La France scolaire bascule dans l’émeute
La bascule a eu lieu jeudi 1er octobre.
Trois jours après la première vague nationale, l’appel au blocage des lycées — rejoint par les étudiants — a cessé d’être une mobilisation scolaire pour devenir une journée de violences urbaines.
Incendies devant les établissements, échauffourées avec les forces de l’ordre, élèves et personnels blessés : le premier ministre Sébastien Lecornu a dû convoquer une cellule de crise dans l’après-midi.
De source gouvernementale, 900 établissements ont été perturbés jeudi — 1 027 selon d’autres décomptes internes — et 1 949 personnes interpellées.
Depuis lundi, le total des gardes à vue atteint 1 793. Rien, dans ces chiffres, ne ressemble encore à une grève de copies.
Les services de renseignement, cités par Matignon à l’issue de la réunion, qualifient le mouvement de « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l’ultragauche ».
Le diagnostic officiel distingue trois profils : une avant-garde « très politisée », une masse de lycéens entraînée, et des « perturbateurs venus des cités », mortiers d’artifice et pillages à l’appui.
Dans le ressort de Paris, Bobigny et Créteil, les tribunaux recensaient en fin de journée 130 gardes à vue de mineurs et 42 défèrements.
Le visage du débordement est partout le même, quelles que soient les banderoles.
À Nantes, un incendie volontaire a détruit le hall du lycée Nelson-Mandela et gagné la façade.
À Marseille, le proviseur et plusieurs membres de la direction du lycée Victor-Hugo ont été éclaboussés par des individus qui versaient de l’essence dans des conteneurs.
Dans les quartiers nord, un camion de marins-pompiers dépêché près du lycée Saint-Exupéry a été pillé puis incendié.
Bus, tramways et métros ont été interrompus après des agressions de conducteurs.
À Toulouse, le blocage du lycée Bellevue a viré aux feux de poubelles, jets de projectiles, tirs de lacrymogène et agression violente d’un adolescent.
Au lycée Berthelot de Pantin, où s’était rendue la députée européenne LFI Manon Aubry, un feu a été allumé et des tirs de mortiers ont visé des lycéens.
Strasbourg, Lyon, Nice, Rennes, l’Île-de-France : la carte s’élargit à mesure que les casseurs se greffent au cortège.
Édouard Geffray a parlé, sur X, de violences « d’une extrême gravité », qui « dépassent largement la seule question de l’école ».
Le ministre de l’Éducation nationale a avancé le chiffre de 235 blessés côté Éducation nationale : 65 personnels, 160 élèves.
Il a demandé que les cours passent à distance dès que dégradations ou blocus empêchent un accueil sûr.
Au lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, l’établissement était « exceptionnellement fermé », le temps de sécuriser les lieux et d’achever la remise en état du portail.
C’est là que le maire LFI Bally Bagayoko était venu lundi, acclamé, apporter son « total soutien » à des revendications qu’il jugeait légitimes — avant de parler, le lendemain, de « violence légitime ».
Louis Boyard et d’autres élus insoumis ont accompagné la mobilisation en dénonçant la répression.
Sous le feu des critiques, Jean-Luc Mélenchon a posté mercredi un appel à la « non-violence des méthodes de lutte ».
L’appel arrive après l’incendie.
Les slogans, eux, partent dans tous les sens : Parcoursup, le RN, la Palestine, les horaires, le bac contre la BAC, « la nuit, c’est pour baiser, pas pour travailler ».
La disparité des mots n’a pas empêché l’unité des méthodes.
Jean-Rémi Girard, président du Snalc, alerte sur les agressions verbales et physiques commises par des personnes extérieures aux établissements : « Avec les casseurs et les émeutiers professionnels, ça risque de devenir dangereux. »
Une quinzaine de campus ont déjà été bloqués ou perturbés.
À Bordeaux, le président Dean Lewis s’avoue surpris par la vitesse de contagion ; le campus de la Victoire et le pôle juridique ont été fermés préventivement.
Le rendez-vous est fixé au 6 octobre : syndicats lycéens et étudiants appellent à une grande manifestation de la jeunesse.
Entre-temps, l’exécutif découvre qu’un blocus d’établissements, une fois armé de mortiers et d’essence, ne se négocie plus comme un préavis.

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