
Quand il entend parler de nouvel ordre mondial, l’esprit se tourne immédiatement vers le domaine géopolitique ou économique.
C’est oublier que le plus important, pour les stratèges du nouveau monde, fut dès le début le nouvel ordre éducatif.
Dans leur conception, l’éducation ne représente en effet qu’un des services entrant dans le champ de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), qui fit partie du traité de Marrakech signé en 1994 par plus de 130 états du monde et entré en vigueur le 1er janvier 1995.
L’éducation, déjà cyniquement réduite à un simple service, s’y trouvait traitée telle une activité commerciale modulable selon les continents et les pays.
Son objectif était clairement défini : uniformiser les consciences, instituer la formation à vie, créer des marchés. Nos stratèges comptaient pour cela sur « la révolution numérique », terme qui intégrait autant l’usage des nouvelles technologies que l’enseignement à distance et nécessitait une refonte générale des programmes scolaires, des outils pédagogiques nouveaux, une réforme de la formation des enseignants.
La nouvelle pédagogie fut le cheval de bataille pour mener à bien cette mise au pas des éducations nationales : la rue de Grenelle, avec sa myriade d’inspecteurs généraux zélés et sa bureaucratie obèse, devint alors la servante obligée de ce projet muri par les experts de l’OCDE, véritable boite à idées de cette monstrueuse planification d’une éducation sous influence à l’échelle mondiale.
C’est à cette époque que fut créé le fameux classement PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), symboliquement inauguré en l’an 2000.
Le but de ce classement était de mesurer l’adaptabilité des systèmes nationaux à ce concept d’éducation modulable, dans lequel la logique managériale primait sur les contenus, et les concepts périmés de culture, de morale, ou d’instruction.
De ce point de vue, le fait que la France ne cesse d’y reculer n’est peut-être pas d’aussi mauvais augure qu’on croit.
Et le fait que la Chine y caracole en tête est significatif des objectifs réels de ses planificateurs.
Quelque trente ans plus tard et après dix ans en Macronie, qu’en est-il de la feuille de route de ce projet dans l’Hexagone ?
Le petit soldat Macron peut être complimenté par ses mentors : il aura bien parachevé la casse du modèle français, déjà bien entamée par ses devanciers, grâce à un turn-over de ministres particulièrement efficace durant son second mandat :
– Pap Ndiaye (2022-2023)
– Gabriel Attal (2023-2024)
– Amélie Oudéa-Castéra (janvier-février 2024)
– Nicole Belloubet (février-septembre 2024)
– Anne Genetet (septembre-décembre 2024)
– Élisabeth Borne (décembre 2024-octobre 2025)
– Édouard Geffray (depuis octobre 2025).
Dans les écoles publiques, de la maternelle à l’université, le modèle globalisé règne dorénavant sans partage :
– l’usage des nouvelles technologies s’est imposé partout ; les idéologies post-modernes (mixité, pédagogisme, égalitarisme, wokisme, antiracisme, écologisme, islamo-gauchisme, immigrationisme …) sont majoritaires ou en voie de le devenir ;
– les matières classiques liées aux anciennes humanités sont réduites à des options ou, ce qui est pire, à une spécialité ;
– la langue n’est plus enseignée que comme un simple outil de communication, ce qui conduit une génération de turbo-Bécassine et de cyber-Gédéon à envisager l’IA telle un alliée providentielle ;
– la philosophie se résume à du débat d’opinions pour alimenter la doxa mondialiste; les écoles privées confessionnelles sont placées sous tutelle des rectorats et l’existence des écoles libres hors contrats remise en cause ; depuis la rentrée 2019, la scolarisation est obligatoire dès l’âge de trois ans et le fantaisiste Bruno Lemaire a même récemment proposé de rabattre cet âge à un an.
Derrière l’apparent échec du système éducatif français dénoncé par des ouvrages comme La Fabrique du crétin de Jean Paul Brighelli se cache en réalité une belle réussite : sa complète mise sous tutelle par cet ordre éducatif global, dont les promoteurs disaient, il y a trente ans de cela, qu’elle serait nécessaire à l’instauration de la nouvelle économie et à la reconfiguration géopolitique du monde.
Pour finir, l’école, enjeu essentiel de toute société soucieuse de son avenir et consciente de ses devoirs, se trouve occultée du débat public, alors que se met en place la prochaine campagne présidentielle.
D’autres thèmes accaparent les médias, comme l’insécurité, les conflits internationaux, la dette ou le pouvoir d’achat.
Une nouvelle génération, qui n’aura jamais connu les classes d’avant la révolution cybernétique, arrive au pouvoir dans les cabinets ministériels : on pourra difficilement compter sur elle pour revenir en arrière et contester efficacement le projet des globalistes au sein d’une institution qui œuvre depuis tant d’années à décrédibiliser l’autorité humaine, remettre en cause les savoirs traditionnels et saper la notion même de continuité historique, religieuse et civilisationnelle.
Le Petit Béraldien
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