mardi 22 septembre 2026

RELGION CATHOLIQUE : LE BARROUX , QUAND LES HÉRITIERS AMNÉSIQUES DEVIENNENT PROCUREURS !

 LU, VU ET ENTENDU !

Mgr Lefebvre était là. Il prenait les coups. Il assumait les sanctions. Il ordonnait les prêtres. Il faisait précisément ce qui permettait à ces communautés traditionnelles de vivre et de se développer.

Il est des ingratitudes qui étonnent. 

Et il en est d’autres qui blessent parce qu’elles consistent à frapper celui dont on continue, qu’on le veuille ou non, à recueillir une partie de l’héritage.

 

Dans sa dernière chronique, l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux écrit tranquillement :

« Lundi 29 juin : Lecture au réfectoire de l’excellent article du Père de Blignières (Fraternité Saint-Vincent-Ferrier) sur la nouvelle déchirure occasionnée dans l’Église par les sacres de la Fraternité Saint-Pie X le 1er juillet.

 

Une intention de prière qui nous touche de près, puisque Dom Gérard avait fait le choix de rester uni à Pierre dans les mêmes circonstances, il y a 38 ans. »

 

Ainsi donc, en 2026 comme en 1988, le coupable de la « déchirure » serait tout trouvé : la Fraternité Saint-Pie X.

Mais cette manière de raconter l’histoire présente un sérieux inconvénient : elle commence au moment précis où l’on a décidé d’oublier tout ce qui précède et ainsi essayer d’effacer une dette historique que personne ne peut effacer.

L’histoire officielle de l’abbaye du Barroux reconnaît que Mgr Lefebvre intervient dès 1974. 

Plus significatif encore, la biographie officielle de Dom Gérard publiée par l’abbaye reconnaît noir sur blanc que Mgr Lefebvre ordonna tous les prêtres de la communauté entre 1976 et 1987.)

 

Le mot « tous » mérite d’être médité.

Pendant ces années difficiles, lorsque conserver la messe traditionnelle, la formation sacerdotale traditionnelle et une vie religieuse étrangère aux expérimentations postconciliaires n’avait rien d’une confortable option liturgique, Mgr Lefebvre était là.

Il prenait les coups. Il assumait les sanctions. Il ordonnait les prêtres. 

Il faisait précisément ce qui permettait à ces communautés traditionnelles de vivre et de se développer.

Puis vint 1988 et Dom Gérard choisit une autre voie : le 8 juillet, après les sacres du 30 juin, il demanda au Saint-Siège la régularisation de sa communauté ; celle-ci fut accordée quelques semaines plus tard. 

Le Barroux reconnaît lui-même qu’il s’agissait d’une « séparation de fait d’avec Mgr Lefebvre ».

 

Mais une séparation n’oblige pas à l’amnésie et à occulter le fait que la Tradition n’est devenue fréquentable que grâce à ceux qui avaient refusé de l’abandonner.

Et, c’est là que le malaise devient profond.

Car si aujourd’hui, on peut célébrer solennellement la liturgie traditionnelle dans une magnifique abbatiale, chanter le grégorien, porter l’habit bénédictin, former des novices selon une observance classique et présenter tout cela comme parfaitement compatible avec la vie normale de l’Église, c’est grâce et uniquement au courage de Mgr Lefebvre qui a maintenu cette possibilité lorsque presque tout poussait à sa disparition.

Qui a continué à former des prêtres selon les principes traditionnels lorsque les séminaires se vidaient ?

Qui a conservé la messe traditionnelle lorsque beaucoup la considéraient comme définitivement enterrée ?

Qui accepta pendant des années d’être traité en paria pour que ce qui était hier présenté comme dépassé puisse aujourd’hui être célébré paisiblement par ceux qui condamnent les « désobéissants » ?

 

Même si Le Barroux tente honteusement et laborieusement de  réécrire l’histoire, il est évident à tous qu’une partie considérable du monde traditionnel aujourd’hui reconnu canoniquement a pu prospérer parce que d’autres avaient auparavant refusé de laisser mourir ce qu’il conserve désormais.

Il y a quelque indécence à jouir aujourd’hui paisiblement des fruits d’un combat dont on condamne ceux qui continuent à en assumer le prix. 

On peut discuter les décisions de Mgr Lefebvre ; on ne peut décemment profiter de son héritage tout en le présentant, lui et ses successeurs, comme les fauteurs de la déchirure.

 

En 2014, Dom Louis-Marie en rajoutait  dans l’ingratitude de sa communauté en déclarant :

« Mgr Marcel Lefebvre a ordonné tous les prêtres de la communauté avant 1988. 

