lundi 24 août 2026

ISLAMISATION : LE PORTUGAL INTERDIT LE VOILE INTÉGRAL DANS L' ESPACE PUBLIC ..........QU' ATTEND LA FRANCE ?

Le visage des femmes vaut-il 

moins à Damas qu’à 

Lisbonne ? 

Quand l'"universalisme" occidental n'est pas universel


Le visage des femmes vaut-il moins à Damas qu’à Lisbonne ? 
Femmes en niqab lors de la demi-finale de la Cope du monde de football à Djeddah, Arabie saoudite. 18/12/2023. JOEL MARKLUND/Bildbyran/Sipa USA/SIPA

Le Portugal vient d’interdire le voile intégral dans l’espace public au nom de l’identité, de la dignité et de la communication humaines. 

Pendant ce temps, en Syrie, l’islamisation de la société progresse sous le regard d’un Occident qui normalise le nouveau pouvoir.

 Les libertés que nous jugeons fondamentales en Europe le seraient-elles moins lorsqu’il s’agit des femmes syriennes ?


Le Portugal vient de promulguer une loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. 

Le texte vise notamment le port du niqab et de la burqa. 

Mais au-delà de l’interdiction elle-même, une phrase du président portugais António José Seguro m’a particulièrement interpellé :

« Le visage doit être considéré comme un élément central de l’identité et de la communication humaines ».

Cette phrase mérite que l’on s’y arrête. 

J’ai grandi au Moyen-Orient.

 C’est peut-être pour cela que j’ai du mal à comprendre pourquoi, en Occident, certains considèrent qu’au nom de la tolérance, de l’inclusion, voire du féminisme, tout ce qui se réclame de la religion devrait être accepté.

La burqa et le niqab ne sont pas de simples morceaux de tissu. 

Ils effacent le visage, donc une part essentielle de l’identité et de la relation aux autres.

 Le cacher intégralement à une femme, c’est créer entre elle et la société une frontière qui n’existe pas pour l’homme.

 

Pourquoi ce principe s’arrêterait-il aux frontières européennes ?

C’est précisément cette question qui me ramène à la Syrie.

 Ma mère est alaouite. 

J’ai passé une grande partie de mes étés sur la côte syrienne, entre Tartous, Lattaquié, les montagnes et les villages de cette région. 

Je me souviens des femmes que j’y voyais.

 Elles travaillaient, étudiaient, se baignaient, sortaient. 

Elles étaient pour la plupart découvertes.

 À part quelques femmes âgées, le voile lui-même était relativement rare dans certains milieux. 

Quant au niqab, il était complètement absent de cet univers.

Je ne cherche pas à réhabiliter la Syrie d’Assad, dont je connais la brutalité et la répression. 

Et les Syriennes n’y vivaient évidemment pas dans un paradis de liberté. 

Mais la société syrienne a toujours été diverse. 

Les façons de vivre l’étaient également. 

Et c’est précisément cette diversité qui est aujourd’hui menacée.

A lire aussi, du même auteur : Quand les mots changent de camp

 

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa et de ses anciens compagnons de Hayat Tahrir al-Cham, j’observe avec inquiétude une islamisation progressive de la société syrienne, sous le regard largement complaisant de l’Occident, qui accompagne désormais la normalisation du nouveau pouvoir.

Je l’avais déjà documentée il y a quelques mois.

 À Tartous, jusque dans cette région alaouite historiquement peu religieuse, des campagnes de promotion du niqab ont été organisées. 

Des images montrant des femmes et même de petites filles intégralement voilées sont diffusées comme des modèles. 

Des vêtements religieux rigoristes sont distribués. 

Dans certains établissements scolaires et universitaires, les normes religieuses gagnent du terrain.

Tout cela pourrait paraître anecdotique. 

Et pourtant, cela ne l’est pas.

 

L’islamisation ne commence pas toujours par une loi

J’ai grandi dans une société où les islamistes travaillaient déjà le terrain. 

Dès les années 1980, notamment, les Frères musulmans cherchaient à transformer la société syrienne. 

Assad les avait pourtant interdits et durement réprimés. 

Mais l’islamisation ne passe pas toujours par la conquête du pouvoir. 

 

Elle peut avancer dans les marges : par le hijab, les campagnes de promotion, les associations, les centres sociaux, les mosquées, jusque dans des réunions privées entre femmes. 

Certaines étaient aidées financièrement lorsqu’elles adoptaient le voile. 

Même sous un régime qui leur était hostile, les islamistes savaient donc faire évoluer progressivement les normes sociales.

Le mécanisme est toujours le même.

 Il traverse les décennies. On commence par présenter une tenue comme plus vertueuse. 

Puis on valorise celles qui l’adoptent. 

On distribue des vêtements. On introduit de nouvelles normes dans les écoles.

