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Natalité : 150 000 naissances
« manquantes » chaque année,
selon une étude de l’OID
En 2025, la France a enregistré environ 650 000 naissances.
Selon l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), elle aurait pu en compter 800 000 si les Françaises avaient eu le nombre d’enfants qu’elles disent souhaiter.
Dans une étude consacrée à la chute de la natalité, ce groupe de réflexion estime que l’État dispose de véritables leviers pour combler cet écart, à condition de rompre avec 15 ans de réformes qui ont, selon lui, pénalisé les familles des classes moyennes.
Plus de décès que de naissances
Depuis 2010, l’indicateur conjoncturel de fécondité n’a cessé de reculer, jusqu’à 1,56 enfant par femme en 2025 sur l’ensemble du territoire, et environ 1,53 en métropole.
La France a perdu près d’un quart de ses naissances annuelles en 15 ans.
L’an dernier, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, elle a enregistré plus de décès que de naissances, soit un solde naturel négatif d’environ 6 000 personnes.
Le désir d’enfant a lui aussi baissé, mais il reste nettement supérieur à la fécondité réelle.
Les femmes de 25 à 39 ans déclarent vouloir entre 1,9 et 2 enfants, contre 2,3 à 2,6 en 2005.
L’écart avec la fécondité constatée dépasse 0,35 enfant par femme.
Selon les calculs de l’OID, qu’il présente comme indicatifs, le combler représenterait environ 150 000 naissances de plus par an et un solde naturel positif d’environ 140 000.
Pessimisme, célibat et coût de la vie
L’étude passe en revue les causes du recul du désir d’enfant.
Le pessimisme face à l’avenir réduit la probabilité de devenir parent, indépendamment de la situation personnelle. Les représentations de la parentalité sur les réseaux sociaux en ternissent l’image.
La vie en couple recule aussi : 67,5 % des femmes de 30 ans vivaient en couple en 2019, contre 84,5 % en 1975.
L’étude mentionne encore l’individualisme et la sécularisation.
Le désir qui subsiste se heurte à des obstacles matériels.
Selon le Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, 62 % des 20-35 ans jugent qu’élever un enfant coûte trop cher, et 44 % que leur logement n’est pas adapté.
Avec un enfant, la part du budget consacrée au logement passe de 14 % à 21,5 % en médiane.
Selon OpinionWay, 18 % des parents ont renoncé à avoir le nombre d’enfants voulu, dont environ la moitié pour des raisons matérielles.
L’infertilité pèse aussi, à mesure que les naissances deviennent plus tardives.
Elle touche 15 à 25 % des couples, et le premier accouchement intervient désormais après 29 ans en moyenne, contre 24 ans il y a 50 ans. 15 % des plus de 45 ans n’ont pas d’enfant, contre près de 10 % dans la génération précédente.
La mortalité infantile en hausse
L’étude s’inquiète enfin de la remontée de la mortalité infantile, passée de 3,5 ‰ en 2012 à 4,1 ‰ en 2024.
L’Académie de médecine pointe la saturation des services de réanimation néonatale.
Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en août 2026 attribue la hausse récente à la fois à l’augmentation du nombre de mères nées à l’étranger et à la progression de la mortalité infantile parmi elles.
La France est ainsi passée de la 3e place de l’Union européenne à la fin des années 1990 à la 23e depuis 2022.
Une politique familiale devenue sociale
Pour l’OID, la politique familiale s’est éloignée de sa vocation de 1945, qui était de compenser en partie le coût de l’enfant pour toutes les familles.
Elle est devenue un outil de redistribution des revenus.
D’après le HCFEA, les réformes menées entre 2008 et 2018 ont amélioré le niveau de vie des 30 % de familles les plus modestes, fait stagner celui des familles proches du revenu médian, et réduit celui des 30 % les plus aisées, jusqu’à 1 020 € par an pour les 10 % du haut.
Au total, 3,2 millions de ménages y ont perdu.
Les gagnants sont surtout les familles monoparentales, moins susceptibles d’avoir de nouveaux enfants. À l’inverse, les couples avec 1 ou 2 enfants sont plus souvent perdants que gagnants, ce qui risque, selon l’étude, de les dissuader d’en avoir un 2e ou un 3e.
Une économiste de la Banque mondiale, Nelly El-Mallakh, a montré que la mise sous conditions de ressources de la prestation d’accueil du jeune enfant (PAJE) en 2014 avait fait baisser la fécondité, surtout dans les foyers comptant au moins un cadre. La baisse aurait même commencé dès les premiers débats parlementaires, signe du poids de l’instabilité des règles.
Un enfant pèse 5 fois plus lourd pour les classes moyennes
L’OID a modélisé le coût net d’un enfant de 0 à 3 ans pour 4 couples vivant à Paris, après prise en compte des aides, de la fiscalité et de l’accès aux services publics.
