[EDITO]
Sur France 2, parler de chemin de croix vous vaut un recadrage !

Sachez-le, quand vous utilisez une expression chrétienne sur France 2, vous vous faites désormais recadrer.
La scène se passe sur le plateau du jeu Chacun son tour, un de ces nombreux - trop nombreux, comme l’a noté la commission d’enquête Alloncle - divertissements proposés (imposés) par les chaînes du service public.
Shocking!
L’animateur en est Bruno Guillon.
Alors que, s’adressant à une candidate, il évoque son parcours difficile dans le jeu et cherche donc à qualifier son « chemin » jusque-là, elle termine obligeamment sa phrase : « chemin de croix ».
Comme lorsque le mot « Leclerc » est prononcé sur un plateau, l’animateur ayant l’obligation de contre-balancer en rajoutant « Auchan » et « Carrefour » pour ne pas être accusé de publicité déguisée, Bruno Guillon, fébrile, se dépêche de la reprendre : « chemin de croix, ou d’étoile, de croissant, on n’est pas attachés à une religion en particulier ».
Il ne faudrait pas avoir l’air de favoriser une « marque » plutôt qu’une autre.
Et c’est bien le bon mot dont il s’agit, mais pas dans son sens commercial : ne surtout pas mettre en avant la marque posée depuis des siècles par le christianisme dans ce pays.
C’est grotesque.
Parce que si chemin de croix a un sens dans le langage courant, le chemin d’étoile ou le chemin de croissant ne sont en rien des expressions courantes.
Le seul chemin qui mène au croissant, en France, c’est celui de la boulangerie… le croissant, c’est une viennoiserie en provenance de la capitale autrichienne, baptisée croissant en l’honneur d’une victoire sur les Ottomans, parce que cette pâtisserie avait la forme du symbole turc.
Parions que ce n’est pas cette histoire que souhaitait rappeler Bruno Guillon lorsqu’il a sorti cette expression lunaire, c’est le cas de le dire.
Lorsqu'une candidate d'un jeu télé sur France 2 utilise l'expression "chemin de croix", l'animateur Bruno Guillon s'est senti obligé d'équilibrer en parlant de "croissant"
pic.twitter.com/CyPyZjqNS7
— Roro (@tropdecomptes) May 4, 2026
Ayatollah
Bruno Guillon est un ayatollah de la déontologie !
(En vertu de la jurisprudence France 2, je devrais rajouter aussitôt « un pape de la déontologie », mais convenons que c'est moins parlant.) Il est très à cheval sur la laïcité et la neutralité.
Il s’est un peu moins posé de question sur sa déontologie et sa neutralité quand, en compagnie de Nagui, par exemple - tiens, quelle coïncidence ! -, il a signé une tribune en 2022, avant le second tour des élections présidentielles, pour appeler à faire barrage à Marine Le Pen.
De même lorsque, toujours sur le plateau de l’émission de Chacun son tour, il a comparé, sous les ricanements, Éric Zemmour à Gargamel, le méchant dans les Schtroumpfs.
Un autre qu’Éric Zemmour aurait crié d’ailleurs à l’antisémitisme.
Pourtant, je n'ai jamais entendu personne protester, sur les divers médias du service public, quand l'un ou l'autre - par exemple l'humoriste Alexis Rossignol - a lancé un tonitruant inch’Allah.
On attend toujours le rééquilibrage avec « à la grâce de Dieu ».
Et quand l’humoriste Merwane Benlazar est venu, sur France 5, avec un accoutrement d’inspiration salafiste, il a fallu l’indignation des réseaux sociaux pour que l'on daigne s'en émouvoir.
En revanche, en février dernier, France Inter a choisi une église désacralisée pour se délocaliser.
Pas très laïquement correct !
Mais, ouf ! c’était pour s’en moquer (toujours via son ineffable humoriste Merwane Benlazar).
Évoquer la religion catholique, ce n’est pas permis... sauf pour la tourner en dérision.
"J'ai rêvé toute ma vie de ça les gars, faire un prêche dans une église".
Cet humoriste pas drôle devrait être pris au sérieux. @LaraFatimi https://t.co/9iNYGQYvqM— Florence Bergeaud-Blackler
(@FBBlackler) February 1, 2026
Mais Bruno Guillon n’est pas le seul à avoir ces pudeurs de rosière.
Dans son entretien du 14 juillet 2022, face à Anne-Marie Coudray et Caroline Roux, Emmanuel Macron avait dit, évoquant je ne sais quel remaniement ministériel, vouloir « remettre la mairie au milieu du village, comme on dit en bon laïc ».
Censurer les expressions chrétiennes que l’on croise au détour des phrases, cela revient à déboulonner les calvaires au détour des routes.
La cancel culture basse intensité, c’est aussi cela.
Inconvenant
Comme Monsieur Jourdain fait de la prose sans le savoir, le Français parle chrétien sans le savoir.
Quelques exemples, dans l’actualité récente : quand Gabriel Attal a annoncé que les membres de son groupe ne voteraient pas le rapport Alloncle, tel Ponce Pilate, il s’en est « lavé les mains ».
Mais ne lui « jetons pas la pierre », il aurait aussi pu donner pour consigne de voter contre.
On aurait pu attendre de Delphine Ernotte qu’elle fasse son « mea culpa » ; pas du tout.
France TV est pourtant la « grand-messe » de l’entre-soi, comme l'a écrit ici Victoire Riquetti.
S
ur les réseaux sociaux, dans un communiqué, Delphine Ernotte, furieuse, se répand, « pleure comme une Madeleine ».
Bruno, en soi, n’est pas un prénom très convenable : son saint patron est le fondateur des chartreux.
Est-ce bien raisonnable de laisser cette entorse à la laïcité ambulante pénétrer sur le plateau ?
Et aussi
« Fausses informations » : le rapport Alloncle allègrement dénaturé par ses détracteurs

