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Portraits de gauchos : Jean-Pierre, l’ancien communiste devenu responsable RN dans le Pas-de-Calais
7h30.
Jean-Pierre se lève dans sa maison Phénix rénovée à coup de crédits Cetelem.
Ancien délégué CGT chez Bridgestone, il a troqué le portrait du Che pour celui de Marine, mais il a gardé la même haine du "patron" et du "bourgeois".
Pour lui, le Grand Soir, c’est juste le retrait de la TVA sur les coquillettes et le shampoing Dop.
Il est fan de Jean-Philippe Tanguy.
10h00. Permanence du parti dans une zone industrielle sinistrée entre deux friches et un kebab.
Jean-Pierre épluche les demandes d'adhésion avec la paranoïa d'un commissaire politique soviétique.
Il tombe sur un jeune en costume trois-pièces qui cite Maurras et parle de "l'Action Française" sur X.
Jean-Pierre siffle entre ses dents jaunies : "Encore un petit facho d’ultradroite qui veut nous salir".
Hop, dossier à la poubelle.
Lui, il veut du prolo, du vrai, celui qui s’en fout de Jeanne d'Arc mais qui veut 200 balles de plus pour remplir son caddie à Auchan.
12h30. Repas au "Relais des Ch'tis".
Jean-Pierre s'étrangle en lisant le journal : Bardella a encore fait de l'œil au MEDEF.
"Le patronat, c'est l'ennemi, bordel !", fustige-t-il devant son steak-frites.
Pour lui, le programme idéal, c'est le stalinisme fiscal : il veut que Nicolas, l'ingésclave à 3k bruts, se fasse ponctionner 60 % de sa fiche de paie pour financer les allocs des cassos du bassin minier.
Par contre, il est formel : "Pas un centime pour ceux qui viennent de l'autre côté de la mer, c'est réservé aux nôtres !".
Le socialisme, oui, mais avec une frontière de barbelés autour de la CAF.
15h00. Collage d'affiches.
Il rechigne à coller celles du parti sur l'identité française.
"Ça, c'est des trucs de Versailles, ça n'intéresse pas Magalie, qui va à la CAF pour toucher l’allocation parent isolé et qui veut juste la TVA à 0 % sur le pack de cordons bleus industriels d’Aldi".
Il préfère coller l'affiche sur le Nutella à prix coûtant.
Il se sent investi d'une mission sacrée : purger le parti des "extrémistes" qui parlent de civilisation, pour le transformer en un syndicat du pouvoir d'achat.
19h00.
Retour devant la télé.
Il regarde le JT en pestant contre les propositions pro-business de Bardella tout en vérifiant si son voisin n'est pas un militant d'ultra-droite caché.
Il se couche avec le sentiment du devoir accompli : il a protégé la République sociale et a évité qu'un gosse de 20 ans ne parle de racines françaises dans sa circo RN.
Demain, il ira manifester pour que l'État nationalise la production de papier toilette.
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