[POINT DE VUE]
Un petit mot des féministes pour cette chanteuse iranienne condamnée à 74 coups de fouet ?

Ce 21 juin, depuis que le calendrier Jack Lang a remplacé celui de notre vieux monde pagano-chrétien, ce n’est plus le solstice d’été : c’est la fête de la musique.
Dans une version dégénérée de la chute de Rome, les gens célèbreront Sol Invictus en chantant des chansons d’une qualité variable, en buvant des coups (s’ils ne font pas partie des 35 départements infantilisés par le plan canicule) et en espérant ne pas se faire planter à coups de couteau (si ce sont des hommes) ni violer en réunion (si ce sont des femmes).
À gauche, tout le monde se pâme devant ce pénible événement culturel, de plus en plus dangereux et de moins en moins talentueux.
Mais, plutôt que d’écouter les rappeurs en herbe et les rockeurs amateurs, on pourrait peut-être s’intéresser à une autre artiste, une vraie celle-ci, qui est bien loin de chez nous : Parastoo Ahmadi.
Née en 1997, élevée à Téhéran, cette chanteuse iranienne n’a jamais manqué de talent ni de courage.
En 2022, à l’occasion de la mort de Mahsa Amini, cette jeune femme tuée par le régime des mollahs parce qu’elle n’avait pas bien mis son voile dans la rue, Parastoo Ahmadi avait sorti une chanson, à l’occasion du mouvement « Femmes, vie, liberté ».
Son titre, « Du sang de la jeunesse de la patrie », avait connu un fort retentissement.
En juin 2023, elle avait sorti une autre chanson en hommage aux femmes qui se battaient pour ne pas porter le voile : « L’arbre de la liberté ».
Convoquée devant un tribunal quelques mois plus tard, elle avait vu ses effets personnels confisqués par les autorités.
Devant un tel harcèlement, on n’avait pas beaucoup entendu nos féministes.
Elle chante sans hijab...
En décembre 2024, Parastoo Ahmadi avait organisé un concert majestueux dans un caravansérail en Iran.
Elle avait chanté, sans hijab, dans une ambiance intimiste de clair-obscur, sans public.
Le régime de Téhéran a alors décidé de passer à la vitesse supérieure, sans doute parce que cette vidéo avait été vue plusieurs millions de fois sur Youtube.
Poursuivie pour avoir joué de la musique sans autorisation et pour ne pas avoir respecté les normes légales et religieuses (au pays du velayat-e-faqih, les deux ne font qu’un), elle avait été brièvement arrêtée puis relâchée.
On apprend ces jours-ci que Parastoo Ahmadi vient d’être condamnée à « deux ans d'interdiction d'exercer toute activité artistique et de quitter le pays et 74 coups de fouet », ainsi que toute son équipe. 74 coups de fouet.
On est en 2026 et l’Iran réalise le mariage archéo-futuriste des châtiments corporels les plus infâmes et de la construction d’une capacité atomique.
Maintenant, le temps des questions.
Qui, parmi les féministes adeptes des réunions « en sororité », de la déconstruction du patriarcat blanc, de la lutte contre l’entrecôte et de la dérision contre tout ce qui a trait à l’existence des hommes, s’est élevée, « en sororité » justement, pour dénoncer un régime islamiste ?
Pas grand monde.
Il vaut mieux peut-être mieux fermer les yeux et se boucher les oreilles sur toute cette histoire.
On ne va pas non plus risquer la divergence des luttes.
C’est comme ça.
Nos féministes silencieuses feraient bien de lire des bouquins au lieu d’aller faire la fête ce 21 juin.
En Iran, il y a déjà eu une convergence des luttes en 1979, lorsque le Tudeh, le parti communiste iranien, s’est allié aux mollahs.
Devinez quoi ? Quand les islamistes ont gagné, les communistes ont tous été exécutés en une poignée de semaines.
Honneur à Parastoo Ahmadi, et honte à ceux qui ont l’indignation sélective.
Petit cadeau, en cette soirée de fête de la musique, Parastoo Ahmadi en concert. Magnifique !


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