TRIBUNES LIBRES !
L’État a de l’argent pour les migrants – pas pour les transports, l’école, les maternités…

Près de 470 millions d’euros.
C’est la dotation que se partageront, en 2026, les préfets de région pour subvenir aux « frais de fonctionnement des centres d'accueil pour demandeurs d'asile » (CADA).
Pour mémoire, en 2023, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) recensait environ 600.000 bénéficiaires de l’asile installés en France.
Chiffre qui ne cesse d’augmenter depuis, alimenté par une hausse des demandes.
En 2024, le même OFPRA estimait que ces dernières avaient augmenté de 7,7 %, pour atteindre 153.600.
En 2025, expliquait récemment, pour BV, Pierre-Marie Sève, directeur de l’Institut pour la justice, la Cour nationale du droit d’asile chiffrait à 72.782 le nombre d’asiles accordés (+12 % par rapport à 2024), avec un taux de reconnaissance de 52,1 %, lui aussi en hausse.
Au-delà du débat récurrent sur la légitimité d’une partie des demandes accordées, la question se pose de savoir jusqu’où la France peut et doit aller dans l’effort consenti en la matière dans un contexte de surendettement inquiétant de l’État.
L’incompréhension des Français vient généralement des priorités et arbitrages sur lesquels leur avis est rarement pris en compte, quand ils sont consultés.
Le cas pratique de la Nouvelle-Aquitaine
Si, pris isolément, ces 470 millions d’euros ne veulent pas dire grand-chose, il convient de les confronter aux arbitrages effectués localement.
Sur son compte X, Edwige Diaz, députée RN de la Gironde, constate que cette dotation nationale a augmenté de 4,2 millions d’euros, en 2026, et que la part destinée à sa région Nouvelle Aquitaine se monte à 44,6 millions d’euros.
Or, fait remarquer l’élue, dans le même temps ferment dans la région, faute d’argent, des classes d’école, des maternités, des lignes TER.
En Nouvelle-Aquitaine, on ferme :
des classes d’école
des maternités
des lignes TER
Mais la dotation des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), elle, augmente de 4,2 millions d’euros en 2026 !
https://t.co/KgopZgIkcn pic.twitter.com/YcqYR3oHqL
— Edwige Diaz
(@diaz_edwige) May 18, 2026
« Dans le Médoc, qui est donc un territoire très enclavé, la ligne, sur laquelle les trains ne peuvent déjà pas se croiser car elle est à une seule voie, est tellement vieille que les trains sont ou supprimés ou retardés, et qu'il n'y a pas d'augmentation de cadence », alors que l'affluence augmente, confie-t-elle à BV.
« Il y a des choix politiques et budgétaires qui sont faits, et qui ne sont clairement pas les bons. »
Pour Edwige Diaz, les fermetures se multiplient dans des domaines pourtant très précieux pour la vie locale.
« Des maternités ferment, tout comme des urgences médicales, mais aussi des classes dans les établissements scolaires. »
Or, ajoute-t-elle, « il ne s’agit pas là de mesures d’économie mais de décisions de non-investissement ».
Et même si ces non-investissements et leur impact économique sont très difficiles à chiffrer, ils sont cependant bien réels et leurs conséquences sur la vie locale sont palpables.
Les habitants directement impactés
Concernant le ferroviaire régional, France 3 signalait déjà, en mars 2025, que le projet de fermeture de la ligne TER Guéret-Felletin avait provoqué plusieurs manifestations dans la Creuse.
« Tous les composants, les rails, le ballast, les traverses en bois sont en bout de vie et vous ne pouvez pas les toucher sans les casser, et on ne peut pas changer les rails sans changer les traverses », précise le directeur territorial de SNCF Réseau, qui explique être contraint, faute de moyens, de fermer la ligne pour raison de sécurité.
Cette nouvelle fermeture avait été précédée par celle des lignes Ussel-Laqueuille en 2014 et Limoges-Angoulême en 2018.
Plusieurs autres fermetures ont eu lieu en Limousin, sur les dix dernières années.
Or, la région, qui a investi dans de nouvelles rames pour faire face à l’augmentation de l’affluence dans les TER, se demande à quoi bon, si les trains ne peuvent plus circuler sur des lignes non entretenues.
Et ces fermetures ne sont pas seulement des sources d’inconfort mais privent une grande partie des habitants d’un moyen de transport pour aller étudier, travailler, se soigner…
Et l’on ferme, d’ailleurs, aussi des classes en Nouvelle-Aquitaine.
Pour la rentrée de septembre prochain, la carte scolaire 2026 du ministère de l'Éducation nationale prévoit, par exemple, 46 fermetures de classes pour seulement 16 ouvertures.
L’État ajuste certes le nombre de classes en fonction du nombre d’élèves dû à l’évolution de la démographie. Mais...
Le fil rouge de la vie locale
Transports, scolarité, santé et natalité…
Tout est lié, finalement, avec pour fil rouge la dégradation de la vie quotidienne dans les territoires.
On ne peut en effet pas dire que la politique menée favorise la natalité, et on ne facilite pas non plus les choses aux candidates futures mères.
Fin avril dernier, 20 Minutes concédait que la « problématique des déserts médicaux concerne aussi les maternités de petites tailles ».
Or, faute de moyens, là encore, les maternités ferment.
Dans une question écrite publiée fin décembre 2024, Edwige Diaz avait alerté le ministère de la Santé sur « la récurrence des cas de fermeture des maternités, notamment illustrée par celle de l'hôpital de Blaye, en mai 2024.
Cette situation, rappelait-elle, n'est pas inédite, puisque la maternité de Blaye avait déjà été contrainte de fermer en août 2023.
» Ce à quoi le ministère apportait une réponse assez vague en mai 2025, expliquant que les agences régionales de santé (ARS) se mobilisent face aux conséquences des fermetures.
Par exemple, « depuis 2019, à travers le dispositif "Engagement maternité", un hébergement non médicalisé en proximité des maternités de référence est également proposé aux femmes qui résident dans une commune située à plus de quarante-cinq minutes d'une maternité, avec un financement par l'assurance maladie ».
Un cache-misère, ont dénoncé les professionnels concernés.
Bref, on accouche de plus en plus à domicile, comme au bon vieux temps.
En attendant, priorité est clairement donnée à l’accueil des migrants, pour lesquels les 44,6 millions d’euros à la disposition du préfet de région ne sont qu’une petite partie des aides directes ou indirectes (subventions aux associations) accordées.
Qu’on les approuve ou pas, ces arbitrages budgétaires sont aussi et avant tout des choix politiques, motivés par une vision idéologique.
ET AUSSI : GABEGIE ......
Nice : chute d’une sculpture à 614.000 € , le débat sur la dépense publique relancé

