vendredi 26 juin 2026

CE RECORD DE FÉMINICIDES OUBLIÉ ! LA CHRONIQUE DE PHILIPPE RANDA !

 

Ce record de féminicides oublié

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La chronique de Philippe Randa

 

Et une « tribune » de plus, une !

Publiée, celle-ci, dans l’hebdomadaire au titre éponyme du dimanche et dont le site 20 Minutes, entre autres, se fait l’écho.

 Elle concerne les « violences sexuelles », exclusivement faites aux femmes, puisque celles faites aux hommes ne semblent guère retenir l’intérêt des signataires, obsédées par la seule culpabilisation de ces derniers.

 

En effet, de Laura Smet à Anne Roumanoff en passant par Caroline Roux et la désormais incontournable icône de la cause féministe Gisèle Pélicot, on « s’indigne » et on « s’interroge » que, « partout, les hommes attaquent les femmes. »

 

Et de citer, dans un effarant mélange disparate et incohérent, « “Petites filles [afghanes] de 8 ans [qui] ont le droit de se taire et d’être mariées à des adultes”, cheveux coupés “de têtes de femmes massacrées en Iran au cours des manifestations de ces derniers mois”, une proposition de loi déposée aux États-Unis pour accorder un “permis de tuer” les femmes qui avortent, affaire Lyhanna… »

 

Selon l’adage populaire que « qui ne dit mot, consent », c’est donc la moitié (grosso-modo) de l’humanité(1) qui sont un danger pour l’autre moitié, acceptant, quand ils ne les commettent pas, les horreurs, énumérées au paragraphe précédent, faites à un sexe décidément considérée une bonne fois pour toute comme « si faible ».

 

Et encore « énumérée » pour partie seulement, la liste étant non-exhaustive des heurs et malheurs qui lui est continuellement infligés.

Fort de ce constat, je ne peux donc pour ma part que m’indigner, comme sans doute quelques milliards d’autres hommes sur la planète, d’un tel amalgame… et de la bêtise frôlant l’indignité d’une telle pétition.

Non seulement, je crois qu’elle ne sert en rien la cause des femmes, mais plutôt bien davantage la notoriété des signataires d’une telle tribune. 

Ignorant les carrières ou les situations personnelles de ces dernières, je n’en vise aucune en particulier, mais soupçonne fortement que certaines d’entre elles sont motivées par des intentions fort peu désintéressées : un « coup de pub » à peu de frais étant toujours bienvenu pour relancer une carrière, améliorer les ventes d’un livre ou obtenir plus rapidement ou plus certainement une promotion professionnelle…

 

Toutefois, découvrant qu’il y aurait eu « une proposition de loi déposée aux États-Unis pour accorder un “permis de tuer” les femmes qui avortent », j’ai vérifié ce qu’il en était, tellement cela m’est apparu surréaliste.

 

Pour cause ! Cette information fait référence à un projet de loi en Caroline du Nord, le « House Bill 1232 », déposé le 13 mai 2026 par le républicain Keith Kidwell. RTS (Radio Télévision Suisse) a remis les pendules à l’heure en indiquant que si « le texte propose de définir la vie humaine “dès le moment de la fécondation” et de qualifier toute interruption de grossesse de “meurtre au premier degré”. 

Le point le plus explosif, c’est un article stipulant que “toute personne a le droit de défendre sa propre vie ou la vie d’autrui, même en ayant recours à la force létale si nécessaire”. 

Une phrase interprétée comme un “permis de tuer” celles qui avortent (mais) malgré la teneur radicale du projet, l’affirmation selon laquelle cette loi va “permettre de tuer” est fausse. 

Le projet existe, mais sa chance d’être adopté est quasi nulle. »

 

Enfin, des esprits chagrins pourraient s’étonner, sinon s’indigner à leur tour, que dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, il ne soit jamais fait mention du nombre de fœtus de sexe féminin de fait « éliminés » lors des avortements provoqués dans le monde entier.

 

Depuis 2010, ceux-ci sont estimés, selon planning-familial.org, à 56 millions par an.(2) 

Si un sur deux concerne un fœtus féminin, cela fait arithmétiquement 28 millions d’éliminations !

Un record de féminicide absolu, toutes catégories de « violences sexistes et sexuelles confondues » !

 

Notes

(1) Globalement, dans le monde, le nombre de femmes et d’hommes est quasiment équivalent : 3 976 648 milliards d’hommes en 2021 pour 3 932 647 femmes.

(2) En hausse par rapport aux années 90 (50 millions par an), en raison principalement de la croissance démographique.

