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Cancer du pancréas : deux avancées
thérapeutiques majeures redonnent enfin de
l’espoir
Longtemps considéré comme la citadelle imprenable de l’oncologie, le cancer du pancréas voit enfin deux brèches s’ouvrir dans son mur.
Aux États-Unis, les résultats à six ans d’un essai clinique de phase 1 portant sur un vaccin ARN messager personnalisé viennent d’être rendus publics à l’occasion du congrès annuel de l’American Association for Cancer Research (AACR), qui s’est tenu à San Diego.
Dans le même temps, les laboratoires Revolution Medicines présentent les résultats d’un essai de phase 3 concernant une nouvelle molécule, le daraxonrasib, qui double littéralement l’espérance de vie des patients au stade avancé.
Deux bonnes nouvelles qui, accessoirement, soulignent crûment l’absence de la recherche française dans ces grandes batailles oncologiques.
Le cancer du pancréas reste, au moment où paraissent ces lignes, l’un des cancers les plus meurtriers qui soient.
Les chiffres sont implacables : moins de 13 % des patients diagnostiqués survivent au-delà de cinq ans. Il n’existe aucun dépistage de routine — pas l’équivalent d’une coloscopie ou d’une mammographie —, les symptômes n’apparaissent le plus souvent que lorsque la maladie est déjà avancée, et seuls 20 % environ des cas sont opérables au moment du diagnostic.
Pour les 80 % restants, la tumeur a déjà essaimé ailleurs dans l’organisme.
Dans ce tableau d’une noirceur rare, deux annonces viennent donc éclairer ce printemps 2026.
Le pari gagné de Donna Gustafson
En février 2020, à 66 ans, Donna Gustafson, résidente de Delray Beach en Floride, part en voyage en Australie avec son mari.
Au bout de deux jours, la peau de la septuagénaire prend la teinte jaunâtre caractéristique de l’ictère.
Les urgentistes australiens posent un diagnostic sans appel : cancer du pancréas.
Neuf jours plus tard, après un retour d’urgence aux États-Unis, elle est opérée d’une tumeur de stade 2.
La veille du début de sa chimiothérapie, ses médecins lui parlent d’un essai clinique expérimental lancé au Memorial Sloan Kettering Cancer Center de New York : un vaccin à ARN messager personnalisé, conçu spécifiquement à partir du matériel génétique extrait de sa propre tumeur.
Nous sommes alors quelques mois avant que la technologie de l’ARNm ne devienne célèbre mondialement grâce aux vaccins anti-Covid.
Donna Gustafson accepte.
Elle sera la première patiente à recevoir une telle injection pour un cancer du pancréas.
Six ans plus tard, elle est toujours en vie.
L’été dernier, elle fêtait ses cinquante ans de mariage en gravissant l’Etna en Italie.
Un essai minuscule, des résultats spectaculaires
L’étude de phase 1 dirigée par le Dr Vinod Balachandran, directeur du Olayan Center for Cancer Vaccines au Memorial Sloan Kettering, n’a porté que sur seize patients.
C’est peu.
Mais les résultats, mis à jour cette semaine lors du congrès de l’AACR, forcent tout de même l’attention : huit des seize patients ont développé une réponse immunitaire contre leur propre cancer après les neuf doses de vaccin.
Six ans après, sept de ces huit répondeurs sont toujours vivants.
Deux d’entre eux, dont un décédé, ont connu une récidive.
Chez Donna Gustafson, la maladie n’est pas revenue.
Côté non-répondeurs, seuls deux des huit patients sont encore en vie à ce jour.
« L’enseignement le plus important de cet essai, c’est que les patients qui développent une réponse au vaccin vivent plus longtemps que les autres », résume le Dr William Freed-Pastor, médecin-chercheur au Dana-Farber Cancer Institute, qui n’a pas participé à l’étude.
Il tempère toutefois : l’échantillon est très réduit, il faut rester prudent.
Les laboratoires Genentech et BioNTech — ce dernier étant le fleuron allemand de la technologie ARNm — ont déjà lancé un essai de phase 2 à plus grande échelle.
La mécanique biologique décrite par l’équipe du Dr Balachandran est la suivante : le vaccin pousse l’organisme à produire deux types de lymphocytes T complémentaires.
Les « killer T cells » attaquent directement les cellules tumorales ; les « helper T cells » soutiennent dans la durée les premières, assurant une réponse immunitaire durable.
C’est cette combinaison qui semblerait expliquer la pérennité de la protection observée.
Daraxonrasib : une espérance de vie doublée
L’autre bonne nouvelle vient de la société californienne Revolution Medicines.
Leur molécule, baptisée daraxonrasib, cible une famille de protéines connue des chercheurs sous le nom de RAS — des protéines qui, lorsqu’elles mutent, déclenchent ou entretiennent la prolifération cancéreuse.
Dans le cancer du pancréas, les mutations de la sous-famille KRAS sont présentes dans environ 90 % des tumeurs.
