Voilà l’été, et notre ministre semble découvrir qu’en été, il fait chaud, et que les examens se passent en juin. Mais comme c’est un homme de terrain, pragmatique et réactif, il s’adapte.
Hop ! on décale les candidats qui doivent passer à l’oral l’après-midi, lundi et mardi.
On en décale 4 000. Effet ?
La panique chez les lycéens qui se demandent comment ils peuvent savoir s’ils sont décalés ou pas, à l’heure où les cours sont finis depuis longtemps et où toute la communication se fait par des plates-formes numériques dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles ne sont ni fluides ni claires.
Hop ! on propose aux écoles de faire des aménagements, ce qui veut dire qu’on leur propose en réalité de fermer… Effet ?
Panique chez les parents, qui ne cessent pas, de leur côté, de travailler dès que le thermomètre dépasse les 30 degrés et qui doivent en urgence modifier toute leur organisation.
Heureusement, l’Éducation nationale a inventé les grands-parents !
Heureusement que le ministère y a pensé pour nous...
Mais quand le vent et le bruit sont passés, on reprend les chiffres. 2.000 établissements sur 60.000 ont décidé de faire des aménagements.
Cela signifie qu’en réalité, 96 % des écoles n’ont absolument rien changé à leur fonctionnement habituel.
D’ailleurs, qui pourrait croire qu’on change, du jour au lendemain, le fonctionnement d’une machine qui mobilise 1.500 enfants ou adolescents et une centaine d’adultes ?
Et 4.000 candidats déplacés sur le « million qui va passer les épreuves », ce n’est pas beaucoup non plus.
Comme d’habitude, l’administration se défausse sur les collectivités locales, auxquelles elle demande de prendre puis d’assumer les décisions (fermeture…) et d’investir (les fameux climatiseurs, dont le ministre nous rappelle qu’ils devraient équiper des locaux dont l’État a donné la responsabilité aux collectivités locales : « Je ne peux pas rénover un bâtiment qui ne m’appartient pas ; je ne peux pas poser la clim moi-même ! »). CQFD.
Mais tout était anticipé, nous dit-il.
On avait d’ailleurs reçu un plan. Tadam !
Alors, parmi les conseils donnés, on lit : baisser «les stores, volets et rideaux des façades les plus exposées autant que possible durant la journée».
Voilà, voilà… Heureusement que le ministère y a pensé pour nous, parce qu’on n’aurait pas eu l’idée seuls.
Enfin, encore faut-il avoir des stores.
«Pour l'ensemble des écoles, collèges et lycées qui accueillent leurs élèves, il est conseillé, sous réserve des configurations locales, d'adapter l'organisation et l'utilisation des locaux en fonction de l'exposition au soleil, afin d'accueillir les élèves dans des espaces préservés de la chaleur.»
Heureusement qu’ils m’en parlent, parce que j’avais prévu de laisser ma classe au soleil dans la cour pour faire un concours de malaises ! «L'accès des élèves à l'eau potable doit être assuré en permanence.
» Ah, flûte ! D’ordinaire, on leur donne de l’eau non potable… il va falloir qu’on s’organise.
Ça m’a rappelé l’inénarrable «Je baisse, j’éteins, je décale», dont la promotion sur tous les médias nous avait quand même coûté 15 millions d’euros (rapport de l’Institut de génie de l'environnement et du développement durable, IGEDD, de 2023).
Au Qatar ou à Singapour, c’est peut-être envisageable. Mais ici…
Plutôt que de nouvelles machines, quelles qu’elles soient, il faudrait surtout avoir quelqu’un qui, de ses petites mains agiles, ouvre le soir les fenêtres pour faire entrer l’air plus frais.
On les fermerait à 7h30 en arrivant.
Mais des petites mains, il n’y en a plus.
Comme à la station-essence, à l’épicerie ou à la caisse du magasin, il n’y a que des machines.
Et je ne crois pas que les collectivités locales aient le budget pour équiper nos chers établissements de fenêtres à commande domotique qui s’ouvriraient et se fermeraient seules, et même qui mesureraient la température extérieure pour adapter leurs horaires d’ouverture et l’amplitude idoine.
Au Qatar ou à Singapour, c’est peut-être envisageable.
Mais ici… Notre ministre s’est déjà exclamé ne pas pouvoir «installer 600.000 thermomètres d'ici à la fin de la semaine dans les 600.000 classes» !
D’un autre côté, quand on a chaud, est-il vraiment utile de savoir s’il fait 30° ou 33° ?