Le cornet de glace qui orne la station de tramway Ferber, à Nice, est tombé.
Le jeudi 16 mai, un épisode de vent violent a eu raison de cette sculpture de 5 mètres de haut réalisée par l’artiste portugaise Joana Vasconcelos.
En place depuis 2018, celle qui était nommée Fruitée est désormais déboulonnée.
L’effondrement n’a fait aucun blessé car, comme indiqué par Éric Ciotti, le nouveau maire de la commune azuréenne, « la zone avait été sécurisée en amont ».
L’édile a également profité de la chute pour dénoncer ce type d’installation : « 614.000 euros pour une structure improbable qui plus est instable : c’est le symbole criant du gaspillage de l’argent des Niçois !
Notre volonté est claire : recentrer chaque euro vers le quotidien des Niçois.
La fête est finie ! »
À cause du vent, la sculpture du cornet de glace de 5 mètres à la station de tramway Ferber est tombée. La zone avait été sécurisée en amont pour éviter tout blessé.
614 000 € pour une structure improbable qui plus est instable : c’est le symbole criant du gaspillage de…
— Eric Ciotti (@eciotti) May 16, 2026
Une glace parfum gabegie
Le message est clair : avec le président de l’UDR à sa tête, la ville de la baie des Anges ne dépensera plus un euro pour des sculptures tout aussi inutiles qu’esthétiquement discutables, contrairement à ce que faisait son prédécesseur, Christian Estrosi, qui avait pensé le « programme d’accompagnement artistique de la ligne Ouest-Est du tramway » à 3,3 millions d’euros, dont faisait partie le fameux cornet.
L’opposition y voit, évidemment, une atteinte à la culture ou une attaque contre l’art contemporain, quand le contribuable perçoit un certain bon sens.
Un bon sens qui pourrait s’appliquer à bien des villes tant, partout en France, l’art contemporain a pris de la place dans l’espace public.
Le Masque d’André Malraux à Pontarlier (100.000 francs), la capsule Soyouz de Vitry-sur-Seine, les Tulipes de Shangri-La de Lille, Pierre trouée à Strasbourg, Sanna à Bordeaux ou encore une sorte de kiosque à musique fondu appelé l’Opéra noir à Marseille sont quelques-unes des œuvres controversées installées de manière pérenne dans les villes.
À ces structures sans réelle raison d’être s’ajoutent des réalisations éphémères mais non gratuites comme le Tissu Urbain de la place Bellecour à Lyon (1,5 à 1,6 million d'euros), Kermit la grenouille, l’arbre aux allures de jouets pour adultes de Paul McCarthy à Paris (2 à 3 millions d'euros), l’ours Jayet à Marseille, le Voyage au cœur du sein de la place du Capitole à Toulouse…
Des créations dont le prix n’est pas toujours rendu public, mais souvent honteux, et auquel il faut ajouter un coût d’installation, d’entretien et, dans certains cas, de démontage.
Le 1 % artistique en question
Pourquoi donc les maires se lancent-ils dans de tels projets ?
Pour la beauté de l’art, évidemment, mais aussi et surtout parce que dans la plupart des cas, ils y sont contraints via le dispositif 1 % artistique qui « impose aux maîtres d’ouvrage (décret du 29 avril 2002) de l’État et aux collectivités territoriales de réserver 1 % du coût d’une construction pour la commande d’une ou plusieurs œuvres d’art conçues pour le bâtiment considéré ».
Il n’y a pas d’argent dans les caisses et quasiment toutes les collectivités vivent à crédit, mais elles ont l’obligation de financer des œuvres d’art contemporain.
« L’idée est de promouvoir la création artistique », explique un architecte spécialisé dans les marchés publics, à BV.
Il précise : « Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais on peut regretter que ça ne profite pas qu’à des artistes locaux ou au moins français.
Il faudrait aussi que la somme puisse être consacrée à la préservation du patrimoine, car dans certaines communes, on a davantage besoin de restaurer ce qui existe que de s’encombrer de nouvelles créations difficiles à entretenir.
» Encore une parole de bon sens.




Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire