La gauche lance « son Puy-du-Peuple »
Fini Jeanne d’Arc. Fini les Poilus de Verdun.
Fini cette France « toujours déjà perdue » qui désespère tant les professeurs du Collège de France.
Lundi 21 septembre, Stéphane Troussel, président socialiste du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, a dévoilé « Populaire, toutes nos histoires ».
Cinq spectacles historiques, gratuits, en plein air, entre 2027 et 2028. Un anti-Puy du Fou assumé.
Soutenu par Matthieu Pigasse. Écrit avec Patrick Boucheron et Guillaume Mazeau.
On ne rit pas.
Implanté là où la France « mixte » et « inclusive » a déjà gagné les élections : le 93.
Le dossier de travail a le courage de la novlangue. « Populaire, c’est le contraire de populiste. »
On respire.
Ce n’est donc pas du peuple qu’il s’agit, mais d’une « histoire généreuse, ouverte, racontée autrement, non pas par le haut, mais au travers d’autres histoires qui ont été cachées, ou pas encore entendues ».
Des histoires « mixtes, inclusives, du monde entier et d’ici », qui « trouvent une résonance dans la diversité qui nous porte aujourd’hui ».
Traduction : on va enfin raconter ce que France Inter, Arte, l’Éducation nationale, le CNC et la Ville de Paris racontent déjà depuis quarante ans.
Mais avec des projecteurs, des figurants et, cette fois, l’argent du département.
Le menu est d’une originalité confondante. Premier spectacle, le 22 mai 2027, devant la basilique Saint-Denis : Quand le peuple devient roi.
On appréciera le choix du décor. La nécropole des rois de France transformée en tribune de l’avènement démocratique.
Les Capétiens n’avaient qu’à mieux se tenir. Deuxième show, le 12 juin au stade Bauer de Saint-Ouen, temple historique du Red Star et « lieu de l’émancipation et de l’expression de l’opposition possible à travers le boycott », dixit le communiqué.
L’auteur : Mohamed El Khatib, metteur en scène et militant pro-Palestine.
L’ambition, d’une modestie rare : « prouver que le sport réconcilie les gens ».
On ignorait que la démonstration nécessitait encore un budget public et un texte militant.
Troisième volet, évidemment : « l’histoire des migrations en France en musique », signée Boucheron et Mazeau, au parc Georges-Valbon de La Courneuve.
Sans immigration chantée, pas de Puy du Fou de gauche.
Les deux derniers spectacles, en 2028, iront au bout de la liturgie : les grands ensembles, puis les luttes féministes.
Il manquait juste le climat et les violences policières pour boucler le catéchisme.
On ne doute pas que les « boîtes à histoires » destinées à recueillir deux ans durant la parole des habitants du 93 sauront fournir la matière attendue.
L’équipe a le mérite de la cohérence.
Patrick Boucheron, co-inspirateur de la cérémonie d’ouverture des JO 2024, avait expliqué au micro de France Inter que le Puy du Fou était « désespérant », « totalement suicidaire », « une proposition profondément nostalgique d’une France qui est toujours déjà perdue ».
C’était « le parti de la défaite ».
Le voilà désormais aux manettes d’un son et lumière concurrent.
On comprend mieux la conversion : ce n’était pas le spectacle historique qui le gênait. C’était le mauvais récit.
Celui où la France n’est pas d’abord une suite d’oppressions à réparer.
Matthieu Pigasse, lui, apporte ce que le peuple n’a jamais su se procurer tout seul : la comm’.
Le banquier de gauche gérera la promotion via ses médias.
Combat, Nova, les Inrocks raconteront que c’est généreux.
Le département paiera une partie de la facture.
Le coût total, lui, « n’a pas encore été dévoilé ». Classique.
Au Puy du Fou, le modèle est inverse et, pour la gauche, obscène : 100 % privé, zéro subvention, zéro actionnaire extérieur, 3 millions de visiteurs en 2025, un record annoncé de nouveau en 2026, plusieurs fois élu meilleur parc du monde.
Le peuple, ce réactionnaire, continue d’acheter son billet pour voir des chevaliers plutôt que des luttes intersectionnelles.
C’est bien pour cela qu’il faut lui en proposer un autre, gratuit, et lui expliquer que c’est plus « populaire ».
Le lieu n’est pas un détail. Le Puy du Fou s’est enraciné dans la campagne vendéenne.
« Populaire » s’installe en Seine-Saint-Denis, laboratoire du multiculturalisme et grenier électoral de La France insoumise.
Dans le département de Bally Bagayoko, on ne va plus perdre de temps avec Clovis, Saint Louis ou les poilus.
On va « raconter autrement ».
Autrement, c’est-à-dire comme on raconte déjà partout : l’arrivée, l’assignation, la tour, la lutte, l’émancipation.
Une France qui n’aurait plus à se souvenir d’elle-même, seulement à célébrer ce qui l’a remplacée.
Il y a une ironie presque trop facile, et pourtant trop belle pour la taire.
Pendant des années, les mêmes ont expliqué que le Puy du Fou n’était pas de l’histoire, mais de la propagande.
Qu’un récit national était par nature suspect.
Qu’il fallait « complexifier », « décentrer », « ouvrir ».
Ils lancent aujourd’hui leur propre fresque, avec historiens officiels, banquier ami, argent public, sites symboliques et programme idéologique écrit d’avance.
La différence, c’est qu’au Puy du Fou on sait ce qu’on vend : une France qui s’aime.
Ici, on vend une France qui s’excuse — et on appelle ça de la générosité.
Restera la seule question qui compte, et que le dossier de travail évite avec un soin d’équilibriste : le public.
Trois millions de Français se déplacent en Vendée pour voir une Cinéscénie.
Combien prendront le RER pour assister, devant la basilique des rois, à l’avènement d’un peuple qui n’a plus le droit de se nommer ?
Combien resteront jusqu’au spectacle sur les grands ensembles ?
Combien reviendront l’année suivante pour les luttes féministes ?
« Populaire, c’est le contraire de populiste », répètent-ils.
On verra. Le populisme, au moins, a le bon goût de remplir les gradins sans passer par la caisse du département
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