mardi 27 octobre 2026

UN ENTRETIEN EXCLUSIF DE L' EX -PATRON DE LA DGSE PIERRE BROCHANT .......( ALEXANDRE DEVECCHIO )

 REVUE DE PRESSE !

Pierre Brochand, ancien patron de la DGSE : « 

Des éruptions de violence devraient se reproduire, avec une fréquence et une intensité accrues », sur fond d’une critique sans complaisance du Pouvoir et de la société actuelle (SDI)

Venant d’un expert de ce grave sujet, cet entretien est important, et, évidemment, pas seulement à cause de sa longueur.

 Nous n’y ajouterons pas vraiment de commentaire.

 Les analyses de Pierre Brochant – parfois jargonnantes – demandent surtout réflexion et débat. Si on osait, on qualifierait sa pensée d’anti-moderne. 

Mais dans un esprit, par profession, pragmatique. Nous les livrons à cet effet, telles quelles, aux lecteurs de JSF. –

 JE SUIS FRANÇAIS

 

 

Pierre Brochand a été directeur général de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de 2002 à 2008, ainsi qu’ambassadeur de France, notamment, en Hongrie et en Israël. 

Il est intervenu lors d’un colloque de la Fondation Res Publica sur le thème: «Pour une véritable politique de l’immigration».

LE FIGARO. – Si les heurts durant les manifestations du 24 octobre ont été contenus, le ministre de l’Intérieur a qualifié d’«inédites » les violences qui ont culminé la semaine précédente, le 17. 

Partagez-vous ce diagnostic ? 

Par ailleurs, la journée du vendredi 23 octobre a été marquée par un attentat, à Trappes. 

Vous qui alertez depuis des années, avez-vous le sentiment d’avoir eu raison trop tôt ?

Pierre BROCHAND. – Oui, il y a une part d’inédit. 

Mais «inédit» ne veut pas dire «imprévisible». 

Car, les événements de ces dernières semaines, y compris ceux du 17 octobre, s’inscrivent, aussi, dans une continuité. 

Tout ce qui se passe n’a rien de surprenant.

 Sauf, pour ceux, qui, par naïveté, hypocrisie ou idéologie, ont refusé de voir les nuées annonçant l’orage. 

Je n’ose penser que notre ministre de l’Intérieur soit l’un d’eux.

 Pour ma part, je crois, en toute honnêteté, avoir eu raison, mais n’en tire aucune vanité. 

J’aurais préféré, pour mon pays, que les faits me donnent tort.

Hélas, le réel ne se plie pas à nos désirs. 

Ce que j’en ai appris, durant mon parcours, m’a facilité la tâche. 

À savoir qu’au-delà d’une masse critique, les conflits collectifs l’emportent sur les relations interindividuelles, que, dans un monde globalisé, l’acuité de ces conflits est fonction de la distance culturelle, et que le seul paramètre, qui décide de leur issue, est le rapport de forces. 

C’est pourquoi, ressassons-le, au risque de radoter, «ce qui doit arriver, arrive». 

L’avènement de la Société des Individus (SDI), il y a 50 ans – à mon avis, l’épicentre de nos malheurs – a engendré des processus pervers, dont les développements étaient écrits.

 C’est dire combien la responsabilité de ceux, qui ont tenu les manettes, pendant cette période, est colossale.

 

La France a connu plusieurs vagues d’émeutes depuis vingt ans.

 Peut-on les ranger dans des catégories ?

 Et qu’est-ce qui distingue celle de cet automne ?

Il y a eu, en effet, au moins, trois différents types d’émeutes, eux-mêmes reliés par plusieurs constantes :

 1 – une violence polymorphe, à quatre dimensions : affrontements avec les forces de l’ordre, attaques contre les bâtiments «institutionnels», vandalisme brut, pillages ; 

 2 – un déroulement en forme de «U» renversé, aussi bien au niveau de chaque «journée» que de leur succession: une phase ascendante, un paroxysme, une descente progressive, un retour au calme provisoire ;

 3 – l’aggravation continue des exactions, au fil des années, par bonds successifs et effet de cliquet ; 4 – l’engagement récurrent d’une partie de la population d’origine immigrée, sorte de commun dénominateur, toujours présent et le plus souvent dominant.

