[ÉDITO]
Le pape ne jouera pas la partition d’Emmanuel Macron
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- Gabrielle Cluzel
- Articles, EDITORIAL DU JOUR
Dans un peu plus d’une semaine, le pape sera en France.
Cette visite suscite une immense ferveur, les lieux annoncés sont déjà pleins, mais on vient d’apprendre par La Croix que « la demande d’Emmanuel Macron d’accompagner quelques minutes le pape à Notre-Dame n’a pas été retenue par le Saint-Siège ».
Faut-il y voir un camouflet ? « Le Président l’avait pourtant demandé.
Pas d’assister aux vêpres, où sa place n’était pas prévue, mais d’obtenir, en marge, quelques dizaines de minutes avec le pape à l’intérieur, pour lui montrer le chantier que la France a financé.
La requête est passée par la voie diplomatique.
La Secrétairerie d’État du Saint-Siège a répondu non. »
Sauf changement de programme de dernière minute, quand, le 25 septembre, en fin d’après-midi, le pape franchira le portail de Notre-Dame pour y célébrer les vêpres, Emmanuel Macron ne sera pas là.
Parce que, rapporte le journaliste qui le tient d’une source vaticane, les vêpres du 25 ne sont ni une inauguration ni une visite, c’est la prière du soir de l’Église : « Y ménager un aparté présidentiel, fût-il de dix ou vingt minutes, aurait donné à voir un chef d’État faisant visiter au pape un monument national, quand Rome tient à ce qu’on y voie d’abord une église. »
Ne voyons pas d’incident diplomatique là où il n’y en a pas, Emmanuel Macron accueillera le pape à son arrivée, le verra à Metz, au centre Robert-Schuman puis à son départ.
Mais le fait est que le Vatican a écarté plusieurs propositions faites par l’Élysée, qui auraient transformé ce voyage en voyage d’État quand lui entend faire un voyage apostolique.
Le Saint-Siège a décliné la Garde républicaine et les tambours
Dans un voyage d’État, il y a souvent une remise de décoration.
La grand-croix de la Légion d’honneur aurait été proposée, le Saint-Siège a à nouveau décliné.
Normalement, il y a un dîner ou un déjeuner d’État : à nouveau, là encore, rebelote, Rome a décliné, le pape sera nourri, logé, blanchi à la nonciature.
Le vote de l’euthanasie, accéléré par Emmanuel Macron, qui aurait eu le pouvoir, par des artifices d’agenda, de l’ajourner, sonne aujourd’hui comme une provocation.
L’annonce de sa venue, paradoxalement, a même pu précipiter le vote de la loi en question.
Certains auraient espéré que Léon XIV, après le vote, annule son déplacement.
Mais il peut aussi venir et dire ce qu’il a à dire.
En avril dernier, visant le président des États-Unis avec lequel il était en désaccord, il avait affirmé bien haut : « Je n'ai pas peur de l'administration Trump ni d'exprimer fortement le message de l'Évangile, ce qui est l'idée que je me fais de ma mission et de celle de L’Église. »
Qui sait ? Il va peut-être dire qu’il n’a pas peur du gouvernement Macron !
Lors de son premier voyage historique en Pologne en juin 1979, le pape Jean-Paul II avait lancé un appel puissant qui a ébranlé le régime communiste.
En France, en 1980, le même Jean-Paul II, avait demandé des comptes à la fille aînée de l’Église : « Qu’as-tu fait de ton baptême ? »
Et Benoît XVI, en 2008, lors du discours des Bernardins, avait évoqué « les origines de la théologie occidentale et des racines de la culture européenne ».
Et puisqu’il est d’usage que les présidents et les papes échangent de petits cadeaux, le pape pourrait laisser libre cours à son imagination : un bel exemplaire en marbre des Tables de la loi, avec le sixième commandement gravé à la feuille d’or : « Tu ne tueras pas » ?
Une biographie reliée de sainte Jeanne Jugan, qui, émue par les vieillards mourant dans l’abandon, a fondé la congrégation des Petites Sœurs des pauvres ?
Elle a été canonisée par Benoît XVI en 2009.
Ou bien celle de la Lyonnaise Jeanne Garnier, fondatrice, au XIXe, de l'Œuvre des Dames du Calvaire, où sont nés les premiers soins palliatifs ?
Elle est, elle aussi, sur la voie de la béatification.
Une rencontre avec les Français invisibilisés
Si le pape refuse la dimension voyage d’État de cette visite, c’est aussi parce qu’il ne vient pas rencontrer Emmanuel Macron mais les Français : les catholiques et ceux qui auront le cœur suffisamment touché pour avoir envie de le devenir.
Il vient rencontrer des catholiques français fervents mais inquiets du traitement qu’on leur réserve dans leur pays. Ils se sentent opprimés, brimés par un laïcisme de combat qui tente de les invisibiliser.
Le pape vient prendre le pouls de la France, des réalités de ce pays pour les catholiques.
L’une d’entre elles, qui entre en collision avec le discours « vivrensembliste » un peu irénique que l’on entend fréquemment dans le haut clergé, l’aura peut-être marqué, s’il l’a su.
C’est un détail qui n’en est pas un : le pape devait rencontrer un centre d’exilés : « Il fut question de Bondy, en Seine-Saint-Denis », explique La Croix, « mais à Bondy, deux points de deal étaient installés à l’endroit exact où le pape devait se rendre. Les services ont freiné. »
Si le pape lui-même ne peut pas aller partout en France, s’il doit renoncer à ces rencontres pour cause de drogue et d’insécurité, comment l’Église pourra-t-elle continuer de sermonner ceux qui tirent la sonnette d’alarme sur ces sujets ?
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