Comme chaque année, avec les beaux jours, revient le Festival de cinéma de Cannes et son parterre de célébrités, de journalistes et de politiciens. Tous ceux qui aiment capter la lumière se retrouvent sur la Croisette, tels des mouches vertes brillantes (Lucilia sericata) s’agglutinant autour des sanitaires dans les campings moins huppés de la même région méditerranéenne. Cette année 2026, le caviar a un goût de petite fronde : 600 professionnels du cinéma ont publié une tribune dans Libération pour appeler à « résister à l’emprise » de Vincent Bolloré sur leur secteur. Autant de charlots qui crachent dans la main qui les nourrit, puis qui sont allés chouiner quand Maxime Saada, directeur général du groupe Canal+, a dit ne plus vouloir travailler avec les signataires. Comprendre : le groupe médiatique ne veut plus travailler avec ceux qui l’insultent… Quoi de plus normal ? Le petit monde du cinéma aura beau geindre, à moitié camé sur les tapis rouges du Festival, il va devoir chercher des sous ailleurs ou se taire. Pas trop d’inquiétude : à part Juliette Binoche et Adèle Haenel, peu de noms sont connus du grand public et le cinéma français se passera sans trop de difficulté de ces deux-là. On notera par ailleurs l’absence de beaucoup de donneurs de leçons du showbiz, habituellement en pointe dans le petit engagement politique, mais qui, sur ce coup, ont pris soin de ne pas prendre de risque pour leur carrière. Au milieu de ce parterre de faux-culs du 7e art, on a aussi pu constater la présence de quelques politiques, parmi lesquels la ministre Aurore Bergé. Se filmant comme une ado attardée sur les réseaux sociaux ou prenant la pose devant les photographes sur le tapis rouge, à l’heure où l’on demande des efforts aux Français, celle qui a mangé à tous les râteliers du centre et du centre droit a pu se repaître du film L’Abandon, mettant en scène la mort de Samuel Paty, abandonné par sa hiérarchie sous la présidence Macron… Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre socialiste, propulsée par copinage à la Cour des comptes, était aussi de la partie sur le tapis rouge. Enfin, la députée européenne socialiste Emma Rafowicz a, de son côté, joué les Tintin reporters en s’offrant quatre jours sur place pour « défendre la souveraineté culturelle de l’Europe, la liberté de création et l’accès de toutes et tous à la culture ». Soit quatre jours à prendre le pouls de ses copains gauchistes du petit monde du cinéma. Cet aréopage de starlettes et de petits politiciens traînant leurs guêtres à un événement mi-mondain, mi-culturel, qui a longtemps fait la part belle à des individus comme Luc Besson et Patrick Bruel, participe grandement du dégagisme ambiant. Caricatures d’un petit monde inquiet et à bout de souffle qui craint pour ses privilèges, ils incarnent parfaitement l’esprit de fin de régime perceptible en France aujourd’hui. Pas forcément rassurant pour la suite, car, avec les acteurs et les scénaristes présents, on peut bien craindre que cela ne s’atténuera pas, comme le dit Delon dans Le Guépard de Visconti : « Il faut que tout change pour que rien ne change »…

Par Olivier Frèrejacques Président de Liberté politique |
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