Rome : vers un assouplissement à l’endroit des tradis ?

L’engouement pour la liturgie traditionnelle n’est plus à prouver.
Son sens du sacré, du mystère et de la beauté attire chaque année nouveaux et anciens baptisés, le pèlerinage de Chartres - victime de son succès - doit fermer ses préinscriptions avant l’heure, des familles sont prêtes à rouler plusieurs dizaines de kilomètres pour assister à une messe de rite tridentin (codifié à l'issue du Concile de Trente au XVIe siècle) et les séminaires des communautés liées à la liturgie traditionnelle (Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, Institut du Christ Roi, etc.) ne désemplissent pas.
« Si cette liturgie attire aujourd’hui autant, notamment les jeunes, c’est en grande partie à cause de son caractère rituel, sacré et hors du temps, détaille l’abbé Raffray.
Dans une messe traditionnelle, il n’y a rien de profane.
On n’y va pas pour écouter un discours, mais pour entrer dans des gestes et des rites pluriséculaires qui nous dépassent et nous relient à l’éternité.
Cette recherche de racines, de sacralité et de temps long correspond profondément aux attentes de nombreuses jeunes générations. »
Une liturgie qui séduit de plus en plus de fidèles, et qui paradoxalement se trouve dans une situation délicate depuis le motu proprio Traditionis custodes publié par le pape François en 2021.
Des traditionnalistes dans une situation intenable
Pour mémoire, si le pape Benoit XVI avait donné, par son motu proprio Summorum Pontificum de 2007, un cadre canonique à l'usage du rite tridentin, notamment parce que « des personnes jeunes découvraient également cette forme liturgique, se sentaient attirées par elle, et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement », Traditionis custodes annulait cet élargissement et durcissait au contraire les conditions d’accès à ce rite.
« Une situation intenable, ni pour les évêques, ni pour les fidèles, ni pour les prêtres », estime l’abbé Raffray qui évoque « énormément d’incertitudes et d’incompréhensions, avec des situations parfois ubuesques : des communautés traditionnelles qui avaient été encouragées par le pape Benoît XVI se retrouvent aujourd’hui plus ou moins bloquées » et certains évêques qui « limitent au maximum une pratique pourtant reconnue comme un droit dans l’Église ».
Tandis que doit se tenir à Rome cette semaine un consistoire extraordinaire (par opposition aux consistoires ordinaires consacrés aux créations de cardinaux ou aux causes des saints, les consistoires extraordinaires sont tenus à huis clos et permettent au pape de consulter les cardinaux sur des questions importantes), les 7 et 8 janvier, la liturgie y sera à l’ordre du jour.
À l’annonce de ce consistoire, le père Louis-Marie de Blignières, fondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, a adressé aux cardinaux attachés à la liturgie traditionnelle, une lettre proposant de réfléchir à la création d'un ordinariat, c'est-à-dire d'une circonscription ecclésiastique (autrement dit, un diocèse) dédiée spécifiquement à l’ancien rite latin.
« Le simple fait que la question soit remise en discussion est déjà un signe positif.
Cela va clairement dans le sens d’un assouplissement.
Reste à déterminer la forme précise que cela prendra et les conditions dans lesquelles cela se fera. » analyse l’abbé Raffray.
À l’inverse, l’abbé Amar, prêtre du diocèse de Versailles, estime que cette juridiction propre « est une solution. Mais c'est la moins bonne...
Elle isolera les tradis dans une structure, là où les contacts et la rencontre sont une richesse pour les uns et les autres. »
Une juridiction pour la liturgie traditionnelle ? C'est une solution. Mais c'est la moins bonne... Elle isolera les tradis dans une structure, là où les contacts et la rencontre sont une richesse pour les uns et les autres. https://t.co/NIi0TgJbrY
— Abbé Pierre Amar (@abbeamar) January 6, 2026
Une réserve d'Indiens ?
Alors, la création d’un diocèse « tradi » à l’instar d’un diocèse aux armées : réserve d’Indiens ou reconnaissance du rite traditionnel comme un rite romain à part entière, et non comme une forme dégradée ou extraordinaire ?
« L’intérêt d’un ordinariat serait d’avoir des évêques dont la mission principale serait de soutenir, développer et transmettre le rite romain ancien, avec une véritable charge pastorale », nous répond l’abbé Raffray qui comprend parfaitement les réserves : « Pour être honnête, longtemps, j’ai moi-même pensé qu’une juridiction particulière risquait d’enfermer les traditionalistes dans une cage dorée.
» Rappelant que « les traditionalistes sont souvent enfermés dans une posture de critique et de revendication » et que « là, pour une fois, il s’agit d’une proposition positive, afin de sortir du conflit, légitimer pacifiquement leur existence et cesser d’entrer dans une logique de concurrence », il juge cette proposition intéressante.
Une proposition qui n'a fait l'objet d'aucune réaction de la part de la hiérarchie.
Pour l’heure, il ne faut pas s’attendre à des annonces immédiates, le travail se fera par petits groupes dans un climat de réflexion approfondie.
Et l’abbé de conclure : « Le pape prend le temps, et c’est une bonne chose.
Plus le discernement est long et sérieux, mieux


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