REVUE DE PRESSE
Mercosur : champagne à Bruxelles, colère dans les fermes
L’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur est signé ce samedi à Asuncion, au Paraguay. Une cérémonie solennelle, des sourires officiels, des discours sur « le partenariat » et « l’ouverture au monde ». Et, loin des caméras, une inquiétude sourde qui monte des campagnes européennes.
Après plus de vingt-cinq ans de négociations, le traité est présenté comme une victoire diplomatique majeure. Il crée l’une des plus vastes zones de libre-échange de la planète, rassemblant plus de 700 millions de consommateurs et près de 30 % du PIB mondial. Sur le papier, l’affaire est grandiose. Sur le terrain, elle est explosive.
Une signature très politique
Ursula von der Leyen et Antonio Costa assistent à la cérémonie aux côtés des présidents paraguayen et uruguayen. Le Brésil, moteur économique du Mercosur, est représenté sans son chef d’État, Lula ayant décliné l’invitation de dernière minute. Peu importe : l’essentiel est ailleurs. Bruxelles veut montrer que l’Union européenne sait encore conclure de grands accords commerciaux, malgré les crises, malgré les tensions géopolitiques, malgré les protestations internes.
Le message est clair : l’UE se veut championne du libre-échange au moment même où les États-Unis et la Chine durcissent leurs politiques commerciales.
L’agriculture européenne en ligne de mire
Dans les capitales, on parle de croissance. Dans les campagnes, on parle de survie.
L’accord prévoit la suppression d’une grande partie des droits de douane. Les constructeurs automobiles européens, l’industrie des machines-outils, les producteurs de vins et de fromages y voient une opportunité formidable. À l’inverse, l’Europe ouvre largement ses portes à la viande bovine et de volaille sud-américaine, au sucre, au riz, au miel, au soja, avec des quotas avantageux.
Des produits souvent moins chers, produits avec des normes sanitaires, environnementales et sociales bien plus souples – euphémisme – que celles imposées aux agriculteurs européens.
La concurrence est frontale. Et, pour beaucoup d’exploitants, elle est tout simplement ingérable.
La France marginalisée
Paris s’est opposé à l’accord, officiellement au nom de la protection des filières agricoles et des exigences sanitaires. Mais la France n’a pas pesé lourd face à une majorité d’États membres décidés à aller « de l’avant ».
Résultat : l’accord avance sans elle, ou presque. Une image cruelle d’un pays qui proteste, alerte, manifeste… puis se fait contourner.
Les syndicats agricoles dénoncent déjà un coup de massue supplémentaire porté à un secteur étranglé par les charges, les normes, l’endettement et la volatilité des prix.
Les gagnants, les perdants
Le partage est d’une limpidité brutale.
Gagnants : les grandes entreprises exportatrices, l’industrie, les groupes agro-alimentaires mondialisés, les logisticiens, les ports.
Perdants : les éleveurs européens, les petites exploitations, les territoires ruraux déjà fragilisés.
Bruxelles promet des mécanismes de compensation, des fonds d’accompagnement, des contrôles renforcés. Des promesses déjà entendues, jamais tenues.
Le libre-échange comme dogme
Pour les partisans du traité, l’accord est « moderne », « stratégique », « indispensable ». Il permettrait de renforcer les liens avec l’Amérique du Sud et de défendre le multilatéralisme face aux grandes puissances protectionnistes.
Pour ses opposants, il illustre surtout une logique devenue mécanique : ouvrir les marchés, coûte que coûte, quitte à transformer des secteurs entiers en variables d’ajustement.
Une mondialisation gérée depuis les bureaux, loin des étables, des champs et des réalités économiques locales.
Le traité est désormais signé, et la contestation agricole, elle, ne fait que commencer.
ET AUSSI
Traité UE-Mercosur : les obstacles juridiques encore possibles
L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) a été officiellement signé ce 17 janvier 2026, au terme de plus de deux décennies de négociations diplomatiques et commerciales.
Cette signature fait suite à l’autorisation donnée quelques jours plus tôt par le Conseil de l’Union européenne à la Commission européenne pour conclure le traité au nom des Vingt-Sept, contre la France.
Paris s’est opposé au texte jusqu’au dernier moment, sans parvenir à constituer une minorité de blocage suffisante au sein du Conseil.
Une entrée en vigueur encore juridiquement incomplète
Contrairement à une idée répandue, la signature ne signifie pas une application immédiate et définitive de l’accord.
Le texte prévoit en principe une ratification par le Parlement européen avant toute entrée en vigueur complète.
Toutefois, une modification récente des règles procédurales permet à la Commission européenne de décider d’une application provisoire de certaines dispositions, avant même le vote des eurodéputés.
À ce stade, la Commission n’a pas encore officiellement confirmé si elle utilisera cette possibilité.
Le rôle central du Parlement européen
Une séance plénière du Parlement européen est prévue le 20 janvier.
Les députés devront notamment se prononcer sur l’opportunité de saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) afin de vérifier la conformité juridique de l’accord.
Si une telle saisine était votée, l’examen du traité pourrait être suspendu pendant environ dix-huit mois, durée moyenne d’une procédure devant la CJUE, ce qui bloquerait mécaniquement l’application définitive du texte et pourrait interrompre une éventuelle phase provisoire.
Des dispositions commerciales étalées dans le temps
Même en cas d’entrée en vigueur, toutes les mesures prévues par l’accord ne s’appliqueront pas simultanément.
