vendredi 22 mai 2026

LA CHRONIQUE DE BALBINO KATZ " VENTS ET MARÉES " !

 TRIBUNE LIBRE !

 

Au bar des Brisants, à la Pointe de Lechiagat, les fins d’après-midi de mai possèdent cette lenteur particulière des ports bretons lorsque la saison touristique n’a pas encore complètement submergé les quais. 

Les pêcheurs parlent bas.

 Les retraités replient les journaux locaux avec cette gravité qui donne encore un certain poids au papier imprimé. 

Quant à moi, je feuillette rapidement le Télégramme mais refuse le Ouest-France que me tend un ami qui vient de le terminer. 

Le simple contact avc ce torchon woke me dégoûte. Je préfère parcourir la presse espagnole sur ma tablette tout en suivant du coin de l’oeil le soleil tomber derrière les digues du Guilvinec.

C’est ainsi que j’ai découvert l’inculpation de José Luis Rodríguez Zapatero.

Je m’attendais, pour tout dire, à un silence presque complet de la presse française. 

Or il faut être juste : ce silence n’a pas eu lieu. Le Figaro, notamment, a consacré plusieurs articles détaillés à l’affaire, reprenant les dépêches de l’AFP mais surtout publiant une analyse approfondie de son correspondant madrilène Mathieu de Taillac.

Encore faut-il regarder comment cette affaire est racontée.

 

Car le lecteur attentif retrouve immédiatement, sous la plume de Taillac, cette vieille tendresse journalistique envers le socialisme espagnol qui imprègne depuis quarante ans une partie du regard français sur Madrid. 

Il faut rappeler que Mathieu de Taillac a lui-même expliqué avoir appris son métier en lisant El País, ce quotidien devenu au fil des décennies bien davantage qu’un journal : le véritable organe moral de la gauche progressiste espagnole, avec ses réflexes idéologiques, ses indignations sélectives et son sectarisme souvent élégant.

Et l’article du Figaro consacré à Zapatero montre précisément combien la leçon fut bien apprise par Mathieu.

Tout y est soigneusement pesé, amorti, enveloppé de précautions. 

Certes, les faits sont rapportés. Impossible de faire autrement.

 Pour la première fois depuis le retour de la démocratie espagnole, un ancien chef du gouvernement est officiellement poursuivi par la justice. 

L’affaire porte sur des soupçons de trafic d’influence et de blanchiment autour du sauvetage public de la compagnie Plus Ultra, proche de réseaux vénézuéliens.

 Des perquisitions ont même visé les bureaux de l’ancien dirigeant ainsi que les sociétés de ses filles.

Les sommes évoquées sont loin d’être anecdotiques.

 Le dossier judiciaire mentionne plusieurs centaines de milliers d’euros transitant par des structures de conseil liées à l’ancien président du gouvernement socialiste. 

Les échanges interceptés par les enquêteurs montrent des discussions explicites sur le rôle de Zapatero dans l’obtention des aides publiques et même sur des commissions proportionnelles au montant du sauvetage obtenu.

Or malgré cela, le lecteur sent à chaque ligne une volonté permanente de réintroduire du flou, de la nuance protectrice, presque une forme d’empathie militante. L’article insiste longuement sur le fait que Zapatero pourrait n’avoir été qu’un simple lobbyiste, qu’il reste présumé innocent, que certains experts juridiques relativisent la qualification pénale. 

Techniquement, tout cela est exact. 

Psychologiquement, le mécanisme est transparent.

On imagine difficilement un tel luxe de précautions si l’homme concerné avait été un ancien dirigeant conservateur, souverainiste ou national-populaire.

Car Zapatero n’est pas n’importe quel ancien chef de gouvernement. Il fut pendant vingt ans l’une des grandes icônes morales de la gauche européenne.

 Mariage homosexuel, lois mémorielles, féminisme d’État, retrait d’Irak, multiculturalisme souriant, toute une génération progressiste voyait en lui une incarnation presque chimiquement pure de la « gauche décente ». 

Le Figaro lui-même rappelle qu’après son retour en grâce au sein du PSOE, Pedro Sánchez l’exhibait à nouveau dans les meetings socialistes comme une figure tutélaire du camp progressiste.

Et c’est précisément cela qui rend l’affaire si embarrassante.

Depuis des années, la gauche européenne ne se contente plus de gouverner. 

Elle prétend incarner la morale publique elle-même. Elle distribue les brevets de respectabilité démocratique.

 Elle désigne les fréquentables et les infréquentables.

 Elle construit autour d’elle un véritable clergé médiatique où certains personnages deviennent presque intouchables.

Lorsque l’un de ces saints laïques se retrouve rattrapé par la justice, tout l’édifice symbolique vacille.

D’où ce ton si particulier de certains commentaires. 

On informe, certes. On ne peut plus cacher les faits. Mais on amortit la chute. On prépare déjà les coussins médiatiques de la réhabilitation future. On contextualise. On psychologise. On nuance jusqu’à l’épuisement.

Pauvres lecteurs du Figaro.

Ils croient souvent lire un quotidien conservateur alors qu’une partie de son appareil intellectuel continue de regarder le monde avec les lunettes culturelles de la gauche morale des années 1990.

 Le vernis est plus bourgeois, le style plus feutré, les références plus académiques, mais les vieux réflexes demeurent souvent les mêmes.

Le soleil tombait lentement sur les quais du Guilvinec. 

Les chalutiers rentraient au port dans une odeur de gasoil et d’algues humides.

 Et je songeais qu’en Europe occidentale, les grands systèmes idéologiques ne meurent jamais tout à fait. 

Même lorsqu’ils s’effondrent sous les dossiers judiciaires, ils conservent encore leurs prêtres pour chanter doucement l’office des circonstances atténuantes.

Par Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
balbino.katz@pm.me

 

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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