samedi 23 mai 2026

ÉRIC DELCROIX : L' ORDRE MORAL ANTI-DISCRIMINATOIRE EXCLUSIF ET TOTALITAIRE ! L' INTERVIEW .......

 REVUE DE PRESSE !

Éric Delcroix : « L’ordre moral anti-discriminatoire nous impose un égalitarisme exclusif et totalitaire » 

[Interview]

Eric Delcroix, avocat et dissident, signe Droit, race et chaos ethnique (chez Akribeia) un essai passionnant sur trente ans de lois mémorielles, de pénalisation de l’opinion et d’effacement programmé de la liberté d’expression française.

Il est l’un des témoins d’une France juridique aujourd’hui méconnue, celle où la pensée pouvait encore se déployer sans qu’un parquet n’en mesure le degré de conformité morale.

 Éric Delcroix, avocat à la cour de Paris durant près d’un demi-siècle, est devenu malgré lui — ou peut-être à cause d’un goût immodéré pour les causes que tous fuient — l’un des plus fins analystes français du droit de la presse et de ses dérives répressives.

 De la défense des anciens dirigeants d’Ordre nouveau en 1974 à celle des « écrivains maudits », prolongée près de trois décennies durant (notamment le Professeur Faurisson), il a vu naître, croître et triompher ce qu’il nomme « l’ordre moral anti-discriminatoire » : ce dispositif législatif, accumulé strate après strate depuis la loi Pleven de 1972, qui a fait basculer le droit pénal français hors de l’héritage des Lumières en y introduisant le mobile subjectif, la haine présumée et la vérité historique décrétée par le juge.

 

Dans son dernier ouvrage, Éric Delcroix poursuit ce travail d’archéologie juridique commencé avec Droit, conscience et sentiments (Akribeia, 2020). 

Il y interroge, sans détour mais avec la prudence d’un praticien rompu aux pièges de la rédaction, la cohérence d’une République qui se réclame de Beccaria et de Kant tout en confiant au parquet le soin de policer les opinions de ses citoyens.

 Il y rappelle aussi, avec une lucidité parfois cruelle, comment la droite parlementaire française a porté la quasi-totalité des lois liberticides de ces cinquante dernières années — Pleven, Lellouche, Perben II — par crainte d’être diabolisée par une gauche dont elle a fini par adopter la vulgate.

 

Breizh-Info l’a interrogé sur ce parcours, sur ce nouveau livre, et sur les ressorts d’un demi-siècle de reculs intellectuels, et sur ce qui peut encore être sauvé à l’heure où les réseaux sociaux ont remplacé les commissaires politiques par des « balances numériques ».

 Un entretien sans complaisance, livré par un homme qui n’a jamais cru au confort des positions consensuelles, et qui rappelle que la bataille pour la liberté de pensée « ne sera perdue que si on ne la livre pas ».

 

Breizh-info.com : Vous avez consacré une partie significative de votre carrière à défendre des clients que la plupart de vos confrères refusaient même de rencontrer. 

Avec le recul, qu’est-ce qui vous a poussé vers cette spécialité aussi exigeante moralement que professionnellement périlleuse ?

 Le goût du droit ? La conviction politique ? Une certaine idée du métier d’avocat ?

Eric Delcroix : Les trois, sachant que, jeune avocat, j’ai découvert le droit de la presse presque par hasard, ayant été l’un des avocats à défendre les intérêts des anciens dirigeants d’Ordre nouveau, après sa dissolution en 1974. 

J’ai pris alors le goût du droit de la presse et les circonstances m’ont permis de continuer dans cette voie.

 J’ai découvert les limites du discours officiel sur la liberté d’expression, particulièrement à partir de 1978 quand le professeur Faurisson est venu à mon cabinet… 

Je resterai l’avocat de ce géant près de 30 ans, ne cessant de l’être que par ma prise de retraite.

 

Breizh-info.com : Vous présentez l’existence des races comme un constat biologique évident, en citant Gobineau, Chamberlain, Lucotte ou Lynn. 

Mais une grande partie des généticiens contemporains — y compris ceux qui reconnaissent l’existence de variations populationnelles statistiquement mesurables — refusent l’usage du mot « race » qu’ils jugent flou, daté et opérationnellement inutile, lui préférant celui d’« haplogroupes » ou de « populations ».

 Êtes-vous certain que votre attachement à cette terminologie relève de la rigueur scientifique, ou n’est-ce pas plutôt une fidélité culturelle et politique à un vocabulaire du XIXᵉ siècle ?

Eric Delcroix : LEntendons-nous bien : je n’ai pas la culture scientifique pour vider cette question.

 Aussi n’est-ce pas le terrain sur lequel je me place ; mon terrain est celui de la liberté de pensée, de sentiment et d’expression.

 La science a évidemment progressé depuis le XIXᵉ siècle, mais la liberté de la recherche et de son expression ont en revanche régressé. 

