Certains ont contourné la digue à la nage,
d’autres ont franchi les grilles après que les forces de l’ordre,
débordées, eurent renoncé à contenir la foule.
Mais ceux qui n’avaient pas accès aux
vidéos circulant sur le réseau social X n’ont pas pu prendre la mesure
de l’invasion en cours.
Car pendant que Ceuta voyait déferler, en
quelques heures, l’équivalent de plus de la moitié de sa population, TF1 évoquait encore, au journal de 20 heures du 30 juillet, l’« entrée massive et illégale de centaines de migrants ».
Des centaines ? Les autorités espagnoles en comptabilisaient déjà des
dizaines de milliers.
On pourra toujours invoquer l’emballement de
l’actualité et le décalage entre le tournage d’un reportage et sa
diffusion.
Il n’en demeure pas moins que la présentation proposée ce
soir-là minorait de façon vertigineuse le drame en cours.
Pour clore le débat, plusieurs médias ont
insisté sur le retour rapide des « migrants » chez eux.
C’est inexact :
il reste encore plusieurs milliers de ces clandestins sur le territoire
espagnol.
Les envahisseurs « dépités », les habitants oubliés
À court de mensonges, les médias français ont rapidement eu recours à l’habituel procédé de la victimisation à sens unique. France Info a ainsi choisi pour le traitement de l’événement un angle bien précis : celui du rêve brisé.
Occulter ces réalités revient à fabriquer un récit falsifié : celui
d’une foule exclusivement pacifique dont les seuls malheurs seraient la
faim, les refoulements et l’inhospitalité espagnole.
Une habitante de
Ceuta, interrogée en larmes par Antena 3, a pourtant résumé l’autre face de la crise : « Je suis encerclée.
J’ai peur. Nous avons besoin d’aide. »
Ce
témoignage-là n’a guère ému les rédactions françaises, d’ordinaire très
soucieuses des violences faites aux femmes.
Ces médias avaient déjà
choisi leurs victimes : ceux qui avaient forcé la frontière.
Quant aux
Espagnols qui la défendaient ou subissaient sa disparition, ils
pouvaient toujours attendre le prochain reportage.
L’empathie médiatique
ne manque pas : elle est simplement distribuée dans un seul sens.
Le
lapsus commis sur France Inter, le 1er août, avait, lui aussi, valeur de symbole.
Les réflexes décoloniaux et pro-arabes ont décidément la vie dure.
L’Europe est envahie, la presse accuse… la droite
Fidèle à sa ligne éditoriale immigrationniste, Libération a publié un article consacré non à l’effondrement de la frontière mais à sa « récupération » par les droites européennes, coupables d’agiter le « chiffon rouge d’une « invasion » ».
Même aveuglement volontaire du côté du Grand Continent, qui a expliqué que les images relayées sur les réseaux sociaux alimenteraient « l’imaginaire d’une submersion migratoire ».
Une raison de plus d’interdire X, sans doute ?
Dans un éditorial intitulé « L’exploitation éhontée de la crise de Ceuta », Le Monde a accusé la droite et « l’extrême droite » de s’être précipitées sur les images « sans jamais s’embarrasser des faits ».
Les faits, parlons-en.
Par quel terme faudrait-il désigner l’entrée
coordonnée et illégale de 60.000 jeunes hommes sur un territoire
étranger, grand de 18,5 kilomètres carrés ?
Partout ailleurs, dans le
monde, cet acte aurait été qualifié d’invasion, de tentative d’annexion,
voire de déclaration de guerre.
Mais quand il est commis par des «
racisés » contre des Occidentaux, le récit s’inverse soudainement.
L’envahisseur qui force la porte d’entrée devient un « candidat à l’exil
» malheureux ; celui qui le qualifie d’envahisseur, lui, est rangé
parmi les xénophobes haineux.
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ET AUSSI
Invasion migratoire à Ceuta : la crise n’est pas finie, elle change de nature
Cinq jours après l’invasion massive de l’enclave espagnole par des
migrants marocains , la vie a en partie repris son cours sur les
terrasses du centre de Ceuta.
En périphérie, les unités de Regulares et de la Légion de l’armée de
terre ratissaient encore hier les quartiers à la recherche des personnes
qui errent dans les rues.
Il y a un an et demi, la réforme de la loi espagnole sur les
étrangers a instauré un système de répartition des mineurs étrangers
isolés entre les communautés autonomes, fondé sur une notion de «
capacité ordinaire » : un standard de places d’accueil calculé pour
chaque territoire en fonction de sa population.
Calculatrice en main, la capacité ordinaire de Ceuta a été fixée à 29 lits.
Après l’entrée massive de la semaine dernière, la ville autonome prend en charge 862 mineurs — quatre fois plus qu’il y a quinze jours.
Soit un taux d’occupation de 2 865 %.
Et des dizaines d’autres restent dans la rue, cachés, non identifiés.
A coup sûr, ils finiront dans nos rues, en Europe.
Combien reste-t-il de migrants ?
Personne ne s’accorde.
La Délégation du gouvernement avance environ 2
500 personnes encore présentes dans la ville.
Le gouvernement local de
Ceuta parle de 5 000 — le double, exactement.
