Chère Madame, cher Monsieur,
Vendredi dernier, j’ai eu la désagréable surprise de retrouver la trappe à essence de ma voiture forcée.
J’habite un village à une soixantaine de kilomètres de Paris, je gare ma voiture dans la rue devant chez moi et je n’avais encore jamais eu ce genre de problème.
D’ailleurs, je ne m’en suis pas rendue compte immédiatement, mais lorsque j’étais à la station-service pour faire le plein, j’ai trouvé le clapet embouti et surtout, impossible de l’ouvrir.
Celui qui l’a forcé n’a pas réussi à l’ouvrir non plus mais il l’a bloqué !
Je suis donc allée chez le garagiste, un peu stressée par mon niveau d’essence très bas, pour qu’il débloque la situation.
Au bout d’une trentaine de minutes, il est parvenu à ouvrir et rafistoler la trappe ; et surtout, il m’a confirmé que quelqu’un a bien essayé de la forcer pour siphonner le carburant, très certainement.
Je n’en revenais pas. Il ne s’agit bien sûr pas d’un acte de délinquance très grave… mais tout de même, il en dit long sur la “charge mentale” que doivent subir les Français ordinaires.
Nous nous sommes quittés avec mon garagiste sur le constat “café de commerce” que “vraiment et décidément, nous ne sommes plus épargnés nulle part”.
Et encore, il ne s’agissait que de ma trappe à essence !
“Il faut s’y habituer”
Voilà ce que le garagiste m’a dit quand il s’escrimait à remettre la trappe dans son axe.
Et en effet, de nombreux Français sont désormais habitués à vivre dans l’incivisme et la “petite délinquance” du quotidien.
Mais je ne m’y résous pas.
Parce que ce n’est pas une fatalité.
Et c’est le sens de mon combat à l’IPJ. Je vous l’ai écrit des dizaines de fois, certains pensent peut-être même que je radote !
Mais tant que la bataille ne sera pas gagnée et que les pouvoirs publics ne feront pas ce qu’il faut pour lutter contre la délinquance, je continuerai.
Parce que je sais qu’il est possible de faire chuter la délinquance.
Certains ont réussi.
Alors je trouve rageant de connaître les solutions, de les donner à nos dirigeants et de constater que rien ne se passe…
Connaissez-vous la théorie de la vitre brisée ?
Par exemple, à New York, la criminalité a chuté vertigineusement, de plus de 80 % entre le début des années 1990 et aujourd’hui.
Une des raisons de cette baisse, c’est la tactique de la « vitre brisée ».
Comme son nom l’indique, cette théorie estime que, dans une rue, si un bâtiment a une vitre brisée que personne ne répare, alors cette vitre brisée envoie le signal à tout le monde que le désordre règne dans cette rue.
La « vitre brisée » veut dire que la police ne doit pas seulement lutter contre la criminalité, mais aussi faire respecter l’ordre dans l’espace public.
Elle doit donc intervenir contre les incivilités du quotidien — consommation de drogue dans la rue, uriner en public, mendicité agressive, regroupements dans les halls, etc. — au lieu de les laisser passer sous prétexte de priorités plus importantes ou par crainte de tensions.
Les policiers doivent reprendre le contrôle des espaces publics pour faire cesser ces atteintes à la tranquillité et contrôler ceux qui s’en rendent coupables, pour vérifier qu’ils n’ont rien de plus sérieux à se reprocher.
Dit comme cela, cela peut paraître très simple, mais pourtant les résultats peuvent être spectaculaires.
La population reprend confiance dans l’action de la police.
Les gens ne se sentent plus seuls face aux petits voyous, ils osent à nouveau faire respecter les règles basiques de la vie en commun.
Ils peuvent fournir aux forces de l’ordre des témoignages sur les actes de délinquance dont ils sont témoins.
Parce qu’assez souvent, les individus « incivils » ont aussi de vrais délits à leur actif, en ciblant les petites infractions, il n’est pas rare d’en découvrir de bien plus sérieuses.
Mais pour que cette action soit vraiment efficace, il faut qu’elle soit secondée par la justice.
Pour que la tactique de la vitre brisée ait des résultats, il faut que la justice sanctionne effectivement dès le premier délit, et que les peines soient exécutées sans tarder.
Autant vous dire que je suis donc circonspecte…
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