TRIBUNES LIBRES !
Radu Portocala – Ce que les drapeaux rouges ne racontent pas

Par Radu Portocala.
« L’expérience des autres ne les intéresse pas. Ils ne veulent pas la connaître parce qu’ils préfèrent vivre dans leur rêverie révolutionnaire »

Je regarde le cortège des lycéens et des étudiants dans les rues de Paris.
Je regarde les drapeaux rouges qu’ils portent.
Je regarde la faucille et le marteau qu’ils arborent, les étoiles rouges à cinq branches.
Et j’aimerais pouvoir les envoyer dans mon passé pour qu’ils le jugent et le comparent avec leur présent qu’ils pensent si misérable.
J’aimerais pouvoir les envoyer discuter avec les Hongrois de leur âge qui, en 1956, se sont soulevés contre la faucille et le marteau, contre l’étoile rouge à cinq branches.
J’aimerais pouvoir les envoyer discuter avec les jeunes de Tchécoslovaquie qui, en 1968, disaient ne plus vouloir les drapeaux rouges et tout ce qu’ils symbolisent.
J’aimerais pouvoir les envoyer discuter avec les Chinois qui, à Tian’anmen, en 1989, rejetaient ce que eux veulent, aujourd’hui. J’aimerais pouvoir les envoyer regarder les jeunes de leur âge se soulevant, en 1989, en Allemagne, en Hongrie, en Pologne, en Bulgarie, en Roumanie, en Yougoslavie pour faire tomber ce régime que eux appellent en France.
« Ici, ça ne serait pas comme ça »

Je sais.
Ils me donneront cette réponse stupide que j’ai entendue des centaines de fois : « Ici, ça ne serait pas comme ça. »
Parce qu’ils pensent, comme d’autres ont pensé avant eux, qu’une fois installée la dictature rouge, ils seront appelés à décider du sort collectif.
Que ne peuvent-ils entendre les gémissements d’entre les murs des sous-sols du KGB !
Mais l’expérience des autres ne les intéresse pas.
Ils ne veulent pas la connaître parce qu’ils préfèrent vivre dans leur rêverie révolutionnaire, parce qu’ils ne veulent pas apprendre que cette révolution qu’ils pensent être la leur commence par dévorer ceux qui l’ont faite.
RADU PORTOCALA
Ces lignes sont parues le 13 octobre sur la page FB de leur auteur.
Radu Portocala est écrivain et journaliste, spécialisé notamment en Relations Internationales.
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Publié en 2026 …
Descente dans la Roumanie de Ceaușescu.
Un témoignage puissant qui nous plonge dans l’enfer de la dictature communiste roumaine : surveillance généralisée, délation et culte de la personnalité.
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ET AUSSI
Un appel à l’aide qui, hélas, n’est plus d’actualité. Les catholiques prient pour la santé du Saint-Père…
Quant à Macron, c’est toute la différence : la France entière, croyants ou non, prie pour son départ.

[ENTRETIEN]
Bérénice Levet sur Boulevard Voltaire : « Cette crise des lycéens est d’abord une crise des adultes »

Entretien par Quitterie de Prémesnil.
« Face aux blocages et aux émeutes, la philosophe Bérénice Levet accuse les adultes d’avoir « signé la reddition »
Cet entretien est paru hier 13 octobre dans Boulevard Voltaire.
Nous ne voulons pas manquer d’en proposer la lecture aux amis et habitués de Je Suis Français.
Nous n’ajouterons pas de commentaire aux propos toujours fermes, justes et vigoureux de Bérénice Levet.
— Je Suis Français

