Éloge de la bêtise
Les crétins ne se laissent jamais désarçonner
Prenant comme guide le livre d’André Glucksmann, La Bêtise (1985), l’anthropologue et architecte Jean-Paul Loubes nous fait visiter le panthéon de la bêtise de la politique française, surtout la partie gauche du bâtiment.
On se souvient des déclarations du député socialiste Jérôme Guedj qui avait qualifié Mélenchon de « salopard antisémite ».
On avait cru à un sursaut de dignité dans les rangs du parti socialiste, enfin un socialiste solidement ancré dans la dignité, avait-on pensé.
Il y allait d’une évidente logique de la part de ce député juif que de s’élever devant l’antisémitisme multiforme de LFI. Mais quelques jours plus tard, le même se déclare prêt à recommander de voter pour le parti du « salopard antisémite » !
On se souvient des déclarations du député socialiste Jérôme Guedj qui avait qualifié Mélenchon de « salopard antisémite ».
On avait cru à un sursaut de dignité dans les rangs du parti socialiste, enfin un socialiste solidement ancré dans la dignité, avait-on pensé.
Il y allait d’une évidente logique de la part de ce député juif que de s’élever devant l’antisémitisme multiforme de LFI.
Mais quelques jours plus tard, le même se déclare prêt à recommander de voter pour le parti du « salopard antisémite » !
Haine, abjection, veulerie…
Avec les propos de Jérôme Guedj, homme juif recommandant un temps de soutenir un parti antisémite, on côtoie une autre catégorie : la bêtise.
En 1985, le philosophe André Glucksmann avait publié un livre intitulé précisément La bêtise[1] où il explorait ce versant du fonctionnement du cerveau humain.
Le philosophe, au passé marxiste prochinois, ensuite décillé, avait alors eu le courage de défendre Soljenitsyne honni et fascisé par le Parti Communiste Français de l’époque.
C’était quarante ans avant qu’Alexis Corbière, membre alors du Parti de gauche et encore sous le charme des ténors du totalitarisme, ne s’oppose à ce que le nom de Soljenitsyne soit donné à une place d’une ville en France.
L’auteur de l’Archipel du goulag était alors qualifié par Corbière de « radoteur réactionnaire »entre autres injures.
André Glucksmann avait écrit : « Si l’œuvre de Soljenitsyne gène tant la gauche, c’est qu’un Comité central fonctionne déjà dans nos têtes ».[2
] C’est dans La bêtise, que l’on trouve (en page 259) l’expression de « fascisme rouge », empruntée alors à Yves Montand, pour désigner cette perversion des idéaux de gauche.
Marcel Gauchet parlera lui de « l’invariable bêtise » de « la gauche mondaine »[3].
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La figure de la bêtise se pare en général d’un sourire que scelle une inébranlable bonne conscience que semble asseoir la puissance de l’imposture.
Une bonne conscience qui habille les autoproclamés représentants du Camp du bien, comme le keffieh décore les amis du Hamas dans les amphithéâtres de Science Po.
Le discours où l’inénarrable Sandrine Rousseau expliquant que l’usage du barbecue est « un symbole de virilité »[4] est un des sommets où certaines « élites » de la France parviennent à hisser la bêtise.
Madame Rousseau rejoint ainsi la finesse de Chems-Eddine Hafiz, Recteur de la mosquée de Paris (« ambassade bis » de la dictature algérienne) qui, le 6 mai 2026, dénonçait des banquets où la consommation de porc constitue selon lui une exclusion symbolique d’une partie de la population.
Une alliance glorieuse de Sandrine Rousseau et de Chem-Eeddine Hafiz contre la saucisse grillée !
André Glucksmann rappelait les mots de Flaubert devant l’état de la France de son temps : « Bien que ce soit mon pays, c’est un triste pays, avouons-le. Je me sens submergé par le flot de bêtise qui le couvre, par l’inondation du crétinisme sous lequel il disparaît.
Et j’éprouve la terreur qu’avaient les contemporains de Noé, quand ils voyaient la mer monter toujours ».
