mardi 14 avril 2026

CRISE PÉTROLÈRE : HIER ,SUEZ . DEMAIN , ORMUZ ? ( PROF. JEAN-RICHARD SULZER )

 TRIBUNE LIBRE  !

Crise pétrolière : hier, Suez.

 Demain, Ormuz ?

Au lieu de planifier une révolution énergétique, la France devrait éviter de revenir au rationnement d'essence !
@Wikimedia commons
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Le monde consomme, aujourd'hui, plus d'hydrocarbures qu'il n'en produit. 

En effet, ce sont 20 millions de barils par jour qui transitent par le détroit d'Ormuz et qui manquent à l'appel, sans compter les gisements endommagés qui exportaient leur production par voie terrestre. 

Soit, globalement, 20 % de la consommation mondiale, principalement celle des pays asiatiques. 

Mais ces derniers ont commencé à reporter leurs achats vers d'autres zones de production. 

 

Donc, si la situation perdurait ou s'aggravait, les pays développés ne pourraient pas durablement puiser dans leurs réserves stratégiques. 

C'est ce déséquilibre entre la demande et l'offre qui explique l'envolée des cours.

 

Si le blocage devait persister, les gouvernements des nations les plus développées se trouveraient bien face à un choix cornélien : soit ils instaurent le rationnement des hydrocarbures, soit ils laissent les prix de l'essence et du fioul ronger le portefeuille des entreprises et des ménages. 

Or, le déséquilibre persistant de notre balance commerciale ne laisse à la France qu'une faible marge de manœuvre. 

Certains Français l'ont sans doute oublié, mais la France a déjà décidé le rationnement des hydrocarbures.

Les rationnements de 1939 et 1956

L'essence a été rationnée une première fois lors de la déclaration de guerre en 1939.

 Ce rationnement ressortait de la compétence des autorités municipales et les quantités allouées aux automobilistes variaient d'une ville à l'autre. 

À partir de l'été 1940, les pompes sont tombées à sec et l'essence a été réservée aux véhicules prioritaires (services publics, médecins, véhicules de secours ou de transport professionnel).

 

Le dernier exemple en date est donc le rationnement instauré en France de novembre 1956 à juillet 1957.

En juillet 1956, l’Égypte a nationalisé le canal de Suez et provoqué le parachutage de militaires français et britanniques à Port-Saïd. 

Aussitôt, Nasser a obstrué le canal en coulant des navires, ce qui a paralysé l'approvisionnement de l'Europe en hydrocarbures.

 En effet, à cette époque, les tankers n'étaient pas équipés pour passer par le cap de Bonne-Espérance.

Bon voyage, Monsieur Guy Mollet !

L’arrêté instaurant le rationnement fut publié au Journal officiel du 28 novembre 1956 par le gouvernement Guy Mollet, sous la signature d'un secrétaire d’État RPF, M. Maurice Lemaire, peu connu en dehors du massif vosgien.
 

Ce texte décrit à peu près ce qui nous attend en cas de rationnement des hydrocarbures. 

Le contingent mensuel, représenté par des tickets, n'était pas très généreux : 4 litres par mois pour les mobylettes, 10 litres pour les motos, 20 à 30 litres pour les voitures en fonction de leur cylindrée et, enfin, 50 litres par mois pour les cars et les camions ! 

Des tickets supplémentaires pouvaient être attribués aux véhicules prioritaires ainsi qu'aux médecins et pharmaciens.


En bon polytechnicien, M. Lemaire avait pensé aux touristes immatriculés à l'étranger : ces derniers devaient aller chercher leurs tickets de rationnement à la préfecture de leur lieu de villégiature.

 En clair, les touristes venant de Rostock ou d'Amsterdam et désireux de séjourner dans le sud de la France devaient se présenter dans les préfectures de Nice, Toulon, Marseille, Perpignan ou Montpellier… pour y recevoir leur ticket de rationnement de 20 ou 30 litres !

 

 Inutile de préciser qu'une telle hypothèse serait dévastatrice pour notre industrie touristique. 

Mais si les touristes ne sont pas astreints au rationnement, certains de nos concitoyens siphonneront allègrement la camionnette de leur plombier polonais…

 

Froid dans le dos…

Froid dans le dos... et froid aux pieds, si l'on en croit la presse de l'époque. 

En effet, le fioul domestique était également rationné en fonction de la consommation de l'année précédente, aux environs de la moitié pour ceux qui arrivaient à se faire livrer. 

 

Par contre, le coke, le gaz et le charbon de bois n'étaient pas contingentés, et beaucoup de foyers ont été intoxiqués durant l'hiver 1956-1957 par des appareils de chauffage improvisés.

 En conclusion, il ne suffit pas de planifier une révolution énergétique à dix ans. 

C'est maintenant que nos concitoyens doivent être informés des mesures qui seraient réellement envisagées, demain ou après demain, en cas de difficultés. 

 

Nos compatriotes sont las des bonimenteurs qui veulent nous faire « préférer le train », tandis que les TGV affichent complet, ou qui nous orientent vers les voitures électriques, alors que certaines ont fait la queue, le week-end dernier, sur nos aires d'autoroutes, faute de bornes de recharge en nombre suffisant.