Selon l’administration française des douanes, certaines facilités tarifaires seront immédiates, tandis que d’autres seront mises en place progressivement selon un calendrier annexé au traité.
La mise en œuvre technique repose sur des adaptations informatiques pilotées par la Commission européenne, ensuite transmises aux États membres pour application opérationnelle.
Des contrôles douaniers renforcés
Les autorités françaises ont annoncé la création prochaine d’une brigade spécialisée dans le contrôle des importations en provenance d’Amérique du Sud, notamment pour lutter contre les fraudes à l’origine des produits.
Cette unité serait composée en partie d’agents actuellement affectés aux contrôles post-Brexit sur les marchandises britanniques.
Des volumes d’importation encadrés par des quotas
L’accord prévoit des quotas stricts sur plusieurs produits agricoles sensibles.
Pour la viande bovine, par exemple, 99 000 tonnes par an bénéficieront d’un droit de douane réduit à 7,5 %, soit environ 1,6 % de la production européenne, tandis que le reste restera taxé à hauteur de 20 %.
Des mécanismes similaires existent pour la volaille et le porc.
Les autorités françaises estiment que l’impact principal pourrait concerner certains produits comme le soja ou le sucre, davantage importés, avec un possible effet modéré sur les prix à moyen terme.
À ce stade, l’entrée en vigueur effective du traité dépend donc moins de la signature que des décisions à venir du Parlement européen et, éventuellement, de la Cour de justice de l’Union européenne.
Source : https://lejdf.fr/traite-ue-mercosur-les-obstacles-juridiques-encore-possibles/
ET AUSSI
Les enseignes françaises à l'offensive contre le Mercosur
Depuis novembre 2024, les grands patrons de la distribution française multiplient les prises de position contre l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur.
Une mobilisation inédite qui témoigne de la pression du monde agricole et des enjeux de souveraineté alimentaire.
Une vague de boycotts coordonnés
Le 20 novembre 2024, Alexandre Bompard ouvre le bal.
Dans une lettre à la FNSEA, le PDG de Carrefour s'engage à ne commercialiser « aucune viande en provenance du Mercosur, quels que soient les prix et les quantités ».
Un geste fort de solidarité avec les éleveurs français, même si le groupe doit ensuite préciser sa position face aux réactions au Brésil, où Carrefour est très implanté.
Le lendemain, Thierry Cotillard emboîte le pas.
Le président d'Intermarché annonce le boycott de « toute viande bovine, porcine et volaille issue des pays d'Amérique du Sud » dans les rayons traditionnels d'Intermarché et Netto.
Il va même plus loin en promettant la suppression progressive des viandes Mercosur dans les plats transformés des marques propres.

Michel-Édouard Leclerc, fer de lance du combat
Le président d'E.Leclerc se distingue par la constance de son engagement.
Dès le 24 novembre 2024 sur RTL, il affirme que son enseigne ne vend « à 99 % » pas de viande du Mercosur et qualifie l'accord de « mauvais deal » en l'absence de clause de réciprocité sur les normes.
Un an plus tard, le 16 décembre 2025 sur France Inter, il durcit le ton : l'accord « fait fi des normes que nous devons respecter ».
Il promet même un boycott actif des produits sud-américains ne respectant pas les standards européens si le traité était signé.
Sur son blog fin décembre, il réaffirme : « E.Leclerc est du côté des producteurs français contre la signature en l'état du traité Mercosur ».
Coopérative U dénonce « le Shein de la concurrence déloyale »
Le 16 décembre 2025, Dominique Schelcher frappe fort avec une formule choc.
Sur RMC, le PDG de Système U compare le Mercosur au géant chinois du textile : « C'est un peu le Shein de la concurrence déloyale ».
Son message est clair : « On n'achètera pas de produits d'Amérique du Sud à partir du moment où il y a des produits équivalents français ».
Il pointe du doigt l'absurdité d'un système à deux vitesses : imposer de lourdes contraintes aux agriculteurs français tout en laissant entrer des produits soumis à des normes plus souples.
Un front commun au Salon de l'agriculture
Le 27 février 2025, les dirigeants de Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Auchan et Casino affichent leur unité lors d'une table ronde au Salon de l'agriculture, aux côtés de Karine Le Marchand.
Un symbole fort, même si tous ne s'expriment pas individuellement sur le dossier Mercosur.
Casino, empêtré dans ses difficultés financières, reste notamment discret. Auchan ne formule pas de position publique spécifique sur le traité.
Une bataille autour des normes
Au-delà des postures, le cœur du débat porte sur la clause de réciprocité.
Tous les dirigeants mobilisés martèlent le même argument : comment accepter des importations qui ne respectent pas les normes environnementales, sanitaires et climatiques imposées aux producteurs français ?
Thierry Cotillard va jusqu'à interpeller les industriels pour qu'ils fassent preuve de « plus de transparence sur l'origine de la matière première utilisée » dans les produits transformés.
Car au-delà de la viande fraîche, c'est toute la filière agroalimentaire qui est concernée.
Une mobilisation qui interroge
Cette offensive unanime soulève des questions.
Les distributeurs répondent-ils à une conviction profonde ou à la pression d'un monde agricole en colère ?
La réalité du terrain correspond-elle aux engagements affichés ?
Ce qui est certain, c'est que le Mercosur a réussi l'exploit de fédérer un secteur habituellement plus prompt à se livrer une concurrence féroce.
Et que les agriculteurs français ont trouvé, au moins dans le discours, des alliés inattendus au rayon viande.

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