TRIBUNE LIBRE !
Elon Musk face aux nouveaux inquisiteurs :
quand le réel devient un crime
En ce jour de calme relatif, où une société lasse fait semblant de se souvenir de la victoire anglo-américaine de 1945 comme d’un rite administratif vidé de sa substance, je marchais le long de la plage de Léhan, à Lechiagat.
Le vent était faible, la mer presque immobile.
Je m’arrêtai un instant sur un banc qui fut jadis bleu, rongé désormais par le sel et les années, et je consultai distraitement mon téléphone.
Je tombai alors sur des images venues du New Jersey.
Un carnaval venait d’y être interrompu après des violences répétées commises par des bandes d’adolescents.
Une fois encore, ce qui me frappa ne fut pas tant la violence elle-même que l’extraordinaire énergie déployée par les journalistes pour dissimuler l’identité des agresseurs.
Les photographes rivalisaient de floutages, les vidéastes choisissaient avec soin des angles où l’on ne distinguait ni les visages ni les mains.
Toute une profession semblait engagée dans une étrange chorégraphie de l’occultation.
Que faire alors pour comprendre ce qui s’était réellement produit ?
Comme tant d’autres désormais, je me rendis sur le réseau X, aujourd’hui propriété d’Elon Musk.
Quelques mots-clés suffirent.
Les vidéos réapparurent aussitôt, intactes, sans masquage, sans brume numérique charitable.
Et il suffisait, en effet, de regarder les visages des agresseurs et ceux des victimes pour comprendre immédiatement pourquoi tant d’efforts avaient été déployés afin que le public ne puisse voir.
Le vivre-ensemble contemporain repose de plus en plus sur cette étrange condition, ne jamais regarder le réel trop longtemps.
C’est en songeant à cette fonction presque cathartique du réseau X, à ce dévoilement permanent de ce que les appareils médiatiques s’efforcent désormais de dissimuler, que je tombai sur une nouvelle venue de France.
Elon Musk, propriétaire de X, venait de faire l’objet, avec Linda Yaccarino et les sociétés liées à la plateforme, d’une information judiciaire ouverte par le parquet de Paris.
Et le texte même du communiqué glace le sang.
La procureure Laure Beccuau y évoque pêle-mêle des accusations de « complicité de diffusion d’images pédopornographiques », de « collecte frauduleuse de données », de « violation du secret des correspondances », de « falsification de fonctionnement d’un système de traitement automatisé », de diffusion de contenus sexuels générés algorithmiquement, d’administration d’une plateforme permettant des transactions illicites, et même, formule hallucinante, de « contestation de crime contre l’humanité facilitée par l’intelligence artificielle Grok ».

Ainsi donc, dans la France de 2026, le propriétaire d’un réseau social devient potentiellement assimilable à un complice de criminels parce que sa plateforme laisse circuler des informations que d’autres souhaitent invisibles.
Nous assistons ici à une mutation profonde.
Longtemps, les États occidentaux exigeaient des plateformes qu’elles retirent les contenus illégaux signalés. C’était une obligation de moyens.
Désormais, certains rêvent d’une responsabilité pénale totale portant non plus sur les actes précis, mais sur l’existence même d’un espace de parole relativement libre.
L’évolution est vertigineuse.
Car enfin, poursuivre Elon Musk pour certains contenus circulant sur X revient, d’une certaine manière, à poursuivre les fabricants de papier pour les pamphlets qu’ils impriment, les vendeurs de stylos pour les lettres anonymes, ou jadis les compagnies postales pour les obscénités transportées dans le courrier privé.
Le plus inquiétant réside peut-être ailleurs.
Cette offensive judiciaire ne surgit pas dans un vide.
Partout en Europe, des mécanismes comparables se mettent en place.
En Allemagne, en Angleterre, des citoyens sont déjà poursuivis pour de simples constats du réel formulés sur internet.
En France même, Jean-Eudes Gannat, élu local près d’Angers, se retrouve poursuivi pour avoir évoqué la présence d’Afghans à la sortie d’un supermarché.
Dans des sociétés de plus en plus fragiles démographiquement, culturellement et psychologiquement, la libre circulation du réel devient elle-même une menace politique.
Il faut comprendre ce qui se joue ici.
Ce n’est pas seulement la régulation d’une plateforme.
C’est la tentative de restaurer un monopole du récit. Un monopole du visible.
Car pour maintenir artificiellement le mythe du vivre-ensemble harmonieux, il devient indispensable de contrôler non seulement les opinions, mais les images elles-mêmes.
Le réel doit désormais être flouté.
Et c’est précisément ce que Musk a brisé.
Il y a chez cet homme quelque chose qui dépasse infiniment le personnage médiatique ou le milliardaire fantasque que présentent alternativement ses admirateurs et ses ennemis.
Car il est à la fois l’un des rares hommes de notre époque à rouvrir concrètement à l’humanité le chemin des étoiles, par ses fusées, ses satellites et ses rêves martiens, et l’un des très rares également à avoir compris que la liberté d’expression demeure la condition préalable de toute survie civilisationnelle.
La plupart des élites occidentales veulent un homme réduit à l’état de consommateur docile, interchangeable, sans mémoire et sans enracinement.
Musk, lui, malgré toutes ses contradictions, semble animé par une intuition inverse. Il parle de natalité quand d’autres célèbrent la dépopulation.
Il parle de civilisation quand d’autres ne parlent plus que de gestion. Il défend la liberté de parole au moment même où l’Occident paraît redécouvrir les vieux réflexes inquisitoriaux qu’il prétendait avoir dépassés.
C’est peut-être cela, au fond, qui lui sera le moins pardonné.
Car les sociétés fatiguées tolèrent encore les hommes riches. Elles supportent même parfois les hommes puissants.
Ce qu’elles ne supportent plus, c’est l’apparition d’hommes capables de rouvrir un horizon.
Et Elon Musk, qu’on l’aime ou non, fait partie de ceux-l
Par Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
balbino.katz@pm.me
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire