REVUE DE PRESSE !
Pèlerinage de Chartres : la recivilisation est en route !

Le pèlerinage de Chartres vient de s’achever.
Puisque les néologismes pullulent, ces temps-ci, que l'on m'en autorise un qui me semble, spécialement, ici, approprié : Recivilisation.
Recivilisation contre décivilisation
Nous manquons aujourd’hui de mots pour décrire ce que traverse notre pays.
Sans doute, hélas, parce que c'est inédit.
Emmanuel Macron avait parlé de « décivilisation ».
Le terme, que lui avait soufflé Jérôme Fourquet, avait choqué à gauche parce qu’il désignait une dynamique négative : « le détricotage de nos mœurs ».
On recoud et on ravaude ce qui a été déchiré.
On raboute le lien et on s'y accroche pour remonter la pente.
Évidemment, la civilisation ne se résume pas à ce pèlerinage ni aux seuls catholiques.
Mais le phénomène est frappant.
D’abord par son ampleur : plus de 20.000 marcheurs vers Chartres.
Il y en avait 7.000, aussi, dans le pèlerinage Paris-Chartres issu de la scission, 14.000 jeunes au Frat, sans oublier le pèlerinage militaire international (PMI) et ses 17.000 participants.
Il ne faut pas croire que les parois soient étanches.
Certains, à titre individuel, dans les pèlerinages qui se croisent entre Chartres et Paris, pique-niquent ensemble.
Cette année, entre le Frat et le pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté, il était convenu que chacun allait prier pour l'autre.
Quant au PMI, de Lourdes, il compte aussi des « anciens » de Chartres.
Et vice versa.
Le pèlerinage de Chartres est devenu le plus grand pèlerinage catholique d’Occident.
Plus de 1.500 étrangers y participaient, cette année.
Les images circulent sur les réseaux américains, anglais, espagnols. Beaucoup regardent cela avec stupéfaction... et envie.
C'est un peu, mutatis mutandis, comme le défilé du 14 Juillet : les États-Unis veulent le leur !
Mais ce qui marque surtout, ce sont de petites choses, invisibles à la télévision et néanmoins éminemment symboliques.
Samedi matin, à 5 h 30, des files immenses serpentaient autour de Saint-Sulpice pour récupérer les bracelets d’inscription.
Une foule compacte, chargée de lourds sacs à dos et de bannières.
Dans n’importe quel centre commercial, la tension serait montée.
On pense aux scènes d’émeute pour une montre Swatch ou des baskets en édition limitée.
Ici, rien.
Pas un cri, pas une bousculade.
On attend patiemment.
D’un côté, le temple de la consommation, la convoitise et la violence.
De l’autre, une église, l’effort, la patience et la paix.
La recivilisation, on vous dit !
Gardien de la Tradition
Autre détail (le proverbe dit que le diable se cache dans les détails, mais parfois, heureusement, c'est le Bon Dieu !) : ces sweats portés par de nombreux jeunes, frappés des mots « Gardien de la Tradition ».
Dans une société d’individus atomisés, obsédés par l’instant, ils se voient humblement comme les maillons d’une chaîne.
Comme saint Paul, ils transmettront ce qu’ils ont reçu.
Ces jeunes marchent dans les pas des pèlerins du Moyen Âge venus vénérer le voile de la Vierge conservé à Chartres depuis le IXe siècle, mais aussi dans ceux de Charles Péguy ou des fondateurs du pèlerinage des années 1980 après l'interpellation du pape Jean-Paul II : « France, fille aînée de l'Église, qu'as-tu fait de ton baptême ? »
Autre scène frappante : des adolescents s’approchent de la communion à genoux, les bras croisés sur la poitrine.
Ils viennent recevoir une bénédiction, ils ne sont encore que catéchumènes.
Ils découvrent ici la foi.
Cette année, 34 % des pèlerins venaient pour la première fois.
Et 66 % reviennent malgré la difficulté de la marche et du bivouac
Il y a les enfants des familles traditionnelles, nombreux, joyeux, enracinés (le réarmement démographique ne les concerne pas, ils n'ont jamais désarmé !).
Et puis il y a tous les autres : des jeunes attirés par des amis, des cousins, des connaissances
. Les réseaux sociaux jouent un rôle, mais la transmission demeure d’abord charnelle : on emmène quelqu’un avec soi.
L'édition de cette année recommandait aux pèlerins d'être missionnaires, mais ils le sont déjà souvent.
Et puis, il y a la beauté.
Les bannières au-dessus des champs, les chants, les processions, l’arrivée devant la flèche de Chartres - le plus bel épi de la Beauce, disait Charles Péguy - aperçue enfin au loin : toute la colonne s’agenouille dans la poussière.
Dostoïevski disait que « la beauté sauvera le monde ».
Ces jeunes y aspirent, dans une époque qui les entoure de laideur : architecture dépressive pour lycées et universités en béton.
Et, enfin, la charité : ils soutiennent les plus fatigués, bricolent des chaises à porteurs improvisées avec leurs bras pour leur permettre de terminer.
Tradicalisation
Vous m'objecterez que tout cela, on le trouve ailleurs : le beau dans les musées, l’effort dans les marathons, la charité dans les ONG.
Mais c’est la somme de tout cela - le beau, l’effort, la charité - au service de ce plus grand que soi appelé la foi qui recivilise.
Cette vitalité suscite pourtant la méfiance d’une partie de l’épiscopat français.
Chaque année, certains journaux catholiques progressistes publient l’article inquiet sur ces jeunes « problématiques ».
On redoute une Tradicalisation (pardon pour cet autre néologisme).
Étrange époque où tout est décidément à l'envers : les « anciens » sont jeunes et les « modernes » vieillissants.
Ce qui inquiète peut-être, c’est que les digues cèdent.
Le pèlerinage dépasse désormais largement les cercles traditionalistes historiques.
Les jeunes invitent leurs amis, venus de tous horizons.
Et comme partout… la démographie, c'est le destin.
Oui, ce pèlerinage, c'est la recivilisation.
Minuscule, certes.
Qu'est-ce que 20.000 pèlerins face à près de 70 millions d'habitants ?
Mais Charles Péguy rappelait que la petite espérance « n’a l’air de rien du tout ».
C’est pourtant elle qui entraîne tout.

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