Pour un ménage au RSA logé en HLM, il revient à 480 € par an, soit 4,9 % de ses revenus disponibles. Pour un couple de 2 salariés au Smic, il atteint 3 133 € (8,1 %).
Pour un couple au salaire médian parisien, il monte à 13 785 € (24,5 %), et pour un couple aisé à 16 682 € (20,8 %).
L’effort demandé est donc 5 fois plus élevé pour la famille de classe moyenne que pour le ménage au RSA, et il reste le plus lourd pour le couple médian à tous les âges de l’enfant.
Sur l’ensemble de l’enfance, le coût total varie d’environ 18 000 € pour la famille au RSA à environ 224 000 € pour les familles médiane et aisée.
L’étude précise que le choix de Paris accentue certaines dépenses, comme le logement.
Des courbes de fécondité opposées selon l’origine
Ces écarts éclairent la relation entre revenu et fécondité, qui dessine une courbe en U. Sur la période 2012-2017, les femmes les plus modestes ont en moyenne 2,27 enfants et les plus aisées 1,98, tandis que les déciles intermédiaires tombent autour de 1,65.
L’étude souligne que cette courbe masque 2 réalités opposées. Chez les femmes nées en France, la fécondité augmente avec le revenu.
Chez les femmes nées à l’étranger, elle diminue.
Parmi les plus modestes, les femmes nées à l’étranger ont en moyenne 2,6 enfants, contre environ 1,5 pour les natives de même niveau de vie.
En 2021, la fécondité des femmes nées en Afrique hors Maghreb atteignait 3,3 enfants par femme, celle des femmes nées au Maghreb 2,5, contre 1,7 pour les femmes nées en France.
S’appuyant sur l’enquête Trajectoires et origines de l’Ined, l’OID relève que le fait d’être musulman, celui d’être arrivé en France après 24 ans ou de venir d’un pays à forte fécondité sont associés à une plus forte probabilité d’avoir au moins 4 enfants. Il conclut que le coût de l’enfant n’agit pas seul, et que les normes culturelles et religieuses comptent aussi.
Ce qui fonctionne : logement, crèches, congé parental
L’étude s’appuie sur la littérature scientifique internationale pour affirmer que les politiques familiales peuvent relever la fécondité, à condition d’être d’une ampleur suffisante, cohérentes et stables.
Le logement apparaît comme un levier majeur. Une étude montre que l’accès à un logement pour un couple de 20 à 25 ans augmente d’environ un tiers sa probabilité d’avoir des enfants.
Aux États-Unis, la hausse des prix de l’immobilier expliquerait la moitié de la baisse de la fécondité entre 2000 et 2010.
La garde d’enfants compte aussi : une hausse de 10 % de son prix y ferait baisser la natalité de 5,7 %.
Le congé parental joue un rôle, surtout par son niveau d’indemnisation.
Une hausse de 10 % du taux de remplacement du salaire serait associée à 2,3 % de naissances supplémentaires.
En Allemagne, l’indexation du congé sur le salaire a fait progresser les naissances chez les femmes aux revenus moyens et élevés.
Les aides financières ont un effet plus modeste au regard de leur coût, mais leur suppression pèse lourd.
En Espagne, l’instauration d’une allocation de naissance universelle en 2007 a augmenté les naissances de 3 %, et sa suppression les a fait reculer de 6 %.
L’OID en conclut que la confiance des familles dans la durée des aides compte autant que leur montant.
Les propositions de l’OID
L’Observatoire formule une série de recommandations :
- Universalité et fiscalité : rétablir des allocations familiales universelles, sans condition de ressources, supprimer les plafonds des aides et réductions d’impôt aux familles, et relever le plafond du quotient familial.
- Logement : élargir les aides personnalisées au logement aux familles des classes moyennes, notamment dans les grandes métropoles. Créer un prêt à taux zéro pour les familles, assouplir les normes (diagnostic de performance énergétique, encadrement des loyers) pour construire davantage, et favoriser dans l’attribution des logements sociaux les familles dont les parents travaillent, avec une durée minimale de résidence.
- Garde d’enfants : créer 300 000 places de crèche, revaloriser les métiers de la petite enfance et faire de la garde un droit opposable pour les parents qui travaillent, comme une place à l’école.
- Congé parental : l’indemniser à 70 % du salaire pendant la 1re année.
- Infertilité : lancer un plan de prévention et d’accompagnement des couples concernés.
Selon l’OID, ces mesures doivent être combinées pour être efficaces.
L’étude invite aussi l’État à agir sur les représentations de la parentalité, à rebours de la tendance « no kids ». Elle cite une enquête Naratis selon laquelle 52 % des personnes voyant très souvent des contenus liés à l’enfance sur les réseaux sociaux disent avoir davantage envie d’enfants.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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