Le tri se fait selon un mode opératoire désormais rodé.
Les
Maghrébins qui présentent le moins de traits d’adolescent : camion
militaire, retour au poste-frontière.
Les Subsahariens, considérés comme
demandeurs potentiels de protection internationale : plage de Benítez, à
proximité du Centre de séjour temporaire pour immigrés.
Les mineurs :
ils continuent de circuler jusqu’à ce que la police les enregistre.
Pourquoi les renvois sont bloqués
La leçon de la crise de 2021, quand environ 10 000 personnes étaient
entrées à Ceuta avec l’encouragement de Rabat, est juridique : les
renvois sommaires de mineurs sont illégaux.
Chaque cas exige un dossier individualisé où l’intérêt supérieur de
l’enfant prime sur les priorités frontalières ce qui constitue un crime
contre les populations autochtones qui n’ont jamais voulu cette
immigration.
Il faut recueillir des consentements, pratiquer des
radiographies pour estimer l’âge, entendre le mineur.
Ces procédures
prennent du temps — parfois plus que l’urgence n’en laisse.
Résultat : Ceuta ouvre en catastrophe deux grands espaces d’accueil
supplémentaires, dont un hangar industriel de la zone d’activités du
Tarajal, déjà utilisé pour héberger les jeunes arrivés il y a cinq ans.
Là-bas, la « normalité » n’a pas repris.
Les migrants s’y entassent sur
des matelas, sans effets personnels, dénonçant l’absence de prise en
charge, sans savoir quand ils auront des nouvelles de leur sort.
Beaucoup ont traversé après avoir vu, presque en direct sur les réseaux
sociaux, leurs compatriotes le faire.
Le millier de mineurs qui va remonter vers la Péninsule
C’est le point qui va rouvrir le débat politique espagnol.
Ceuta est en situation de « contingence migratoire extraordinaire »
depuis août 2025, statut qu’elle a activé comme les Canaries et Melilla
pour soulager son système d’accueil.
En près d’un an, environ 650
adolescents ont été transférés vers d’autres communautés autonomes.
Selon des sources ministérielles, Ceuta est le territoire qui a instruit
les dossiers le plus rapidement, et celui qui, en proportion, a
transféré le plus de mineurs.
Le millier de mineurs actuellement pris en charge doit être
redistribué selon le même mécanisme de répartition obligatoire et
solidaire.
Le ministère de la Jeunesse et de l’Enfance annonce
l’activation de tous les dispositifs disponibles et des enveloppes de
financement extraordinaires — non encore chiffrées.
Le blocage est ailleurs.
Plusieurs communautés autonomes où Vox a été
déterminant pour permettre au Parti populaire de gouverner ont inscrit
dans leurs accords de coalition l’opposition à l’accueil de nouveaux
mineurs étrangers.
Le PP, qui gouverne Ceuta et réclame donc les
transferts, est le même parti qui a signé ces accords ailleurs.
L’autre affaire : le CNI a-t-il prévenu ?
Une polémique parallèle occupe Madrid depuis lundi.
Le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska a affirmé jeudi
dernier, depuis Ceuta, que le Centre national de renseignement ne
l’avait pas alerté de la marée de migrants se dirigeant vers la
frontière.
De nouvelles informations de presse indiquent au contraire
que les services de renseignement auraient émis « plusieurs
avertissements » sur une entrée massive en Espagne.
La porte-parole du gouvernement, interrogée à plusieurs
reprises lors d’un entretien télévisé, a nié l’existence de tout rapport
du CNI signalant l’ampleur de l’avalanche — que les autorités chiffrent
désormais à 60 000 personnes.
La version de l’Intérieur est plus subtile.
Les services de
renseignement auraient bien travaillé sur un possible appel d’air, mais
lié à un arrêt du Tribunal suprême interdisant les renvois à chaud des
migrants interceptés en mer.
On craignait que les filières n’exploitent
cette nouvelle jurisprudence.
L’Intérieur soutient qu’aucun avis n’était
nécessaire pour s’en apercevoir, et qu’un travail avait été engagé dès
la publication de l’arrêt.
Le ministère distingue la hausse continue des
migrants à la nage du saut qualitatif de jeudi dernier — que Pedro
Sánchez a qualifié de « violation de l’intégrité territoriale » — et
maintient n’avoir reçu « aucun rapport » du CNI sur cette foule en
marche.
La ministre de la Défense Margarita Robles, dont dépend le CNI, a
esquivé la question en saluant le « travail exceptionnel » de ses agents
et en refusant d’entrer dans la polémique.
La séquence médiatique s’achève, le problème administratif commence.
862 mineurs pour 29 places théoriques, des centaines de migrants
toujours dans un hangar industriel, un millier de dossiers individuels à
instruire, et un mécanisme de répartition nationale que plusieurs
régions espagnoles ont d’ores et déjà annoncé vouloir bloquer.
Et à
Ceuta, des habitants excédés, des militaires désabusés, et une
population espagnole qui se met à détester de plus en plus fort Pedro
Sanchez, élu il faut le rappeler, alors que sont parti n’avait obtenu
que 31% des suffrages aux dernières législatives.
Ceuta est repassée en arrière-plan de l’actualité. Elle n’est pas revenue à la normale.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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