TRIBUNE LIBRE !
[UNE PROF EN FRANCE]
Geffray, le ministre des climatiseurs et des textes à trous

Voilà l’été, et notre ministre semble découvrir qu’en été, il fait chaud, et que les examens se passent en juin. Mais comme c’est un homme de terrain, pragmatique et réactif, il s’adapte.
Hop ! on décale les candidats qui doivent passer à l’oral l’après-midi, lundi et mardi.
On en décale 4 000. Effet ?
La panique chez les lycéens qui se demandent comment ils peuvent savoir s’ils sont décalés ou pas, à l’heure où les cours sont finis depuis longtemps et où toute la communication se fait par des plates-formes numériques dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles ne sont ni fluides ni claires.
Hop ! on propose aux écoles de faire des aménagements, ce qui veut dire qu’on leur propose en réalité de fermer… Effet ?
Panique chez les parents, qui ne cessent pas, de leur côté, de travailler dès que le thermomètre dépasse les 30 degrés et qui doivent en urgence modifier toute leur organisation.
Heureusement, l’Éducation nationale a inventé les grands-parents !
Heureusement que le ministère y a pensé pour nous...
Mais quand le vent et le bruit sont passés, on reprend les chiffres. 2.000 établissements sur 60.000 ont décidé de faire des aménagements.
Cela signifie qu’en réalité, 96 % des écoles n’ont absolument rien changé à leur fonctionnement habituel.
D’ailleurs, qui pourrait croire qu’on change, du jour au lendemain, le fonctionnement d’une machine qui mobilise 1.500 enfants ou adolescents et une centaine d’adultes ?
Et 4.000 candidats déplacés sur le « million qui va passer les épreuves », ce n’est pas beaucoup non plus.
Comme d’habitude, l’administration se défausse sur les collectivités locales, auxquelles elle demande de prendre puis d’assumer les décisions (fermeture…) et d’investir (les fameux climatiseurs, dont le ministre nous rappelle qu’ils devraient équiper des locaux dont l’État a donné la responsabilité aux collectivités locales : « Je ne peux pas rénover un bâtiment qui ne m’appartient pas ; je ne peux pas poser la clim moi-même ! »). CQFD.
Mais tout était anticipé, nous dit-il.
On avait d’ailleurs reçu un plan. Tadam !
Alors, parmi les conseils donnés, on lit : baisser « les stores, volets et rideaux des façades les plus exposées autant que possible durant la journée ».
Voilà, voilà… Heureusement que le ministère y a pensé pour nous, parce qu’on n’aurait pas eu l’idée seuls.
Enfin, encore faut-il avoir des stores.
« Pour l'ensemble des écoles, collèges et lycées qui accueillent leurs élèves, il est conseillé, sous réserve des configurations locales, d'adapter l'organisation et l'utilisation des locaux en fonction de l'exposition au soleil, afin d'accueillir les élèves dans des espaces préservés de la chaleur. »
Heureusement qu’ils m’en parlent, parce que j’avais prévu de laisser ma classe au soleil dans la cour pour faire un concours de malaises ! « L'accès des élèves à l'eau potable doit être assuré en permanence.
» Ah, flûte ! D’ordinaire, on leur donne de l’eau non potable… il va falloir qu’on s’organise.
Ça m’a rappelé l’inénarrable « Je baisse, j’éteins, je décale », dont la promotion sur tous les médias nous avait quand même coûté 15 millions d’euros (rapport de l’Institut de génie de l'environnement et du développement durable, IGEDD, de 2023).
Au Qatar ou à Singapour, c’est peut-être envisageable. Mais ici…
Plutôt que de nouvelles machines, quelles qu’elles soient, il faudrait surtout avoir quelqu’un qui, de ses petites mains agiles, ouvre le soir les fenêtres pour faire entrer l’air plus frais.
On les fermerait à 7h30 en arrivant.
Mais des petites mains, il n’y en a plus.
Comme à la station-essence, à l’épicerie ou à la caisse du magasin, il n’y a que des machines.
Et je ne crois pas que les collectivités locales aient le budget pour équiper nos chers établissements de fenêtres à commande domotique qui s’ouvriraient et se fermeraient seules, et même qui mesureraient la température extérieure pour adapter leurs horaires d’ouverture et l’amplitude idoine.
Au Qatar ou à Singapour, c’est peut-être envisageable.
Mais ici… Notre ministre s’est déjà exclamé ne pas pouvoir « installer 600.000 thermomètres d'ici à la fin de la semaine dans les 600.000 classes » !
D’un autre côté, quand on a chaud, est-il vraiment utile de savoir s’il fait 30° ou 33° ?
Car il y a la fameuse température « ressentie » ; et chéri-bibi qui est intolérant à la chaleur ; et Toto qui a oublié sa gourde parce qu’on ne peut pas penser à tout ; et Cadet-Rousselle qui est venu en manches longues parce qu’il n’a pas réfléchi ce matin…
J’ai passé le bac en 1994.
On a eu chaud, très chaud.
Ce mois de juin a d’ailleurs été identifié comme un des plus chauds de l’après-Seconde Guerre mondiale
. On a vaillamment passé nos épreuves sans se plaindre, parce que personne ne se plaignait, autour de nous.
Et en 2003, le mois de juin avait été particulièrement chaud.
On n’a rien décalé, surtout pas trois jours avant les épreuves.
Mais 2026, c’est l’année des décisions radicales ! Je laisse la parole au ministre, dont je respecte la syntaxe élégante : « Je ne ferai plus d’écrits à l’avenir au baccalauréat ou au brevet les après-midis, c’est fini.
» Qui a omis de le prévenir que, l’an prochain, il ne serait plus là ?
Source et Publication : https://www.bvoltaire.fr/une-prof-en-france
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