lundi 23 février 2026

SAMEDI , NOUS AVONS ENTENDU CE CHANT HISTORIQUE LYONNAIS " LA LIGUE NOIRE " !

 

Qu’est ce que La ligue noire, ce chant entonné lors

 de la marche en mémoire de Quentin ?

Ce samedi 21 février, lors de la marche en hommage à Quentin Deranque, les participants ont chanté l’hymne de Lyon « La Ligue noire » sur les lieux où le jeune homme a été lynché par des nervis d’ultragauche le 12 février avant de succomber à ses blessures le 14 février.

 

Ce chant commémore le massacre des contre-révolutionnaires lyonnais de 1793 par la Convention, massacre qui fit plus de 1800 victimes. 

 

Explications.

Lyon 1793 : quand la Convention écrase une ville rebelle

Lyon n’a pas seulement été un grand théâtre de la Révolution : en 1793, la ville devient un champ de bataille politique, social et symbolique. 

Entre juin et octobre, elle se soulève contre la Convention nationale dominée par les Montagnards, renverse ses autorités « chaliéristes », se met en état de résistance, puis subit un siège et une répression d’une dureté qui marquera durablement la mémoire française. 

Ce moment n’est pas un simple épisode local : il dit quelque chose d’un pouvoir central prêt à frapper une grande cité pour l’exemple, et d’une société urbaine fracturée où la crise économique nourrit la guerre civile.

Tout commence avant même 1793.

 À la fin des années 1780, Lyon est une métropole industrielle et marchande, une ville de banque, de négoce et surtout de soierie. 

Or la soie s’effondre. La misère s’installe, le chômage explose, la charité devient une nécessité massive.

 Les chiffres évoqués sont vertigineux : des dizaines de milliers de personnes vivent de secours, des ateliers ferment, des ouvriers quittent la ville. 

À cette crise sociale s’ajoutent des tensions autour des barrières d’octroi, ces droits perçus aux entrées de la ville, que le peuple espère voir disparaître avec les États généraux. 

À plusieurs reprises, la contestation tourne à l’émeute, au pillage, à l’exigence de taxer les denrées.

 La Révolution, ici, n’est pas d’abord une idée : c’est une lutte pour survivre.

Dans ce terreau se forme une opposition politique structurée. D’un côté, des clubs populaires issus des sections, de l’autre, des sociétés plus bourgeoises, plus sélectives.

 Le « Club central » finit par devenir l’instrument des éléments les plus radicaux autour de Joseph Chalier, proche de la Montagne. 

À mesure que Paris bascule – journée du 10 août 1792, radicalisation générale, violences de septembre – Lyon s’embrase à son tour. 

La ville connaît des tensions croissantes entre modérés, girondins, jacobins, royalistes constitutionnels, sans-culottes. Le tout sur fond d’économie sinistrée.

Au début de 1793, le conflit se cristallise. Les chaliéristes réclament un tribunal révolutionnaire ; la municipalité hésite, la rue s’agite. Les maires se succèdent dans la confusion : démissions, réélections, rivalités de clubs. 

Finalement, Chalier et ses alliés parviennent à la mairie en mars 1793.

 Leur pouvoir durera environ 80 jours, mais ces 80 jours suffisent à enflammer la ville.

 

Les mesures prises sont extraordinairement ambitieuses et coercitives : boulangerie municipale, taxation des vivres (qui entraîne des pénuries et la disparition de produits des boutiques), enrôlement, comité de salut public local, projet de guillotine permanente, tribunal révolutionnaire, comité de surveillance, armée révolutionnaire destinée à remplacer la garde nationale, contribution forcée des riches. 

L’idée centrale est claire : faire plier les élites, forcer l’approvisionnement, discipliner la société au nom du salut public.

 Mais Lyon n’est pas Paris. 

Et dans une ville où les intérêts économiques sont puissants et où la crise rend tout explosif, la contre-offensive s’organise.

À partir de la mi-mai 1793, la majorité des sections se retourne contre les arrêtés municipaux. 

L’opposition se coordonne.

 Une assemblée des sections réunie à l’Arsenal décide de renverser la municipalité le 29 mai : Chalier et ses partisans sont arrêtés, les représentants envoyés de Paris sont mis à l’écart. 

Le pouvoir passe aux modérés, puis glisse progressivement vers un bloc où se mêlent girondins et royalistes, avec une rhétorique républicaine maintenue officiellement.

