vendredi 5 juin 2026

POLITIQUE : ET SI L' ON PARLAIT DE L' INGÉRENCE ÉLECTORALE ALGÉRIENNE ?

 

[ÉDITO] 

 

Et si on parlait de l’ingérence électorale algérienne ?

 
V. Hayer et N. Loiseau sont promptes à dénoncer les ingérences américaines et russes dans les élections en Europe.
Capture d'écran Youtube AL24news
Capture d'écran Youtube AL24news

Valérie Hayer et Nathalie Loiseau sont promptes à dénoncer les ingérences américaines et russes dans les élections de tel ou tel pays européen.

Elles sont, en revanche, d’une discrétion de violette s’agissant de l’Algérie. 

Ce ne sont pourtant pas des soutiens de Trump ou de Poutine qui ont appelé, ces jours derniers, leurs concitoyens dotés de la double nationalité, et donc d'une carte électorale, à aller peser de tout leur poids dans les urnes pour changer le cours des élections.

 Il est vrai que la diaspora américaine et russe en France ne représente pas, en nombre, le même cheval de Troie.

Karim Zéribi sans complexe

 

Ce 4 juin, l’avocat Thibault de Montbrial alertait, sur X : entre journalistes, influenceurs et responsables religieux, l’ingérence algérienne fonctionne désormais à plein régime, en France. 

 

Il réagissait aux déclarations de Karim Zéribi sur la chaîne publique algérienne AL24 News, appelant les diasporas maghrébines et africaines à prendre conscience de leur puissance électorale afin de faire barrage à la droite et à l’extrême droite.

 

Il faut dire que les sondages inquiètent sans doute, de l’autre côté de la Méditerranée. 

Autant que de celui du gouvernement.

 Ça leur fait un point commun. 

C’est peut-être ce que l’on appelle « le réchauffement des relations entre la France et l’Algérie », parce que pour le reste, on ne voit pas bien : Christophe Gleizes est toujours en prison. 

 

Après la guérilla qui a suivi la victoire du PSG, la progression de Jordan Bardella atteint des niveaux inédits. 

 

Dans les rédactions, une boutade court : à quoi bon se gratter la tête, telle Madame Irma, pour faire des pronostics de second tour, attendu qu’il n’y en aura peut-être pas. 

 

Pour autant, la victoire du RN n’a rien d’automatique. 

Les émeutes constituent à la fois son carburant et son frein. Elles nourrissent l’exaspération, mais elles inquiètent, aussi. 

C’était déjà l’argument d’Emmanuel Macron, en 2022 : « Moi ou le chaos. » La formule s’est retournée, aujourd’hui, contre son auteur : il y avait une petite erreur de conjonction de coordination : il fallait comprendre « moi ET le chaos ».

Les violences récentes ont également révélé une convergence de circonstance entre une partie de la jeunesse des cités et les milieux antifas.

 

 Certains médias ont naïvement présenté comme simple supporter du PSG un militant d’extrême gauche impliqué dans des violences urbaines. 

Cette alliance entre extrême gauche militante et populations des quartiers est précisément celle que la gauche radicale appelle de ses vœux depuis des années.

Barrer la route à la droite nationale

Mais l’autre levier, celui souligné par Thibault de Montbrial, est plus politique encore. 

Sur AL24 News, Karim Zéribi explique qu’une diaspora africaine estimée entre 10 et 12 millions de personnes pourrait devenir décisive, lors d’une présidentielle. 

Son message est limpide : si cet électorat se mobilise massivement, il peut empêcher l’arrivée au pouvoir de la droite nationale et peser directement sur le résultat du scrutin.

AL24 News n’est pas une chaîne privée quelconque. Lancée par l’État algérien pour porter « la voix de l’Algérie à l’étranger », elle constitue un instrument assumé de soft power

 

Et Karim Zéribi y répète régulièrement le même message lancinant (c’était déjà le cas, en décembre 2025, sur la même chaîne) : la diaspora pourrait « décider qui sera président de la République française »… pour peu qu’elle se mobilise !

 

Plus troublant, encore : celui qui combat avec vigueur la théorie du Grand Remplacement lorsqu’elle est évoquée par la droite l’assume sans complexe lorsqu’elle le sert.

 

 Selon lui, le remplacement des populations est un phénomène historique « naturel », voire souhaitable, puisqu’il permettrait à de nouvelles générations issues de l’immigration d’accéder, demain, aux plus hautes fonctions politiques en Europe et en France.

Même contradiction, s’agissant de l’origine des individus.

 On explique aux Français qu’il ne faut jamais distinguer les citoyens selon leurs origines.

 

Dans une édition précédente de l’émission ci-dessus citée (un copier-coller grossier de Face à Philippe de Villiers transformé en Face à Zéribi : quel manque d’imagination ! 

 

 CNews fascine, visiblement), l’ancien eurodéputé, l’ex-chroniqueur de télé, fondateur du Conseil mondial de la diaspora algérienne, se scandalisait que tel ou tel ait relevé les origines maliennes de Bally Bakayoko…

 Il s’adresse explicitement à des électeurs définis par leurs racines maghrébines ou africaines et les invite à agir en tant que bloc politique conscient de sa force.

Un triptyque « journalistes, recteurs de mosquées, influenceurs »

C’est ce que dénonce Thibault de Montbrial lorsqu’il évoque le triptyque « journalistes, recteurs de mosquées, influenceurs »

On se souvient, notamment, des prises de position du recteur de la grande mosquée de Paris contre l’extrême droite, lors des précédentes échéances électorales. 

Karim Zéribi n’est ni imam ni vraiment journaliste, mais il occupe à sa manière une position d’influence, acquise grâce à sa carrière politique et médiatique… en France, désormais mise au service d’un discours diffusé depuis une chaîne d’État étrangère.

 

Pourquoi certaines influences étrangères suscitent-elles l’indignation immédiate, tandis que d’autres bénéficient d’une surprenante indulgence ?

 Pourquoi cette armée de réserve électorale n’inquiète-t-elle pas ?

 

Par  

Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste       https://www.bvoltaire.fr/edito-

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