REVUE DEPRESSE !
A. Devecchio : La progression du RN s’inscrit dans une vague qui dépasse la personne de Marine Le Pen et même les frontières de la France.
Le barrage judiciaire n’arrêtera pas la vague « populiste ».

Cet article d’Alexandre Devecchio est paru dans Le Figaro d’hier, 2 avril.
Répétons-nous : . Devecchio fait partie, nous semble-t-il, de la jeune génération et de la frange courageuse du très bourgeois, et très « droitier » Figaro.
Il a raison de rappeler que la vague « populiste » montante, en France, en Europe, et dans le monde, dépasse la personne de Marine Le Pen, qui fait, tout de même, elle et son parti, l’objet de critiques et de doutes y compris parmi les affidés et les sympathisants de la mouvance « nationale ».
Que la vague populiste puisse et doive poursuivre sa progression, jusqu’à ses pleins développements, vers un retour au réel, au bon sens, et, en définitive à la Tradition, c’est évidemment ce qui importe dans l’état de délabrement généralisé des sociétés française et européennes, voire « occidentales » si ce mot a encore un sens autre que péjoratif ou devenu tel.
Aux États-Unis, la plupart des observateurs pensaient que l’attaque du Capitole était le début de la fin du trumpisme.
Non seulement il n’en a rien été, mais les velléités d’utiliser la justice ou les institutions pour l’entraver n’ont fait qu’accroître sa popularité et renforcer son attractivité électorale.
LA BATAILLE DES IDÉES – D’aucuns espèrent que la condamnation permettra d’enrayer la progression du Rassemblement national dans les urnes.
Rien n’est moins sûr…
Un séisme politique, c’est ainsi que la plupart des observateurs ont qualifié le verdict du procès Le Pen. Il est vrai que la décision des juges est historique.
Mais depuis de nombreuses années, les magistrats se substituent au législateur et interfèrent dans la vie démocratique
. En 2017, la mise en examen de François Fillon en pleine campagne avait déjà constitué un précédent, empêchant le candidat de la droite d’accéder au second tour.
Cette fois, sauf rebondissement judiciaire invraisemblable, Marine Le Pen ne pourra même pas être candidate.
La présidente de la 11e chambre correctionnelle n’a pas dissimulé les motivations politiques de son verdict. « L’atteinte aux intérêts de l’Union européenne revêt une gravité particulière dans la mesure où elle est portée, non sans cynisme mais avec détermination, par un parti politique qui revendique son opposition aux institutions européennes », écrit-elle pour justifier sa décision, qualifiant par ailleurs de « trouble irréparable à l’ordre public démocratique » le fait que soit candidate à l’élection présidentielle une personne déjà condamnée en première instance.
C’est donc autant le détournement de fonds publics qui a été jugé que les ambitions présidentielles de Marine Le Pen et ses idées souverainistes.
La révolte des classes moyennes, élément structurant de la politique en Occident
Alors que le barrage dit républicain apparaît de plus en plus fragile, d’aucuns espèrent que le barrage judiciaire permettra d’enrayer la progression du RN dans les urnes.
Rien n’est moins sûr.
L’exclusion de Marine Le Pen de la vie démocratique est un séisme à l’échelle de l’actualité, mais à l’échelle de l’Histoire, elle ne pourrait être qu’une péripétie dans la recomposition à l’œuvre.
Selon une enquête Odoxa-Backbone pour Le Figaro , 6 Français sur 10 jugent que la condamnation de Marine Le Pen ne constitue pas un handicap pour le Rassemblement national, tandis que 60 % des adhérents RN déclarent préférer Jordan Bardella à Marine Le Pen.
La progression du RN s’inscrit dans une vague « populiste » qui dépasse la personne de Marine Le Pen et même les frontières de la France
La progression du RN s’inscrit dans une vague « populiste » qui dépasse la personne de Marine Le Pen et même les frontières de la France.
Cette vague se nourrit de la dépossession économique, culturelle et démocratique des classes populaires et de leur volonté de conserver leur souveraineté et leur identité.
Le RN a su mettre ces thématiques en avant et continuera de prospérer tant que celles-ci ne seront pas traitées en profondeur par d’autres partis.
Les élites britanniques ont cru qu’en reculant l’échéance du Brexit, les classes populaires allaient renoncer. Mais les brexiters ont porté Boris Johnson au pouvoir.
Et aujourd’hui, malgré l’éviction de ce dernier de la vie politique par son propre parti, la percée de Nigel Farage montre que ce mouvement était loin d’être une parenthèse.
Aux États-Unis, la plupart des observateurs pensaient que l’attaque du Capitole était le début de la fin du trumpisme.
Non seulement il n’en a rien été, mais les velléités d’utiliser la justice ou les institutions pour l’entraver n’ont fait qu’accroître sa popularité et renforcer son attractivité électorale.
Sur le réseau social X, le président américain a d’ailleurs dressé un parallèle entre lui et Marine Le Pen : « Cela fait penser à notre pays, cela ressemble beaucoup à notre pays. »
La révolte des classes moyennes est l’élément structurant de la politique en Occident.
Durant la crise des « gilets jaunes », alors qu’on lui demandait combien de temps allait durer ce mouvement, le géographe Christophe Guilluy avait répondu : « Une centaine d’années ! » ■
Par ALEXANDRE DEVECCHIO
Source et Publication : https://www.jesuisfrancais.blog/2025/04/03/