Car il y a la fameuse température « ressentie » ; et chéri-bibi qui est intolérant à la chaleur ; et Toto qui a oublié sa gourde parce qu’on ne peut pas penser à tout ; et Cadet-Rousselle qui est venu en manches longues parce qu’il n’a pas réfléchi ce matin…
J’ai passé le bac en 1994.
On a eu chaud, très chaud.
Ce mois de juin a d’ailleurs été identifié comme un des plus chauds de l’après-Seconde Guerre mondiale
. On a vaillamment passé nos épreuves sans se plaindre, parce que personne ne se plaignait, autour de nous.
Et en 2003, le mois de juin avait été particulièrement chaud.
On n’a rien décalé, surtout pas trois jours avant les épreuves.
Mais 2026, c’est l’année des décisions radicales ! Je laisse la parole au ministre, dont je respecte la syntaxe élégante : « Je ne ferai plus d’écrits à l’avenir au baccalauréat ou au brevet les après-midis, c’est fini.
» Qui a omis de le prévenir que, l’an prochain, il ne serait plus là ?
Par Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres
Source et Publication : https://www.bvoltaire.fr/une-prof-en-france
Canicule : la France doit sortir du dogme anti-climatisation
28 Juin 2026 |
Pendant que notre pays traverse une nouvelle vague de chaleur
mortelle, un constat s’impose : la France accuse un retard
civilisationnel considérable en matière de climatisation.
Peu de Français le savent – à moins d’avoir voyagé – mais dans de
nombreux pays chauds, la climatisation est considérée comme un
équipement de base.
En Tunisie, elle est omniprésente dans les commerces, les bureaux et les logements.
Aux États-Unis, elle équipe massivement les bâtiments depuis des
décennies.
Les hommes d’affaires travaillent en costume en laine même
lorsqu’il fait 45 degrés à l’extérieur.
Personne n’y considère qu’avoir de l’air frais lorsque les
températures deviennent dangereuses constitue un luxe ou une faute
morale.
En France, la majorité de la classe politique entretient depuis des
années une hostilité idéologique envers la climatisation.
Tout se passe
comme si supporter la chaleur était devenu une vertu civique et que
souffrir constituait un signe de supériorité morale.
Cette position n’est pas seulement absurde : elle est irresponsable.
La climatisation n’est pas un gadget.
Elle constitue une question de
santé publique et parfois de survie pour les personnes âgées, les
nourrissons, les personnes fragiles ou atteintes de maladies chroniques,
ainsi que pour de nombreux animaux domestiques.
Je déteste cette saison qu’est l’été.
Pourtant, vous ne me verrez jamais me plaindre de l’hiver.
Une raison simple à cela : lorsque les températures chutent, les
trains, les administrations, les écoles et les bâtiments publics sont
chauffés.
Personne ne trouve cela scandaleux.
Personne n’explique aux
Français qu’ils devraient apprendre à supporter le froid.
Dès lors, pourquoi accepterions-nous l’inverse en été ?
Si l’État estime légitime de chauffer les bâtiments publics en hiver,
il doit considérer comme tout aussi légitime de les climatiser en
période de canicule.
La France doit adapter ses infrastructures en considération du réel plutôt que par rapport aux postures idéologiques.
C’est dans cet esprit que Marine Le Pen a récemment défendu un plan
d’équipement en climatisation, notamment pour les établissements publics
les plus exposés à la chaleur.
Cette proposition a le mérite de poser
une question simple : combien de temps allons-nous continuer à laisser
des écoles, des hôpitaux, des maisons de retraite ou des administrations
fonctionner dans des conditions parfois insupportables ?
La France dispose en outre d’un avantage considérable : son parc nucléaire.
Nous produisons une électricité abondante, pilotable et faiblement émettrice de CO2.
Dans ces conditions, il est parfaitement légitime d’utiliser cette
énergie pour protéger les Français contre les températures extrêmes.
Refuser un outil qui protège efficacement des millions de personnes relève de l’aveuglement.
Si des pays moins riches que la France parviennent à climatiser leurs
commerces, leurs administrations et leurs logements, il n’existe aucune
raison sérieuse pour que notre pays en soit incapable.
Le progrès technologique et civilisationnel consiste à améliorer les
conditions de vie des hommes.
Il ne consiste pas à leur demander de
souffrir davantage pour satisfaire des dogmes climato-tarés.