 

Le premier modèle, le plus fréquent, est celui des explosions nocturnes, purement banlieusardes, «à chaud», à la suite d’incidents avec la police.

 Le deuxième en est la reproduction, à dates fixes : Nouvel an, 14 juillet, Halloween.

 Enfin, troisième scénario, quand des modalités, plus complexes, sont venues se greffer sur des manifestations classiques, diurnes et hors-banlieues, revendicatives ou «festives», afin de bénéficier de leur dynamique d’entraînement. 

Comme d’une fusée, à plusieurs étages.

 

L’étape actuelle relève de ce dernier cas de figure, inauguré par les «gilets jaunes».

 Rappelons-nous leurs «samedis»: le matin, défilés de paisibles natifs, dans l’après-midi, déprédations «politiques» de l’ultra gauche, le soir, pillages par les jeunes des faubourgs.

 Et, aussi, dans la durée, l’enchaînement de week-ends chaotiques, que nous revivons cet automne.

 Même si, aujourd’hui, le détonateur du mouvement est différent: celui d’une jeunesse, prompte à susciter la sympathie.

 Selon un protocole, lui-même spécifique: blocages des lycées dans les «quartiers» / étendus au pays, sous couleur de réclamations matérielles / manifestations de soutien, dégénérant rapidement / apogée du 17 octobre, crevant tous les plafonds / début apparent de décrue le 24, conformément à la trajectoire de la «parabole inversée ».

Dans ce cadre, les éléments «inédits» ont, en effet, été multiples : démarrage «à froid», en plein jour, dans les «quartiers», fulgurance de la dissémination, rôle moteur de l’extrême et de l’ultra gauche dans cet élargissement, hausse des effectifs et du degré d’organisation de ce courant politique (loin des «2000 black blocks» traditionnels), pillages passés à l’échelle industrielle, effacement sans précédent des forces de l’ordre le 17 octobre.

 

Le mouvement s’est propagé à une vitesse fulgurante, des lycées de Créteil et de Saint-Denis au reste du pays.

 Faut-il y voir d’abord l’effet des réseaux sociaux ?

La contagion par les réseaux sociaux n’est pas nouvelle.

 Là aussi, les «gilets jaunes» ont été des précurseurs. Deux remarques, néanmoins.

 D’une part, il faut bien comprendre que la SDI, quoique fragmentée par définition, est aussi une société de masse, sujette à émotions infectieuses, précisément, par le biais de l’ubiquité de cette information instantanée.

 Mais, d’autre part, ce genre de diffusion ne produit que de la mobilisation brute, sans créer de structures : les rassemblements qu’il suscite sont temporaires et dépourvus de hiérarchie (pillages). 

Sauf, si des groupes, préalablement constitués, s’emparent du levier. 

Comme ce fut probablement le cas, cette fois-ci, avec l’extrême et l’ultra gauches.

 

Ces émeutes se sont distinguées par l’ampleur des pillages, notamment à Marseille. 

Ces mises à sac ne relèvent-elles que de la délinquance d’opportunité, comme on l’entend souvent ?

J’ai souligné, dans des entretiens précédents, l’effet dévastateur du pillage sur la stabilité d’un pays.

 À l’instar de la «ruée vers les banques», en cas de crise monétaire, ce mode opératoire, facile et épidémique, s’avère une arme de destruction massive de la confiance sociale, fondement du bonheur de tous.

 Une fois lancé, le processus devient très difficile, pour ne pas dire impossible, à arrêter, quand le nombre dépasse un certain seuil.

De ce point de vue, il faut rendre hommage au préfet de Marseille, qui nous a révélé que les pillards n’étaient pas moins de 30.000, dans cette seule ville. 

