TRIBUNES LIBRES !
Derrière les incendies, un bel été pour les voleurs et les pillards

Le ministre de l’Intérieur vient de donner les chiffres : 2.500 pompiers et 1.500 militaires engagés en Gironde – sans doute plus d’un millier dans le Var –, à quoi il faut ajouter les « forces intérieures de sécurité » dont on ne nous donne pas l’ampleur.
Autant, ou moins, que pour un match de foot impliquant le Maroc ou l’Algérie ?
Autant, ou moins, que pour une fête de la Musique ?
Un 14 Juillet ? Une Saint-Sylvestre ?
On ne sait pas.
Seulement que si le chat n’est pas là, les souris dansent.
Alors, pendant que policiers et gendarmes sont mobilisés aux côtés des pompiers, les malfrats et autres salopards se préparent un bel été.
La langue de bois attise le feu, elle ne l’éteint pas
Il serait bon de rappeler à Laurent Nuñez qu’il est aujourd’hui ministre de l’Intérieur et non préfet.
Qu’en cette qualité, et surtout compte tenu des circonstances, il devrait se sortir un peu les tripes plutôt qu’offrir, à chaque prise de parole, un pénible récital de langue de bois et une litanie de chiffres.
Car c’est un fait connu : la langue de bois des gouvernants attise le feu, elle ne l’éteint pas.
Sa prise de parole au sortir du Conseil des ministres, ce lundi, n’a hélas pas échappé à la règle.
À la sortie de ce « Conseil de crise sur le front des incendies », on attendait des actions.
On n’a eu que des récriminations : le ministre est « sidéré, effaré » (sic) par les commentaires des méchants commentateurs, notamment par « le débat sur les Canadair (qui) est ridicule ».
Et quand les milliers de pompiers tirent sur leurs lances à incendie, monsieur Nuñez brandit son « programme 161 ».
Comme toutes les marionnettes du théâtre macronien, Laurent Nuñez reprend l’antienne présidentielle en boucle : depuis le grand incendie de 2022, les leçons ont été tirées, les engagements respectés et les promesses tenues.
Ceux qui disent autre chose « sur les chaînes d’information » sont des menteurs qui « ne connaissent rien au feu ».
La preuve, le gouvernement « avait prévu une saison extrêmement compliquée sur le plan des feux »
Et, donc ?
Et, donc, la Pythie avait vu juste : « 13.566 feux ou départs de feu ont eu lieu, depuis le début de la saison, brûlant 116.081 hectares », dit le ministre.
Et, donc ? (bis) C’était « seulement 70.000 hectares, l’an passé », ce qui fait une très forte augmentation.
Et, donc ? (ter). Et, donc, parler des Canadair, c’est faire de la poloche stérile car nous disposons de « 67 vecteurs ».
En gros, tout ce qui peut balancer de l’eau hors les Canadair.
Hélas, comme le précise à CNews un pilote, un Canadair lâche 10 tonnes d’eau et de retardant quand les autres « vecteurs » en lâchent 1 tonne…
Les pillards passent à l’action
La seule certitude du ministre, c’est que nous ne sommes pas sortis de l’auberge, comme on dit trivialement.
Alors s’est également tenue, ce lundi matin, à Bercy, une réunion de crise sur les conséquences des incendies.
L’objectif : « faire un premier point de situation, identifier les besoins prioritaires et assurer la continuité de l’activité économique dans les territoires touchés ».
Suite cet après-midi avec « les fédérations professionnelles concernées, les acteurs du tourisme, de l’énergie et des télécoms ainsi que les assureurs, avec également la ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon, à l'Industrie Sébastien Martin et au Numérique Anne Le Hénanff ».
Pourquoi pas les représentants syndicaux des agriculteurs ?
Aussi ceux des forces de l’ordre, peut-être ?
Il est vrai que les premiers sont occupés à acheminer des citernes d’eau sur le terrain pour épauler les pompiers et les seconds à assurer la sécurité des zones évacuées par leurs habitants.
Le ministre n’a pas eu un mot, là-dessus.
Il est vrai qu’il ne croit pas à l’ensauvagement de la France, même s’il a ouvert sa conférence de presse par l’attaque au couteau contre trois femmes, porte de Clichy, à Paris.
Pourtant, dans une France où les barbares sont légion, certains voient dans la situation actuelle une aubaine.
Comme le soulignent nos confrères du JDD, des patrouilles Sentinelle ont été appelées en renfort pour surveiller les villages évacués
Ce sont 220.000 personnes qui ont quitté leur domicile et 13.000 entreprises qui ont fermé leurs portes, en Gironde, offrant un terrain de chasse aux pillards.
« Objets de valeur, bijoux, tableaux ou encore grands crus sont restés dans certaines propriétés cossues de Gironde », c’est ainsi qu’un voleur a été interpellé, samedi, avec 44 bouteillers de grands crus dans sa voiture.
Et ce n’est pas un cas isolé, nous dit-on.
Enfin, il faut relever les dégâts « collatéraux » qui pèsent sur les économies locales.
Tout comme la préfète de Gironde a demandé que l’on évite de se rendre dans sa région, entraînant sans aucun doute un gros manque à gagner pour le tourisme local, le Sud-Est est lui aussi touché par les restrictions de circulation et les annulations des manifestations estivales.
À titre d’exemple, si l’on a officiellement imputé aux orages la suppression du dernier concert du festival Le Son by Toulon (le rappeur Damso), il se dit que la vraie raison est le manque d’effectifs pour en assurer la sécurité, pompiers comme forces de l’ordre.
Incendies : l’AFD finance « l’égalité de genre » dans les casernes à travers le monde