Sur le plateau de La Grande Confrontation, sur LCI, Bérénice Levet a répondu au jeune Elwan, élève de 17 ans qui lui demandait si les professeurs favorables aux revendications lycéennes n’étaient pas légitimes, qu’ils avaient « défait l’école et l’institution scolaire ».
Docteur en philosophie et auteur de Libérons-nous du féminisme ! (L’Observatoire) et de La Théorie du genre ou Le Monde rêvé des anges (Grasset), notamment, elle reçoit, depuis, des menaces.
Entretien.
Quitterie de Prémesnil. Dans La Grande Confrontation, sur le plateau de LCI, Elwan vous a demandé si les professeurs « d’accord avec les revendications lycéennes » n’étaient pas légitimes.
Vous avez répondu qu’ils avaient « défait l’école et l’institution scolaire ».
Est-ce la pédagogie soixante-huitarde que vous visiez ?
Bérénice Levet. Le grand basculement date de la décennie 1970.
Avec l’alibi de la liberté et d’une créativité originelle de l’enfant, les adultes en général, les professeurs en particulier, ont renoncé à leur rôle d’intercesseur, ils ont commencé à douter de leur légitimité.
Le film de Claude Pinoteau, La Gifle, qui date de 1974, avec Lino Ventura et Isabelle Adjani, est à cet égard fort intéressant, et singulièrement une réplique. Jean, interprété par Ventura, professeur de géographie dans un lycée parisien, décide de se retirer de l’enseignement et de se vouer à l’écriture.
Sa décision suscite l’incompréhension de la femme qui partage sa vie. Il s’en explique alors et peint en quelques mots le désarroi qui est celui de sa génération face à la jeunesse nouvelle : « Tu vois, décrit-il lumineusement, deux ou trois fois, je suis entré dans une classe, des grands, et puis quand j’en suis sorti, une heure après, je me suis dit que j’avais encore beaucoup de choses à leur apprendre… et je ne savais plus comment.
Une heure de ma vie, une heure de la leur, ce n’est pas la même heure. »
On voit comment les adultes ont signé la reddition.
Ils ont renoncé à transmettre l’héritage comme trésor – il est faux de dire que les grands auteurs, les grandes œuvres de l’esprit ne sont plus inscrites au programme des collégiens et des lycéens, ils y sont mais ils sont mis à égalité avec un article de presse, un slameur.
Ils ne se sont plus donnés pour mission de former des héritiers, des êtres qui aiment suffisamment ce qui a été commencé par leurs ancêtres pour prendre le relais, pour en continuer la chronique, en préserver l’esprit.
Les dés sont pipés car les adultes sont comme tétanisés par la hantise d’être en retard sur la jeunesse alors que c’est précisément parce que nous sommes porteurs du vieux monde que nous lui sommes salutaires.
Cette crise des lycéens est d’abord une crise des adultes.
On a beaucoup glosé sur le contraste entre deux jeunesses.
D’un côté, celle qui avait réservé un accueil fervent au pape Léon XIV, de l’autre, celle qui, à quelques jours de distance, s’indigne, revendique, « bloque » les établissements scolaires – quand elle ne les incendie pas. Génération Léon contre génération blocus.
Mais il est un autre contraste qui aurait mérité, qui mériterait de retenir l’attention et d’être médité : celui entre deux figures de l’adulte.
D’un côté, le pape, inscrivant la jeunesse dans une histoire, l’appelant à servir, servir Dieu naturellement et chercher le Vrai, le Bien le Beau ; bref, une parole qui les rappelle à leur qualité d’homme.
Et puis, de l’autre côté, les adultes tels qu’ils s’illustrent depuis le début du mouvement lycéen, flattant la jeunesse
. Chef de l’État, ministres, parents, professeurs, journalistes approuvant le mouvement des lycéens, leur donnant la parole, suspendant les cours « pour un temps de démocratie interne »
Jeunesse appelée d’un côté, jeunesse flagornée de l’autre !
Quand admettra-t-on que nos jeunes gens s’étiolent à force de bienveillance, d’empathie !
Q. P. Nous sommes passés de « l’Instruction publique » à « l’Éducation nationale ». Comment se différencient ces deux intitulés et quelles en sont les conséquences ?
B. L. Les conséquences sont multiples.
L’institution scolaire change de sens, ses prérogatives s’élargissent.
Parler d’instruction publique, c’est mettre l’accent sur la transmission des connaissances, la formation de l’esprit.
L’éducation, elle, revient à la famille, et si l’école est si mal en point, c’est déjà que les professeurs se retrouvent face à des élèves qui n’ont pas été éduqués, qui n’ont pas été humanisés, civilisés par les interdits, par l’apprentissage des règles, des normes, des limites.