La bêtise prend de la hauteur, de la puissance, quand ce que nous nommons « les élites » mettent à son service leurs supposés bagages intellectuels.
Ce n’est pas chez les « ouvriers blancs catholiques » que l’on trouvera les perles rares mais chez les bac+10 ou sur les bancs de l’Assemblée Nationale que les chefs d’œuvres en la matière fleurissent.
C’est bien un sentiment de submersion qui nous envahit à l’écoute des multiples saillies de la députée écologiste.
Comment, ne pas être submergé par un tel flot de niaiseries à l’écoute des déclarations de celle qui fut vice-présidente de l’Université de Lille !
A. Glucksmann notait dans son livre que « Les universitaires n’ont pas mieux résisté que quiconque aux mobilisations nationalistes et totalitaires ou aux immobilités poltronnes » ou encore « Le propre du crétin est de ne jamais se laisser désarçonner, il se montre toujours prêt à bâtir une opinion sur ce qu’il ignore »[5].
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Si la bêtise dont traitait le livre d’André Glucksmann est magnifiquement illustrée de nos jours par les déclarations de mesdames Rousseau, Panot, ou de messieurs Boyard ou Delogu, il me souvient que Ségolène Royal n’avait pas démérité dans le genre en novembre 2016.
Elle représentait alors la France aux funérailles de Fidel Castro, ce deuil qui avait ému aux larmes Jean-Luc Mélenchon.
Royal avait salué l’humanisme des révolutionnaires cubains en ces termes : « Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur qu’il y a eu pendant la Révolution française ».
Les 8600 militants alors emprisonnés en 2016 à Cuba selon Amnesty International, les 582 condamnations à mort, les million cinq-cent mille réfugiés cubains étaient alors oubliés par madame Royal.
Les 1477 détenus politiques incarcérés en novembre 2015, chiffre record, couronnaient la dernière année de vie du lider maximo cubain.[6]
Mais cette gauche hors sol ne voyait là que dégâts collatéraux d’un régime bienveillant pour la démocratie.
On peut rappeler à Madame Royal un extrait de ce texte de Fidel Castro datant de 1954 : « Robespierre fut idéaliste et honnête jusqu’à sa mort. La révolution en danger, les ennemis à toutes les frontières, les traîtres prêts à tous les coups de poignard dans le dos, les hésitants toujours barrant la route : il fallait être dur, inflexible, sévère, pécher par excès et non par défaut, à l’heure où c’eût été le début de la fin.
Il les fallait, ces quelques mois de Terreur, pour venir à bout d’une terreur séculaire. Ce sont les Robespierre qu’il faut à Cuba, beaucoup de Robespierre ! »[7].
La vénération du lider de La France Insoumise pour le coupeur de têtes n’avait certes échappé à personne, mais la bêtise de Royal traçait le chemin qui conduit chez certains à ce « fascisme rouge » évoqué par Glucksmann.
On pourrait croire qu’il faille une culture sommaire pour que la bêtise puisse prospérer en terrain fertile.
C’est souvent le contraire car un bon niveau dans les humanités vous convainc que vous êtes protégé par un rempart de certitudes qui donne à l’imposture toute sa puissance.
Le cas de Madame Royal en est une magistrale illustration.
La dame est diplômée de l’Institut d’Études Politiques de Paris en 1975, puis en 1980 de l’ENA dans la célèbre Promotion Voltaire qui produisit tant de gloires de la politique française, celles qui conduisirent à l’effondrement que nous connaissons.
Elle fut ministre de l’Enseignement scolaire dans le gouvernement Jospin.
Ce lourd « bagage intellectuel » ne l’empêcha pas lors du décès du dictateur Fidel Castro de saluer en lui un « monument de l’histoire », insistant sur « la liberté de conscience » qui régnait à Cuba sous Fidel, faisant fi des exécutions sommaires qui valurent à ce pays d’être classé 171ème sur 180 pays au palmarès de la liberté de la presse de Reporter sans Frontières.
Des images avaient fendu le cœur des adorateurs du défunt où l’on voyait les soldats portant l’urne contenant les cendres de Castro et marchant… au pas de l’oie !