 

 Picture of Pr Jean-Richard Sulzer

Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes
 
ET AUSSI
 

[TRIBUNE] 

 

Énergie : la stratégie « clownesque » du Premier ministre Lecornu

Derrière les discours officiels, une politique énergétique incohérente et lourde de conséquences pour la France.
@Pexels
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Sébastien Lecornu s’est livré à un hallucinant exercice de communication sur la stratégie énergétique. 

 

Il a alterné des banalités (l’énergie est « un enjeu de sécurité nationale ») avec la récitation docile de leçons bien apprises, inspirées d’Ursula von der Leyen (d’ici à 2030, deux voitures sur trois devront être électriques), sans oublier l’indispensable incantation à la réindustrialisation.

Irresponsabilité

Ce Premier ministre aux allures de clerc de notaire balzacien a même affirmé que c’était un choix fort « d’électrifier la France pour la rendre indépendante ».

 

 Sans doute lui a-t-il échappé que ce choix avait été fait par le général de Gaulle, qui déclarait, en 1963, année de la mise en service de la première centrale nucléaire à Chinon : « Cette puissance nucléaire, comme on dit, est liée directement à l’énergie nucléaire elle-même, qui est, comme vous le savez tous, le fond de l’activité de demain. » 

 

 Privés du gaz et du pétrole algériens, il nous fallait un programme nucléaire fort. 

Programme poursuivi par Georges Pompidou, puis Valéry Giscard d’Estaing avec le plan Messmer.

C’est avec l’avènement de Mitterrand au pouvoir que l’irresponsabilité et la cécité triomphent : « J’entends terminer les centrales nucléaires en construction et je n’entends pas mettre en œuvre celles qui ne le sont pas », déclare-t-il, en 1981, pour se démarquer de son adversaire.

 

 Voilà qui annonçait la décision désastreuse de François Hollande de 2012 : « Réduire la part du nucléaire est une nécessité. 

Je propose qu’à l’horizon 2025, nous ayons diminué de 75 % à un peu plus de 50 % la part du nucléaire. » 

 Tout cela pour obtenir le soutien des Verts, au mépris des intérêts vitaux de la France. Un véritable crime de haute trahison économique qui entraîna la fermeture de la centrale de Fessenheim. 

 

En 2018, Emmanuel Macron, lors de la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie, prônait l’arrêt de 12 réacteurs, en plus des deux de Fessenheim, à l’horizon 2035. 

Si tous ces gens étaient des comiques troupiers, cela prêterait peut-être à rire, mais ils ont été, ou sont encore, président de la République française !

 

Dans un pays normal, plus personne n’écouterait ni l’actuel Président, ni l’ancien redevenu député.

 Mais il faut encore les subir alors qu’il conviendrait, pour le bien de la France et des Français, de les chasser de toute responsabilité politique, puisqu’ils ont fait amplement preuve de leur irresponsabilité.

Où est notre souveraineté ?

Et voici donc notre Premier ministre qui redécouvre les vertus de l’indépendance énergétique et ose affirmer : « La souveraineté ne se découpe pas. C’est un tout. Elle est énergétique. Elle est industrielle. Elle est militaire. »

 

  Or, il appartient à cette nomenklatura, qui ne cesse depuis des décennies de découper la souveraineté française, de la mettre en pièces au profit de l’empire ubuesque de l’Union européenne. 

Mais où est donc notre souveraineté énergétique quand l’UE nous impose l’objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables, ce qui nous vaut le massacre de nos paysages marins et terrestres par des moulins à vent à l’efficacité énergétique faible, à la production intermittente et aux coûts prohibitifs ?

 

 Mais où donc est cette souveraineté quand l’UE veut contraindre EDF à ouvrir à la concurrence les concessions des barrages hydroélectriques, alors que ceux-ci sont amortis, rentables et que leur production est prédictible et pilotable ?`

 Et, à défaut, obliger EDF à vendre entre un quart et un tiers de sa production hydroélectrique à ses concurrents, à l’image de ce qui s’est fait avec l’énergie nucléaire ? 

 

Mais où est donc la souveraineté énergétique de la France quand la Commission ouvre « une enquête approfondie » au nom de la concurrence et du contrôle des « aides d’État » sur le programme EPR2 qui prévoit la construction de six nouveaux réacteurs de fortes puissances sur trois sites. De qui le Premier ministre se moque-t-il ?

 

Où est notre souveraineté industrielle mise à mal par la Commission européenne qui, au nom de la sacro-sainte concurrence, s’est toujours opposée à la constitution de « champions nationaux » et a réussi, par exemple, le tour de force de détruire la production d’aluminium en Europe en s’opposant, en 2000, à la fusion entre Pechiney, le Canadien Alcan et le Suisse Algroup ? 

La politique de très large ouverture commerciale de l’Union européenne aux vents de la concurrence mondiale, avec des entreprises ne connaissant ni nos contraintes sociales, ni nos contraintes environnementales, ni nos contraintes sanitaires, a ravagé nombre de nos secteurs industriels. 

Mais où sera donc notre souveraineté militaire lorsque Macron aura réalisé son rêve utopique d’armée européenne et de dissuasion partagée ? 

 

Un proverbe turc dit : « Quand un clown s’installe dans un palais, il ne devient pas roi, c’est le palais qui devient un cirque. » 

 Nous y sommes.

 

Par 

Chroniqueur à BV, élu de Vendée, ancien député européen
 
Source et Publications :   https://www.bvoltaire.fr/tribunes
 
 

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