Par Pierre-Nicolas Nups –
Secrétaire général du Parti de la France
ET AUSSI
Remigration et climatisation du pays !
28 Juin 2026 |
La climatisation dans l’ensemble des bâtiments publics en France
(écoles, hôpitaux, EHPAD, etc), ainsi qu’un crédit d’impôt de 50 % à
destination des particuliers et des entreprises pour financer des
appareils de climatisation et leur installation, coûteraient
approximativement 60 milliards d’euros sur environ 10 ans.
Soit moitié
moins que ce que nous coûte CHAQUE ANNÉE l’assistanat des immigrés
improductifs.
Pour le Parti de la France, le choix est vite fait : remigration et climatisation du pays !
Depuis quarante-sept ans, l’Occident analyse l’Iran avec les catégories produites par la révolution islamique.
Et si cette carte était devenue le principal obstacle à la compréhension de l’Iran contemporain?
Pourquoi une nouvelle grille de lecture ?
Il m’a fallu du temps pour comprendre pourquoi ce qui paraît évident à tant d’Iraniens demeure si difficile à percevoir depuis l’Occident.
Comme beaucoup d’Iraniens, je suis longtemps restée perplexe devant les réactions d’une partie des responsables politiques, des journalistes et des intellectuels occidentaux, plus encore après les massacres de janvier 2026.
J’en suis venue à penser qu’au-delà des intérêts politiques, une partie du problème tenait aussi à la manière de lire l’Iran.
Lors d’un débat sur l’avenir de l’Iran, une chercheuse iranienne résuma le problème en une formule : certains groupes regardent la République islamique comme leur enfant, parce qu’ils ont contribué à sa naissance ; d’autres sont eux-mêmes les enfants de ce régime, car ils lui doivent leur existence politique.
Aucune de ces deux catégories ne fera disparaître la République islamique.
Cette réflexion m’a conduit à proposer une lecture généalogique de la politique iranienne.
Depuis quarante-sept ans, l’Europe analyse l’Iran à travers le prisme de 1979 : réformateurs, conservateurs ou opposition.
Ces catégories décrivent les rapports de force du présent, mais rarement les racines historiques des acteurs.
La grille proposée distingue les parents de 1979, les enfants de 1979 et ceux qui cherchent à renouer avec la tradition constitutionnelle de 1906.
L’Occident continue souvent de chercher les héritiers de 1979.
Une partie croissante des Iraniens cherche, elle, à en sortir.
Cette lecture aide à comprendre pourquoi certains mouvements, visibles et parfois valorisés en Occident, demeurent largement rejetés en Iran.
Les parents de la République islamique
La République islamique naît en février 1979, mais ses racines remontent au début du XXᵉ siècle.
Elle n’est pas l’œuvre d’un seul homme ni d’un seul mouvement.
Elle résulte de la convergence de familles politiques très différentes qui partageaient un objectif commun : mettre fin à l’ordre politique existant.
Beaucoup s’affronteront ensuite avec une extrême violence.
Elles n’en demeurent pas moins les parents de la République islamique.
Le clergé
Le premier parent est une partie du clergé chiite.
Depuis la Révolution constitutionnelle de 1906, puis sous Reza Shah et Mohammad Reza Shah, son influence politique, judiciaire et économique recule progressivement.
La justice devient civile, l’enseignement passe sous le contrôle de l’État, l’administration se modernise et les femmes acquièrent de nouveaux droits.
Pour une partie du clergé, ces réformes constituent une dépossession.
Elle transmet à 1979 l’idée que le pouvoir politique doit revenir au religieux.
La centralisation administrative, la modernisation du système fiscal et le renforcement de l’État menacent des intérêts économiques anciens.
L’alliance entre une partie du clergé et une partie du bazar devient l’un des piliers de la révolution de 1979.
Les Fada’iyan-e Islam
Fondés en 1946 par Navvab Safavi, les Fada’iyan-e Islam introduisent une rupture majeure : la violence religieuse devient un instrument politique légitime.
Ahmad Kasravi est assassiné en 1946, Ali Razmara en 1951.
Les liens de Navvab Safavi avec Sayyid Qutb inscrivent durablement cette culture de la violence dans l’histoire de l’islam politique iranien.
L’épouse du général Haj Ali Razmara photographiée après l’assassinat de son mari par les Fadā’iyān-e Eslām, Téhéran, mars 1951.
Les nationalistes religieux
Le Front national (Jebhe Melli) révèle les ambiguïtés du nationalisme iranien. En 1979, Shapour Bakhtiar demeure fidèle à la Constitution de 1906 et tente de sauver les institutions.
