TRIBUNE LIBRE !
La remigration sera-t-elle possible en restant dans l’UE ?

Samedi 4 juillet 2026, avait lieu, sur TV Libertés, un débat sur le thème de la remigration.
Il opposait Jean-Yves Le Gallou – auteur du récent livre « Remigration » – à François Asselineau qu’on ne présente plus.
Deux personnalités qu’au premier abord on pourrait croire avoir les mêmes opinions sur ce sujet, mais en fait ce n’est pas le cas.
Et chacun d’avancer des arguments se voulant imparables.
Alors reprenons les arguments invoqués afin d’essayer d’y voir clair sur ce sujet qui sera certainement au cœur de la campagne présidentielle de 2027 et qui a déjà été tout récemment au cœur des débats du Parlement européen.
Tout d’abord le débat s’est porté sur les causes de l’immigration, on devrait plutôt dire de l’invasion migratoire.
Il apparut clairement que l’immigration a connu deux grandes étapes : la 1re datant de la seconde partie du XIXe siècle jusqu’à la moitié du XXe.
Ce fut une immigration essentiellement européenne, avec des gens ayant globalement la même identité culturelle (Belges, Polonais, Italiens, Espagnols ou Portugais).
La 2e, à partir de la seconde moitié du XXe siècle, fut une immigration en provenance de l’Afrique du Nord, puis également subsaharienne. Immigration de travail dans un premier temps qui s’est transformée en immigration de peuplement à partir de la fin des années 1970-début des années 1980. C’est cette immigration qui pose problème.
Tant que le nombre de migrants resta faible, la machine à assimiler a tourné à plein et il n’y avait guère de problèmes.
Mais lorsque cette immigration est devenue de peuplement et toujours plus nombreuse, l’assimilation n’a plus été possible et les problèmes ont pris de plus en plus d’ampleur pour devenir aujourd’hui l’un des problèmes les plus graves auxquels notre pays est confronté.
Moult pays européens étant également concernés. Avec une acuité toute particulière en France car nous sommes le pays le plus généreux ce qui constitue un appel d’air absolument considérable, tout spécialement pour des populations dont la plupart sont francophones.
Alors, comment arrêter cette invasion qui risque de faire éclater notre pays et même de faire disparaître le peuple français historique ?
Les deux débatteurs sont tombés d’accord sur le constat : il y a environ 500 000 immigrés de plus en France chaque année.
Donc la 1re mesure à prendre d’urgence est évidente : stopper l’arrivée de ce flot de nouveaux migrants. Comment s’y prendre pour atteindre ce résultat ?
D’abord comprendre les canaux principaux de cette immigration sans contrôle.
C’est tout d’abord le regroupement familial dont le nombre baisse depuis sa création par Giscard il y a 50 ans, mais reste significatif (12 à 15 000 par an), également le nombre d’étudiants étrangers (110 000 par an), et surtout le droit d’asile qui a explosé par l’action des ONG et des jurisprudences de plus en plus laxistes (150 000 par an) ; enfin on n’oubliera pas les arrivées de migrants pour travailler (50 000 par an).
Donc pour stopper ces arrivées, il faut prendre des décisions politiques. Certaines sont faciles à prendre comme l’arrêt de toute venue pour travailler.
Mais pour d’autres c’est beaucoup plus compliqué car la France n’a plus la main sur de très nombreux sujets.
Pourquoi ? Car nous faisons partie de l’Unioneuropéenne et que depuis 1992 (traité de Maastricht) tous les États membres ont accepté d’abandonner une part de plus en plus grande de leur souveraineté nationale.
Par exemple avec le traité d’Amsterdam (1997), c’est l’UE qui décide en matière d’immigration.
Les pays membres doivent appliquer la politique décidée par Bruxelles.
Sans oublier les structures juridiques de l’Union européenne qui finissent de cadenasser le domaine (CJUE et CEDH) dont les positions sont reprises par les juridictions de chaque pays membre.
En France par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État. C’est sur cette question que s’exprime le 1er très gros point de désaccord entre Asselineau et Jean-Yves Le Gallou.
Asselineau affirme que pour pouvoir reprendre en main sa politique concernant l’immigration, la France doit obligatoirement sortir de l’Union européenne. Jean-Yves Le Gallou ne souhaite pas quitter l’UE.
Et force est de constater qu’Asselineau a entièrement raison sur cette question.
