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Lettre au garde des Sceaux, Gérald Darmanin : "La justice est devenue, pour certains, inaccessible"
Tribune
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Ce 13 avril est examinée la réforme de la procédure pénale au Sénat.
Dans cette lettre ouverte adressée au ministre de la Justice, l'avocate au barreau de Paris et auteur du livre « Maître, sortez-moi de là ! » (Mareuil), Najwa El Haïté, critique le danger que représente, selon elle, l’extension envisagée du plaider coupable aux crimes les plus graves dans notre système judiciaire.
Monsieur le garde des Sceaux,
La justice française tient encore debout.
Mais elle vacille.
Elle vacille sous le poids des dossiers qui s’empilent, des audiences qui s’éloignent, des vérités qui s’effacent à mesure que le temps passe.
Elle vacille face à ces familles de victimes qui n’attendent ni compassion ni discours, mais seulement une réponse.
Une date. Une vérité.
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Aujourd’hui, la justice n’est plus seulement lente : elle devient, pour certains, inaccessible.
Et lorsqu’une mère attend des années pour comprendre ce qui est arrivé à son enfant, ce n’est plus un dysfonctionnement.
C’est une défaillance de l’État.
La justice ne peut être une chaîne de production.
Elle ne peut être gouvernée par des logiques de flux, de statistiques ou de rendement.
Elle est une exigence démocratique.
Elle est un pacte. Or, ce pacte se fissure.
LE CŒUR BATTANT DE L'ÉTAT DE DROIT
L’extension envisagée du plaider coupable aux crimes les plus graves interroge profondément.
Peut-on réellement juger l’indicible dans la discrétion d’une négociation ?
Peut-on sacrifier la solennité des assises, la publicité des débats, la recherche de la vérité, sur l’autel de l’efficacité ?
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La justice ne doit pas aller plus vite si c’est pour aller moins loin.
Ce dont notre pays a besoin, ce n’est pas d’une justice expéditive.
C’est d’une justice exigeante, humaine et pleinement assumée.
Cela suppose des moyens, bien sûr.
Mais cela suppose surtout une volonté politique claire : redonner une place réelle aux victimes, renforcer les enquêtes dans les affaires complexes et non élucidées, et enfin, soutenir effectivement le pôle des affaires non élucidées de Nanterre, aujourd’hui en attente d’un engagement fort.
La justice n’est pas une dépense. Elle est le cœur battant de l’État de droit.
À force de la considérer comme un coût, nous prenons le risque d’accepter l’inacceptable : que certaines vérités ne soient jamais dites, que certaines injustices demeurent sans réponse.
Monsieur le garde des Sceaux, la question est simple et elle est grave : voulons-nous une justice qui fonctionne, ou une justice qui calcule ?
Il est encore temps d’agir.
Mais il n’est plus temps d’hésiter.


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