vendredi 28 août 2026

RÉACTION SUR LE DISCOURS DE RENTRÉE DE MÉLENCHON DIMANCHE DERNIER !

 

Mélenchon, ou l’allant des hommes

 d’Histoire

J’ai regardé dimanche Jean-Luc Mélenchon prononcer son discours de rentrée dans la Drôme.

Je ne partage presque rien de ce qu’il veut faire de la France. 

Sa « créolisation », cette France nouvelle qu’il appelle de ses vœux, son indifférence aux vieilles identités charnelles, notamment régionales, sa conception d’une Bretagne qui ne serait plus qu’une circonscription administrative peuplée au gré des migrations du monde, tout cela m’est profondément étranger.

 

 Et pourtant, tandis que je l’écoutais, je me suis surpris à éprouver pour l’homme une sympathie que je n’éprouve guère pour sa politique.

Il me rappelait Jacques Doriot. Non pas le Doriot des photographies en uniforme, ni celui que l’histoire scolaire a figé dans les dernières années de la Collaboration. 

Je ne compare ici ni les doctrines, ni les engagements, ni les destins. 

Je parle d’un homme que je n’ai évidemment pas connu, mais dont mon père m’avait si souvent parlé qu’il avait fini par devenir pour moi une présence presque familière.

 Mon père avait longuement rencontré Doriot sur les bords du lac de Constance en février 1945, alors que l’Allemagne s’effondrait et que la guerre était, pour tout homme raisonnable, définitivement perdue.

 

Ce qui l’avait frappé chez le « Grand Jacques », et qu’il me racontait encore des décennies plus tard, était précisément son extraordinaire force vitale. 

Doriot n’était nullement un imbécile aveuglé par ses propres proclamations.

 En février 1945, il savait parfaitement où en était la guerre. 

Il ne nourrissait plus d’illusions sur la puissance allemande ni sur les chances de renverser le cours des événements. 

Il voulait pourtant jouer jusqu’au bout cette possibilité infinitésimale de non-échec qui relevait déjà, disait en substance mon père, de la curiosité statistique. 

 

Et au milieu d’un Reich en ruines, sous les bombardements, alors que chacun songeait surtout à sauver sa peau, Doriot continuait de raisonner en homme politique, d’imaginer des alliances, des institutions, une France future qui ne ressemblerait plus à celle d’avant-guerre.

C’est cette disposition d’esprit qui m’est revenue dimanche devant Mélenchon. 

Le chef insoumis est un vieil homme désormais, et il possède pourtant davantage d’allant que quantité de jeunes politiciens interchangeables qui semblent sortir directement d’une école de commerce. 

Il parle encore comme si la politique pouvait changer le monde. Il croit manifestement à ce qu’il raconte.

 Lorsqu’il affirme devant ses militants que « la victoire est possible », on ne voit pas un communicant récitant les éléments de langage préparés le matin même, mais un homme qui s’efforce de faire passer dans la foule sa propre conviction. 

À soixante-quinze ans, après tant de campagnes, de défaites, d’alliances brisées et de polémiques, cette énergie possède quelque chose d’assez extraordinaire.

Doriot avait cette qualité-là. Il avait le verbe, la masse, l’épaisseur, la certitude communicative. Il pouvait entrer dans une pièce et la température politique montait de plusieurs degrés. 

Mon père ne me décrivait pas un doctrinaire desséché, encore moins un fonctionnaire de parti, mais un animal politique capable d’écouter, de séduire, de brusquer, de surprendre et, surtout, de se projeter immédiatement au-delà de la situation présente. Je retrouve quelque chose de cette complexion chez Mélenchon.

 Il n’est jamais aussi vivant que lorsqu’il aperçoit devant lui une muraille à renverser.

Cela explique peut-être pourquoi j’ai du mal à le détester. 

Je peux trouver désastreuse sa vision de la France, inquiétante sa volonté de substituer à un peuple historique une sorte de peuple nouveau assemblé par la créolisation, et presque jacobine son incompréhension de ce que sont les vieilles nations charnelles qui composent encore l’Hexagone.

 Je peux redouter ce qu’une victoire de Mélenchon signifierait pour la Bretagne que j’aime. 

Rien de cela ne m’oblige à nier ce que j’ai sous les yeux : il est l’un des derniers grands animaux politiques français.

 

Nos démocraties vieillissantes produisent surtout des administrateurs, des spécialistes de tableaux Excel, des hommes qui pensent à leur carrière avant de penser à l’Histoire

 Mélenchon appartient à une espèce plus ancienne et beaucoup plus dangereuse : celle des hommes qui veulent imprimer leur marque sur leur époque. 

On peut souhaiter qu’ils échouent et reconnaître néanmoins leur grandeur particulière. 

L’histoire n’est d’ailleurs presque jamais faite par les gens raisonnables qui expliquent, avec mesure et compétence, pourquoi rien ne doit être tenté.

 

C’est peut-être finalement ce que mon père m’avait appris, sans chercher à me l’enseigner, lorsqu’il me parlait de cette étrange rencontre de février 1945 sur les bords du lac de Constance.

 Il n’avait pas oublié les idées de Doriot, ni ses choix, ni le gouffre dans lequel ils l’avaient conduit.

 Ce qui était demeuré dans sa mémoire, près d’un demi-siècle plus tard, c’était l’homme : son énergie, son intelligence politique, son incroyable refus de se considérer déjà vaincu.

 

Dimanche, en regardant Mélenchon, j’ai compris pourquoi ce souvenir était resté si vif.

 Les idées peuvent être mauvaises, parfois même funestes, et les hommes qui les portent peuvent néanmoins avoir de la grandeur.

 Jean-Luc Mélenchon est probablement de cette race-là. 

Je ne voudrais pas de la France qu’il nous prépare. 

Je dois cependant reconnaître qu’au milieu de tant de personnages falots, il possède encore ce qui devient rare : du souffle, de l’allant et cette conviction presque déraisonnable que l’Histoire n’est jamais tout à fait écrite.

 

Par Trystan Mordrel

trystan.mordrel@gmail.com

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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