Même l’Angleterre, qui a quitté l’UE avec le Brexit en activant l’article 50 du traité de Lisbonne (seule solution pour sortir de l’UE), s’est quand vue interdire de faire un charter d’expulsion de migrants vers le Rwanda par la CEDH qu’elle n’avait pas quittée en même temps que l’UE.
Elle avait donc encore un fil à la patte.
Tous les pays membres sont donc obligés d’appliquer les décisions de l’UE, ce qui a pour conséquence qu’un gouvernement français qui déciderait par exemple de stopper le regroupement familial verrait sa décision cassée par l’UE et ses structures juridiques, avec à la clé de très lourdes sanctions financières en cas de refus de respecter la décision de l’UE.
On peut dire ce que l’on veut, mais la réalité est bien celle-là, qu’on s’en réjouisse ou s’en désole.
Et Asselineau d’ajouter, malheureusement avec justesse : tous les hommes politique qui disent « votez pour moi, dès que je serai au pouvoir je réglerai le problème », ces gens mentent aux Français.
Ils ne pourront pas mettre en œuvre leurs promesses.
Certes une brèche a été ouverte dans ce dispositif pro-migrants de l’UE, par le vote récent du Parlement européen sur la possibilité pour chaque pays de faire des hubs à l’étranger et d’y envoyer ses migrants illégaux.
Mais sur ce plan nous ne sommes pas au bout de nos peines. Macron vient d’ailleurs de dire qu’il refusait d’appliquer ce texte.
Et même si un gouvernement se mettait en tête de l’appliquer, il y a tout le reste de l’édifice pro-migrants qui est toujours en place et s’activera contre.
L’affaire ne sera pas simple.
On peut même dire qu’elle sera très compliquée tant que notre pays n’aura pas retrouvé sa souveraineté. Mais le contrôle de la souveraineté des États membres, c’est le cœur de l’Europe et vouloir retrouver cette souveraineté est incompatible avec la présence dans cette Union européenne.
Donc Asselineau a raison : impossible de s’attaquer vraiment au problème de l’immigration si l’on refuse l’idée que cela impose de quitter l’Union européenne.
Il est regrettable de constater que Zemmour et Bardella, s’ils sont favorables à une action forte contre l’immigration, ne veulent pas quitter l’Union européenne.
Ce qu’Asselineau résume ainsi : « Il faut arrêter de faire croire aux gens qu’il suffit de voter Zemmour ou Bardella et hop… 6 millions de personnes vont être chassées. ».
Jean-Yves Le Gallou répond à ce problème de l’Union européenne qu’il est pour le « jugexit », c’est-à-dire pour une sortie de la dictature des juges de la CEDH mais aussi la Cour de justice européenne (CJE) ainsi qu’en France du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État.
Argument pour le moins surprenant.
En effet, ce dispositif juridico-politique européen constitue un tout.
Il est totalement illusoire de penser que la France ou n’importe quel pays va pouvoir prendre ce qu’elle trouve bon dans cette UE et rejeter le reste. Cela ne fonctionne pas comme ça.
C’est même exactement l’inverse et c’est en cela que l’UE est une machine diabolique fonctionnant sur le mode d’une roue à cliquet, c’est-à-dire avec un anti-retour. Donc quand une étape est franchie, c’est acté, donc c’est fini.
Le retour en arrière devient impossible. Croire que l’UE fonctionne sur le principe d’un choix dans les rayons est d’une naïveté stupéfiante.
Quiconque connaît un peu l’UE et son fonctionnement sait que la réalité n’est pas celle-là. Sur ce point Jean-Yves Le Gallou s’illusionne et prend ses désirs pour des réalités.
Un autre problème important est apparu dans le débat : qui doit faire l’objet d’une remigration ?
Jean-Yves Le Gallou répond qu’il faut en priorité renvoyer tous les clandestins et OQTF, expulser tous les délinquants étrangers ainsi que tous ceux qui n’apportent rien par leur présence (immigrés sans travail depuis des mois).
Ajoutant que cela fait déjà pas mal de monde mais est encore insuffisant.
Et d’aborder le problème des binationaux (les Maghrébins, mais pas seulement, conservent à vie leur nationalité d’origine).
Ils voient trois catégories de binationaux : les binationaux assimilés (aucun problème), les binationaux non assimilés mais non hostiles (on les incite à partir mais sans contrainte) et les binationaux non assimilés et hostiles.
Pour ces derniers c’est la déchéance de nationalité et l’expulsion.