« Incendies : en 2024, Emmanuel Macron annulait 53 millions pour la sécurité civile, dont 2 Canadair pour la France... mais donnait 50 millions pour les pompiers tunisiens ! », écrit Jean-Marc Morandini, sur X.
Soyons précis : il s’agissait d’un prêt de l’Agence française de développement (AFD).
Un prêt signé en septembre 2024 « pour un ambitieux projet de modernisation de l’Office national de la protection civile tunisienne », écrit l’AFD : « Faire face ensemble aux risques de demain. »
Cela entre « dans le cadre de la vision ambitieuse de l’État tunisien en matière de protection civile » – une ambition avec laquelle l’État français ne paraît pas vouloir rivaliser.
Cet accord « reflète la volonté commune de construire ensemble un avenir plus résilient et plus sûr pour tous les Tunisiens et Tunisiennes ».
Quant à un présent plus sûr, les Français et Françaises de Gironde qui ont dû fuir les incendies ou qui ont perdu leur maison, eh bien, ils patienteront.
À défaut de résilience, à eux la résignation.
Tunisie : deux milliards d’encours
Un prêt, donc, mais à quel taux ?
Cela n’est pas précisé et, interrogée, l’AFD locale (Agence française de développement en Afrique du Nord ; oui, cela existe) ne nous a pas répondu.
On se doute qu’il ne doit pas s’agir d’un taux usuraire.
L’AFD « obtient des taux préférentiels grâce à la solidité financière de l’État français, son actionnaire unique », sur cinq à vingt ans, à taux fixe ou variable, prêt en monnaie locale ou taux d’intérêt avantageux, est-il détaillé.
Même simplement prêtées, la pilule est dure à avaler, puisque les sommes mobilisées ne le sont pas pour les pompiers français.
ien qu’avec la Tunisie, « 130 projets sont en cours d’exécution pour un encours de 2 milliards d'euros dans 12 secteurs d’intervention », se vante l’AFD.
Or, la suppression de 53 millions pour la sécurité civile française, elle, par le gouvernement Attal, est bien réelle.
« Cette affirmation est factuellement correcte », reconnaissait, il y a quelques jours, France Info.
La préférence étrangère à tout prix
La sollicitude de l’AFD pour les pompiers tunisiens ne doit pas surprendre.
En 2019, l’agence a donné – oui, donné, pas prêté – 5 millions d’euros à la Direction générale de la défense civile jordanienne.
Formation des équipes, équipements neufs « complétant une flotte vieillissante ou inadéquate », « réduction des temps d’intervention dans le gouvernorat de Mafraq »…
Le gouvernorat de Gironde peut attendre !
Bref, « le projet contribuera au contrat social entre l’État et les différentes communautés ».
Jean-Jacques lui-même, depuis sa cave du Panthéon, doit se demander pourquoi la France se sent obligée de financer le contrat social jordanien.
Du don, encore : en 2020, « 15,5 millions d’euros de nouvelles subventions » pour faire face aux incendies de la forêt amazoniennes. Brésil, Colombie, Équateur et Pérou se sont partagé la manne.
L’AFD a aussi contribué au « Plan de gestion et de gouvernance face aux incendies des espaces naturels » du Liban.
Oh, très modestement, s’agissant pourtant d’un ami de la France : « seulement » 180.000 euros de subvention.
Et revoilà « l’égalité de genre » !
S'il faut se féliciter que l'AFD finance des projets dans les collectivités d'outre-mer françaises, on ne voit pas pourquoi elle finance les protections civiles de divers pays alors que les pompiers de l'Hexagone ont besoin d'un sérieux coup de pouce humain et matériel.
Ce n’est pas tout.
Cerise sur le gâteau, l’argent engagé par l'AFD sert aussi aux « enjeux d’égalité de genre ».
Cela passe par « la prise en compte des besoins spécifiques du personnel féminin des sapeurs-pompiers », avec des casernes équipées en sanitaires et dortoirs pour femmes et « en achetant des uniformes adaptés à la morphologie féminine ».
Que l’argent français finance « l’égalité de genre » dans les casernes à travers le monde - plutôt qu'en France, des avions type Canadair -, voilà un exemple (un de plus) de la gestion idéologique et dispendieuse de notre pays.

Source : https://www.afd.fr/sites/default/files/2025-10/afd-plaquette-protection-civile-2024.pdf
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