Frédéric Sirgant
- 17 octobre 2026 à 10h40
- Articles, Politique

Marine Le Pen occupe la position inconfortable - que beaucoup lui envient - de favorite des sondages pour la présidentielle de 2027. Or, avec une avance aussi impressionnante au premier tour (au moins quinze points), la tentation serait grande de mener prématurément une campagne rassembleuse de second tour.
Comme naguère MM. Barre, Balladur ou Juppé (lequel ne parviendra même pas au premier tour). Elle vient de démontrer, cette semaine, qu'elle entend déjouer ce piège et mener une campagne clivante.
Persuadée que c'est justement ce qu'attendent les Français, cela lui permet d'éviter la malédiction des favoris en asséchant tout carburant qui pourrait alimenter un éventuel candidat à droite (Lisnard, Zemmour, Knafo) qui se voudrait plus radical. En dix jours, elle a réussi à occuper ce terrain du clivage gagnant sur trois fronts majeurs : les finances publiques, les institutions et le référendum sur l'immigration, le séparatisme musulman.
Trois fronts sur lesquels elle était attendue.
Finances publiques : un projet de rupture
Sur les finances publiques, Marine Le Pen avait à faire taire une fois pour toutes les procès en socialisme.
La situation de quasi-faillite laissée par MM. Hollande et Macron lui a permis de se repositionner sur une ligne clairement libérale en exigeant « des économies, des économies et encore des économies » et en s'opposant à toute augmentation de la pression fiscale afin de « nettoyer les écuries d'Augias ».
Elle assumait ainsi à la fois l'héritage de son père, du de Gaulle de 1958 et des libéraux de la droite dite de gouvernement de ces trente dernières années qui n'ont jamais réussi à imposer cette rupture avec l'addiction de la France à la dépense publique (Juppé en 1995, Fillon, Sarkozy).
« Ferrand, ferre-toi toi-même ! »
Cette semaine, c'est Richard Ferrand qui lui a maladroitement donné l'occasion de s'affirmer sur le front institutionnel en ouvrant lui-même les hostilités en début de campagne présidentielle sur la question de l'article 11.
Marine Le Pen l'a rappelé à son devoir de réserve et a demandé sa démission. Le RN ne s'était pas opposé à sa nomination quand il avait affirmé ne vouloir s'ériger ni en législateur ni en constituant. Il a franchi la ligne rouge.
Et ce n'est pas le soutien que lui apporte Alain Juppé dans Le Monde qui sauvera Ferrand : « Et ce n’est pas faire insulte à sa mémoire que de dire aujourd’hui que le général de Gaulle a commis une mauvaise interprétation de l’article 11 de la Constitution, avec sa proposition de référendum de 1962.
Et par conséquent, ce référendum ne peut constituer en aucun cas un précédent. » Juppé jugeant de Gaulle inapte à interpréter la Constitution et les référendums de 1962 et 1969 inopérants ! I
l n'en fallait pas davantage pour renforcer la posture gaullienne de Marine Le Pen.
Ferrand s'est « monnervillisé* » avant même l'élection présidentielle et le projet de référendum !
Ces musulmans qui quitteraient la France...
C'est un sondage qui est venu confirmer le caractère gagnant des clivages qu'incarne Marine Le Pen : l'enquête indiquant que 46 % des musulmans pourraient quitter la France en cas d'élection de Marine Le Pen.
Yann Montero a tout dit de ce que ce sondage révélait en creux du communautarisme dans notre pays. Pour de nombreux Français, ce sondage pourrait d'ailleurs les pousser à voter Le Pen.
Que le nom seul de Marine Le Pen soit quasiment synonyme de remigration et de lutte contre l'islamisation du pays constitue une réussite politique, même si elle est sans doute en partie involontaire, notamment sur le sujet de la remigration.
Marine Le Pen assume l'alignement d'une grande partie des Français sur un programme de rupture et elle peut se permettre d'assumer, aussi, des références et des symboles qui autrefois l'auraient diabolisée : La Rochejaquelein, comme l'analyse Arnaud Florac, et Richelieu, comme il y a déjà dix ans.
Et pour un historien comme Éric Roussel, Richelieu fut bien « le vrai modèle » du général de Gaulle. Et tant pis si Ferrand et Juppé ne sont pas d'accord !
* NDLR : Gaston Monnerville, président du Sénat, s'était fermement opposé, en 1962, au général de Gaulle lorsque ce dernier avait soumis par voie référendaire, en application de l'article 11 de la Constitution, l'instauration de l'élection du président de la République au suffrage universel.
Monnerville avait alors parlé de « forfaiture ».


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