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Rapport sur l’audiovisuel public : à gauche, une hystérie qui en dit long

Dans quelques décennies, en scrutant les réactions au vote final en faveur de la publication du rapport parlementaire sur l’audiovisuel public, les historiens trouveront une mine d’enseignements sans doute fort utile pour expliquer l'évolution du débat politique en France.
On peine à expliquer qu’un simple rapport parlementaire fasse l’objet d’une guerre de tranchées aussi acharnée et à trouver une logique dans les propos qui fleurissent depuis l’issue du vote.
Sobriété tranquille à droite
A droite, peu de surprises.
Le rapporteur, Charles Alloncle, a choisi la sobriété.
« Il a fallu un certain nombre de compromis afin de pouvoir arriver à un vote favorable […] cela n’a pas été chose aisée […] cela s’est joué à très peu de choses », s’est-il contenté de déclarer pour expliquer quatre longues heures d’un combat sans merci en commission.
Même tonalité apaisante chez son président Éric Ciotti, qui l’a félicité pour un rapport qui est « la concrétisation d’un travail de fond, courageux et salutaire ».
Au RN, le soutien a été franc, bien que sans emphase.
« On ne prive pas les Français d’un débat légitime sur le fonctionnement d’un service public financé par leurs impôts », a déclaré Marine Le Pen sur son compte X, « pas plus qu’on ne doit les empêcher de prendre connaissance du travail de six mois d’enquête qui ont mis en lumière les dérives, les errements financiers et les atteintes multiples à la neutralité politique ».
Sur la même ligne, Jordan Bardella a ajouté y voir une « victoire pour tous les contribuables », ce que certains ne manqueront pas de considérer comme un signe adressé aux milieux du patronat et des libéraux partisans d’une mise au pas, voire d’une privatisation de l’audiovisuel public.
Victoire pour tous les contribuables : le rapport sur l'audiovisuel public du député @CHAlloncle, fruit d'un remarquable travail d'enquête parlementaire, sera finalement publié.
En démocratie, le peuple français a le droit d'être informé avec transparence sur l'usage qui est…
— Jordan Bardella (@J_Bardella) April 27, 2026
Les Républicains, comme souvent, se sont signalés par leur grande discrétion, empreinte d’une certaine gêne à devoir applaudir la victoire d’un allié du RN.
Ainsi le député LR François-Xavier Ceccoli, membre de la commission qui s’est prononcé pour la publication du rapport, s’en est presque excusé, expliquant que son vote « ne veut pas dire que le document est partagé dans son intégralité ».
Hystérie à gauche
A gauche, c’est une certaine hystérie qui se dégage, d’où pointent une haine à peine contenue à l’égard du rapporteur ainsi qu’une volonté manifeste de s’en tenir aux invectives, en évitant soigneusement d’argumenter sur le fond.
Pour le député écologiste Jérémie Iordanoff, le rapport est « partiel et partial, bourré d'insinuations, d'attaques personnelles et d'arrangements avec les faits (ce qui) relève du pamphlet complotiste ».
Et le même d’ajouter qu’il y a « un manque de courage du bloc central. Ils donnent le point au Rassemblement national », regrettant que « la commission d’enquête [ait été] instrumentalisée pour détruire l’audiovisuel public ».
Ça n'est pas avec un tissu de mensonges que l'on fait éclater la vérité. Ce "rapport", partiel et partial, bourré d'insinuations, d'attaques personnelles et d'arrangements avec les faits relève du pamphlet complotiste. Il est indigne de publication par notre Assemblée. https://t.co/Bxa0CrIijb
— Jérémie Iordanoff (@iordanoff) April 27, 2026
À ce sujet — [MÉDIAS] Victoire, le rapport Alloncle sera publié !
Toujours chez les écologistes, Marine Tondelier a trouvé que « le rejet de son rapport n’aurait été que justice », sur la base d'une thèse des plus étonnantes quant aux motivations présumées de Charles Alloncle.
Sa consœur socialiste Ayda Hadizadeh, aussi bavarde sur le sujet que réticente à donner des exemples à l’appui de sa démonstration, a qualifié le texte de « tissu de mensonges, d’approximations et de diffamations ».
Haranguant la presse, elle a lâché « à vous journalistes de faire votre travail.
Ce rapport sera publié, vous verrez qu’il y a de la diffamation sur toutes les pages ».
Puis s’adressant directement au macroniste Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission, elle accuse : « Tu nous as instrumentalisés, ce n’est pas correct ».
Cherchant à justifier un si haut degré d’énervement, Ayda Hadizadeh s’est hasardée à une analyse de politique étrangère inattendue : « Nous ne pouvons pas laisser entrer dans les archives de l’Assemblée un rapport qui est fait comme un tract du RN et de l’UDR, qui voue une admiration sans borne à Donald Trump.
Ici, ce n’est pas Mar-a-Lago [la résidence de Trump en Floride], c’est l’Assemblée nationale. Ici, ce n’est pas encore l’Amérique de Trump, ici c’est la République française ! »
Ses collègues s’étant longuement époumonés sur le sujet avant le vote, le député LFI Aurélien Saintoul a remis à plus tard toute critique détaillée du rapport.
« Nous engagerons la bataille ligne après ligne pour montrer l’incohérence des propos », a-t-il lancé aux journalistes.
« Jusqu’au bout, le macronisme aura servi de marchepied à l’extrême droite : grâce à l’abstention des élus du camp présidentiel, un rapport parlementaire contre l’audiovisuel public a été adopté.
Un délire complotiste sponsorisé par le système Bolloré », a analysé de son côté le trotskyste Edwy Plenel, résumant finalement assez bien le message de la gauche, peu argumenté, mais clair et tranché.
Gêne agacée au centre
On ne peut pas dire que la même clarté ait, comme bien souvent, caractérisé les réactions du bloc central.
Pensant sans doute que l’issue du vote serait différente, Yaël Braun-Pivet a imprudemment accepté une invitation matinale sur CNews le 28 avril.
Visiblement gênée de devoir commenter le résultat, la présidente de l’Assemblée nationale a opté pour le service minimum. « Je salue le travail de Charles Alloncle, mais il a peut-être été un peu trop dans la lumière », a-t-elle lâché, après avoir tout fait pour saboter son travail, dans l’ombre…
Audiovisuel public : «Je salue le travail de Charles Alloncle, mais il a peut-être été un peu trop dans la lumière», estime Yaël Braun-Pivet https://t.co/dllxa98ZIY
— CNEWS (@CNEWS) April 28, 2026
Sur France Inter, le président de la commission a conclu une collaboration houleuse, pour ne pas dire franchement conflictuelle avec Charles Alloncle par un modèle de commentaire fielleux.
Face à un Benjamin Duhamel qui a parfaitement compris que le mode interrogatif n’était qu’une simple précaution verbale pour éviter un procès en diffamation, Jérémie Patrier-Leitus a clamé son mantra du moment : « Est-ce que le rapporteur a été impartial et indépendant tout au long de cette commission d'enquête ?
Est-ce qu'il a agi par consigne ou par commande ? »
Pas dupe, le journaliste lui a fait remarquer que, quand on lance « des accusations comme celles que vous portez ce matin, soit on apporte des éléments concrets, soit ça apparaît comme étant une forme de procès d'intention, voire de complotisme light.
Qu'est-ce qui vous fait dire que Charles Aloncle était peut-être manipulé par des gens qui veulent acheter l'audiovisuel public à vil prix ? »
Pas de réponse : le macroniste répète qu'il n’a fait que s’interroger, bien sûr…
Comment comprendre des attaques aussi brutales contre ce rapport, qui comme tout autre, ne fait qu’ouvrir un débat en le nourrissant de témoignages et d’éléments factuels et chiffrés ?
A gauche, un rapide décryptage des propos, et le refus systématique d’argumenter sur le fond confirment qu’une peur panique s’est emparée de toute la mouvance « progressiste », dont l’audiovisuel public est un bastion.
Par ailleurs, à gauche comme au centre, on a bien perçu que ce bastion devait survivre afin de permettre, dans un an, de renouveler le hold-up présidentiel qui a plusieurs fois déjà privé la droite, majoritaire dans l’opinion, d’un retour au pouvoir.
Source : https://www.bvoltaire.fr/rapport-sur-laudiovisuel-public-
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