Au demeurant il n’est pas nécessaire d’être biologiste pour savoir que le concept de race est socialement opérationnel ; il n’est pas nécessaire de croire en Dieu pour admettre que le concept de religion l’est tout autant.

L’ordre moral anti-discriminatoire nous impose un égalitarisme exclusif et totalitaire contre lequel je m’insurge.

 Quant à la fidélité, je prétends avoir le droit de revendiquer le rejet de la religion et de l’idéologie au profit d’une fidélité qui frise l’illicite : fidélité à ma race, mon ethnie, ma nation, ma famille, mes amis. 

Aussi ne puis-je pas agir, écrire ou parler librement et ouvertement. Méfiance, dialectique prudente et circonlocutions…

 

Breizh-info.com : Vous identifiez la loi Pleven, inspirée elle même d’une loi américaine, comme le point de rupture dans la conception française du droit pénal — l’introduction du mobile subjectif dans la qualification de l’infraction. 

Pourquoi cette loi, votée discrètement sous Pompidou, n’a-t-elle suscité, à l’époque, aucun débat parlementaire véritable ni mobilisation des juristes, alors qu’elle modifie en profondeur deux siècles de droit pénal hérité des Lumières ?

 Comment expliquez-vous cet aveuglement collectif ?

 Vous rappelez que cette loi, qui pénalise la contestation de certains faits historiques, a été promulguée le 14 juillet — date hautement symbolique. 

Au-delà du symbole, est-il selon vous philosophiquement tenable, dans une République qui se réclame des Lumières, de confier à un juge le pouvoir de dire la vérité historique ? 

Et si ce principe est accepté pour un événement, sur quels critères pourrait-on refuser son extension à d’autres ?

Eric Delcroix : Non, la loi Pleven (1972) n’a pas été inspirée par une loi américaine. Une telle loi n’est pas possible aux États-Unis, en raison du Premier amendement de la Constitution qui proscrit tout délit d’opinion. 

En revanche l’idée d’introduire la pénalisation des intentions et sentiments est en effet largement américaine, d’où l’introduction dans la loi précitée de la notion de « haine ».

 Je prétends quant à moi (Voyez mon Droit, conscience et sentiments, Akribeia, 2020) que ni la haine ni l’amour ne sont des concepts juridiques pertinents et acceptables, ce qui était évident pour les jurisconsultes du temps des Lumières. 

En 1972, les adversaires de la loi Pleven, dont j’étais, étaient rares et déjà médiatiquement inaudibles, la bien-pensance américaine triomphait (mai 1968 en sera la crise d’adolescence).

Quant aux lois mémorielles – à commencer par la loi Fabius-Gayssot – elles sont hautement déraisonnables, mais ne font qu’illustrer la perte du sens de la liberté de l’esprit (libertinage intellectuel). 

La Vérité est une illusion (métaphysique) qui ne peut que s’opposer à l’exactitude (physique) et revenir aux débordements de l’Inquisition (affirmation dogmatique de la Vérité et viol des consciences pour s’assurer de l’empire des âmes).

 

Breizh-info.com : Depuis 1990, plusieurs lois mémorielles se sont ajoutées : génocide arménien, esclavage, etc. 

Vous semblez considérer que c’est une dérive, mais on peut aussi y voir une réponse à des demandes de communautés blessées par l’histoire.

 Comment proposez-vous de répondre à ces demandes de reconnaissance sans recourir au droit pénal ? 

Le droit civil pourrait-il offrir une alternative ?

Eric Delcroix : Le principe est accepté et la loi Taubira de 2001 dit que la traite négrière fut un « crime contre l’humanité », ce qui est en contradiction avec la Déclaration des droit de l’homme et du citoyen pour laquelle un crime ne peut pas être constitué rétro-activement.

 Le Conseil constitutionnel et les juges s’en fichent ; c’est idiot, mais l’ordre moral transcende la raison (c’est même sa fonction).

Quant aux communautés blessées, je leur réponds que les ordres sociaux ont été abolis en France lors de la nuit du 4 août 1789 et que la République ne saurait les reconnaître.

 Elles n’ont donc leur place ni dans la Code pénal, ni dans le Code civil. Il en fut ainsi chez-nous de 1789 à 1972, restaurations monarchiques incluses !

 

Breizh-info.com :  Vous citez avec gourmandise la phrase de 1945 de De Gaulle sur la priorité aux « naturalisations nordiques ». 

Mais le même De Gaulle a aussi rapatrié les harkis, signé les accords d’Évian, refusé que la France soit « le pays des seuls Blancs », et bâti son mythe sur l’unité nationale au-delà des origines (« Vive le Québec libre » mais aussi « Vive Brazzaville »).

 Le piège de la citation tronquée n’est-il pas, in fine, le même travers que celui que vous reprochez à vos adversaires ?

Eric Delcroix : Non, De Gaulle a tout fait  – contre l’équité la plus élémentaire – pour ne pas faire venir les harkis en France.

 Quant aux citations, elles ne sont pas tronquées, ne commencent-elles pas ainsi  : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes … noirs … bruns (…) Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. » (page 30) ?

Le drame de De Gaulle, car drame il y a, c’est que ce brillant sujet, pour parvenir au pouvoir qu’il voulait à tout prix, a dû paradoxalement laisser détruire la France dont il était issu et qu’il célébrait…

 

Breizh-info.com : Vous invoquez les Lumières — Beccaria, Kant — pour défendre un droit pénal débarrassé du for intérieur. 

Mais vous critiquez aussi la Révolution française, héritière directe de ces mêmes Lumières, et son culte commémoratif. 

N’y a-t-il pas une tension dans votre pensée entre ces deux héritages que vous mobilisez l’un contre l’autre selon les besoins de la démonstration ? Où placez-vous la ligne ?

Eric Delcroix : Certes, je critique la Révolution, mais affirmer qu’elle est l’héritière directe des Lumières, en dépit des défauts et erreurs de celles-ci par ailleurs, est contestable. 

L’illusion progressiste des Lumières est morte avec Condorcet, en prison… 

Rien de commun entre Beccaria et Danton ou entre Kant et Robespierre. 

La loi des « suspects » avait été pêchée dans le corpus juridique de l’Inquisition, pas chez Beccaria. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain !

 

Breizh-info.com : Vous évoquez plusieurs cas de condamnations à de la prison ferme pour des propos — Vincent Reynouard, Hervé Ryssen, Alain Guionnet. 

Au-delà du cas particulier de chacun, qui peut diviser, comment expliquez-vous que la société française, qui s’émeut légitimement de la situation des journalistes emprisonnés à l’étranger, reste à ce point indifférente à l’idée que l’on puisse, chez nous, aller en prison pour avoir écrit ? 

Et que pensez-vous, dans ce contexte, du silence d’Amnesty International que vous mentionnez ?

Eric Delcroix : L’Ordre moral anti-discriminatoire a une puissance révérencielle et intimidante que tout-un-chacun ressent aussi fortement que confusément, tout cela relève désormais de l’indicible.

 Lorsque je défendais Alain Guionnet, Amnesty international avait en effet refusé de se saisir de l’affaire… Pour comprendre, lire Orwell.

 

Breizh-info.com : Vous soulignez que les lois Pleven, Lellouche et Perben II ont toutes été portées par la droite de gouvernement. 

Pour beaucoup, c’est un paradoxe : cette droite est précisément celle qui prétend défendre les libertés publiques. 

Comment expliquez-vous historiquement ce reniement ? Et que dit-il, selon vous, de la nature réelle de cette droite parlementaire française ?

Eric Delcroix : Le Bien, et donc la morale, ayant gagné en 1945, il convient de pallier tout risque d’être diabolisé par  l’antifascisme et l’antiracisme. 

La geste gaulliste – chantée par la droite – s’est piégée dans la vulgate communiste de la Libération. 

Plus moyen de reculer : la droite en est venue à considérer que la gauche avait raison… 

Voyez Jean-Marie Le Pen et son « point de détail » , sans parler de Zemmour avec Pétain et Vichy.

 

Breizh-info.com : Vous citez Kundera et sa vision cyclique de l’histoire — l’idée que la Terreur peut toujours revenir. 

Vous semblez suggérer que les outils juridiques actuels pourraient, demain, être retournés contre ceux qui les ont créés. 

Croyez-vous vraiment à ce scénario, ou est-ce un avertissement rhétorique destiné à inquiéter le lecteur de bonne foi ?

Non, la Terreur est toujours potentiellement devant soi, voilà pourquoi je suis hostile à la restauration de la peine de mort.

 

Breizh-info.com : Votre livre s’adresse, par sa densité juridique et historique, à un lectorat cultivé et mûr. 

Comment fait-on, aujourd’hui, pour transmettre la culture de la liberté d’expression à une génération qui a grandi sous le règne des réseaux sociaux, du « signalement » et de l’autocensure ? 

Voyez-vous des relais possibles, ou la bataille culturelle est-elle déjà perdue ?

Eric Delcroix : Je ne maîtrise pas la question des réseaux sociaux, c’est à votre génération à cet égard de prendre, en conscience, le relai. Mais défiez-vous des balances, délateurs et indics, toujours prompts à signaler leur prochain à la kommandantur numérique du moment. Au nom de la vertu bien sûr…

 

Breizh-info.com : Votre livre s’achève sur une note résignée : Gobineau, Céline, le triomphe probable des Chinois, la décadence inéluctable. C’est une posture esthétique cohérente.

 Mais quel est, in fine, le sens politique d’un essai qui prophétise la défaite ? Cherchez-vous à éclairer un combat possible, ou à habiller en philosophie l’amertume d’une bataille que vous tenez pour perdue ?

Eric Delcroix : La bataille ne sera perdue que si on ne la livre pas, ce pourquoi j’essaye d’éveiller le lecteur à l’exacte situation. Sortir de l’indicible est le préalable à toute reprise en main de notre destin.

 

Propos recueillis par YV

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Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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