Ainsi, une énorme ligne rouge a été franchie: les dévaliseurs de magasins ont découvert ce qu’ils n’avaient pas encore pleinement mesuré, à savoir que la voie d’une curée leur était grand ouverte.

 Ils ne l’oublieront pas. 

Mais, on ne saurait – à l’exemple des médias, toujours prêts à relativiser – voir, dans ce «transfert de richesse», qu’une délinquance utilitaire. 

Ceux que l’on appelle, par commodité, des «racailles» ne sont pas que cela. 

Il y a, derrière leurs actes, une motivation, tout aussi politique que celles de l’ultra gauche: reprendre, sur le tas, à l’ancien colonisateur, ce dont celui-ci aurait dépossédé leurs ancêtres. 

Car, parmi les affects transversaux, propagés par la SDI, figurent, au premier rang, l’envie et le ressentiment, ingrédients de base de la défiance sociale. L’immigration n’est, certes, pas seule à en souffrir. 

Mais une part importante de celle-ci a contribué à faire de la revanche une donnée permanente.

 

Si vous deviez retenir un seul trait de ces journées, lequel serait-ce ?

 Beaucoup ont été frappés par l’impuissance des forces de l’ordre le 17 octobre…

Si je devais mettre en avant un seul trait, ce serait, en effet, le comportement des forces de l’ordre. 

Comprenons-nous bien.

 Il ne s’agit, en aucun cas, de mettre en cause leur dévouement et leur courage. J’entends me placer à un autre niveau: celui du rôle que leur assignent le «pouvoir» politique et, au-delà, la société toute entière.

En effet, alors que la partie «offensive» de ces émeutes ne cesse de pratiquer l’escalade, selon un programme couru d’avance, le camp «défensif» se signale par l’étonnante faiblesse de sa riposte. 

Cette inertie a, malheureusement, des causes proches et lointaines, difficiles à corriger dans l’instant.

Dans la longue durée, le ver est dans le fruit, depuis le changement de paradigme, observé dans les années 1970, quand la SDI, nouvelle étape de l’émancipation humaine, s’est installée, en opposition dialectique avec le modèle antérieur de l’État National, lui-même formé dans l’hostilité à l’émiettement féodal.

 Ainsi, aussi bien de jure que de facto, ledit État, porté au pinacle par Charles de Gaulle, a été érigé, très vite après son départ, en ennemi principal. 

Au double titre de la menace, qu’il représenterait, pour les droits individuels et universels, et de sa responsabilité dans les oppressions et catastrophes du passé («plus jamais ça»). 

Ce faisant, nous avons jeté le bébé avec l’eau du bain. 

Nous avons sapé, sans vraiment nous en rendre compte, ce socle indépassable de la paix sociale, qu’était le monopole de la violence légitime. Nous n’avons cessé de priver le régalien – par effeuillage législatif et judiciaire – de ses prérogatives juridiques, morales et physiques. 

Nous pleurons aujourd’hui le lait renversé de ce désarmement unilatéral. 

Soit une pente très dure à remonter, car génératrice, dans l’intervalle, d’un fort sentiment d’impunité, chez les forces malveillantes.

Or, nos «autorités» actuelles n’ont rien renié de ce péché originel. J’en veux pour preuve leur constante référence à la notion de «proportionnalité», comme si celle-ci demeurait pertinente, alors que la disproportion est partout. 

D’abord, entre des récriminations lycéennes, à courte portée, et l’ampleur de leurs retombées: ainsi, est-on passé, sans transition, d’une critique des horaires et des cantines à des dizaines de milliers de pillards dans les rues. 

Disparité, ensuite, entre les graves atteintes à leur intégrité physique, subies par un nombre circonscrit d’assaillants, et les milliers de blessures additionnées des policiers.

 Enfin, et c’est le plus grave, gouffre entre les possibilités d’intervention des forces de l’ordre et celles de leurs adversaires.

