samedi 27 juin 2026

REPORTAGE : VIVRE À PARIS AU BORD DU CANAL SAINT-MARTIN ........

 

« On fait ce qu’on veut, t’es personne » : quand les banlieues se baignent dans le canal Saint-Martin

REPORTAGE.  
Baignade interdite mais tolérée, barrières démontées à coups de pied, passants attaqués, jeunes femmes harcelées.
 Au bord du canal Saint-Martin, l'été 2026 ressemble moins à une carte postale parisienne qu'à un aveu d'impuissance de la Ville de Paris.
 
Canal Saint-Martin, Paris : baignade sauvage sous canicule, juin 2026. Photo © Arnaud Cesar VILETTE/SIPA
Canal Saint-Martin, Paris : baignade sauvage sous canicule, juin 2026. 
Photo © Arnaud Cesar VILETTE/SIPA

Depuis le 17 juin 2026, le maire de Paris Emmanuel Grégoire autorise la baignade dans le canal Saint-Martin, dans la zone des Récollets.

 Des centaines de jeunes affluent ainsi chaque jour pour se rafraîchir et survivre face à cette canicule qui n’épargne personne.

Canicule à Paris : derrière la baignade dans la Seine, un scandale d’État à 1,4 milliard d’euros

Pourtant, c’est un peu plus loin, en aval de la zone autorisée, que de nombreux jeunes se retrouvent avec une idée en tête : sauter du haut de la passerelle Emmanuelle-Riva qui relie le quai de Valmy à celui de Jemmape. 

Une pratique interdite par la ville comme on peut le lire sur la page internet consacrée à la baignade dans le canal : « Hors de cette zone autorisée [La zone des Récollets, Ndlr], il est interdit de se baigner dans la Seine et les canaux. 

Il est strictement interdit de sauter des passerelles. » 

Des barrières ont pourtant été installées pour empêcher l’accès au plongeoir improvisé mais pas de quoi décourager les jeunes acrobates qui les escaladent et s’agglutinent en haut, attendant leur tour pour tenter d’impressionner les badauds qui les observent depuis la rive. 

 

Bon enfant… jusqu’à un certain point

Jusqu’ici un cadre qu’on pourrait décrire comme bon enfant et qui ne présage rien de problématique, si ce n’est une forte affluence. 

Le tout sans le moindre maître nageur pour surveiller les collégiens en vacances. 

Mais c’est lorsqu’on baisse les yeux et qu’on se balade le long du canal que certains éléments dénotent avec l’ambiance festive. 

Au sol, les éclats de verre jonchent le bitume, expliquant sans peine pourquoi les baigneurs gardent leurs chaussures aux pieds.

 Un peu plus loin, dissimulés dans les recoins ou abandonnés au pied des peupliers qui bordent le canal, des cadavres de bonbonnes de protoxyde d’azote s’accumulent en silence, vestiges des soirées passées de ceux qui viennent là, non pour se baigner, mais pour se droguer.

Et pour cause, en milieu d’après-midi, plusieurs groupes d’hommes ont déjà élu domicile le long de la rive.

 Le regard vitreux, une bière bon marché dans une main et une cigarette à l’odeur suspecte dans l’autre, ils ont installé leurs chaises de camping. 

Tous d’origine maghrébine ou nord-africaine, ils prétendent ne pas parler français et refusent de répondre à nos questions sur leur présence au bord du canal.

 

« On fait ce qu’on veut, t’es personne »

Le côté bon enfant de la baignade disparaît encore plus lorsqu’une dizaine de jeunes âgés d’environ 14 ans décident de prendre d’assaut la passerelle Maria Schneider, en aval de celle qui accueille déjà les plongeurs. 

Des deux côtés, des barrières installées par la mairie empêchent aussi l’accès, mais cette fois le groupe de jeunes décide de s’attaquer à l’une d’entre elles plutôt que de l’escalader. 

Ils se mettent alors à l’asséner de coups de pieds, s’attaquant aux barres de fers, ils les tordent et la palissade se retrouve à terre en quelques minutes. 

Une violence telle que quelques personnes tentent de les arrêter mais la horde de jeunes, telle une meute de chiens fous, n’a que faire des réprimandes. 

Au contraire, quiconque ose leur adresser un reproche se voit alors menacé par un garçon d’environ 16 ans qui semble mener la rébellion face à la palissade.

 « Arrête de filmer ! On veut pas se retrouver sur des vidéos où on casse des barrières » nous adresse-t-il. 

Ou encore « On fait ce qu’on veut, t’es personne, on casse si on veut ». 

 

Une femme d’une quarantaine d’années qui passait en les filmant se voit ainsi menacer par le groupe de jeunes casseurs. 

