Conseil de défense au palais de l’Élysée, projection d’un détachement militaire (on se calme : une quinzaine d’hommes, pour l’instant)… la guerre du Groenland aura-t-elle lieu ?
Lors de ses vœux aux armées sur la base d’Istres (Bouches-du-Rhône), ce jeudi 15 janvier, Emmanuel Macron vient de déclarer : « Dans le monde qui nous entoure, un nouveau colonialisme est à l'œuvre chez quelques-uns.
» « Chez quelques-uns » ?
Il n'a pas ajouté et « chez quelques-unes »...
En clair, dans le texte, c’est à l’évidence à la Russie de Poutine, à la Chine de Xi Jinping et à l’Amérique de Trump que Macron fait allusion. La Russie avec son ambition d'annexer les régions russophones de l’Ukraine, la Chine qui rêve de récupérer Taïwan (l’ancienne Formose) et, désormais, les États-Unis qui veulent s’accaparer le Groenland sous souveraineté du royaume de Danemark.
Entre nous, ce mot de « colonialisme » est inapproprié, décalé, voire anachronique. Il s’agit d’un nouvel impérialisme, car le temps qui s’ouvre devant nous est bien celui du retour des empires.
Mais c'est tellement tendance, que de lutter contre le colonialisme...
Nous n'avons sans doute pas tout vu...
Ce qui était inimaginable, il y a encore quelques années, devient désormais envisageable et même très probable. Depuis grosso modo un demi-siècle, nous vivions dans un monde, au fond, assez paradoxal.
D’un côté, les frontières, marques visibles de la souveraineté d’un État, étaient réputées inviolables.
De l’autre, il n’était question que de supprimer ces mêmes frontières : libre-échange débridé auquel l’Union européenne a adhéré sans retenue, érigeant la liberté de mouvement des hommes (d'où l'immigration de masse), des biens et des capitaux en véritable dogme de religion.
Un nouveau temps paradoxal s’ouvre devant nous.
Ainsi, Trump veut le retour des frontières (celles de son pays, en tout cas !) mais n’hésite pas à remettre en cause, d’une certaine façon, celles d’autres pays : ses velléité d’annexion (employons ce mot, pour faire court) du Groenland en sont un exemple frappant.
Mais l’on pourrait évoquer aussi Taïwan, pays indépendant depuis quatre-vingts ans, menacé par Pékin.
Chez un technocrate de Bruxelles, pour qui l’Histoire doit sans doute commencer à Jean Monnet ou à Jacques Delors, c’est de la vieille Histoire, c’est donc de l'acquis pour toujours. Pour la Chine millénaire, 1945, c’est hier.
L’ordre mondial, voulu, notamment, par les Américains qui accouchèrent des Nations unies à San Francisco au printemps 1945, est donc en train de voler en éclats. Et nous n’avons sans doute pas tout vu.
Qu’allons-nous donc faire sur ce glaçon ?
Alors, demain, mourir pour le Groenland ?
On lit, ici et là sur les réseaux sociaux, des commentateurs qui moquent l’expédition décidée par Macron d’une quinzaine de soldats vers cette contrée lointaine et à la nature hostile.
Qu’allons-nous donc faire sur ce glaçon, alors que la France est surendettée, etc. ?
D’abord, avec ce raisonnement, on peut pousser plus loin : supprimons toutes les capacités de projection militaire de la France pour ne garder que de braves poilus qui tiendront nos frontières, du moins ce qu’il en reste, comme ça, on gagnera des dizaines de milliards !
On peut aussi renoncer à notre statut de puissance militaire ; là aussi, on fera des économies.
Ce serait alors passer par pertes et profits des décennies d’efforts humains, technologiques, budgétaires aussi, pour que la France tienne, tant bien que mal, malgré les déficiences de ses gouvernants, son rang dans le monde.
Ensuite, ne sommes-nous pas solidaires de ce petit royaume de Danemark, un des rares pays d’Europe à qui la France n’a jamais fait la guerre ? Fait assez rare pour qu'il soit souligné...
Par ailleurs, il n’est pas absurde que les pays européens, membres de l’OTAN, déploient des troupes dans cette région stratégique.
Dans son intention de prendre le contrôle du Groenland, Trump met en avant une question (sans doute légitime) de sécurité nationale pour son pays à cause des menaces russe et chinoise dans cette région stratégique de l’hémisphère Nord ?
Qu'à cela ne tienne : les nations militaires d’Europe peuvent prendre leur part dans le cadre de l’OTAN dont les États-Unis, jusqu’à nouvel ordre, sont le leader.
Soulignons que l’armée française est une des rares d’Europe à disposer de troupes capables d’évoluer en zones de grand froid. Nos troupes alpines étaient à Narvik en 1940. Nos unités de montagne peuvent bien se déployer au Groenland en 2026 !
Demain, Saint-Pierre-et-Miquelon ?
Comment les choses vont-elles évoluer pour le Groenland ? Y aura-t-il finalement un arrangement entre Américains et Danois pour que personne ne perde la face dans cette affaire ?
Il faudra sans doute un peu de diplomatie du côté américain, après les propos particulièrement grossiers d’un conseiller de Donald Trump, il y a deux jours : « De quel droit le Danemark revendique le contrôle du Groenland, cette colonie ? Le Groenland doit faire partie des États-Unis, ce n’est pas un scoop. » Il est de bon ton, dans ces colonnes, de défendre la souveraineté de notre pays, du moins ce qu’il en reste…
Il n’est donc pas complètement incongru de se poser cette question en jetant un petit coup d'œil sur la carte : et demain, Saint-Pierre-et-Miquelon, les Antilles ?
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

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