vendredi 20 février 2026

QUAND VIKTOROVITCH RICANE DE LA MORT DU JEUNE QUENTIN ! ( MARIANNE )

 REVUE DE PRESSE !

"Il est rentré chez lui… et il est mort… d’un trauma crânien" : quand Clément Viktorovitch ricane de la mort de Quentin D.

Billet

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En direct sur Twitch, face à l’annonce de la mort de Quentin Deranque à Lyon, Clément Viktorovitch a ri. 

 

Un rire long, sonore, assumé, au moment même où il prononçait les mots « trauma crânien ». 

 

Quand le professionnel de la morale publique est rattrapé par ses propres principes...

 

Il avait promis un « cadre interprétatif », un « contre-récit » fondé sur des « analyses étayées ». 

Quelques secondes plus tard, il pouffait. 

 

En direct, on a vu ce que valent les grandes professions de nuance lorsqu’elles rencontrent une réalité aussi triviale et brutale que la mort d’un adversaire idéologique : un ricanement.

 

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En live sur sa chaîne Twitch, Clément Viktorovitch – qu’il est d’usage de présenter comme politologue et rhétoricien, auteur d’ouvrages consacrés à l’analyse du discours et à la communication politique, désormais installé dans le commentaire d’actualité depuis son studio – a commencé par son rituel numérique préféré : endosser le rôle de l’arbitre chargé de refroidir les passions. 

 

Est même venue la phrase gourdin, signe qu’on allait déguster de la finesse verbale et que les piquets étaient plantés : « Puisque certains ont perdu le nord, je vais le rappeler : les nazis, c’est les méchants. »

 

 

UN RIRE LONG, SONORE, ASSUMÉ

La mort de Quentin Deranque, à Lyon, après des violences survenues le 12 février, fait l’objet d’une enquête pour homicide volontaire dans un climat politique inflammable.

 

 Et c’est au cœur d’une vidéo pourtant titrée « On reste calme, et on réfléchit » que survient l’accroc qui vaudra à Clément Viktorovitch d’être repris sur les réseaux sociaux : le rire. 

 

D’abord retenu, puis lâché – long, sonore, assumé – au moment même où il prononce cette phrase qui ne devrait jamais appeler d’écho comique : « Il est rentré chez lui… et après il est mort… d’un trauma crânien ». 

 

On cherchera en vain ce qui, dans ces mots, appelle un éclat. 

 

Et ce n’est pas un rire nerveux aussitôt rattrapé par une reprise de gravité. 

 

C’est un rire qui s’installe, qui dure, qui semble se nourrir de l’écart entre la phrase et l’effet produit.

 

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Ce qui heurte, au fond, dans cette séquence, ce n’est pas seulement le rire, c’est le fait de le laisser prospérer. 

 

Car Clément Viktorovitch n’est pas un novice du non-verbal : il en a fait sa vie, et sa petite entreprise.

 Il explique volontiers que la politique est affaire d’intonation, de silences, de regards ; que la parole n’est jamais « que » la parole. 

On peut, par charité, supposer que le rire visait l’absurdité tragique de la séquence : « il se relève, il rentre, il meurt ». 

 

Mais il est bien là, et il dure.

 

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À quoi tient-il ? 

 

Une chose est sûre : choisir l’exercice solitaire du stream, c’est choisir l’absence de garde-fous. 

Personne pour interrompre d’un geste. 

Personne pour imposer une reprise de hauteur. 

Personne, surtout, pour renvoyer immédiatement l’image de ce qui est en train de se produire. 

 

C’est le piège de l’auto-incitation : on parle, on s’écoute parler, on s’enferme dans sa bulle, jusqu’à confondre l’énergie du direct avec une forme de justesse.

 

 

« ON RESTE CALME, ET ON RÉFLÉCHIT »

 

Plus intéressante encore est ce que révèle cette séquence sur le plan moral. 

 

Clément Viktorovitch s’est construit en pédagogue d’une démocratie abîmée : il décrypte les procédés, traque les manipulations, oppose l’argument à l’invective. 

 

Ses analyses peuvent être pertinentes. 

 

Mais à force de se poser en hygiéniste de la parole publique, on s’expose à voir ses propres écarts jugés avec une sévérité redoublée.

Cette autorisation affleure : la sensation de vengeance, furtive, presque carnassière, quand la mauvaise nouvelle frappe le camp d’en face.

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Ceux qui discourent seuls face caméra procèdent souvent d’une démarche implicite : vous pouvez être bouleversé, mais dans le sens que j’ai validé ; vous pouvez penser, mais sans déranger mon récit.

 Et cela finit fréquemment en bulle cognitive, parfois en para-gouroutisme.

 

 D’où cette autorisation qui affleure : la sensation de vengeance, furtive, presque carnassière, quand la mauvaise nouvelle frappe le camp d’en face. 

Alors même qu’on répète qu’il ne faut jamais raisonner en camps et qu’on revendique la position d’adulte dans la pièce.

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La règle, pourtant, est simple : on ne rit pas d’un mort.

 Ou bien l’on s’arrête, on s’excuse, on réintroduit la gravité là où on l’a arrachée. Ici, rien de tel.

Il reste l’image d’un professionnel du sens rattrapé par le sens le plus élémentaire : celui des limites.

Dans cette guerre rhétorique du « tous contre tous », où les mots ne sont jamais innocents, il ne surplombe pas la mêlée ; il y participe pleinement.

Et c’est peut-être cela, au fond, le plus révélateur : non pas la faute, mais l’illusion. 

 

L’illusion qu’on pourrait manier la morale comme une grammaire personnelle sans jamais être jugé à l’aune de ses propres principes.

 

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