Riveraine du quartier depuis huit ans, elle n’en revient toujours pas : le jeune qui la bloque dans son passage lui intime d’effacer sa vidéo, la menaçant d’appeler ses amis à la rescousse.

 Lorsqu’elle lui répond qu’elle va appeler la police, il lui lance, sans sourciller : « Appelez, on s’en fout. »

 Et pour cause, d’après elle, quand les forces de l’ordre finissent par se montrer, elles repartent un quart d’heure plus tard sans que rien ne se passe.

 « Ça fait une semaine que ça dure », confie-t-elle. 

 « Chaque soir, ils cassent un nouveau truc : les barrières, les poubelles, les pylônes de stationnement… 

Et la nuit, c’est la musique à fond et les cris jusqu’à trois heures du matin, impossible de dormir. 

On se demande tous où sont les parents. »

Un peu plus loin sur les berges, une jeune femme de 27 ans attablée à la terrasse d’un bar assiste elle aussi à la scène, téléphone en main.

 Lorsqu’un des jeunes casseurs s’avance vers elle pour lui ordonner d’arrêter de filmer, elle ne se laisse pas intimider : « Tu ne sais pas ce que je fais sur mon téléphone. » 

 Interrogée sur la situation qui se présente à elle, elle explique : « ce qu’ils font là, c’est n’importe quoi. 

Tu ne dégrades pas un lieu pour après venir faire chier les gens. »

 

D’autres au contraire se réjouissent de cet entrain à la baignade. 

C’est ce que nous explique un homme en vélo, tote bag à l’épaule, vernis bleu aux pieds : « Franchement c’est très sympa, les jeunes se baignent, il n’y a pas de débordements. […] 

 C’est 90 % de positif et 10 % de négatif ».

 Des propos qui ne doivent sûrement pas être partagés par ceux qui, depuis le début de la semaine, se sont vus arrosés et lynchés aux abords du canal comme en témoignent les nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux. 

 

Être une fille à Paris en 2026

Sur une vidéo massivement relayée sur X, on aperçoit une meute de jeunes adolescents (certains semblant à peine être adolescents), en majorité d’origine étrangère, prendre en chasse un homme décrit comme un Londonien.

 « On va lui niquer sa mère », hurle l’un d’eux, âgé d’à peine 13 ans. 

« On leur fait quoi aux ricains ? » lance celui qui filme. 

« On les encule », répond la jeune racaille, mimant un mouvement de sodomie.

La vidéo se poursuit et la meute se rue sur la terrasse d’un café en bordure de canal, s’empare des chaises et les projette violemment contre la vitrine du bar où l’homme s’est réfugié. 

C’est alors qu’un homme, témoin silencieux depuis le début, intervient : « Wallah stop ! », crie-t-il aux casseurs à peine pubères.

D’autres vidéos montrent des jeunes tentant de faire chuter les cyclistes téméraires qui osent croiser leur route, en assénant de violents coups dans les roues de leur vélo. 

Dans une autre vidéo sur X, une jeune femme explique avoir été ciblée avec des pistolets à eau au niveau de la poitrine alors qu’elle se rendait au travail. Impossible pour elle de réagir, précise-t-elle, alors qu’une « embrouille » éclatait autour d’elle. 

« Ils ont tous commencé à venir sur moi, à me dire : « Et sale pute, tu parles mal ! » », poursuit-elle. 

 Un témoignage qui illustre plus que la simple anecdote estivale. 

Être une fille à Paris, en 2026, face à des individus qui ont décidé de faire de la rue une zone de non droit et leur terrain de chasse, relève plus du parcours du combattant que d’une simple pause fraîcheur.

Propre, paraît-il

La question de la propreté se pose également dès lors qu’on évoque le canal Saint-Martin. 

La Mairie de Paris elle-même préconise de « prendre une douche savonnée à la suite de la baignade » et précise qu’« une douche et du savon sont mis à disposition sur le site par la Ville de Paris ». 

Traduisez : « c’est propre, paraît-il. Mais on ne sait jamais ». 

 Et pour cause : au lendemain de la Fête de la Musique, des vidéos circulent montrant les agents de nettoyage de la municipalité expédier à grands jets d’eau les détritus laissés par les festivités.  

 

Sur une autre, on voit les employés du service des canaux s’affairer à repêcher ce qui flotte à la surface de l’eau comme si le canal Saint-Martin s’était mué en vaste poubelle à ciel ouvert.  

 

Tout cela compose un spectacle de pauvreté tant intellectuel qu’opérationnel. 

Ce qui en dit long sur l’impuissance de la Ville de Paris. 

Un tableau qui résume, à lui seul, un constat que certains refusent de voir : la tiers-mondisation de la France. 

Jean Messiha : La Fête de la musique confisquée,   quand la République danse sur ses propres ruine  Source et Publication :    https://www.valeursactuelles.com/

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