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Affaire Epstein : comment un simple prof de maths a fait fortune avant de devenir prédateur sexuel
5 minutes pour comprendre
La constitution de la fortune de Jeffrey Epstein fait l'objet de nombreux fantasmes depuis la divulgation de millions de documents par la justice américaine.
Voici un rapide résumé de la façon dont l'ancien homme d'affaires s’est bâti un empire financier.
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Au moment où Jeffrey Epstein est retrouvé mort, à 66 ans, dans la cellule où il était emprisonné à Manhattan, à New York, en août 2019, et alors qu'il attendait son procès pour trafic sexuel, sa fortune était estimée à environ 560 millions de dollars, selon un document versé à son dossier pénal.
À ce pactole s’ajoute un empire dans la pierre.
Le financier déchu possédait un hôtel particulier dans l'Upper East Side à Manhattan, d'une valeur de plus de 50 millions de dollars, mais également une villa à Palm Beach, en Floride, d'environ 12 millions de dollars, un ranch au Nouveau-Mexique estimé à un peu plus de 17 millions de dollars, et même un appartement à Paris, avenue Foch, d'une valeur estimée à 8,6 millions de dollars.
Sans compter deux îles privées dans les Caraïbes, Great Saint James et Little Saint James, estimées à 86 millions de dollars, et l’arsenal habituel des grandes fortunes : œuvres d’art, jets privés, et tout ce qui va avec.
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Reste la question qui gratte la curiosité de tous : d'où sort la fortune d'Epstein ?
Comment un « simple » professeur de mathématiques a-t-il pu bâtir une telle fortune, et si vite ?
La littérature sur le sujet suggère une constante, presque une méthode : Jeffrey Epstein gère l’argent comme il gère les rapports humains.
Il joue, il dupe, il charme.
Il tisse, surtout, un réseau toujours plus dense – et s’en sert pour arriver là où il veut.
LE SAUT IMPROBABLE
Petit-fils d'immigrants juifs, Jeffrey Epstein n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche.
Aîné de deux enfants, il grandit à Brooklyn, dans un quartier de classe moyenne.
Sa mère, Paula, est femme au foyer ; son père, Seymour, jardinier.
Brillant élève, il obtient un diplôme d'études secondaires en 1969, avec un an d'avance.
Il fréquente ensuite brièvement la Cooper Union puis l'université de New York, dont il sort cette fois sans diplôme au bout de trois ans.
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Selon des médias américains, Jeffrey Epstein commence en 1974 à enseigner les mathématiques à la Dalton School, l’une des écoles préparatoires les plus prestigieuses de New York.
Il en est renvoyé en 1976, pour « mauvais résultats ». C’est pourtant là que se produit la bascule.
À Dalton, Epstein donne des cours particuliers au fils d’Alan Greenberg, alors P.-D.G. de Bear Stearns, l’une des grandes banques d’investissement.
Et soudain, le verrou saute : il décroche un poste au sein de la banque – notamment, d’après le New York Times, en embellissant son CV sur ses études, ce qui lui sera plus tard reproché.
S’il y entre comme simple assistant d'un trader, son ascension est fulgurante : spécialisé dans le trading sur options, il devient associé quatre ans plus tard.
Il quitte l’entreprise en 1981.
Cette année-là, il fonde International Assets Group.
Il y aurait consacré l’essentiel de son temps à aider des clients à récupérer de l’argent volé par des courtiers et avocats frauduleux.
Il se décrit lui-même comme un « chasseur de primes ».
Activité discrète, très rentable, dit-on – elle fait de lui un millionnaire.
L’ACCÉLÉRATION
En 1982, il fonde cette fois J. Epstein & Company, une société de conseil offrant des services de gestion de patrimoine à des clients dont la fortune dépasse le milliard de dollars.
Son principal client, pendant environ vingt ans, se nomme Leslie H. Wexner, magnat du commerce de détail, fondateur d’un conglomérat qui a possédé, à différentes époques, des enseignes de prêt-à-porter comme Victoria’s Secret, Bath & Body Works ou Abercrombie & Fitch.
Epstein gère une grande partie des actifs de Wexner – et en retire des profits considérables.
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Epstein a également fait fortune à l'ancienne à Wall Street : en investissant.
L'un de ses plus gros investissements a par exemple été réalisé auprès d'une société de capital-risque fondée par Peter Thiel – le cofondateur de PayPal – Valar Ventures.
Epstein y investit 40 millions de dollars en 2015 et 2016, qui atteignent 170 millions de dollars en capitalisation, devenant ainsi le principal actif du patrimoine d'Epstein.
LA PART DE MYSTÈRE
Jeffrey Epstein a également domicilié des sociétés dans les Îles Vierges américaines, lui permettant de bénéficier d'avantages fiscaux considérables.
Certains évoquent jusqu’à 300 millions de dollars économisés sur une vingtaine d’années, par rapport à ce qu’il aurait dû verser au fisc américain.
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Dans ses relations avec ses amis milliardaires, Epstein aurait aussi cultivé l’opacité.
« Epstein achetait fréquemment des biens immobiliers pour le compte des Wexner, puis les revendait à lui-même pour une fraction de leur prix », affirme par exemple un rapport de procureurs américains.
Des manœuvres rendues possibles par une procuration donnée par Wexner à Epstein pour la gestion de ses actifs.
En 2008, un règlement à l’amiable intervient entre les deux hommes après que Wexner a accusé Epstein de vol.
Epstein verse alors 100 millions de dollars, afin d’éviter – selon les termes rapportés – une « attention publique inutile ».
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D’après Investopedia, Epstein était également lié à Towers Financial, une société qui s'est révélée être l'une des plus importantes escroqueries de type Ponzi de l'histoire des États-Unis, où l'argent des nouveaux investisseurs servait à rémunérer les anciens, créant ainsi l'illusion de profits réels.
Le fondateur de Towers a décrit Epstein comme son bras droit dans cette opération.
Epstein n'a jamais été inculpé dans cette affaire.
Au-delà de ces éléments, les activités opaques d’Epstein, ses transactions offshore et ses fréquentations douteuses laissent surtout l'impression que le prédateur a prospéré dans des angles morts.


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