« Du présent faisons table rase » :
les Coriaces sonnent la révolte contre
les enfants de la Matrix
[Interview]
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Ils se font appeler les « Coriaces » : un journaliste, un psychiatre, un vétérinaire, un clinicien
André Bercoff, Daniel Cosculluela, Alain de Peretti della Rocca et Philippe Bornet signent à 4 mains « Du présent faisons table rase — Allons enfants de la Matrix » (Éditions de Chiré, 168 pages, 19 €), un essai caustique paru le 11 juin 2026 qui dissèque les narratifs de l’époque : management par la peur, indignation à géométrie variable, fabrication d’un « homme nouveau » déraciné, République réduite à un décor.
Face aux « Voraces », les auteurs opposent la figure du résistant enraciné, attaché au réel, à la transmission et aux identités — locales, nationale, européenne — qui s’emboîtent selon eux « comme les poupées russes ». Ils ont répondu aux questions de Breizh-Info.
Entretien.
Breizh-info.com : Votre livre oppose les « Voraces » aux « Coriaces ».
D’où vient cette grille de lecture, et qui rangez-vous concrètement dans chaque camp ?
Le Coriace est-il une figure politique, un tempérament, une éthique de résistance ?
Daniel Cosculluela : Le coriace est un résistant ne se soumettant pas aux diktats de la pensée unique et s’efforçant de réfléchir en toute liberté..puis de contribuer à la résurgence d’une humanité en déliquescence ou en devenir.
AdeP : c’est la dénomination qui s’est imposée à nous !
Elle donne un peu le ton du livre car cette blague de potache que nous utilisions pour commenter Corneille indique au lecteur que nous avons conservé l’enthousiasme persifleur de la jeunesse.
Plus sérieusement, il y a bien sûr une signification politique, un tempérament frondeur, et une indication éthique de résistance par l’enracinement et le respect empirique du réel.
Pour simplifier, avec la terminologie en vogue, nous sommes les complotistes face aux « comploteurs », le troisième camp, le plus nombreux, est représenté par la masse des « normies » endormis !
Ph B : Le coriace est foncièrement réactionnaire, dans le bon sens du terme : celui qui réagit, qui corrige et qui n’hésite pas à s’opposer pour le bien commun.
Breizh-info.com : Vous êtes 4 auteurs aux profils très différents — journaliste, psychiatre, vétérinaire, clinicien.
Comment est né ce livre à 4 voix, qu’apporte ce croisement de regards qu’un essai solitaire n’aurait pas permis ?
AdeP : L’idée du livre est née lors d’une soirée sans doute correctement arrosée où André Bercoff, Daniel Cosculluela et moi-même avons décidé de réagir aux absurdités du temps présent.
Nous étions les « trois mousquetaires, et Philippe Bornet a rejoint plus tard notre groupe tel d’Artagnan, et c’est lui qui porte l’estocade finale.
Nos parcours différents nous ont permis d’explorer des aspects divers et complémentaires, mais ce fut aussi une difficulté pour interconnecter les 4 parties.
Ph B : Nous avons mis en commun notre mauvaise humeur, qui nous a mené à écrire un texte caustique, pour flétrir les inepties de notre époque.
Breizh-info.com : André Bercoff, vous ouvrez le livre en annonçant « la première guerre planétaire », qui ne se ferait ni par massacres ni par déportations, mais par les narratifs, la peur et le management psychologique des populations.
En quoi cette guerre-là est-elle plus difficile à combattre que les précédentes ?
André Bercoff : Le soft power n’a évidemment pas remplacé le hard ; il l’accompagne depuis des décennies et de plus en plus fortement.
Les armes de la parole précèdent et accompagnent nécessairement la parole des armes.
Et, capillarisées exponentiellement par les réseaux numériques, elles sont devenues l’instrument politique principal des pouvoirs.
Et pour cause : ceux-ci utilisent le gouvernement par le chaos, le management par la peur.
Covid, climat, Russie-Ukraine, Moyen-Orient : tout est bon pour leur pâture.
Plus besoin de changer de peuple, il suffit de le conditionner.
Mais un jour, le réel économique, social et communautaire peut enfoncer la porte.
Breizh-info.com : Vous consacrez des pages fortes au « deux poids, deux mesures » : la traite transatlantique commémorée chaque année quand la traite arabo-musulmane et l’esclavage encore actuel en Mauritanie ou au Soudan restent tabous, l’indignation sélective face aux églises incendiées et aux chrétiens d’Orient effacés.
Comment expliquez-vous ce silence des élites politico-médiatiques — lâcheté, idéologie, ou les deux ?
André Bercoff : L’indignation à géométrie variable, le narratif deux poids deux mesures crèvent les yeux.
Il est légitime de parler de Gaza, mais pas un mot sur le génocide des chrétiens au Nigeria, l’esclavage en Mauritanie, le servage des Ouïghours, l’épuration ethnique au Soudan et au Congo, sans parler des traites négrières oubliées !
Aujourd’hui, le pelé, le galeux, d’où nous vient tout le mal, c’est évidemment le Blanc. Les têtes de chiens politico-médiatiques occidentales, culpabilisées et lobotomisées, participent avec zèle au lynchage.
