TRIBUNE LIBRE ET POINT DE VUE .....

Non, il ne fallait pas se réjouir de la circonstance aggravante de racisme à Crépol !
Les victimes ont été visées, écrivent-ils, en raison de leur appartenance supposée à « la race blanche et à la nation française ».
Dans le camp national, c’est l’allégresse. Enfin.
Enfin ils reconnaissent.
Enfin la justice applique aux nôtres ce qu’elle applique aux autres.
Réjouissez-vous. Vous venez de ratifier le principe qui vous détruira.
Ce que vous venez de valider
Regardons froidement ce qui se joue.
Un adolescent de seize ans a été poignardé au thorax et au flanc lors d’un bal de village.
Il est mort dans la nuit.
Trois autres personnes et un vigile ont été grièvement blessés, certains hospitalisés en urgence absolue.
Voilà les faits. Ils suffisent.
Un homicide volontaire est puni de trente ans de réclusion criminelle, la perpétuité en cas d’assassinat.
Le droit dispose de tout l’arsenal nécessaire pour punir ce qui s’est passé à Crépol.
Mais non. Il a fallu deux ans et huit mois d’instruction pour déterminer non pas ce qui a été fait, mais ce qui était pensé au moment où ça a été fait.
Et vous applaudissez ce résultat.
Vous venez d’entériner que la valeur d’une vie humaine dépend du contenu du cerveau de celui qui la supprime.
Que le même couteau, dans le même thorax, tuant le même garçon, appelle des peines différentes selon les mots prononcés autour.
Et vous venez d’en réclamer l’application.
Il y a dans une partie de notre camp un réflexe qui revient à chaque occasion, et qui est un aveu de défaite.
On dissout une organisation d’extrême gauche : bien fait, ils dissolvaient aussi les nôtres.
On poursuit un militant de gauche pour ses propos : parfait, ils poursuivaient les nôtres.
On retient le racisme contre des agresseurs d’origine étrangère : enfin, ils le retenaient tout le temps contre les nôtres.
Jamais l’idée de demander la suppression du dispositif.
Toujours celle de réclamer qu’on nous l’applique aussi.
C’est la psychologie du prisonnier qui ne demande plus la liberté mais une meilleure cellule.
Qui a tellement intériorisé les barreaux qu’il ne conçoit plus la revendication que sous forme d’égalité de traitement dans l’enfermement.
Et c’est un calcul stupide, en plus d’être une capitulation.
Pourquoi vous perdrez à ce jeu
Réfléchissez trente secondes à qui applique ces qualifications.
Le parquet, hiérarchiquement soumis au garde des Sceaux.
Les magistrats du siège, dont la sociologie et les inclinations syndicales ne sont un mystère pour personne.
Les associations agréées habilitées à se constituer partie civile, dont la liste ne penche pas exactement de votre côté.
Vous venez de confirmer la légitimité d’un outil qui sera manié, dans 95%des cas, contre vous.
Vous avez obtenu une décision favorable dans un dossier — après deux ans et huit mois, contre l’avis du parquet, et grâce à l’obstination d’avocats et de parties civiles.``
Une victoire arrachée.
Pendant ce temps, la même qualification tombe chaque semaine, sans débat, sans obstacle, sans deux ans d’instruction, contre des Français ordinaires pour une phrase de trop.
Vous célébrez l’exception qui confirme le système.
On vous a jeté un os pour que vous validiez la règle.
Il existait une autre position. Elle est plus difficile à tenir, elle rapporte moins de likes, et elle est la seule cohérente.
Supprimer du code pénal les circonstances aggravantes et atténuantes fondées sur le mobile.
Pas les aménager. Pas les étendre. Les supprimer.
Le droit pénal doit juger des actes, pas des pensées. Il doit établir ce qui a été commis, l’intention de le commettre — ce que les juristes appellent l’élément intentionnel, qui distingue le meurtre de l’homicide involontaire —, et rien de plus.
Savoir si le meurtrier détestait la race de sa victime, sa religion, son orientation, ou simplement sa tête, n’a aucune pertinence pour mesurer le préjudice subi.
Le mort est également mort. La famille est également détruite. Le corps social est également atteint.