Mais le choix que fit Dom Gérard et toute la communauté de ne pas le suivre dans son acte schismatique fut le bon car, comme le disait le cardinal Joseph Ratzinger, « Mgr Lefebvre avait des raisons, mais il n’avait pas raison ».

La Porte Latine avait alors répondu très durement dans un article intitulé « Le coup de pied de l’âne », reprochant précisément au Barroux de rappeler ce fait pour immédiatement condamner ensuite les sacres de 1988.

 

Douze ans plus tard, l’histoire semble recommencer lorsque Le Barroux louange un texte sur les sacres bassement hostile à la FSSPX.

Mgr Lefebvre et ses successeurs deviennent commodes lorsqu’il s’agit de représenter les sacres comme  « une nouvelle déchirure », mais beaucoup moins lorsqu’il faudrait reconnaître publiquement ce que la résistance lefebvriste a rendu possible.

Où en seraient Le Barroux, Fontgombault et ses fondations, les communautés Ecclesia Dei, les instituts célébrant exclusivement ou principalement selon les livres traditionnels, les milliers de prêtres et de fidèles qui ont redécouvert cette liturgie si Mgr Lefebvre n’avait pas résisté à la tempête conciliaire ?

 

Et c’est ici que la déclaration du Père de Blignières, reprise par les « ralliés » du Barroux, devient plus étrange encore.

Un précédent article de Médias-Presse conteste son raisonnement sur les sacres de 2026, notamment en lui reprochant de ne pas suffisamment considérer la distinction entre pouvoir d’ordre et pouvoir de juridiction, ainsi que l’argument de l’état de nécessité invoqué par la FSSPX, d’autant que la crise qui conduisit Mgr Lefebvre à agir n’a absolument pas disparu et même s’est amplifiée.

 

Les séminaires se sont-ils remplis ? 

Les couvents abandonnés ont-ils retrouvé leurs religieux ? 

Les paroisses se sont-elles repeuplées ?

 

Les erreurs doctrinales, les extravagances liturgiques et l’effondrement de la transmission de la foi appartiennent-ils désormais à un passé révolu ?

Si tel était le cas, on comprendrait que l’on traite l’attitude lefebvriste comme le vestige incompréhensible d’une époque disparue.

Mais la crise demeure et condamner l’acte des sacres tout en refusant d’examiner jusqu’au bout la nécessité invoquée pour les justifier, c’est s’acheter une bonne conduite conciliaire à peu de frais pour « rester uni à Pierre ».

« Rester uni à Pierre », certes, mais pour transmettre quoi ?

La formule du Barroux est habile : Dom Gérard aurait choisi de « rester uni à Pierre », mais personne à Écône ne prétend vouloir fonder une autre Église.

La vraie controverse porte justement sur la manière dont doivent s’articuler l’obéissance à l’autorité et la conservation de la Tradition lorsque ceux qui résistent estiment que celle-ci est gravement menacée.

 

Réduire cette tragédie à l’opposition entre ceux qui seraient « unis à Pierre » et ceux qui déchireraient l’Église dispense commodément d’affronter la question qui obsédait Mgr Lefebvre : que devient l’obéissance lorsque l’on estime que l’ordre reçu contribue à détruire ce que l’autorité devrait précisément protéger ?

 

 

En fait, les héritiers amnésiques sont devenus procureurs.

Car il existe une différence entre désapprouver un acte et transformer en principal responsable de la déchirure celui dont on a autrefois reçu les prêtres, le soutien et la possibilité concrète de poursuivre l’expérience traditionnelle.

Mgr Lefebvre a payé très cher son refus de céder.

D’autres ont ensuite bénéficié d’une situation rendue possible, au moins en partie, parce qu’il avait résisté lorsque résister coûtait encore quelque chose.

 

Aujourd’hui, certains de ses anciens compagnons de route peuvent vivre paisiblement leur tradition, jouir d’une reconnaissance canonique, célébrer cette liturgie qu’il contribua puissamment à sauver, puis regarder vers Écône pour expliquer que la « déchirure » vient de là.

Le Barroux prie donc pour la « déchirure » qu’il attribue à Écône.

 Qu’il prie.

Mais qu’il n’oublie pas, lorsqu’il regarde aujourd’hui la Fraternité Saint-Pie X depuis le confort de sa reconnaissance canonique, que les autels sur lesquels il célèbre, les vocations qu’il a pu former et la liturgie qu’il chante n’ont pas été conservés sans combat.

 Et que, lorsque ce combat était coûteux, Mgr Lefebvre était là.

On peut se séparer d’un bienfaiteur.

 On peut même alléguer qu’il s’est trompé.

Mais profiter de ce qu’il a sauvé pour ensuite le désigner comme responsable de la déchirure porte un nom beaucoup moins noble : l’ingratitude.

Par Christian LASSALE

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