 On sépare davantage les garçons et les filles. 

On explique aux enfants ce qu’est une « bonne musulmane ». 

Puis la pression sociale fait le reste. 

Ce qui était hier exceptionnel devient visible. 

Ce qui devient visible devient normal. 

Ce qui devient normal finit parfois par devenir obligatoire, sinon juridiquement, du moins socialement. 

Et lorsque quelqu’un s’en inquiète, on lui répond qu’il attaque l’islam.

Je connais cette mécanique. 

Je l’ai vue à l’œuvre en Syrie.

 C’est aussi pour cela que je suis stupéfait de voir certains Occidentaux refuser obstinément de la regarder. 

 

Une étrange géographie des droits des femmes

C’est là que la décision portugaise devient intéressante. 

À Lisbonne, un président socialiste peut affirmer que le visage constitue un élément central de l’identité humaine et que le fait que seules les femmes aient à le dissimuler crée une asymétrie incompatible avec l’égalité entre les sexes.

A lire aussi, du même auteur : Ce que le nouveau pouvoir de Damas sait qu’il doit à Erdogan

 

Très bien. 

Mais alors j’aimerais poser une question simple : le visage d’une Syrienne est-il moins important que celui d’une Portugaise ?

Une liberté changerait-elle de nature en traversant la Méditerranée ?

Voilà l’étrange contradiction d’une partie de l’Occident : nous défendons ici l’égalité, l’émancipation et la liberté individuelle, mais ces principes deviennent soudain négociables lorsqu’il s’agit du Moyen-Orient.

 Ce que nous refuserions pour nos filles devient alors une « particularité culturelle » pour les leurs ; ce que nous appellerions ici une pression religieuse devient là-bas une tradition à respecter. 

Et ceux qui le dénoncent risquent encore d’être accusés d’islamophobie. 

Étrange conception de l’universalisme.

 

Je ne demande pas à l’Europe de choisir les vêtements des Syriennes

Je ne demande évidemment pas à l’Europe de décider comment les Syriennes doivent s’habiller. 

Je lui demande simplement de les aider à défendre leur liberté de choisir : se voiler ou non, conserver leur mode de vie, ne pas subir de pression religieuse des Frères Musulmans. 

Et surtout de s’inquiéter lorsque d’autres cherchent progressivement à décider à leur place.

D’autant qu’elle n’est pas un simple spectateur. 

Elle finance la reconstruction et le développement de la Syrie, accompagne la normalisation du nouveau pouvoir et contribue à sa réintégration internationale.

 La France a elle-même participé activement à cette réhabilitation politique. 

Dès lors, demander des garanties n’est pas une ingérence. C’est une responsabilité. 

Aider la Syrie, ce n’est pas financer son islamisation. 

C’est aider les Syriens à préserver leurs libertés.

Financer, oui. Mais sous conditions

Si l’Europe veut financer la nouvelle Syrie, elle doit regarder ce qui se passe dans les écoles, les universités, les programmes scolaires, les aides publiques aux associations religieuses et les structures qui reçoivent des financements européens. 

Elle doit être exigeante sur la condition des femmes et des minorités.

Elle le peut, puisqu’elle s’engage à verser des centaines de millions d’euros pour la reconstruction du pays. 

Autant ne pas financer son islamisation.

L’Europe doit donc demander où va l’argent et conditionner son soutien à des garanties vérifiables sur les libertés individuelles.

 Pas à des déclarations soigneusement préparées pour les chancelleries occidentales.

 Pas à quelques interviews rassurantes accordées aux médias occidentaux. 

Pas à des sourires sous le dôme de la mosquée des Omeyyades.

A lire aussi, du même auteur : Syrie: le pari hasardeux d’Emmanuel Macron

 

L’Occident a appris à reconnaître l’islamiste lorsqu’il porte une kalachnikov, un treillis et un drapeau noir.

 Il a beaucoup plus de mal à le reconnaître lorsqu’il porte un costume, parle de reconstruction, promet la stabilité et reçoit des diplomates. 

Pourtant, pendant que nous écoutons les discours officiels, une société peut se transformer beaucoup plus profondément, par le bas. 

Et lorsqu’on s’en aperçoit enfin, il est parfois trop tard.

 

Les libertés humaines n’ont pas de passeport

Je reviens donc à cette phrase du président portugais. 

Si le visage est réellement « un élément central de l’identité et de la communication humaines », le mot important n’est finalement ni Portugal, ni Europe.

 C’est « humaines »

Les droits que nous considérons comme fondamentaux pour une femme européenne ne peuvent pas devenir secondaires simplement parce que la femme est syrienne, iranienne ou afghane.

 

 Source et Publication :  https://www.causeur.fr/le-visage-des-femmes-vaut-il-moins-a-damas-qua-lisbonne-332537

 




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