 Lyon affirme encore son attachement à la République, mais elle refuse la Convention montagnarde : la fracture est consommée.

 

À Paris, l’insurrection lyonnaise s’inscrit dans la vague des mouvements dits « fédéralistes » qui éclatent après l’élimination des Girondins à la Convention.

 La lecture montagnarde est simple : Lyon se révolte, donc Lyon trahit. 

La Convention ne veut pas seulement rétablir l’ordre ; elle veut empêcher que la dissidence provinciale devienne un précédent. 

Les autorités lyonnaises, elles, cherchent des appuis, nouent des contacts avec d’autres villes insurgées, réclament la réunion de conventionnels suppléants à Bourges et constituent une armée d’environ 10 000 hommes.

 Mais le commandement est confié à des figures royalistes, au premier rang desquelles le comte de Précy.

 Ce détail compte : il permettra à la Convention de présenter la résistance lyonnaise comme une entreprise contre-révolutionnaire.

Dans ce contexte, Joseph Chalier est jugé et condamné à mort. Il est guillotiné le 17 juillet 1793.

 Ce n’est pas un simple procès : c’est un signal.

 À partir de là, le conflit devient irréversible.

 La ville se prépare au siège.

 La Convention, de son côté, enclenche la logique de guerre intérieure.

Le siège commence réellement à l’été 1793.

 L’armée des Alpes, mobilisée ailleurs, ne peut agir immédiatement.

 Mais dès la fin août et surtout en septembre, Lyon est encerclée.

 Le bombardement s’abat sur la ville : des dizaines de milliers de projectiles sont tirés.

 Les forts tombent les uns après les autres.

Le 3 octobre, la reddition est exigée.

 Une trêve s’ouvre, les sections délibèrent, une délégation tente de négocier. 

Précy s’y oppose, puis finit par s’échapper dans la nuit du 8 au 9 octobre. Le 9 octobre, la ville capitule.

 

Et c’est là que commence l’autre histoire : celle de la punition.

La Convention veut frapper. Lyon est symboliquement déchue : elle perd son nom et devient « Ville-Affranchie ».

 Le discours officiel annonce une destruction exemplaire, une volonté d’effacer la cité rebelle.

 Dans les faits, la démolition est limitée, mais la mise en scène politique est totale : quartiers rebaptisés, toponymie révolutionnaire imposée, ordre nouveau proclamé.

 

Surtout, des commissions de justice se mettent en place. Une commission militaire fusille des dizaines de personnes, une commission de justice guillotine d’autres condamnés.

 Puis vient la commission extraordinaire qui introduit les « mitraillades » : des exécutions collectives à la mitraille, aux Brotteaux, en décembre 1793, avec plusieurs centaines de morts en quelques jours.

 Les chiffres globaux restent difficiles à établir, tant les procédures, les relais judiciaires et les morts indirectes du siège brouillent le décompte.

 Mais on parle d’environ 1 600 à 2 000 exécutions sur la période, selon les estimations, et de milliers d’autres victimes possibles liées au siège (famine, misère, combats).

 Le nom de Fouché et celui de Collot d’Herbois seront durablement associés à cette répression.

 

La fin de l’épisode ne répare rien : elle déplace la violence. 

Après le rappel de certains représentants, après Thermidor et la chute de Robespierre, la ville est épurée à nouveau, cette fois contre les jacobins.

 Puis, au printemps 1795, la « Terreur blanche » s’abat sur Lyon. 

Le balancier se retourne : ce qui avait été présenté comme un retour à l’ordre devient une autre vengeance.

Il reste enfin la mémoire, lourde, disputée, inscrite dans la ville.

 Les Brotteaux, les listes de victimes, les ossuaires, les chapelles expiatoires, les associations de descendants fondées plus tard : Lyon n’a pas oublié.

 Ce soulèvement et sa répression rappellent que la Révolution française ne fut pas seulement un changement de régime.

 Elle fut aussi, par moments, une guerre civile menée au nom de la vertu, du peuple, ou de la patrie — et parfois contre une ville entière, rendue coupable d’avoir voulu échapper au centre.

 

Ce moment lyonnais éclaire une constante : quand le pouvoir central se sent menacé, il ne discute plus, il écrase. 

Et il le fait en transformant l’adversaire en catégorie infâme — « rebelles », « contre-révolutionnaires », « criminels » — afin de rendre acceptable ce qui ne l’est jamais tout à fait : punir une cité, et faire de sa souffrance un message politique.

 

Illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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