 

Creusons ce dernier point. Conformément à son logiciel, la SDI (c’est mon obsession) a, d’emblée, en mai 1968, instauré une fallacieuse symétrie morale entre ce qui restait des défenseurs de l’ordre et ceux qui voulaient le renverser.

 Aujourd’hui, cette filiation du préfet Grimaud, personnage par ailleurs respectable, se retrouve dans la mise en avant, inlassablement répétée, des «enquêtes ouvertes par l’IGPN», pour brutalités éventuelles des forces de police.

 Comme si ces dernières n’étaient, elles aussi, qu’un conglomérat d’individus, n’en faisant qu’à leur tête, et non un grand corps de l’État, dont la priorité n’est pas «l’empathie».

 Pire encore, cette présentation «équilibrée», centriste à souhait, fait fi de la dissemblance de principe, qui devrait régner au profit de la police, au nom de son monopole juridique. 

Or, non seulement, il n’en est rien, mais le décalage s’aggrave, en sens contraire, à l’avantage d’agresseurs, de plus en plus entreprenants, au fur et à mesure que se restreignent les capacités des forces de sécurité, limitées dernièrement aux grenades lacrymogènes.

 Comme dans beaucoup de domaines, c’est le monde à l’envers.

Ce déficit dans la réplique est d’autant plus funeste que la population des natifs, quoique dans l’ensemble horrifiée, se caractérise par une formidable retenue et une confiance exclusive, accordée aux « flics », pour les protéger. 

Car la société civile, livrée à elle-même, ne dispose en propre, pour se défendre, que de deux moyens, pareillement inadéquats: l’un, peu opérationnel (les entreprises de sécurité privées), l’autre, apocalyptique, aux conséquences irréparables, en cas de généralisation (l’autodéfense). 

Ainsi, les récents ébranlements n’ont suscité que quelques contrecoups sporadiques, très limités, loin des mobilisations du 30 mai 1968 ou de Charlie Hebdo . 

Cependant, ce grand calme de la majorité silencieuse ne doit pas occulter une question angoissante: ne faut-il voir dans le terrible attentat de Trappes que l’acte fou d’un marginal ? 

Au vu des informations disponibles, je ne perçois pas du tout, dans ce crime, le signe annonciateur d’une vague terroriste d’un nouveau type, évidemment sous réserve des enquêtes en cours. 

En fait, pour interpréter ce qui se passe, plus pertinentes me semblent les dérives lourdes de la SDI. 

Par exemple, celle qui consiste à ne plus faire d’enfants, et à allouer aux seniors, peu portés à l’action, un poids surdimensionné. 

De même, l’absolu de la «vie sauve, ici bas», placée au-dessus de tout par l’individualisme, n’encourage pas l’engagement, y compris non-violent. 

Au final, nous payons le prix de la Civilisation, entendue comme maîtrise des pulsions par le surmoi. 

Mais faisons attention à ne pas confondre cette endurance louable, avec une lâcheté honteuse.

 

Si l’on ajoute, un «pouvoir» politique en fin de cycle, paralysé par une légitimité en voie d’extinction, et une campagne électorale, dont les enjeux n’ont jamais été aussi élevés depuis 1981, grand apparaît le danger de voir s’enhardir des émeutiers, jugeant, à tort ou à raison, qu’ils n’ont plus «rien en face». 

D’autant qu’en toute hypothèse, ils se savent préservés du pire, par le syndrome Oussekine, qui, 40 ans après, continue à hanter les nuits de nos responsables.

Sans doute, y a-t-il eu, le 17 octobre, une défaillance du renseignement et une sous-estimation corrélative du déploiement, bien corrigés le 24.

 Mais, même ainsi renforcé, le dispositif aura du mal à reprendre la main, face à des révoltés, qui ont professionnalisé leurs tactiques et, notamment, intégré la dispersion et la mobilité, comme facteurs déterminants de la saturation adverse.

 

Vous privilégiez une lecture culturelle de ces émeutes.

