Les dernières études d’opinion ne font que confirmer ce que nous écrivons depuis de longs mois sur l’ascension impressionnante de Jean-Luc Mélenchon. L’essayiste Rodolphe Cart l’a parfaitement expliqué dans un ouvrage qui doit être lu de toute urgence pour comprendre la mécanique LFI et la crédibilité d’une arrivée aux affaires en 2027.
Il y a encore quelques mois, on tenait pour fou quiconque envisageait une victoire des Insoumis à l’élection présidentielle. Mais plus le temps passe, plus ils progressent.
Cela s’explique par plusieurs raisons. La première est évidente : le vide abyssal à gauche. Hors Mélenchon, point de candidat crédible. Ruffin est un produit médiatique qui s’est périmé avant même d’être consommé. François Hollande est usé, même s’il tente de faire miroiter un retour à quelques vieux caciques du PS. Olivier Faure ne parvient pas à faire l’union dans son propre parti, tandis que Marine Tondelier souffre d’un déficit de charisme évident pour l’exercice.
On passera sur Raphaël Glucksmann, repoussoir ultime de la caste, ou sur d’autres profils folkloriques : Cazeneuve, sorte de Hollande bis, Valls l’éternel revenant que personne n’élit… Quant au candidat communiste Roussel, qui conserve un petit public, il serait bien avisé de se joindre à la campagne insoumise avant les autres composantes de la gauche, afin d’obtenir le maximum de gages en matière de circonscriptions, voire de maroquins.
Main rouge et tête haute
Autre raison de l’avènement mélenchoniste : la constance du mouvement. LFI ne recule jamais, ne s’excuse pas et pousse toujours plus loin ses idées. Par ailleurs, cette formation intègre ses périphéries radicales, comme on l’a vu avec le Parti ouvrier indépendant ou avec les milices antifascistes qu’elle défend même quand elles versent dans la violence. Là où le RN s’excuse, chasse les radicaux et tempère son discours, LFI se montre conquérante et ne s’interdit rien. S’il y a bien quelque chose de français dans ce mouvement, c’est ce panache et cette audace.
Il faut ajouter à cela l’efficacité militante des Insoumis. À chaque scrutin, ils dépassent systématiquement les attentes. Actifs sur le terrain comme sur internet, capables de remplir de grands meetings, ils parviennent à donner l’image d’un parti de masse en flattant des segments très divers, voire antagonistes : des défenseurs de la cause palestinienne aux activistes arc-en-ciel.
Le temps des négociations
Enfin, et cela peut encore évoluer dans les mois à venir, les planètes sont actuellement alignées en faveur des mélenchonistes. Pas de primaire pour eux, mais un chef naturel : Jean-Luc Mélenchon, qui domine clairement le paysage à gauche. Comprenons-nous bien : Mélenchon n’est ni un génie ni un puits de science, mais au regard des ressources humaines électorales actuelles, il se situe bien au-dessus de n’importe lequel de ses concurrents.
L’échec, pour l’heure, de la mise en place d’une primaire de la gauche « unitaire », celle qui n’est unie que contre Mélenchon, lui ouvre un boulevard.
À ceux qui pensent que les puissants (grands groupes privés, lobbies, médias…) préféreront un vote RN à un vote LFI, méfiez-vous. Mélenchon parviendra sans grande difficulté à obtenir un compromis allant de sa base au centre. De Poutou à Philippe, LFI peut opérer une synthèse en réanimant un imaginaire mitterrandien, les fameux « jours heureux » chers aux communistes.
Il lui suffira de changer légèrement de ton, de maquiller LFI sous un nom plus rassembleur et moins effrayant pour la ménagère de base.
Tout est donc perdu ? Non. Évidemment, il peut se passer mille choses d’ici onze mois qui réduiraient à néant les rêves élyséens de Mélenchon. Mais il convient d’envisager froidement l’hypothèse d’une victoire LFI et les conséquences qui s’ensuivraient : immigration massive, laxisme judiciaire poussé à son paroxysme, fermeture d’écoles confessionnelles catholiques (les musulmans s’en sortiront mieux), chasse aux associations et organisations dissidentes conservatrices ou de droite, et possible fermeture ou musèlement des médias hostiles. Il convient donc d’envisager dès maintenant les moyens d’une résistance à une occupation du pouvoir par LFI.
Nous vous proposons de retrouver l’entretien que nous avons eu avec Rodolphe Cart sur son ouvrage consacré à Jean-Luc Mélenchon.

Par Olivier Frèrejacques
Président de Liberté politique
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