LU, VU ET ENTENDU
Une proposition de loi pour « [ré]apprendre à aimer notre pays »

Il semblerait que le patriotisme ait, de nouveau, le vent en poupe : le député MoDem du Calvados Christophe Blanchet a profité de la niche parlementaire du groupe Les Démocrates, jeudi 26 mars, pour porter une proposition de loi visant à « renforcer l’enseignement à la défense nationale dans le cadre du parcours de citoyenneté ».
La proposition de loi a été adoptée par l'Assemblée nationale en première lecture et son but est simpl : il s’agit de former les élèves dès le collège sur les enjeux de la défense nationale.
Objectif louable, sans doute, puisqu'il cherche à reconstruire une unité nationale mais, compte tenu de l’effondrement de l’Éducation nationale et de l’archipélisation de la société, cette loi pourrait être un pansement sur une jambe de bois.
Un enseignement dès le collège
L’idée n’est pas de créer une nouvelle matière « défense nationale » ni d’ajouter des heures de cours, explique le rapporteur du texte Christophe Blanchet, à France Info : « Attention, ce n'est pas un cours en plus, on va donner des clés d'entrée grâce au référentiel qui sera émis par le ministère de l'Éducation nationale pour que, dans chaque matière, les professeurs puissent trouver des entrées qu'ils puissent faire dans leurs cours, tout simplement. »
D’ailleurs, complète le média LCP de l’Assemblée nationale, il ne s’agit pas seulement de renforcer le lien entre les jeunes et l’armée mais de les former aussi sur « tous les risques inhérents à la guerre tels que les menaces hybrides, les enjeux de cybersécurité ou encore la sécurité des approvisionnements et des infrastructures critiques ».
L'idée n'est donc vraiment pas d’enrôler les petits Français dès le collège mais de leur apprendre à « faire nation », selon Christophe Blanchet, à « créer une cohésion nationale derrière nos militaires pour les soutenir en cas de guerre ».
En fait, cela fait 25 ans, explique le média parlementaire, que cette mesure est inscrite dans le Code de l’Éducation Nationale sans qu’elle soit réellement mise en pratique.
Le but de la proposition de loi portée par Christophe Blanchet est donc d’en définir les contours, de donner aux enseignants des outils et de peut-être, surtout, montrer la nécessité de « créer les conditions d'une cohésion nationale renforcée, dans un climat qu'il juge de plus en plus incertain ».
Pour reconstruire la cohésion nationale
Que les parents se rassurent, leurs chérubins ne seront pas transformés en enfants-soldats, sommés de venir au collège en treillis : « […] la défense nationale, ce n'est pas simplement porter une arme ou un uniforme.
On s'arme moralement.
C'est l'avenir de notre nation qui est en jeu, là aujourd'hui, et c'est ça l'essentiel.
Et se sentir concerné », explique en effet Christophe Blanchet, à France Info, qui détaille donc que les élèves seront ainsi formés à reconnaître de la désinformation, à se méfier des menaces cyber, à défendre et préserver notre souveraineté agricole et énergétique.
Un programme formidable, mais ne dit-on pas que la meilleure éducation est celle qui passe par l’exemple ?
« Réapprenons à aimer notre pays »
Sans grande surprise, rapporte France Inter, « en commission, cette proposition de loi avait été adoptée, votée par la droite et le RN ».
Sans grande surprise, non plus, certains, à gauche, poussent des cris d’orfraie et craignent « une forme de militarisation de l’école ». Interrogée par France Inter, la secrétaire générale du SNES, qui se définit comme la « première force syndicale du second degré », Sophie Vénétitay, dénonce « une forme de militarisation de l'école qui, petit à petit, de manière assez insidieuse, pose dans l'esprit des élèves que la principale réponse au désordre du monde passerait par les questions de défense, alors qu'on est aussi très attaché à pouvoir développer une éducation à la paix ».
Selon L’Humanité, cette proposition de loi est en réalité « un pas de plus dans l’embrigadement des jeunes dénoncé par les syndicats ».
Évidemment, Louis Boyard, qui joue le porte-voix de la jeunesse à l’ultra-gauche, explique, lui, que cette proposition de loi « d’ambiance militariste » ne serait pas « la priorité qui soit demandée par les collégiens, par les lycéens ou même par la jeunesse en général ».
Et d’ailleurs, explique-t-il, « vous ne pouvez pas enseigner le droit international sur les questions de défense quand on voit la position de la France sur ce qui se passe à Gaza ou sur ce qu’il se passe dans un certains nombres de pays africains »...
La réaction contraire aurait été étonnante.
C’est que Christophe Blanchet ne s’en est pas caché auprès de LCP.
Derrière cette proposition de loi, il s’agit de « réappren[dre] à aimer notre pays » : reconstruire le lien entre la société civile et l’armée, chérir notre souveraineté, se méfier de la potentielle menace étrangère…
On comprend sans mal que la gauche s’en émeuve, mais on se demande aussi comment le gouvernement va gérer ce nouvel « en même temps ».


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