dimanche 12 avril 2026

ON EN REPARLE ! UN SAMEDI SOUS TENSION À SAINT-DENIS !

À Saint-Denis, des tensions redoutées ce samedi après l’interdiction d’un rassemblement d'extrême droite

Un rassemblement d’extrême droite a été interdit à Saint-Denis ce samedi 11 avril 2026. 

Des contre-mobilisations sont attendues, faisant craindre des heurts.

La tension ne redescend pas depuis l’élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis
La tension ne redescend pas depuis l’élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis (©GG/actu Paris)
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Un samedi sous tension à Saint-Denis

Un rassemblement organisé par le Parti de la France, classé à l’extrême droite, a été interdit par la préfecture de Seine-Saint-Denis en raison de risques de troubles à l’ordre public. 

Mais malgré cette décision, plusieurs appels à se mobiliser ont été lancés pour ce 11 avril, notamment pour protester contre cet événement.

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La crainte d’incidents autour de la basilique

Les autorités redoutent des tensions liées à la présence possible de groupes aux opinions opposées et des face-à-face pouvant dégénérer en affrontements.

Dans ce contexte, un arrêté interdit également les rassemblements non déclarés dans un périmètre autour de la mairie et de la basilique, zones jugées sensibles.

Pour prévenir tout incident, un dispositif de sécurité  est déployé. 

Les autorités ont notamment autorisé l’usage de caméras embarquées sur des drones afin de surveiller les rassemblements et anticiper d’éventuels troubles.

« Une manifestation déclarée débutera en outre sa déambulation depuis le parvis de la
Basilique Saint-Denis et qu’une cérémonie d’ordination de 18 diacres et prêtres se tiendra dans la Basilique ce même jour, indique la préfecture de police. 

Il convient d’assurer la sécurité des personnes, des biens et des rassemblements ainsi que la régulation des flux de transport ». 

Bally Bagayoko, fraîchement élu, avait signifié son opposition à ce rassemblement sur Facebook, le 7 avril dernier. 

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« Ce rassemblement, qui n’a pas été déclaré […] fait apparaître des revendications susceptibles de favoriser la provocation, la discrimination ou la haine à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur origine, indique la préfecture dans un communiqué. 

La tenue de ces rassemblements est de nature à susciter des troubles à l’ordre public et d’occasionner des affrontements entre militants aux revendications antagonistes. »

Un parti opposé à « l’islamo-gauchisme et à l’anti-France »

Le Parti de la France avait appelé sur son site internet à un rassemblement samedi à 14 heures sur le parvis de la Basilique de Saint-Denis, « pour rappeler que Saint-Denis reste une ville française, qu’elle ne doit pas devenir le laboratoire de l’islamo-gauchisme et de l’anti-France ». 

Il avait également annoncé des prises de parole par plusieurs personnalités de la droite nationale, « pour rappeler que nous ne céderons pas un pouce du territoire national, malgré la colonisation migratoire ».

Ce collectif a été fondé en 2009 par l’ancien secrétaire général du FN Carl Lang, qui a passé la main à Thomas Joly en 2019. 

Il revendique son opposition totale à l’immigration illégale comme légale.

Cet appel à manifestation intervient une semaine après le rassemblement contre le racisme à Saint-Denis qui avait réuni des milliers de personnes, à l’initiative du nouveau maire Insoumis de la ville, Bally Bagayoko.

 Source et Publication :  https://actu.fr/ile-de-france/saint-denis_93066/

 

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Saint-Denis : le Parti de la France muselé au nom de l’ordre public



 

Il y a des scènes qui, à elles seules, résument une époque. 

Pas besoin de longs discours, pas besoin de théories compliquées. 

Juste un enchaînement de faits, bruts, presque banals en apparence, mais qui, mis bout à bout, finissent par dessiner une réalité impossible à ignorer. 

 

Ce qui s’est joué à Saint-Denis ces derniers jours appartient à cette catégorie. 

D’un côté, une mobilisation validée, encadrée, acceptée, presque accompagnée.

 De l’autre, une initiative portée par le Parti de la France, immédiatement stoppée net, interdite avant même d’exister réellement. 

 

Et derrière cette mécanique bien huilée, toujours la même explication, toujours le même écran de fumée : le fameux “risque de trouble à l’ordre public”.

Ce mot-là, “ordre public”, est devenu la clé de voûte de toutes les décisions, le joker absolu qui permet de justifier l’injustifiable.

 On l’agite comme un argument neutre, technique, presque incontestable. 

Qui oserait être contre l’ordre public ? 

Qui voudrait du désordre ? 

Personne, évidemment. 

Et c’est précisément pour ça que cet argument est si pratique.

 Il est suffisamment flou pour être utilisé partout, suffisamment vague pour être adapté à toutes les situations, suffisamment puissant pour couper court à toute contestation. 

Mais à force d’être utilisé à tort et à travers, il finit par révéler ce qu’il est devenu : non pas un principe, mais un outil. 

Et un outil dont l’usage est de plus en plus sélectif.

Car c’est bien là que le bât blesse. 

Si l’ordre public était appliqué de manière stricte, uniforme, indifférente aux opinions exprimées, le débat serait tout autre.

 On pourrait contester certaines décisions, bien sûr, mais on ne pourrait pas parler de déséquilibre. 

Or, ce n’est pas ce que l’on observe.

 Ce que l’on voit, c’est une application à géométrie variable.

 Une grille de lecture implicite qui distingue les mobilisations jugées acceptables de celles considérées comme problématiques.

 Et cette distinction ne repose pas uniquement sur des critères de sécurité.

 Elle repose aussi, qu’on le veuille ou non, sur la nature du message porté.

On l’a déjà vu ailleurs. 