Breizh-info.com : Daniel Cosculluela, vous décrivez en psychiatre la fabrication d’un « homme nouveau » : standardisé, connecté, assisté, narcissique, « parfaitement adapté à la Davocratie et à Big Pharma ».
Ce sujet-là est-il encore récupérable, ou faut-il attendre que le réel — pénurie, insécurité, déclassement — le réveille de force ?
Daniel Cosculluela : L’homme nouveau, si même tous ne le sont pas, est déconnecté du réel du fait de sa perte d’identité historique (et spirituelle).
La démocratie ayant généré la modernité est le bourreau du dit réel.
L’homme soumis par celle-ci, qui a produit la société marchande et spectaculaire, ne peut pas renaitre seul à lui-même.
Un combat collectif s’avère nécessaire restructurant les identités et déterminant un nouveau modèle civilisationnel.
Le réveil des peuples, seul, pourra engendrer un monde nouveau et restaurer l’humanité et ses civilisations historiques.

Breizh-info.com : Alain de Peretti, votre partie ramène tous les concepts à la mode — somewhere et anywhere, bloc élitaire contre bloc populaire, France périphérique — à une seule question : l’identité et l’enracinement.
Pour nos lecteurs bretons, précisément attachés à une identité charnelle et régionale, comment articulez-vous identités locales, nation française et civilisation européenne ?
Sont-elles alliées ou concurrentes dans le combat que vous décrivez ?
AdeP :L’identité est essentielle pour moi dans le cadre d’un véritable humanisme, et j’ai essayé de la définir par ses multiples facettes.
Le plus important, pour moi, est la langue, parce que c’est elle qui permet la construction de la pensée et conditionne notre vision du monde.
Les identités locales, nationales et européennes s’emboitent comme les poupées russes dans une même zone civilisationnelle.
Les langues régionales doivent être chéries, comme le fait Breizh Info, et j’évoque cet aspect dans le chapitre sur la langue.
Sous l’ancien régime la pratique de ces langues régionales n’était pas combattue comme l’a fait ultérieurement la République sous pretexte d’unité.
L’unité de la Nation était incarnée par le Roi et par son « Auctoritas ».
La République en la remplaçant par un ersatz que décrit Philippe Bornet a tout fait pour effacer non seulement les langues régionales mais aussi maintenant le français lui-même !
Breizh-info.com : Vous écrivez que nous n’avons pas « le droit moral d’être la génération qui aura laissé s’éteindre une civilisation bimillénaire par confort, par lâcheté ou par oubli ».
Où voyez-vous concrètement, les signes que cette extinction n’est pas une fatalité ?
AdeP : c’est d’une part la perception que j’ai d’un bruit de fond qui monte de la France profonde, et également la fréquentation assidue de la nature où on constate que des plantes que l’on croyait mortes repoussent avec une vigueur extraordinaire : c’est possible car les racines sont toujours là
Et puis Charles Maurras ne disait-il pas « qu’en politique le désespoir est une sottise absolue »…
Breizh-info.com : Philippe Bornet, votre partie est la plus radicale : la République comme « décor en carton-pâte », une souveraineté brisée depuis que la Révolution a transmis la Potestas sans l’Auctoritas, et un appel à faire « du présent table rase ».
Faut-il comprendre que, pour vous, plus rien ne peut être sauvé dans le cadre institutionnel actuel — élections comprises ?
Ph B : Notre constitution de la Vème République était plus facile à habiter que les quatre premières, mais elle était taillée sur mesure pour des épaules plus larges que celles de nos derniers présidents.
Il s’agissait au début d’une « monarchie républicaine ».
Mais des déviations et corrections constitutionnelles comme le raccourcissement du mandat à cinq ans, la cohabitation, la disparition des referendums et le rôle prépondérant des juges et du Conseil constitutionnel, ont peu à peu ramené la Vème République au niveau des III et IVème.
C’est la perpétuelle illusion des citoyens de croire qu’un choix judicieux amènera un changement profitable à la Nation.
L’enseignement invariable de l’Histoire depuis Rome, c’est que la République, en cas de difficultés, se tourne vers un dictateur qui modifie les règles constitutionnelles… à son profit.
En 1958, une division parachutiste aéroportée fit demi-tour au dernier moment : ce fut le Coup d’Etat de velours, un des secrets les mieux gardés de la Vème République.
Breizh-info.com : Le livre se clôt sur un « Que faire ? » assumé, avec des règles de conduite pour temps de guerre culturelle — ne jamais confondre la carte et le territoire, militer « pour la vie contre la survie ».
Si vous ne deviez retenir qu’un conseil pratique pour un jeune Français de 20 ans qui découvre votre constat, lequel serait-ce ?
Daniel Cosculluela : Je ne puis qu’espérer en la « résurrection » des communautés, des peuples et des territoires émancipés de la mondialisation et j’encourage tout jeune à se plonger dans son histoire afin de réapproprier son identité culturelle et historique.
L’identité seule peut générer la liberté.
AdeP : Croquez la vie avec gourmandise, n’écoutez pas les marchands de peur et les idéologues nihilistes qui aiment la mort plus que la vie !
Ils vous poussent à l’auto castration…
Ayez la volonté de transmettre l’héritage reçu !
Propos recueillis par YV
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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