Ce n’est tout de même pas l’arrivée du Messie, mais la publication du rapport Alloncle sur l’audiovisuel public relève de l’avènement que tout un peuple attendait.
Rongés par l’incertitude d’une censure qui planait, les Français ont désormais accès aux recommandations que le député Charles Alloncle a formulées dans un pavé de 400 pages.
Une somme de six mois de travaux très convoitée, au point que la page du site de l’Assemblée nationale permettant de télécharger le rapport fut indisponible quelques heures, ce mardi 5 mai, à peine le document en ligne.
Une rupture du site inédite.
Mais le député ciottiste voit déjà son travail dénaturé, caricaturé.
En conférence de presse, il a dénoncé, ce même jour, « les fausses informations » circulant à son égard et visant à déformer les propositions de son rapport.
Une démarche intervenant avant le vote des membres de la commission sur le rapport, qui aurait, selon le député de l’Hérault, visé à en favoriser la censure.
« On m’a expliqué que j’étais visé par une plainte ».
Charles Alloncle a dénoncé « une tentative coordonnée, parfaitement militante », relayée par le service public, ayant pour but de « discréditer » les travaux de la commission.
À ce sujet — Une association anti-corruption accuse Charles Alloncle d’avoir « abusé de son influence »
« Pour rien au monde je ne souhaiterais le privatiser »
Seconde fausse information, le rapport évoquerait la suppression d’événement sportifs importants, comme le tournoi des Six Nations, le Tour de France ou Roland-Garros.
Bien au contraire, Charles Alloncle, qui rappelle son attachement à certaines missions de l’audiovisuel public, estime que « ce type de compétitions sportives doivent être mises en avant ».
L’idée selon laquelle le parlementaire proposerait une nomination du président de France Télévisions par le président de la République, sans contre-pouvoir, est aussi une vue de l’esprit des détracteurs du parlementaire.
C’est oublier que pour le député UDR, une telle nomination se ferait après avis des commissions des affaires culturelles de l’Assemblée nationale et du Sénat, conformément à l’article 13 de la Constitution, et après un avis conforme de l’Arcom.
Charles Alloncle a aussi souhaité dénoncer ceux qui brandissent la menace de la privatisation pour décrédibiliser son travail. « Je tiens à l’audiovisuel public.
Pour rien au monde je ne souhaiterais le privatiser. » Charles Alloncle souhaite le rappeler : « Je ne me suis jamais prononcé pour la privatisation.
» Et lorsqu’un journaliste lui fait remarquer que son allié le RN a fait de cette privatisation un cheval de bataille, il souligne, en assumant pleinement cette alliance, que « dans un groupe, les opinions diffèrent ».
Fusionner France 2 et France 5
Dans les grandes mesures phares que préconise Charles Alloncle figure, notamment, la fusion entre France 2 et France 5, France Info et France 24, les réseaux France 3 Régions et ICI (anciennement France Bleu).
France 4 et Slash seraient supprimés, « les contenus militants [de ce dernier étant] incompatibles avec les missions du service public ».
Pour s’assurer de la neutralité de l’audiovisuel public, le rapporteur propose d’« instaurer un devoir de réserve renforcé pour les présentateurs, animateurs-producteurs et décideurs éditoriaux de premier plan ».
« Quand on est dépositaire d’une mission de service public, on a le devoir de ne pas cliver, de ne pas donner son avis politique », a-t-il rappelé, en conférence de presse.
La réduction de trois quarts du budget des jeux et des divertissements de France Télévisions, ainsi que d'un tiers du budget sport, pourrait permettre d’économiser 170 millions d’euros.
En favorisant, a contrario, des contenus consacrés au patrimoine, à la culture.
Les salariés du service public pourraient voir leurs communications encadrées avec la création d’une grille de sanctions internes graduées en cas de manquement.
Internaliser la production des émissions à caractère d’information, comme C à vous, C ce soir, Cash Investigation, aujourd’hui produites par des sociétés privées, permettrait d’en finir avec ce que Charles Alloncle dénonce comme une privatisation déguisée.
Déjà une proposition de loi
Le député de l’Hérault invite à diversifier l'origine des éditorialistes, avec des journalistes issus de la presse privée d’opinion.
« Pour qu’on ne se retrouve pas avec Patrick Cohen, matin, midi et soir… », commente, sur Europe 1, la députée RN Caroline Parmentier, qui a suivi de près les travaux de la commission et dont elle a dépeint les coulisses, en grand entretien auprès de BV. Charles Alloncle préconise aussi particulièrement de lutter contre les conflits d’intérêts.
À ce titre, il a d’ores et déjà proposé à Éric Ciotti d’intégrer à la prochaine niche parlementaire du groupe UDR, qui aura lieu le 25 juin, une proposition de loi qu’il a rédigée.
Première traduction concrète de ce labeur de titan, qui porte sur « la prévention des conflits d’intérêts entre sociétés de production privées et l’audiovisuel public ».
Une proposition pour « assainir les pratiques » et « éviter les corruptions passives et actives ».
Nous n’avons pas fini d’entendre parler de Charles Alloncle, qu’on se le dise !
Par


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