Devant le pataquès de Mme Royal, François Bayrou avait alors déclaré sur Europe 1 : « Il n’y a pas de limites aux bêtises que les responsables politiques peuvent dire », rappelant qu’en 2007, la même ex-ministre de l’enseignement avait fait l’éloge… de la justice chinoise !
On apprenait en juillet 2026 une possible candidature de Mme Royal à la présidence de la république de 2027.
On a pu apprécier lors des élections municipales de mars 2026 le haut niveau de moralité qui guide l’éthique des stars du PS dans le choix de leurs alliés.
On peut donc comprendre l’émotion de Mme Royal lors de la disparition de l’homme qui un jour, à la question de Bernard Kouchner « Pourquoi n’organises-tu pas d’élection libre à Cuba ? » avait répondu : « Ah, les élections, ça a trop servi, c’est une saloperie » [8].
Castro, un héros à La France insoumise et chez ses affidés soumis du PS.
Chez Mathilde Panot la bêtise est, comme l’on dit aujourd’hui, « récurrente ».
On se souvient de l’incapacité à situer la Palestine chez cette militante… qui défend l’existence d’un État palestinien mais ne sait pas où le mettre sur la carte !
C’était le 5 mars 2024 sur la chaine Public-Sénat où le niveau en géographie de la figure de proue de LFI ne semblait pas dépasser le cours élémentaire première année.
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Son niveau de connaissance en histoire de France lui aurait-il permis de décrocher le baccalauréat général de l’année 2026, comme 95,9% des candidats cette année-là ?
Pas si sûr, si l’on en croit son exposé en mai 2026 sur « le Média » qui a encore accru sa renommée.
Avec l’assurance qu’on lui connaît, elle expliquait que « la France blanche et chrétienne n’a jamais existé » !
Trop fort Mathilde !
A rendre jaloux Gérard Noiriel qui voyait une sainte transgenre dans une statue de la basilique de Vézelay…
Cette apologie de l’ignorance à gauche m’évoque la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne chinoise (GRCP), lorsqu’en 1966 Mao désigna à la violence destructrice des Garde rouges les fondements de la culture chinoise et ceux qui la portaient alors.
Qu’une telle bêtise soit proclamée par la présidente d’un groupe parlementaire (LFI) au Parlement de la France défie l’entendement.
L’assurance, la faconde du propos de cette dame et la certitude qui a chassé à jamais toute trace de doute dans la conduite de sa fonction de parlementaire immortalisent le constat d’André Glucksmann : « Le propre du crétin est de ne jamais se laisser désarçonner ».
S’entourer d’ignorants et d’incultes est une stratégie de chef de clan pour assurer sa domination sur son entourage et se garantir contre toute tentative de voir naître des concurrences.
Le gourou de LFI l’a bien compris.
Panot est l’emblème de ce vide de la pensée autour de lui et ce n’est pas le ralliement annoncé de Sandrine Rousseau à la candidature de Mélenchon pour les futures élections présidentielles qui peut ouvrir une brèche dans ce panthéon de la bêtise.
[1] – André Glucksmann, La bêtise, Grasset & Fasquelle, 1985.
[2] – A.Glucksmann, dans le Nouvel Obs, le 04/03/1974.
[3] – Marcel Gauchet, La démocratie contre elle-même, Gallimard, 2002.
[4] – Discours prononcé lors des « Journées d’été des verts », en 2022.
[5] – A Glucksmann, La bêtise, p. 274, puis p 108.
[6] – Commission cubaine des droits humains et de la réconciliation nationale (CCDHRN).
[7] – Cité par Elizabeth Burgos, « Condamner et punir : le système pénitentiaire cubain », Nuevo mundo, 16/01/2009.
[8] – Hervé Hamon, Patrick Rotman, Génération. I – Les années de rêve, Seuil, 1987, p 227.
Source et Publication: https://www.causeur.fr/eloge-de-la-betise-332215?utm_
La prière des pierres: Jean-Marie Piquemal, bâtisseur de la chapelle de Notre-Dame de la Goutte
Prix: 19,00 €
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