Bally Bagayoko veut faire taire le RN : LFI montre son vrai visage
Sur LCI, le maire insoumis de Saint-Denis a répondu sans hésiter qu’il interdirait au Rassemblement national de s’exprimer publiquement.
Cette déclaration, faite en pleine campagne présidentielle, dit beaucoup de la conception de la démocratie qui s’est installée à La France insoumise.
Par Luc Berroyer Ça monte

« Bien sûr. »
Deux mots ont suffi.
Dimanche soir, Darius Rochebin demande à Bally Bagayoko, invité de LCI, s’il priverait aujourd’hui le RN de parole publique.
Le maire LFI de Saint-Denis répond : « Bien sûr ».
Pas de nuance, pas de précaution.
Juste avant, il avait expliqué que ceux qui tiennent selon lui des propos racistes à longueur de journée ne devraient pas avoir de temps de parole.
Interrogé sur ce que ferait La France insoumise au pouvoir, il a précisé sa méthode en deux actes : combattre le RN dans les urnes, puis sanctionner lourdement, y compris dans les médias, tous ceux qui « propagent la haine ».
Il a aussi comparé le parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella à des groupes racistes dissous, en dénonçant ce qu’il appelle la normalisation du racisme.
Bref, en pleine campagne présidentielle, un élu de premier plan du principal parti de gauche propose d’interdire d’antenne le premier parti de France.
Des millions d’électeurs réduits au silence
Il faut mesurer ce que cela signifie.
Selon le dernier sondage Ipsos pour Le Parisien, Marine Le Pen recueillerait environ un tiers des voix au premier tour.
Priver le RN de parole, ce n’est pas faire taire quelques responsables politiques.
C’est réduire au silence des millions de Français, qui ne pourraient plus entendre à la télévision la candidate pour laquelle ils s’apprêtent à voter.
On peut combattre le RN.
On peut le critiquer, le réfuter, dénoncer ses propositions.
C’est le jeu démocratique, et c’est précisément ce qu’interdit la logique de Bally Bagayoko.
Car si le RN n’a plus le droit de parler, il n’y a plus de débat : il n’y a plus qu’un camp autorisé et un camp censuré.
Qui décide de ce qui est raciste ?
Le maire de Saint-Denis se retranche derrière la lutte contre le racisme.
Mais la question est simple : qui décide de ce qui est raciste ?
En France, les propos racistes sont déjà punis par la loi, depuis la loi sur la liberté de la presse de 1881 et ses modifications successives.
Ce sont des juges indépendants qui tranchent, au terme d’une procédure, avec des droits de la défense.
Bally Bagayoko propose autre chose : que ce soit un adversaire politique qui désigne les propos qui doivent disparaître de l’espace public.
C’est exactement le mécanisme de tous les régimes qui ont, un jour, décidé de « protéger » le peuple contre les mauvaises idées.
On commence par interdire le racisme, puis on appelle raciste tout ce qui dérange.
La Constitution est pourtant claire.
Son article 4 garantit « les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation ».
L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 fait de la libre communication des pensées et des opinions « un des droits les plus précieux de l’homme ».
Ces textes ne prévoient aucune exception pour les partis qui déplaisent aux élus de Saint-Denis.
Un dérapage qui n’en est pas un
On voudrait croire à une maladresse. Mais les propos de Bally Bagayoko s’inscrivent dans une série.
Au début du mouvement lycéen, le même maire avait estimé que la violence était parfois légitime. Jean-Luc Mélenchon, lui, appelait dès 2023 à « abattre la citadelle et le système ».
Reporters sans frontières avait déjà dénoncé une atteinte au droit à l’information des citoyens lorsque LFI avait réservé certaines de ses conférences de presse à des médias choisis.
La cohérence est là.
Ceux qui ne supportent pas les questions de certains journalistes, ceux qui voient la violence comme un moyen politique acceptable, finissent logiquement par vouloir priver leurs adversaires de parole.
Ce n’est pas un dérapage.
C’est une vision du monde.
Une gauche qui oublie ses propres leçons
Le plus triste est que cette dérive vient d’un camp qui s’est longtemps présenté comme le défenseur des libertés.
Rosa Luxemburg, figure révérée de la gauche révolutionnaire, écrivait en 1918 que la liberté est toujours la liberté de celui qui pense autrement.
Elle mettait en garde ses propres camarades bolcheviques contre la tentation de faire taire leurs opposants.
L’histoire lui a donné raison.
Bally Bagayoko semble avoir fortuitement oublié cette leçon.
Il veut bien de la démocratie, à condition qu’elle ne donne la parole qu’à ceux qui pensent comme lui.
Cela porte un nom, et ce n’est pas la démocratie.
La responsabilité de LFI
Bally Bagayoko n’est pas un militant isolé.
Il dirige la deuxième ville d’Île-de-France et figure parmi les visages les plus en vue de La France insoumise.
Ses déclarations engagent son mouvement, tant que celui-ci ne les désavoue pas clairement.
La question est donc posée à Jean-Luc Mélenchon et à la direction insoumise : approuvent-ils l’idée d’interdire d’antenne le RN ?
Si la réponse est non, qu’ils le disent clairement.
Si elle est oui, les Français sauront à quoi s’attendre.
Car la démocratie ne se défend pas en faisant taire ceux qu’on combat.
Elle se défend en leur répondant.
Ceux qui l’ont oublié ne peuvent pas prétendre la protéger.
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