Prétendre le contraire, c’est affirmer qu’une vie humaine a une valeur variable selon ce qu’on pensait d’elle.
Toute la construction juridique occidentale, depuis le droit romain jusqu’à la codification napoléonienne, reposait sur l’inverse.
Le vrai basculement
Il faut nommer précisément ce qui s’est produit.
Le code pénal de 1810 était bref et sévère.
Il définissait des actes, y attachait des peines, et laissait au juge une marge d’appréciation individualisée.
Un meurtre était un meurtre.
Le mouvement inverse s’est engagé à partir des années 1970 puis 1990, sous l’influence conjointe du droit international des droits de l’homme et du militantisme associatif.
On a introduit le mobile discriminatoire, d’abord pour la race et la religion, puis pour l’orientation sexuelle, l’identité de genre, le handicap, l’état de santé, la précarité sociale.
Chaque extension procédait d’une bonne intention.
Chacune a produit le même effet : déplacer l’objet du procès pénal de l’acte vers la personne.
Aujourd’hui, un tribunal ne juge plus seulement ce que vous avez fait.
Il juge qui vous êtes, ce que vous pensiez, quelles étaient vos fréquentations numériques — souvenons-nous que dans le dossier de Crépol, des enquêteurs ont épluché les environnements numériques des mis en cause à la recherche de liens avec des contenus radicaux.
C’est un glissement vers le procès d’intention.
Il est une menace pour tout le monde, à commencer par ceux dont les opinions déplaisent au pouvoir du moment.
Ce qu’il faut proposer
Voici la position à défendre, et elle est parfaitement articulable en droit :
Un. Suppression pure et simple des circonstances aggravantes tenant au mobile. Le meurtre est puni comme meurtre, quelle que soit la raison pour laquelle il a été commis.
Deux. Maintien des seules circonstances aggravantes objectives, qui décrivent des faits et non des pensées : la préméditation, l’usage d’une arme, la vulnérabilité de la victime, le nombre d’auteurs, la qualité de dépositaire de l’autorité publique.
Ce sont des éléments matériels, constatables, contradictoirement débattables.
Trois. Suppression symétrique de l’excuse de minorité automatique pour les seize-dix-huit ans. Un homicide commis à dix-sept ans reste un homicide.
Quatre. Restauration de peines planchers pour les crimes de sang et les récidives.
Cinq. Cohérence assumée : cela signifie renoncer à voir sanctionner plus lourdement ceux qui nous détestent. Une position se paie.
Celle-ci a le mérite d’être défendable devant n’importe qui.
Cette position vous privera d’un plaisir immédiat.
Vous ne pourrez plus jubiler quand la qualification tombe sur ceux d’en face.
Elle vous donnera autre chose : un discours que personne ne pourra retourner contre vous.
Aujourd’hui, quand vous protestez contre les poursuites visant vos militants pour délit d’opinion, on vous répond que vous réclamiez la même chose pour Crépol.
Et on a raison de vous le répondre. Vous avez validé le principe, vous ne pouvez plus contester ses applications.
Demain, si vous demandez la suppression pure et simple du dispositif, vous serez inattaquables.
Vous défendrez l’égalité réelle devant la loi pénale, celle qui ne dépend pas de la couleur, de la religion ou des opinions de personne.
Ce que la République prétend faire depuis 1789 et qu’elle a cessé de faire.
Une victoire à ce prix n’en est pas une
Thomas Perotto avait seize ans. Il aimait le rugby.
Il est mort sur le parking d’une salle des fêtes de la Drôme, poignardé au thorax.
Cela suffit. Cela devrait suffire.
Nul n’a besoin d’établir ce que ses agresseurs pensaient de sa couleur de peau pour que le crime soit intégralement puni.
Réclamer cette qualification, c’était accepter que sa mort, seule, ne pesait pas assez lourd.
C’était mendier un supplément de justice là où la justice ordinaire aurait dû suffire.
Nous n’avons pas besoin d’un droit qui nous protège en tant que Blancs.
Nous avons besoin qui nous protège en temps que citoyens, et qui punisse également ceux qui les tuent.
C’est plus exigeant. C’est plus juste.
Et cela n’a pas d’autre nom que la civilisation dont nous prétendons être les héritiers.
YV
Photos : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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