Autant dire qu’il s’agit d’une cible de choix.
Les résultats d’un essai de phase 3 tout juste publiés sont renversants.
Chez des patients atteints de cancer du pancréas avancé — c’est-à-dire très majoritairement non opérables — et dont la maladie avait déjà progressé malgré une chimiothérapie, les sujets ayant reçu le daraxonrasib ont vécu en moyenne 13,2 mois, contre 6,7 mois pour ceux restant sous chimiothérapie seule.
Soit, pour parler simple, une espérance de vie doublée.
« Ce sont les données d’essai clinique les plus importantes jamais obtenues dans le cancer du pancréas », a commenté le Dr Manuel Hidalgo, directeur du département gastro-intestinal oncologique de la NYU Grossman School of Medicine.
Le Dr Wungki Park, oncologue au Memorial Sloan Kettering et investigateur dans l’essai, parle quant à lui, dans les colonnes de Bloomberg, des « frissons » ressentis en consultant les dossiers de ses propres patients.
Revolution Medicines a indiqué qu’elle accélérait la procédure d’homologation auprès de la Food and Drug Administration américaine, qui pourrait bénéficier d’un nouveau dispositif de « voucher » permettant des examens en un à deux mois seulement.
L’entreprise mène d’ores et déjà des essais pour évaluer l’efficacité du produit chez des patients nouvellement diagnostiqués — stade auquel les chances de succès sont, en règle générale, nettement plus élevées.
Les effets secondaires, néanmoins, existent : éruptions cutanées, troubles gastro-intestinaux, saignements faciaux pour certains.
L’ancien sénateur républicain du Nebraska Ben Sasse, diagnostiqué à l’automne dernier d’un cancer du pancréas qui s’était déjà mué en cinq foyers tumoraux distincts, participe à l’essai et rapporte une certaine efficacité du traitement — au prix desdits effets indésirables.
Une troisième piste, et une évidence inquiétante
À ces deux avancées s’en ajoute une troisième, encore embryonnaire : une autre équipe américaine travaille sur un vaccin « prêt à l’emploi » — non personnalisé —, ciblant directement la protéine KRAS.
Dans un petit essai préliminaire, environ 85 % des participants ont développé une réponse immunitaire contre cette cible.
Une approche potentiellement complémentaire du vaccin personnalisé du Dr Balachandran.
Ce qui frappe, quand on lit les publications scientifiques de ces dernières semaines, c’est la géographie des percées : Memorial Sloan Kettering à New York, Dana-Farber à Boston, NYU Grossman, Revolution Medicines en Californie, Genentech (filiale du suisse Roche) aux États-Unis, BioNTech en Allemagne.
Pas un laboratoire français n’apparaît au premier plan de cette révolution thérapeutique en cours.
On peut toujours se féliciter d’être européens lorsque BioNTech, fierté allemande, déploie sa technologie ARNm.
On peut aussi s’interroger sur ce que sont devenues les grandes ambitions biotech françaises des années 2000-2010.
L’Institut Gustave-Roussy, le Centre Léon-Bérard, l’Institut Curie comptent parmi les meilleurs centres européens de lutte contre le cancer.
Pourtant, aucune grande molécule issue d’une biotech française ne figure actuellement dans le paysage oncologique mondial au niveau de daraxonrasib.
Quant aux vaccins ARNm thérapeutiques personnalisés, la France a largement raté le virage initial de la technologie — Sanofi s’était alliée tardivement à Translate Bio, rachat finalisé en 2021, pour tenter de rattraper son retard.
Les fruits concrets de cette stratégie se font toujours attendre.
Un nouvel horizon — mais l’essentiel reste à faire
Les deux annonces scientifiques qui marquent cette semaine ne doivent pas faire oublier l’essentiel.
Le cancer du pancréas reste, à l’heure actuelle, un diagnostic souvent synonyme de condamnation à court terme pour les patients.
Aucun dépistage de routine n’existe encore pour détecter la maladie avant qu’elle ne soit avancée — alors même que c’est précisément lors de la phase précoce que les nouveaux traitements semblent les plus efficaces.
Le développement de marqueurs de dépistage accessibles serait, à lui seul, une avancée aussi importante que celles dont il est question aujourd’hui.
Pour les patients français et leurs familles, qui constituent environ 16 000 nouveaux cas chaque année selon l’Institut national du cancer, ces nouvelles venues d’outre-Atlantique représentent une forme d’espoir tangible.
Encore faudra-t-il que les agences sanitaires françaises et européennes soient à la hauteur lorsque le moment viendra d’homologuer, de rembourser et de rendre accessible à tous ce que des laboratoires étrangers auront mis au point pendant que nous regardions ailleurs.
Donna Gustafson, elle, continue de voyager avec son mari.
Dans six ans, nous l’espérons tous, elle fêtera son anniversaire et ses cinquante-six ans de mariage.
Elle aura donné, par son courage personnel et sa simple survie, une leçon d’humanité à toute l’oncologie mondiale.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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