 Pourtant, l’extrême gauche et l’ultragauche y ont joué un rôle moteur, avec des militants issus pour l’essentiel de la classe moyenne. 

Comment analysez-vous cette alliance ?

Dès lors que la SDI, fidèle à ses «principes fondamentaux du droit», a ouvert nos frontières à une immigration massive non-européenne, et que, de ce fait, l’extérieur est devenu notre intérieur, j’entends privilégier une grille de lecture, faisant prévaloir les critères ethnique, culturel et religieux, sur le degré d’adhésion aux «valeurs de la République». 

J’ai, là encore, hérité ce prisme de mon expérience, au Quai d’Orsay et dans le renseignement, où une telle approche fournit la base des analyses sur les pays de départ. 

Si cette vision des choses est désormais hors-la-loi, il faut le dire clairement et, donc, abolir ces institutions, voire traduire leurs fonctionnaires en justice…

Je dois, toutefois, reconnaître avoir sous-estimé le potentiel d’impulsion, de coordination et d’action, de ce qu’il est convenu d’appeler l’extrême et l’ultra gauche, factions aux frontières incertaines. 

Plus nombreuses et mieux organisées que je ne l’imaginais, elles sont sorties du statut groupusculaire des «black blocks», pour émerger en tant que force de subversion crédible, au niveau des métropoles. Néanmoins, leurs troupes de choc – élèves, en grève ou manifestants, casseurs, plus âgés, à l’œuvre dans le prolongement des défilés -, appartiennent, pour la très grande majorité, à la classe moyenne d’origine européenne. 

On peut imputer cette montée en puissance au mal-être d’une jeunesse, jusque-là hyperprotégée, maintenant confrontée à un avenir des plus aléatoires. 

On ne saurait, non plus, omettre une autre dimension de l’individualisme démocratique, lequel s’avère, à l’usage, une machine à fabriquer de la déception, en faisant miroiter à chacun que tout est possible, alors que n’importe quelle société, même se proclamant égalitaire, finit inévitablement en pyramide et en autant d’illusions perdues.

Il reste qu’au sein de son milieu culturel d’appartenance, ce courant politique demeure très minoritaire et ne peut espérer imposer ses vues, que par la violence et, partant, le recours à la masse de manœuvre de ceux qui y sont spontanément les plus portés, à savoir la jeunesse d’origine extra-européenne.

Ainsi, ces deux forces ont fait, pour la première fois aussi ouvertement, un bout de chemin ensemble, tout en affichant un taux de porosité médiocre. 

Pour paraphraser Chou En-lai, «ils couchent dans le même lit, mais ne font pas les mêmes rêves».

 Plus précisément, cette alliance me paraît, d’abord fondée, sur les liens faibles de la division du travail: à chacun son «boulot». 

De leur côté, les jeunes des quartiers ont craqué l’allumette (lycées de Créteil et Saint-Denis), avant d’achever la séquence par une orgie de mises à sac. 

Dans l’intervalle, les escadrons de la gauche activiste ont nourri leur rêve d’un grand soir, sans véritable actualité. 

Pour autant, cette coalition de minorités – inégales en termes de structuration et d’objectifs – est arrivée à mettre en danger un pouvoir, qui, on l’a dit, n’a pas trouvé de réponse consistante à lui opposer. 

Soit une nouvelle illustration, historique celle-ci, de l’impact démesuré des marges agissantes, sur une majorité apathique.

 

Concrètement, que faudrait-il faire pour rétablir l’ordre ?

Je ne suis pas un spécialiste du maintien de l’ordre.

 Je m’en tiendrai au bon sens. 

Notre société s’est autodésarmée, en sabordant le régalien.

 Pour le remplacer, elle a tout misé sur des mécanismes impersonnels de régulation : droit, marché, communication, sans surplomb.

 Cette utopie nous expose, chaque jour davantage, à des dysfonctionnements majeurs, dans tous les domaines. 