Karim Sanjabi choisit de rallier Khomeyni. Mehdi Bazargan accepte de diriger le premier gouvernement provisoire de la République islamique.
Cette famille politique transmet à 1979 une partie du personnel politique qui accompagnera la naissance du nouveau régime.
Le récit de Mossadegh
Mohammad Mossadegh occupe une place particulière. Plus que l’homme, c’est le récit de 1953 qui devient un héritage politique.
Sa destitution est souvent présentée comme un « coup d’État contre la démocratie », sans rappeler la crise institutionnelle ouverte par son refus du décret royal mettant fin à ses fonctions, pourtant prévu par la Constitution de 1906.
La République islamique, les nationalistes religieux, le MEK (Moudjahidines du peuple) et une partie de la gauche continuent d’y voir le mythe fondateur de leur lecture politique de l’Iran.
Le pétrole de l’Iran au service de l’Oumma : la vision de Mossadegh (Etela’at, 31 août 1951)
Le Parti Tudeh
Fondé en 1941 et étroitement lié à l’Union soviétique, le Parti Tudeh introduit une autre composante décisive : l’anti-impérialisme comme grille de lecture universelle.
Dans cette logique, la lutte contre la monarchie et les États-Unis prime sur la nature du régime appelé à lui succéder.
Cette lecture marquera durablement une partie de la gauche iranienne et occidentale.
Les révolutionnaires de la guerre froide
Les années 1960 voient émerger une génération fascinée par Cuba, le Vietnam, les guérillas palestiniennes et Che Guevara.
Dans les universités occidentales comme iraniennes, la lutte armée acquiert un prestige intellectuel.
Être révolutionnaire devient un signe de modernité ; critiquer les dérives révolutionnaires suffit à être rangé parmi les « réactionnaires ».
L’anti-impérialisme finit souvent par tenir lieu d’analyse.
C’est dans cet univers que naissent les Moudjahidines du peuple (MEK), fondés en 1965, puis les Fedayin-e Khalq en 1971.
Les premiers mêlent islam révolutionnaire et marxisme ; les seconds incarnent la branche marxiste de cette culture politique.
Ils ne sont pas les seuls groupes issus de cette culture de la violence politique, mais ils en deviennent les deux expressions les plus visibles et les plus structurées.Pour ces organisations, la lutte armée devient une vertu.
Elles participent activement à la révolution de 1979, soutiennent la chute de la monarchie et accompagnent les premières ruptures révolutionnaires, des tribunaux révolutionnaires aux exécutions sommaires.
Lire leur rupture ultérieure avec Khomeyni comme une simple opposition entre démocratie et dictature efface cette généalogie : il s’agit aussi d’une lutte de pouvoir entre familles révolutionnaires, à l’image des divisions entre Trotski et Staline.
1973 –Ettela’atannonce l’assassinat des conseillers américains Paul Shaffer et Jack Turner par le MEK (OMPI), aujourd’hui principale composante du CNRI.
Les enfants de 1979
Les parents ont créé la République islamique.
Les enfants sont nés d’elle.
Sans la République islamique, ils n’auraient ni la même place, ni les mêmes intérêts, ni parfois même de raison d’exister politiquement.
Les bénéficiaires économiques
Depuis 1979, la République islamique a bâti une économie de rente fondée sur les confiscations, les monopoles et les privilèges.
Les biens de l’État, de la Couronne et de milliers de familles sont transférés aux bonyads, tandis que les Gardiens de la révolution prennent progressivement le contrôle de secteurs entiers de l’économie.
Sanctions, monopoles d’importation, pénuries et contrebande alimentent une économie parallèle dont profitent un réseau de clientèles, d’intermédiaires et de mafias économiques étroitement liés au régime.
Ce système favorise aussi une fuite massive des capitaux.
Les fortunes issues des rentes, de la corruption ou des détournements de fonds sont souvent transférées à l’étranger.
Ainsi,Mahmoud Reza Khavari, ancien directeur deBank Melli, s’est réfugié au Canada en 2011 après son implication dans un détournement bancaire estimé à 2,6 milliards de dollars.
L’exil iranien réunit ainsi deux réalités opposées : ceux qui fuient la République islamique et ceux qui s’y sont enrichis avant de mettre leur patrimoine à l’abri.
Les bénéficiaires institutionnels
La République islamique ne produit pas seulement une économie de rente.
