actuellement ne semble plus posséder cette force révolutionnaire capable de reprendre le pouvoir sur l’abstraction même si les contestations prennent de l’ampleur.

 Même les mouvements populaires — les People’s Party aux États-Unis et les Narodniki en Russie — originaires, qui avaient un ancrage agraire et une plus grande autonomie, n’ont pas réussi à les renverser ni à organiser une contre-société au modèle libéral.

Aujourd’hui, la difficulté supplémentaire est que le peuple est désormais devant les écrans. 

Mais « le spectacle est l’héritier de toute la faiblesse du projet philosophique occidental qui fut une compréhension de l’activité, dominé par les catégories du voir ; aussi bien qu’il se fonde sur l’incessant déploiement de la rationalité technique précise qui est issue de cette pensée.

 Il ne réalise pas la philosophie, il philosophie la réalité. 

C’est la vie concrète de tous qui s’est dégradée en univers spéculatif » précisait Guy Debord dans La société du spectacle.

 Le peuple trouve aujourd’hui dans l’usage des réseaux des moyens de réconfort, d’affirmation, d’estime de soi, de déversement aussi d’une colère légitime. 

Le réseau fait office de défouloir, et l’imaginaire collectif des classes populaires est gangréné de plus en plus par les idées du monde numérique qui informe, transforme et est capable d’orienter la colère à des fins utilitaires et marchandes. 

C’est un pouvoir cybernétique de détournement et de reformatage d’une Idée numérique dans la réalité sensible et concrète. 

Le peuple l’est ainsi de moins en moins puisque son unité culturelle ne se fait plus à travers la culture commune mais à travers le partage d’images numériques : « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image » (Debord). 

En 1983, dans son texte célèbre, L’Occident kidnappé, Milan Kundera est frappé par la passivité de l’Europe de l’Ouest face aux interventions militaires soviétiques de l’Europe de l’Est. 

Il écrivait : « L ‘Europe ne ressent plus son unité comme unité culturelle ».  

Analyse similaire à celle, en 1975, de Pier Paolo Pasolini dans ses Lettres luthériennes à propos de la disparition de la culture populaire italienne face à l’arrivée du consumérisme. 

Cela veut dire que ce qui fonde l’unité populaire — coutumes, bon sens, vie commune, langue, sentiment d’appartenance, socialité primaire — s’efface aujourd’hui de plus en plus face à l’avènement d’une société numérique où ce qui domine n’est plus le lieu mais la zone ; n’est plus la ville ou le village mais l’espace urbain ; n’est plus l’ancrage mais le décrochage technologique.

 

Ernest Renan, dans sa conférence Qu’est-ce qu’une nation ? en 1882, expliquait que la nation était « un plébiscite de tous les jours » et voyait alors la confédération européenne remplacer le creuset national et local.

Or cette confédération européenne est arrivée: l’Union européenne. 

En 1939, F. Hayek, l’un des penseurs du néolibéralisme — la fameuse société du Mont-Pèlerin — publie un texte qui s’intitule Conditions économiques d’un fédéralisme interétatique, où il explique point par point ce que devra être l’Union européenne, à savoir une zone de libre-échange impersonnelle dans laquelle l’unique but serait la paix commerciale. 

Or ce mouvement impersonnel, c’est le mouvement du capital lui-même, qui efface le sujet de la réalité — le pouvoir décisionnaire humain — pour le confier à des automates rationnels — aujourd’hui les agents conversationnels de l’IA notamment, et tout ce qui s’ensuivra fort bientôt.

Que s’est-il donc passé ?

 Il y a eu, surtout depuis la Révolution industrielle, un mouvement qui consiste à rendre de plus en plus impersonnelle la forme du pouvoir, c’est-à-dire à transférer la puissance sociale dans des organes abstraits sur lesquels les hommes n’auraient plus aucune prise. 

Voilà pourquoi on peut voir ce qui nous arrive depuis deux siècles comme l’inversion du politique par l’économique, et la victoire du règne de l’abstraction autonomisée sur la réalité sensible. 

Ainsi, lorsque Marcel Gauchet parle du spectre du populisme, il oublie de mentionner que le populisme peut surgir comme un populisme connecté, et ainsi il est fort probable que celui-ci ne se manifeste pas comme force de renversement, mais bien au contraire comme forme de liquidation de ce qui fut et de l’instauration de la société du capitalisme algorithmique en cours.