Celui de l’ordre public est, désormais, constamment remis en question par des bouffées de violence, de plus en plus intenses et rapprochées, dont les auteurs sont, pour beaucoup, en état d’hétéronomie culturelle et de déloyauté nationale.

 

Pour resserrer solidement les boulons, il convient, là comme ailleurs, de retrouver la prééminence de l’intérêt général, sur les droits individuels, qui, du fait de leur universalité, incluent ceux des fauteurs de troubles, agissant pourtant en communauté («frérot», «wallah», «wesh», prononcés à l’infini sur des centaines de vidéos). 

Dans cet esprit, je ne vois pas d’autre solution que de revenir sur le tabou de l’individualisation des poursuites et des peines, pour étendre les sanctions à tous les présents, à un moment et dans un lieu donnés, identifiés au besoin par des projections de liquides indélébiles. 

On ne peut pas non plus laisser les policiers, face à des attaquants disposant d’armes d’allonge supérieure aux leurs. 

Et, ainsi de suite. 

De même, alors que les moyens de surveillance, d’investigation et même de rétorsion, font des progrès de géants, grâce à l’association de capteurs ( caméras, drones ), de fichiers et de l’intelligence artificielle, pourquoi ne pas autoriser leur utilisation, sans restriction, reconnaissance faciale incluse, dans des circonstances, limitées dans le temps et l’espace ?

 La Commission des lois du Sénat vient de publier une étude remarquable sur tous ces sujets, qui en apprendra davantage à vos lecteurs que tout ce que je peux suggérer.

 

À quelques mois de la présidentielle, faut-il craindre de nouvelles journées comme celle du 17 octobre ? 

Et, à plus long terme, quel avenir voyez-vous pour le pays ?

On a coutume de dire que l’avenir n’est pas écrit. 

C’est le contraire qui est vrai, quand on se laisse aller au fil de l’eau.

Dans l’immédiat, la question est de savoir si vont se renouveler des journées comme le 17 octobre et si, le cas échéant, l’élection présidentielle pourra se tenir dans des conditions normales. 

À ce niveau, l’ambition ne peut que rester modeste. 

Soit améliorer les conditions du maintien et du rétablissement de l’ordre, avec les moyens du bord, à législation et outils égaux.

 En bref, à essayer de tenir le choc, alors que les coups de boutoir conjoints de l’extrême gauche et du «lumpen proletariat» des banlieues ne donnent pas le sentiment de vouloir s’interrompre. 

Les péripéties du 24 octobre ont montré que cet objectif n’était pas inaccessible, à très court terme. 

S’il nous reste quelques hommes d’État, à eux de le prouver, dans les mois à venir.

À plus long terme, je ne saurais prédire ce qu’il adviendra d’une extrême gauche, que le renouvellement du corps électoral favorise. 

En revanche, il est loisible de supposer que, pour la même raison démographique, une composante d’origine extra-européenne y prendra progressivement le dessus, opérant une fusion de facto des deux branches de la contestation. Bally Bagayoko semble jouer cette carte. 

C’est pourquoi j’estime que le paysage décrit, dans nos précédents entretiens, n’a pas varié. 

Une majorité de naissances (2040) et de population (2070) extra-européennes fixent inéluctablement notre horizon. 

Ce que je sais du monde me permet d’affirmer que pareil scénario ne sera pas imprégné de bienveillance. L’immigration, et les bagages qu’elle a apportés, ont déposé un magma incandescent, sous-jacent à notre société, qui ne s’éteint pas avec les générations, et ne demande qu’à entrer en éruption, sur la base de conflits non négociables persistants (discorde religieuse, hétérogénéité des mœurs, narratif colonial, fléau du racialisme).

 Ces éruptions ont déjà eu lieu.

 Elles devraient se reproduire, avec une fréquence et une intensité accrue, dans un climat de plus en plus défiant, au fur et à mesure que l’implacable rouleau compresseur de la démographie produira ses effets.

 À mes yeux, c’est moins, hélas, un pronostic qu’une certitude.  ■  


 

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