Elle façonne aussi un écosystème institutionnel, en Iran comme à l’étranger.
Universités, centres de recherche, médias, fondations, associations, organismes culturels et une partie des ONG tirent leur légitimité, leurs financements ou leur raison d’être de son existence.
À l’étranger, un véritable marché de l’expertise s’est développé depuis près d’un demi-siècle.
Chercheurs, consultants, journalistes spécialisés, intermédiaires diplomatiques et lobbyistes ont construit leur analyse autour des équilibres internes du régime : réformateurs, conservateurs, négociations nucléaires, sanctions ou luttes de factions.
Sans mettre en cause leur intégrité, force est de constater que cette grille de lecture est elle aussi un produit de 1979.
Cette inertie explique pourquoi tant d’analyses continuent de chercher l’avenir de l’Iran parmi les héritiers de 1979, alors qu’une partie croissante des Iraniens regarde désormais vers 1906.
Les bénéficiaires politiques
À côté des bénéficiaires économiques et institutionnels existent les héritiers politiques de 1979.
Sans nécessairement soutenir la République islamique, ils continuent de penser l’Iran avec les catégories qu’elle a produites : révolution, anti-impérialisme, réformateurs, conservateurs ou réforme du système.
Ils cherchent à corriger l’héritage de 1979, rarement à en sortir.
Pendant ce temps, les slogans scandés en Iran parlent de Constitution, d’État de droit, d’unité nationale et de la fin de la République islamique.
Ce décalage explique pourquoi des organisations très visibles à l’étranger restent marginales en Iran et pourquoi une partie des analyses occidentales privilégie encore la préservation du régime, quand beaucoup d’Iraniens voient dans son affaiblissement la condition de leur libération.
Les héritiers de 1979 occupent ainsi une place centrale dans les médias, les universités et les débats occidentaux.
Ils parlent encore le langage de 1979, tandis qu’une partie croissante des Iraniens cherche à refermer cette parenthèse historique.
Les Iraniens, grands absents des analyses occidentales
Le principal absent des analyses occidentales est souvent le peuple iranien lui-même.
Non celui des communiqués ou des conférences, mais celui qui descend dans la rue, choisit ses slogans et accepte d’en payer le prix.
Cette invisibilité résulte de la propagande de la République islamique, qui contrôle l’information, criminalise les manifestants et coupe régulièrement Internet.
Mais elle tient aussi à un biais d’interprétation : lorsqu’ils parviennent en Occident, les slogans sont souvent lus à travers les catégories héritées de 1979.
Or les Iraniens disent autre chose.
Les slogans scandés en janvier 2026 ne réclament plus une réforme du régime.
Ils appellent à la fin de la République islamique, à l’unité nationale et désignent Reza Pahlavi comme la figure d’une transition vers les urnes.
Interprétés en Occident comme une nostalgie monarchique, les slogans « Reza Shah, ton âme est heureuse », le Lion et Soleil ou le soutien à Reza Pahlavi expriment pourtant le rejet de 1979 et la volonté de renouer avec le projet constitutionnel de 1906.
Celui-ci visait à fonder un État reposant sur une Constitution, un Parlement, une justice indépendante et la primauté de la loi (Mashrouteh) face au pouvoir religieux (Mashroueh).
La révolution de 1979 n’a pas tranché ce débat ; elle l’a prolongé.
Pour une partie croissante des Iraniens, Reza Pahlavi n’incarne donc pas d’abord une restauration monarchique.
Il représente le moyen de revenir aux urnes, de refermer la parenthèse de 1979 et de reprendre le fil interrompu de 1906.
Une lecture qui demeure largement étrangère à une partie des médias et des responsables politiques occidentaux.
Étude de cas – Quand une rédaction voit une « opposition », les Iraniens voient un héritier de 1979
À l’occasion de l’annulation d’un rassemblement à Parisen juin 2026, plusieurs médias présentent le NCRI ou le CSDHI comme « l’opposition iranienne », sans rappeler qu’il s’agit de structures liées au MEK, organisation longtemps inscrite sur les listes d’organisations terroristes.
Les représentants du mouvement sont interrogés, mais les nombreux Iraniens qui le rejettent sont absents du récit.
Le lecteur ne perçoit donc ni la controverse qui entoure cette organisation, ni son très faible ancrage au sein de la société iranienne.
Les articles passent également sous silence l’utilisation, dans certaines campagnes de communication, de photographies de victimes des massacres de janvier 2026.