 

Source et  Publié dans Philippe Randa     http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2026/06/24/

ET AUSSI

Louis, la République et les meutes

Le drame du jeune de 17 ans lynché à Narbonne secoue l'opinion

 


Louis, la République et les meutes
Capture BFMTV.

Ensauvagement de la jeunesse. 

A Narbonne, Louis, 17 ans, adolescent confié à l’aide sociale à l’enfance, est mort de ses blessures après avoir été passé à tabac par des jeunes vendredi dernier.

 Cinq ont été interpellés et incarcérés. 

Les voyous ont filmé avec leurs téléphones leur agression criminelle. 

La violence collective possède une logique qui lui est propre, rappelle Charles Rojzman – elle n’est pas la simple addition de violences individuelles, et elle produit un homme nouveau dont les actes sont modelés par le regard du groupe davantage que par sa propre conscience. 

Analyse.


Louis n’était pas seulement un adolescent. Il était un enfant confié à l’Aide sociale à l’enfance, c’est-à-dire un enfant dont l’État avait officiellement accepté la responsabilité après que sa propre famille n’avait plus été en mesure de le protéger. 

Peu importe ici les dysfonctionnements désormais bien connus de cette institution, le découragement de nombreux éducateurs, les scandales autour de la prostitution, les décisions parfois incompréhensibles ou les insuffisances chroniques qu’aucun rapport ne parvient plus à dissimuler. 

Une chose demeure: lorsqu’un enfant entre à l’ASE, la puissance publique affirme qu’elle prend le relais. 

Elle promet qu’aucun enfant ne sera abandonné à la seule loi du destin. 

C’est cette promesse qui a achevé de se fracasser  avec la mort de Louis.

A lire du même auteur: La convergence des causes et la religion politique de la «Nouvelle France»

 

On expliquera sans doute qu’il s’agit d’un fait divers particulièrement atroce, d’une violence parmi d’autres, d’une jeunesse en perte de repères ou d’un contexte social dégradé.

 Les mots changent à peine d’un drame à l’autre, comme si leur répétition devait tenir lieu d’analyse. 

Pourtant, ce qui s’est joué autour du corps de Louis dépasse infiniment le registre du fait divers.

 Ce qui apparaît ici n’est pas seulement une violence extrême; c’est un mode de fabrication du groupe que les sociétés connaissent depuis toujours et qui ressurgit chaque fois que l’appartenance devient plus importante que la conscience.

 

La fabrique de la meute

Le terme de meurtre, si exact soit-il du point de vue du droit, demeure insuffisant parce qu’il laisse croire à l’affrontement tragique d’un agresseur et d’une victime. 

Or ce qui s’est produit relève d’une autre logique: celle du lynchage. 

Le lynchage ne consiste jamais seulement à tuer un homme.

 Il consiste à fabriquer une meute.

 La victime cesse d’être un individu, elle devient le support autour duquel le groupe se construit, se reconnaît et affirme sa puissance. 

Chaque coup porté n’écrase pas seulement celui qui est à terre, il renforce ceux qui le frappent. 

Celui qui participe prouve sa fidélité.

 Celui qui encourage affirme sa place. 

Celui qui filme ne demeure pas extérieur au crime: il en prolonge la portée en transformant le supplice en spectacle et la violence en signe de reconnaissance.

 

Depuis plus de quarante années passées à travailler avec des jeunes violents, des policiers, des éducateurs, des enseignants, des habitants de quartiers profondément divisés, mais aussi avec des survivants du génocide des Tutsi au Rwanda et d’anciens génocidaires engagés dans un travail de reconstruction, je n’ai cessé de retrouver cette constante: la violence collective possède une logique qui lui est propre.

 Elle n’est pas la simple addition de violences individuelles, elle produit un homme nouveau, dont les actes sont modelés par le regard du groupe davantage que par sa propre conscience.

A lire aussi: Causeur #146 : Peut-on encore vivre ensemble?

 

Je n’ai pas seulement rencontré ces mécanismes au Rwanda. 

Mon travail m’a également conduit dans plusieurs régions du Caucase russe, au Moyen-Orient et en Amérique latine, où j’ai pu observer, dans des contextes historiques, politiques et culturels profondément différents, des situations où l’autorité de l’État se trouvait concurrencée par celle du clan, de la communauté, de milices, d’organisations armées ou de réseaux criminels. 

Les réalités n’y sont évidemment pas comparables et il serait intellectuellement malhonnête de les confondre. 

