REVUE DE PRESSE !
Affaire Lyhanna : un nouveau rapport qui tombe comme un cruel bilan pour Darmanin
Après la découverte du corps de la petite Lyhanna, le 4 juin dernier, disparue quelques jours plus tôt à Fleurance, le ministre de la Justice Gérald Darmanin, sous le feu des critiques, avait tenté d'éteindre l'incendie en demandant, d'une part, un rapport sur les dysfonctionnements ayant conduit au drame, d'autre part, un audit sur le stock de dossiers, qui avait révélé l’existence de 85.047 plaintes en cours de traitement pour violences sexuelles sur mineurs en France.
Un voile vient d'être levé sur ce qui s'apparente à un véritable scandale par la fuite dans la presse (Le Monde), en plein cœur de l'été, d'une lettre signée par Darmanin et adressée à son collègue de l'Intérieur Nuñez qui liste les graves dysfonctionnements dans la prise en compte des violences sexuelles et des atteintes aux mineurs à travers le pays.
Ce document de douze pages synthétise les remontées d’informations établies par 37 parquets généraux.
Et, pour Le Monde comme pour nous, il est accablant.
Accablant pour ceux qui, depuis des années, ont en charge police et justice dans ce pays et dont on peine à croire qu'ils aient pu ignorer les dysfonctionnements multiples du traitement de ces affaires, tant ils apparaissent massifs et systémiques.``
La question de la démission de M. Darmanin se posait lors des premières semaines de cette affaire ; elle se pose à nouveau avec ce document de synthèse.
Des dysfonctionnements multiples et massifs !
Il pointe successivement le manque d’effectifs chronique, le défaut de traçabilité des procédures, la priorisation incertaine ou défaillante, les enquêtes en déshérence, l'investissement professionnel parfois insuffisant, « y compris dans les unités spécialisées », des enquêteurs peu ou mal formés.
Fait particulièrement froid dans le dos le volumineux « stock fantôme », ces dossiers non répertoriés par la Justice faute de lui avoir été transmis !``
On constate ainsi des écarts énormes entre le nombre de procédures dont les parquets ont connaissance et celles détenues par les services de police et de gendarmerie : 1.275 procédures « fantômes » à Nîmes, 905 à Caen, tandis qu'à Agen, « un nombre important de procédures en cours dans les services d’enquête n’avaient donné lieu à aucune information du parquet ».
Pire : à Bourges, une quinzaine de procédures ont été « purement et simplement perdues ».
Comme si cela ne suffisait pas, les défaillances sont également dues à l’obsolescence des outils informatiques.
En cause, la vétusté d’un logiciel dont une nouvelle version, en préparation depuis 2016, n’est toujours pas opérationnelle malgré un coût pharaonique de près de 260 millions d’euros (selon la Cour des comptes) !
Enfin, les services ad hoc sont débordés par les centaines de procédures reposant sur un seul agent : à Amiens, trois enquêteurs pour « plus de 300 dossiers chacun » ; au Mans, six enquêteurs pour 4.000 dossiers !
À Grasse (Alpes-Maritimes), la suppression de la brigade des mineurs, en 2022, a privé les parquets « d’équipes d’enquêteurs aguerris ».
Darmanin doublement mis en cause
Mais, constate Le Monde, « au sein de la police, on souligne volontiers la responsabilité de la réforme d’ampleur mise en œuvre en 2024 par Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur.
En fusionnant les services sous la direction d’un seul et même chef dans chaque département, la police judiciaire aurait perdu de son efficacité, désormais employée à des missions éloignées des enquêtes. »
Un Darmanin doublement responsable, en somme.
Soulignons qu'ici même, en septembre 2022, l'ancien commissaire divisionnaire Olivier Damien, bien connu des lecteurs de BV, avait dénoncé cette réforme engagée par Darmanin.
Pour certains policiers interrogés par Le Monde, ce rapport, rédigé par des magistrats, s'apparenterait à une stratégie de « contre-feu » de l'institution judiciaire, alors que c'est surtout le fonctionnement de la Justice qui a été mis en cause après la mort de Lyhanna.
Ce qui est certain, c'est que les dysfonctionnements, vus de l'extérieur, sont massifs et partagés entre les deux institutions et les deux ministères, ce que confirme la conclusion de Darmanin, qui propose « l’ouverture rapide de travaux conjoints entre [les] deux ministères, notamment par le biais d’une rencontre le 3 septembre, afin d’échanger sur ces remontées et leur pertinence, et d’engager un échange constructif avec l’ensemble des services ».
Ce qui est certain, encore, c'est que ces deux ministres, Darmanin et Nuñez, qui incarnent depuis dix ans le couple police-justice au plus haut niveau et à différents postes, et qui n'ont à aucun moment présenté leur démission, traîneront comme un boulet ce rapport explosif et accablant et cette affaire Lyhanna.
Source et Publication : https://www.bvoltaire.fr/affaire-lyhanna
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