Or beaucoup de ces victimes avaient manifesté à l’appel du prince Reza Pahlavi et rien n’indique qu’elles auraient souhaité voir leur image associée au MEK.
Pour de nombreux Iraniens, le débat n’est pas seulement politique.
Il est éthique : la mémoire des morts ne peut être utilisée pour promouvoir une organisation, mobiliser des participants ou solliciter des dons sans le consentement de ceux dont elle revendique l’héritage.
Le nécessaire changement de référentiel
Plusieurs appellations, sigles et sites pour une même mouvance : comprendre les réseaux liés à l’OMPI/MEK
L’Occident continue de classer les acteurs iraniens selon leur position face à la République islamique.
Une partie croissante des Iraniens les juge, elle, selon leur rapport à la révolution de 1979.
C’est de ce décalage que naît le malentendu.
En Occident, un réformateur, pourtant issu du même sérail, peut être perçu comme un opposant et un partenaire potentiel.
Pour beaucoup d’Iraniens, il demeure un produit de la République islamique.
Ils l’ont vu gouverner, réprimer ou justifier les répressions successives avant de se présenter comme une alternative.
De même, les organisations liées à Maryam et Massoud Rajavi, connues sous les appellations MEK, NCRI ou encore CSDHI, sont parfois présentées comme une alternative crédible.
En Iran, elles comptent pourtant parmi les organisations les plus rejetées.
Leur passé de lutte armée avant 1979, leur rôle dans la révolution puis leur projet de transition, fondé sur la sélection des forces politiques autorisées à gouverner, rappellent à beaucoup d’Iraniens le principe même du Conseil des gardiens.
Ils n’y voient pas une rupture avec 1979, mais une autre manière d’en prolonger la logique.
Le même décalage traverse la lecture de l’histoire.
Le récit de Mossadegh, celui du « coup d’État de 1953 » ou le prisme de l’anti-impérialisme structurent encore une grande partie des analyses occidentales.
En Iran, les slogans renvoient désormais à d’autres références : la Constitution de 1906, l’État de droit, la souveraineté nationale, l’unité du pays et la séparation du religieux et du politique.
Le malentendu est donc à la fois politique et historique.
Tant que l’Occident continuera à penser l’Iran avec les catégories de 1979, il privilégiera des acteurs qui lui sont familiers, mais qui ne représentent plus nécessairement les aspirations d’une grande partie des Iraniens.
Une des manifestantes des 8 janvier 2026 en Iran dont la video est devenue rapidement virale.
Changer de carte
La force d’un régime totalitaire ne réside pas seulement dans sa capacité à réprimer.
Elle réside aussi dans sa faculté de façonner des récits, des institutions, des intérêts et jusqu’à certaines formes d’opposition qui contribuent à sa longévité.
Depuis quarante-sept ans, la plupart des analyses décrivent les rapports de force entre réformateurs, conservateurs et opposants.
Cet essai propose de changer de perspective : regarder non les positions, mais les filiations.
Qui a rendu possible 1979 ?
Qui en est l’héritier ?
Qui cherche, au contraire, à renouer avec le projet constitutionnel de 1906 ?
La carte généalogique qui accompagne cet essai ne classe pas les acteurs selon leur position du moment, mais selon leur histoire.
Elle conduit à une conclusion simple : le débat central en Iran n’oppose plus seulement les partisans et les adversaires de la République islamique.
Il oppose les héritiers de 1979 à ceux qui cherchent à refermer cette parenthèse historique.
Zoom – Les slogans de janvier 2026 disent-ils la même chose que les experts ? Pendant des décennies, une grande partie des analyses occidentales a décrit l’Iran à travers les rapports de force entre « réformateurs » et « conservateurs », les négociations nucléaires ou les rivalités internes au régime.
Les slogans entendus en janvier 2026 racontent une autre histoire.
Ils ne réclament pas une réforme de la République islamique, mais sa disparition.
Uneanalysepubliée parIran Internationalmontre la récurrence de thèmes tels que l’unité nationale, le rejet de la République islamique, les références à Reza Shah et au prince Reza Pahlavi, ainsi que l’appel à une transition nationale plutôt qu’à une nouvelle révolution.
Pourtant, cette évolution reste largement absente des commentaires occidentaux, qui continuent d’interpréter l’opposition iranienne avec les catégories héritées de 1979.
L’écart est saisissant : les Iraniens ont changé de référentiel, mais une partie des analyses continue de parler le langage de la révolution.