Pourtant, un même phénomène anthropologique s’y retrouve avec une remarquable constance: lorsque le groupe devient la première source de protection, d’identité et de reconnaissance, il exige des preuves de fidélité, désigne des ennemis, définit lui-même ce qui est honorable ou honteux et peut transformer la violence en rite d’appartenance.

 Les histoires diffèrent, le mécanisme demeure.

 

La violence comme démonstration de prestige

L’individu isolé hésite presque toujours davantage que le groupe. 

Le groupe distribue les rôles, redéfinit les limites du permis et de l’interdit, récompense le plus brutal, ridiculise celui qui doute et finit par fabriquer une morale qui lui est propre.

 Ce qui apparaissait hier comme une monstruosité devient une démonstration de courage. 

Ce qui relevait de la honte devient une source de prestige. 

Ce qui aurait suscité le remords devient une preuve de loyauté.

 La conscience personnelle ne disparaît pas, elle est remplacée par une conscience empruntée au groupe. 

Le téléphone portable n’a pas créé cette mécanique. 

Il lui a offert un théâtre. 

Filmer n’est pas un geste secondaire. 

C’est proclamer que la violence mérite d’être montrée, que la domination mérite d’être admirée et que l’humiliation d’un autre peut devenir un capital symbolique. 

Le meurtre ne s’achève plus avec la mort de la victime, il continue dans sa circulation, dans les regards qu’il attire et dans le prestige qu’il procure.

Face à un tel drame, le débat public reproduit pourtant le même rituel. 

Les responsables politiques expriment leur émotion. 

Les experts convoquent les déterminismes sociaux. Les psychologues parlent de traumatismes. Les spécialistes des réseaux sociaux dénoncent les écrans. 

Toutes ces analyses contiennent une part de vérité.

 Aucune ne répond à la question décisive: comment un groupe en vient-il à considérer que l’écrasement d’un adolescent constitue une démonstration de prestige? 

Cette question oblige à parler de transmission. 

Une civilisation ne tient pas seulement par ses lois, elle tient parce qu’elle inscrit dans les consciences des interdits qui finissent par devenir des évidences. 

On n’achève pas un homme à terre.

 On ne fait pas d’un plus faible un trophée. 

On ne transforme pas la souffrance en spectacle. Ces interdits ne sont pas naturels, ils sont le produit d’une longue histoire, d’une culture, d’une éducation et d’institutions qui apprennent à chacun que la force ne fonde pas le droit.

 

La meute comble le vide des institutions

Depuis plusieurs décennies, une partie des élites politiques, administratives, universitaires et médiatiques a soumis à une critique permanente les institutions chargées de cette transmission. 

L’autorité fut assimilée à la domination, la discipline à l’humiliation, la culture commune à l’exclusion, la sanction à une violence symbolique. 

Cette critique a parfois permis de corriger de véritables abus. 

Mais en délégitimant sans relâche les médiations qui faisaient tenir ensemble une société sans reconstruire une autorité légitime capable de leur succéder, elle a contribué à créer un vide que d’autres appartenances ont progressivement occupé. 

Or le vide n’existe pas dans les sociétés humaines. 

Lorsque les institutions cessent de produire une appartenance suffisamment forte, d’autres groupes offrent une identité immédiate, des règles simples, une hiérarchie lisible et la promesse d’une reconnaissance fondée non sur le mérite mais sur la capacité d’inspirer la peur. 

La bande, la meute ou le clan ne remplacent pas seulement une institution défaillante, ils proposent une manière d’exister.

A lire aussi: Le chien Curtis toujours dans le couloir de la mort

 

La mort de Louis prend alors une signification qui dépasse de loin celle d’un homicide particulièrement atroce. 

Elle met face à face deux conceptions de la vie collective. 

D’un côté, une République qui affirme prendre sous sa protection un enfant devenu vulnérable. 

De l’autre, un groupe qui ne reconnaît d’autre autorité que la sienne et qui trouve sa cohésion dans l’humiliation d’une victime.

 Ce n’est pas seulement un adolescent qui est mort, c’est une promesse politique qui a été publiquement démentie. 

Le nom de Louis ne devrait pas disparaître avec le prochain cycle médiatique.

 Il devrait nous obliger à regarder en face une question dont dépend l’avenir même de notre vie commune: qu’advient-il d’une démocratie lorsque certains groupes produisent, pour une partie de la jeunesse, une appartenance plus forte que celle des institutions, au point que la fidélité à la meute l’emporte sur le respect dû à la personne humaine? 

C’est cette question qu’il faut enfin avoir le courage de poser, car c’est à cet endroit précis que commence ou que s’achève une civilisation.

Source :  https://www.causeur.fr/narbonne-louis

La société malade

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