Mais il est un autre point : cette substitution est lourde de sens et porte l’empreinte du progressisme et de son idole de l’émancipation, libérer l’enfant de sa famille, de ses parents, de leur autorité, de leurs « préjugés ».
La notion d’Éducation nationale donne implicitement congé aux parents, leur retire leur autorité et dit implicitement la captation de l’enfant par l’État.
Sous couvert de combattre le déterminisme social, les inégalités, le futur homme devient la chose de l’État et, désormais, des « causes sociétales ».
Q. P. Vous dites qu’il n’y a « pas d’égalité » entre un élève et un enseignant. Comment définir, alors, le meilleur rapport entre eux, pour le bien de chacun ?
B. L. L’égalité n’a en effet rien à faire à l’école.
La démocratie, moins encore.
Le débat non plus – on ne débat qu’entre pairs.
On doit prêter à l’élève l’aspiration à s’élever, à grandir, à s’élargir, et non l’obsession de l’égalité.
Au cœur de l’institution scolaire, la grandeur, le bonheur aussi d’apprendre, de s’enrichir avec tous les efforts que cela requiert. « Nous sommes nés à quêter la vérité », disait Montaigne ; à quêter le beau aussi, et il nous appartient à nous, professeurs, d’éveiller cette recherche, ce besoin, en mettant nos élèves au contact des grandes choses.
Si nous ne sommes pas possesseurs d’un savoir que l’élève ne possède, et d’un savoir qui a nourri les générations qui nous ont précédés, un savoir ratifié, autorisé par les siècles, non par les maîtres de l’heure, si ce savoir ne nous distingue pas, quelle légitimité avons-nous à occuper la place qui est la nôtre en tant que professeur ?
Le rapport entre le maître et l’élève doit être de distance et aussi d’admiration – l’élève doit aspirer à posséder le savoir que lui délivre son professeur.
Ce qui fait le professeur – et le rend insubstituable -, je dirais que c’est l’incarnation.
L’élève doit sentir combien la discipline que vous enseignez, les œuvres que vous leur donnez à connaître, à comprendre et à aimer, vous sont, pour vous-même, nourricières, revêtent un caractère vital.
Q. P. Après l’émission, vous avez reçu des menaces.
De quoi s’agit-il, exactement ? Vous ont-elles surprise ?
B. L. Je tombe des nues, car je ne rappelle jamais que des vérités d’évidence, le fondement même de l’école, de la nécessité de la transmission – et pour la continuité historique de notre pays et pour l’enfant appelé à devenir un homme.
Or, oser dire de l’enfant et de l’adolescent qu’ils sont vides, creux, aplanis sur le présent, dans une parfaite coïncidence avec eux-mêmes, incarcérés dans la prison de leur moi, et que c’est à la faveur des actes de transmission qu’ils se séparent d’eux-mêmes, se redressent, s’étoffent, entrent dans la dimension de la profondeur, est regardé et attaqué comme blasphématoire.
Or, que ce fût Hannah Arendt ou Simone Weil, que soutenaient-elles, sinon que l’enfant reçoit l’essentiel de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle des communautés auxquelles il appartient : la famille, l’école, l’Église ?
En même temps, je ne devrais pas être surprise, car j’ai suffisamment analysé la chose, retracé, dans mon Crépuscule des idoles progressistes (Stock), la généalogie de ce sacre de l’enfant, originellement créateur, riche d’un monde, le sentiment de perte de légitimité des adultes dans leur rôle d’intercesseurs, de « représentants » d’une réalité plus vaste et plus haute que la leur – la société, la patrie, les grandes œuvres de l’esprit, Dieu -, leur hantise d’être en retard sur la jeunesse; pour savoir que toutes ces vérités avaient perdu leur parfum d’évidence.
Mais au regard du spectacle, désolant, que nous offre la jeunesse – son mal-être, assurément – mais à n’avoir que soi comme horizon, à n’être l’obligé de rien ni de personne, comment en irait-il autrement ? Comment goûter cette vie ?
Je veux croire que nous allons finir par nous réveiller, prendre la mesure de la tragédie de nos oublis.
A-t-on jamais aussi mal connu l’homme, l’être humain ?
Ce dont il a besoin pour devenir digne de son humanité et aussi, pour qui croit au Ciel, digne de son statut de créature, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu ? ■



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