TRIBUNE LIBRE !
Prémices de guerre civile ?
À quelques mois de l’élection présidentielle, certains faits et propos pourraient nous inquiéter sur la perspective d’affrontements violents, voire du déclenchement d’une guerre civile qui opposerait deux France bien identifiées : celle que l’on a vue fin septembre à Paris, à Lourdes et à Metz, et celle que l’on voit créer le chaos devant les lycées à Paris et dans les grandes villes de province.
La France éternelle chantée par Philippe de Villiers et la « nouvelle France » éructée par Mélenchon.
Si l’on analyse les différentes guerres civiles qui se sont déroulées au XXe siècle (Russie, Espagne, Indonésie, Algérie, entre autres), on observe souvent de mêmes causes identiques qui, s’accumulant étape par étape, ont mis le feu aux poudres.
Quelles ont pu être ces événements ou ces situations qui ont constitué les prémices de la guerre civile ?
Quels seraient-ils aujourd’hui ?…
1. Une crise profonde de légitimité
Une part de plus en plus importante de la population ne croit plus que le pouvoir politique puisse résoudre les problèmes ou gouverner dans l’intérêt général.
Les élections sont bafouées (référendum de 2005) ou font l’objet de combines entre partis pour biaiser les résultats (législatives de 2024), les institutions sont noyautées par des hommes-liges du pouvoir, les décisions de justice sont perçues comme illégitimes, les forces de l’ordre apparaissent comme impuissantes ou délégitimées.
2. L’aggravation des tensions sociales
Baisse inéluctable du pouvoir d’achat, déclassement, appauvrissement de la classe moyenne, augmentation massive du coût de l’énergie (fuel, gaz, électricité, carburants), chômage, pénuries, sentiment d’abandon des provinciaux, faillite des pouvoirs publics, insécurité, constituent les ingrédients d’un mécontentement durable.
Ces difficultés peuvent remettre en cause le pacte social et conduire des provocateurs à opposer les citoyens les uns aux autres.
3. L’adversaire politique considéré en ennemi
La logique d’exclusion efface tout débat d’idées : ceux qui pensent différemment du « camp du bien » sont désignés comme une menace pour le peuple, la république, l’avenir ou la survie collective.
Tout compromis devient suspect, voire dénoncé comme une trahison.
On psalmodie les qualificatifs haineux : raciste, fasciste, nazi, qui dispensent de présenter le moindre argument valide.
4. La formation de groupes prêts à employer la violence
Sous prétexte d’antifascisme, apparaissent des milices, organisations clandestines, et leur répondent alors groupes d’auto-défense qui recourent aux mêmes procédés.
Les violences deviennent la raison d’être des manifestations, les agressions des adversaires politiques se banalisent et les menaces de mort ciblent nommément des personnalités.
Certains meneurs organisent le chaos et commencent à préparer psychologiquement et matériellement l’affrontement.
5. Le délitement des forces de l’ordre
Vilipendées et abandonnées par le pouvoir en place, la police et l’armée refusent de continuer à s’exposer, prennent parti ou abandonnent le terrain.
Pour une partie de la population, la justice et les administrations de l’Etat ont perdu leur légitimité.
Des agents de l’Etat refusent d’exécuter certains ordres, des responsables publics soutiennent des factions. L’application de la loi, devenue sélective, aggrave les oppositions et les colères.
6. Le rôle des médias
À l’heure des réseaux sociaux, des influenceurs, du complotisme et des médias militants, les esprits incultes ou partisans ont tendance à s’échauffer pour un oui ou un non.
De grossières contre-vérités sont diffusées comme étant des références incontestables. Le réel et le factuel sont niés par les esprits crédules ou partisans.
7. Un facteur déclenchant
Un attentat terroriste, le vote d’une loi contestée, une répression meurtrière, un crime de masse, l’assassinat d’une personnalité populaire, sont autant de facteurs qui peuvent embraser une crise latente en affrontement sanglant et généralisé.
8. Le fanatisme religieux
La France a connu les guerres de religion. Les affrontements religieux ont joué un rôle important dans les guerres civiles d’Espagne et d’Irlande.
La progression de l’islam en Europe recèle un réel danger si cette religion n’est pas rapidement encadrée et maintenue dans la sphère intime, comme le sont les autres religions.
Exemple d’une guerre civile : la révolution bolchevique
La guerre civile russe a été la résultante d’une addition de crises politiques, militaires et sociales qui se sont amplifiées dans le contexte de la Première Guerre mondiale.
La Russie a réuni pratiquement tous les symptômes évoqués ci-dessus :
Épuisement de la population : pertes militaires considérables, pénuries alimentaires, inflation et désorganisation des transports.
Perte de confiance dans le pouvoir tsariste : le régime apparaît incapable de conduire efficacement la guerre et de répondre aux besoins vitaux du pays.
Délitement de la discipline militaire : des soldats se mutinent, désertent ou refusent d’obéir à leurs officiers.
Chute du régime auquel ne succède aucune autorité de légitime et incontestée : en février 1917, le tsar abdique, mais le gouvernement provisoire est contraint de composer avec les soviets de travailleurs et de soldats.
Radicalisation politique : la poursuite de la guerre et l’incapacité à régler rapidement les questions primordiales de la vie quotidienne, de l’exploitation des terres et de l’autorité du pouvoir central renforcent les courants révolutionnaires.
En octobre 1917, les bolcheviks prennent le pouvoir.
La radicalisation s’accentue alors entre partisans et adversaires du nouveau régime, tandis que les conflits territoriaux et les interventions étrangères compliquent la situation.
La guerre civile se développe à partir de 1918.
Certes, l’Histoire ne repasse pas les plats, mais les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Que se passera-t-il le soir du 2 mai 2027 ?…
Par Jean-Yves Léandri
Source et Publication : https://ripostelaique.com/premices-de-guerre-civile/


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