À l’argument qui indique que cela déclenchera une guerre civile, il répond qu’elle est déjà présente dans de nombreux endroits et que ceux qui disent que l’urgent est de ne rien faire sont comme Mme du Barry déclarant « encore un instant Monsieur. le bourreau ».
Effectivement on peut laisser faire, mais cela ne fera qu’aggraver les problèmes.
Pierre Brochand, ex-patron de la DGSE, a récemment déclaré au Figaro : « il faut dans ce domaine un radicalisme sans remord aujourd’hui sinon on aura la guerre civile demain ».
Pour sa part Asselineau ne partage pas cette vision et ce point de vue.
D’abord, il se refuse à faire un tri parmi les « Français ».
De plus, il considère que Jean-Yves Le Gallou exagère en disant qu’on est en guerre civile.
Il y a des zones à problèmes, mais pas une guerre civile.
Et s’agissant des départs massifs (remigration), il précise qu’aucun départ de millions de personnes n’a eu lieu pacifiquement.
La vraie question est donc : « est-ce que les Français veulent une vraie guerre civile pour obtenir cette remigration massive ? ».
Et de citer par exemple suite à la signature du traité de Lausanne en 1923 le million de Grecs qui ont été chassés de Turquie ou encore en 1962, à l’occasion de l’Indépendance où 1 million de pieds-noirs ont dû quitter précipitamment l’Algérie.
Il en conclut que si on imagine une remigration dans le calme, on se berce d’illusions.
Le débat va se terminer avec un échange sur une proposition du programme d’Asselineau : pour que la France redevienne la France, il souhaite l’inscription dans la Constitution que « la France est une république laïque » (c’est déjà le cas) en ajoutant « et de tradition chrétienne ».
Ajoutant que personne d’autre que lui ne veut cela.
Quant aux immigrés, il souhaite « s’adresser à la très grande majorité d’entre eux, ceux qui ne posent pas de problèmes, et faire en sorte qu’ils s’assimilent tranquillement. ».
Cette fois c’est Asselineau qui prend ses désirs pour des réalités.
En réponse, Jean-Yves Le Gallou a eu bien raison de lui rappeler les paroles du général de Gaulle : « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. » et de ce fait penser pouvoir mélanger les deux est juste impossible, comme pour l’huile et le vinaigre, car nos cultures, nos mœurs et nos conceptions de la vie sont trop différentes.
Et d’ajouter que l’assimilation est un discours daté, remontant aux années 70-80, valable pour des populations européennes, mais pas actuellement du fait du nombre et des différences d’identités trop prononcées.
Le débat s’est terminé par une courte conclusion de chaque participant.
Asselineau a fustigé à nouveau l’UE qui promeut une conception communautariste anglo-américaine, ce qui est incontestable. Il ne comprend pas pourquoi Jean-Yves Le Gallou va voter pour des gens (Zemmour, Bardella…) qui ne veulent pas sortir de cette Europe, ajoutant qu’en ayant cette attitude, Jean-Yves Le Gallou « ruine 95 % des arguments énoncés dans son livre ».
Pour sa part Jean-Yves Le Gallou a confirmé qu’il allait voter pour Zemmour ou Bardella, ajoutant qu’il faut réenchanter la France mais aussi la civilisation européenne.
« Nous, tous les Européens, nous sommes de même civilisation et il y a une grande conscience européenne qui est en train de monter par delà les frontières européennes qui fait qu’on se sent plus près les uns des autres entre voisins européens que de ceux qui sont étrangers ou viennent d’une immigration lointaine. ».
Si l’on ne peut qu’être d’accord avec une lecture au 1er degré de ces paroles, on espère que Jean-Yves Le Gallou n’est pas en train de commencer une fable sur le « peuple européen » qu’il faudrait vénérer. Si nous avons à grands traits une identité et des racines communes, il reste que le peuple européen est un mythe.
N’y a-t-il pas de différence entre un habitant de Vilnius et un de Pampelune ?
Il serait regrettable de sombrer dans l’illusion d’un peuple européen nécessitant de construire une « vraie Europe » en lieu et place de cette UE.
La seule solution, c’est de sortir au plus vite de cette UE qui va broyer nos nations et une Europe fédérale.
Il faut quitter cette Europe qui veut le fédéralisme et construire à sa place une Europe des nations libres et indépendantes.
Ou pas d’Europe du tout.
Par Bernard GERMAIN https://ripostelaique.com/
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