Un pédophile peut en cacher un autre
Pourquoi l’affaire Epstein éclipse l’affaire Cottineau
Certains observateurs regrettent que la divulgation des fichiers Epstein éclipse un peu les révélations sordides sur les agissements de Pierre-Alain Cottineau.
Hasard du calendrier, deux affaires de pédophilie, l’affaire Epstein et l’affaire Cotineau, occupent les médias depuis une semaine.
Deux affaires que tout oppose par ailleurs, ou presque.
La première implique un milliardaire, ami des puissants.
Elle se déroule dans des villas de luxe et des îles privées.
La seconde a un cadre beaucoup plus banal et rural.
Son protagoniste est un minable ancien candidat Insoumis, une brebis galeuse comme on en trouve dans tous les partis.
Donald Trump : arroseur arrosé
Une autre différence saute aux yeux.
Les faits dont on soupçonne Cottineau sont, dans l’échelle de l’horreur, mille fois plus abjects que les crimes commis par Epstein.
Non seulement en raison de l’âge des victimes supposées (celles d’Epstein étaient des adolescentes, celles de Cotineau, des bambins).
Mais aussi parce que certains détails de l’affaire Cotineau sont tellement monstrueux que le lecteur, probablement pour éviter un trop grand choc psychologique, a d’abord pour réflexe de douter de leur existence avant de regarder les preuves en face, qui donnent envie de vomir.
L’affaire Epstein ne donne pas le même sentiment.
Elle est, hélas, moins surprenante.
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Reste une question. Pourquoi les médias parlent-il bien davantage d’Epstein ?
Il faut reconnaître que la réponse ne tient pas seulement au nombre de people mouillés, de nature à exciter le voyeurisme de masse, ni à la religion du coupable numéro un, qui fait la joie mauvaise du public antisémite.
Il y a aussi la conduite de Trump, qui s’est servi à fond de cette histoire pour se faire réélire en expliquant qu’elle accablait les Démocrates.
S’il n’avait pas fait de l’affaire Epstein un sujet de campagne, elle ne serait pas devenue un fait politique.
Et les « files » seraient restés consignés dans le secret de l’instruction.
Jack Lang en sursis à l’IMA
A contrario, si trois millions de documents relatifs au dossier Epstein (sur six millions en tout) n’avaient pas été rendus consultables par tout un chacun sur Internet, le seul vrai nouveau salaud démasqué, l’éminence travailliste britannique Peter Mandelson, aurait peut-être échappé à l’enquête qui vient d’être déclenchée dans son pays au sujet de ses divulgations présumées de secrets ministériels.
Car il n’est pas certain que la justice américaine aurait transmis à son homologue britannique les éléments concernant cet ancien commissaire européen.
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Jack Lang, lui aussi aussi, dormirait plus tranquille.
Il ne serait pas convoqué par le Quai d’Orsay et une enquête du Parquet national financier n’aurait pas été ouverte contre lui.
Il faut évidemment souhaiter que les juges creusent autant que possible cette histoire de société offshore aux Iles vierges américaines.
Et on ne saurait que se réjouir d’une démission de l’Institut du monde arabe.
Mais rien de cela ne rend pour autant plus agréable la petite musique jouée par bon nombre de ceux qui se déchaînent contre Jack Lang à présent.
Faisant dire aux “files” ce qu’ils voudraient qu’ils disent, ils estiment pouvoir traiter, à mots plus ou moins couverts, l’ancien ministre de la Culture de pédophile.
Si peu estimable soit l’intéressé, il faut dire ici de la façon le plus claire qu’aucun élément n’existe dans le dossier Epstein qui permette d’avancer de telles accusations.
ET AUSSI RAPPEL !
Faut-il vraiment fouiller dans les poubelles d’Epstein?
Le regard libre d’Elisabeth Lévy
La publication de millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice, vendredi 30 janvier, a provoqué une vague de réactions et plusieurs démissions à travers le monde.
Donald Trump a, de son côté, estimé que ces nouvelles pièces l’« innocentaient ».
Les relations qu’entretenaient de nombreuses personnalités politiques et économiques avec le prédateur sexuel, mort en prison en 2019, font aujourd’hui peser sur elles un soupçon diffus de pédophilie par association de M. et Mme tout le monde.
Nous vous proposons d’écouter l’avis d’Élisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio.
La tempête Epstein fait des vagues en France.
Des vaguelettes, si l’on songe à la démission de Peter Mandelson, hiérarque travailliste au Royaume-Uni, au scandale qui éclabousse la future reine de Norvège, ou encore au fait que les Clinton ont finalement accepté de témoigner devant le Congrès américain.
En France, Mediapart frétille, mais les conséquences restent limitées : la démission de Caroline Lang, fille de Jack Lang, de la direction du SPI, et Bruno Le Maire propulsé en trending topic sur X pendant plusieurs heures.
Avant de fouiller dans cette poubelle, il faut se demander si on y trouvera la vérité et la justice.
Je suis sûre du contraire.
Curieusement, tous ceux qui s’indignaient du refus de l’administration Trump de divulguer ces 3,5 millions de pages s’indignent aujourd’hui qu’elle les balance sans filtre.
C’est une stratégie de noyade, dit l’éditorialiste Françoise Degois.
Non. La loi pour la transparence des dossiers Epstein a été votée en novembre par le Congrès.
C’est ça, la transparence: le carburant d’une machine à ragots planétaire. Madame Michu, vous-et-moi, érigés en juges.
Mais on a bien le droit de savoir qui était en contact avec ce pédophile notoire ! me réplique-t-on.
Ah, c’est écrit où ? Pour en tirer quelles conclusions ?
Jeffrey Epstein était riche, puissant, introduit partout.
Il incarnait parfaitement les élites mondialisées.
Le gotha mondial lui demandait faveurs et entremises.
Bruno Le Maire ou Marine Le Pen apparaissent dans les fameux fichiers parce qu’ils auraient sollicité des financements pour leurs campagnes.
Sans suite.
Une intention, une idée sans lendemain est-elle une information ?
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Or, désormais, le soupçon de pédophilie par association pèse sur toutes les personnalités citées. Jack Lang a reconnu qu’ils étaient amis.
Est-ce un crime ? Une preuve qu’il savait ? Evidemment pas.
Et pourtant, c’est ce qui restera dans la tête chez pas mal de gens.
Tous des pédo-satanistes, ces puissants qui nous gouvernent !
En réalité, j’estime que ces documents n’auraient jamais dû être publiés.
Seulement, depuis Julian Assange et Edward Snowden, le public adore les « leaks »(fuites), ces millions de documents secrets volés et publiés en vrac: les télégrammes diplomatiques et noms d’agents étalés dans la presse, il parait que c’est démocratique.
Pourtant, non.
Dans de nombreux domaines, le secret est sacré et protégé par la loi: vie privée, affaires, santé, sécurité nationale…
Parce qu’entre l’information brute et le public, il y a besoin d’une médiation, il faut qu’une institution hiérarchise, interprète et évalue.
Raison pour laquelle d’ailleurs les enquêtes judiciaires et policières sont également tenues au secret.
Non, le public n’a pas le droit de tout savoir des agissements des autres.
N’oublions pas que les internautes ne sont pas un peuple de citoyens éclairés mais une meute qui se délecte avant tout de voir des puissants à terre.
Et même avec le dernier iPhone 27 et l’aide de l’intelligence artificielle, des commères numériques restent des commères.
Cette chronique a été diffusée sur Sud radio
Source et Publication: https://www.causeur.fr/epstein-cottineau-pedophilie-un-pedophile-peut-en-cacher-un-autre-322517?


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