À Lyon par exemple, certaines manifestations tendues ont été maintenues malgré des risques connus, au nom du droit d’expression et de la capacité des forces de l’ordre à encadrer. 

Dans le même temps, d’autres rassemblements, pourtant annoncés, ont été interdits en amont, avec des arguments similaires sur le papier, mais appliqués de manière beaucoup plus rigide. 

Même logique à Paris lors de certaines mobilisations récentes où des cortèges ont été autorisés malgré un contexte explosif, pendant que d’autres étaient bloqués avant même de prendre forme. 

À chaque fois, le même sentiment revient. 

Pas forcément une injustice flagrante sur un cas isolé, mais une répétition qui finit par poser question.

Quand une manifestation s’inscrit dans le cadre idéologique dominant, quand elle épouse les grandes lignes du discours médiatique et politique du moment, elle bénéficie d’une forme de bienveillance. 

On estime que les forces de l’ordre sauront gérer, que les débordements éventuels resteront marginaux, que l’expression collective mérite d’être respectée. 

À l’inverse, quand une mobilisation vient heurter ce cadre, quand elle introduit une dissonance, quand elle porte une parole jugée dérangeante, le regard change. 

Le risque est soudain amplifié, presque dramatisé. 

Ce qui était gérable devient incontrôlable. 

Ce qui était tolérable devient dangereux. 

Et la décision tombe, sèche, administrative, irrévocable : interdiction.

 

Ce basculement n’est jamais assumé comme tel. 

Il est toujours enveloppé dans un langage neutre, technocratique, presque aseptisé.

 On parle de contexte local, de tensions préexistantes, de risques de confrontation.

 Des termes qui, pris isolément, peuvent sembler légitimes. 

Mais qui, répétés, systématisés, orientés dans un seul sens, finissent par perdre leur crédibilité. 

Car à force d’invoquer le risque pour certains et de le relativiser pour d’autres, on crée un déséquilibre évident.

 Et ce déséquilibre, les gens le perçoivent.

 

Ce sentiment d’injustice est d’autant plus fort qu’il touche à un droit fondamental. 

Le droit de manifester n’est pas une faveur accordée selon le bon vouloir du moment. 

C’est une composante essentielle de la vie démocratique. 

Quand la parole ne suffit plus, la rue devient un espace d’expression. 

Restreindre cet espace, ce n’est pas seulement encadrer une manifestation, c’est limiter une forme d’expression politique.

 

Bien sûr, certaines manifestations dégénèrent. Personne ne le nie. 

Mais la vraie question est ailleurs. 

Pourquoi ces risques sont jugés acceptables dans certains cas et insupportables dans d’autres ? 

Pourquoi l’encadrement est possible un jour et impossible le lendemain ? 

Pourquoi la gestion devient soudain hors de portée précisément quand le message dérange ?

 

À Saint-Denis, le contexte est connu. 

Territoire sensible, tensions fortes, enjeux politiques lourds. Justement. 

C’est dans ce type de situation que l’équilibre devrait être irréprochable.

 Or, c’est souvent là que les décisions deviennent les plus discutables. 

Le contexte sert de justification.

 Mais il sert aussi, parfois, de levier.

 

Ce qui s’installe peu à peu, c’est une hiérarchie implicite des opinions. 

Une frontière invisible entre ce qui peut s’exprimer et ce qui doit être contenu. 

Et cette frontière n’est jamais clairement définie. 

Elle se devine, elle se ressent, elle s’observe.

Une démocratie ne fonctionne pas sur la base d’opinions autorisées et d’opinions tolérées.

 Elle repose sur l’égalité de traitement. 

Cela ne veut pas dire que tout est permis. 

Cela veut dire que les règles doivent être les mêmes pour tous. 

Aujourd’hui, ce principe est de plus en plus fragilisé.

 

Les décisions préfectorales, qui devraient être perçues comme des arbitrages techniques, sont de plus en plus vécues comme des choix politiques.

 Et ce glissement est dangereux. 

Parce qu’il nourrit une défiance déjà profonde. 

Parce qu’il renforce l’idée que certaines voix passent mieux que d’autres.

Ce climat ne tombe pas du ciel. Il est le résultat d’accumulations.

 Chaque décision contestée, chaque incohérence perçue, chaque différence de traitement vient nourrir ce malaise.

 Et à force, ce malaise devient une conviction.

Au nom de l’ordre public, on prend des décisions qui finissent par le fragiliser. 

Au nom de la stabilité, on alimente la tension.

 Parce qu’une frustration répétée ne disparaît pas.

 Elle s’installe.

Il ne s’agit pas de défendre un camp. Il s’agit de défendre un principe.

 Si le droit de manifester devient conditionnel, alors il cesse d’être un droit.

 Il devient une autorisation.  Et une autorisation peut toujours être retirée.

 

Ce qui s’est passé à Saint-Denis n’est pas un détail.   C’est un révélateur. 

 

Un révélateur d’un système qui prétend être neutre mais qui, dans les faits, opère des choix.

Et ces choix produisent un effet clair. 

Ils installent l’idée que les règles ne sont plus les mêmes pour tout le monde.

 Ils alimentent une fracture entre le discours officiel et le ressenti réel.

 

À force de répéter que tout est équilibré alors que tout le monde voit l’inverse, on ne protège plus la démocratie, on l’use.

Et à force de trier les manifestations comme on trie les opinions, ce n’est plus l’ordre public qu’on protège, c’est un ordre idéologique.

Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas de savoir qui a le droit de manifester. 

La vraie question, c’est de savoir qui décide encore, réellement, de ceux qui en ont le droit.

 
Par Viguès Jérôme     https://ripostelaique.com/saint-denis




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