Regardons le détroit d’Ormuz. 

Un blocage de 20% du pétrole mondial entraîne immédiatement une hausse des prix à la pompe. 

Que vont demander les gens, tout naturellement ? Des aides de l’État. Que va demander l’État ? 

De nouveaux emprunts ? Que va demander le marché ? Des hausses des taux obligataires ? 

Que vont alors demander les marchés aux prochaines élections ? « I want my money back »

 

Et c’est alors qu’au sein de l’État lui-même sont présentes deux formes de constitutions, selon l’analyse brillante du sociologue allemand W. Streeck dans son ouvrage Entre globalisme et démocratie : il y a d’un côté la constitution du peuple, celle qui fait des exigences vitales ; et de l’autre la constitution du marché, qui fait des exigences marchandes.

 Or, étant donné le niveau d’endettement généralisé des États, et étant donné l’interdépendance économique des nations mondiales à cause de la globalisation des échanges, les gouvernements suivront nécessairement la constitution du marché, sous peine de voir leurs OAT — les taux à 10 ans — augmenter.

Dès lors, quelle est la puissance du peuple dans tout cela ? 

Comment le peuple pourra-t-il de nouveau faire valoir son droit à l’existence quand il est doublement remplacé, à la fois par la puissance migratoire de recomposition et en même temps par la puissance technologique de déterritorialisation ? 

C’est un double remplacement et effacement en cours, et qui ne pourra s’arrêter que si, justement, nous regardons la réalité comme « un fait social total » (Mauss) et cessons de la fragmenter en rubriques journalistiques. 

Cela veut dire que notre réponse n’est pas d’abord politique, elle est métapolitique ; elle se situe au niveau psychologique, physiologique, corporel et s’empare de tous les phénomènes contemporains qu’elle rassemble dans une unité de compréhension. 

Surtout, elle implique aussi d’envisager une lecture de notre histoire qui ne soit ni nostalgique ni progressiste. 

Quelles sont les croyances et les vérités au sein de notre corps — notre mémoire, notre crypte, notre héritage — qui ont produit une réalité comme la nôtre ? Où puiser les ressources d’un renversement ? 

Travail de géologue de l’Histoire. 

Or, comme nous ne nous interrogeons pas sur cet héritage et le prenons comme allant de soi ou, au pire, le considérons comme inutile, nous ne comprenons pas qu’il va falloir aussi s’interroger sur d’autres formes d’organisations sociales et humaines qui ne soient plus celles dans lesquelles nous vivons : « une renaissance, sous une forme supérieure, d’un type social archaïque » (Marx).

 Voilà pourquoi le sauvetage n’aura lieu que lorsque se mettra en place une « transvaluation de toutes les valeurs » (Nietzsche). 

Sinon, tous les partis qui font le lit de l’époque contemporaine — à droite comme à gauche d’ailleurs — ont encore de beaux jours devant eux, à savoir la poursuite d’un nihilisme mortifère conduisant à la mort totale de la civilisation occidentale et à un déchaînement d’une colère transformée en ressentiment.

Par conséquent, le peuple, dans sa dimension de renversement de la réalité actuelle, n’est viable que s’il renverse aussi les présupposés fatigués et épuisés qui le constituent: consensus, compromis, réforme, changement de présidence, hausse ou baisse de salaire… 

Ces modalités légitimes de soulèvement, qui répondent à des impératifs du quotidien, devront prendre la forme plus large d’une réorganisation totale et radicale du champ du réel. 

Il s’agit à présent de savoir comment récupérer le pouvoir réel, et comment alors réellement agir: cela implique alors l’arbitraire, la force, la mort et le combat, mais aussi l’abandon de croyances éternelles grâce à l’avènement de nouvelles forces et formes politiques représentatives de l’ampleur des phénomènes du monde contemporain.

 Nietzsche, en épigraphe d’Aurore, écrivait : « il y a tant d’aurores qui n’ont pas encore lui ».

Or, dans nos sociétés européennes féminisées, épuisées et pacifiées, le voulons-nous ?

 Voulons-nous notre mort lente et silencieuse, une morphine du quotidien, ou voulons-nous recréer, voulons-nous un autre « nœud divin qui noue les choses entre elles » pour reprendre le mot de Saint-Exupéry dans son roman Citadelle ?

 Seul l’avenir le dira…

 

Source et Publication : https://www.causeur.fr/le-populisme-2-0-325456?